LES PIONNIERS DU ROCK

 

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LES PIONNIERS DE L'HISTOIRE DU

ROCK EN BELGIQUE

ERIK MACHIELSEN  LE CHASSEUR D'AUTOGRAPHES DES SIXTIES

 

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Dossier et interview réalisés par J.Jième

 

Erik Machielsen

 

UN HOBBY ET UN SPORT QUI N'EXISTENT PLUS

 

 

Le show-business  est  un cercle fermé,  un monde à part. Pour y entrer il faut montrer patte blanche ou si vous préférez faire partie du sérail. N'y entre donc pas qui veut. Tant hier qu'aujourd'hui, l'univers des acteurs de cinéma, des chanteurs ou des musiciens fascine.

 

Dans les années 2000, des médias ont inventé les « Stars Académies ». Leur projet : permettre à de jeunes candidats chanteurs d'accéder au gotha des artistes … en quelques semaines.

 

En contrepartie, les initiateurs du concept leur demandent de vivre en vase clos sous l'śil des caméras. Pour accéder au rêve, au succès, à la promesse d'une carrière brillante, ceux-ci se montrent prêts à subir force humiliations, déceptions, frustrations. Le tout ponctué de gesticulations télécommandées par des réalisateurs enfermés eux-mêmes dans leur studio.

 

 

 Il semble que tout le monde y trouve son compte : le public avide de rêves à bon marché, les apprentis-artistes qui n'ont rien à perdre, les producteurs qui font de l'audience à faible coût.

 

Le mythe de la star d'aujourd'hui n'est plus ce qu'il était. Normal ! A force de la banaliser, elle a décidé de se faire plus rare, de ne plus se frotter à ses fans, de ne plus apparaître que sur la scène, dans la seule lueur des projecteurs. 

 

Et pourtant, il fut un temps où les vedettes se prêtaient volontiers à l'improvisation des rencontres.

 

À Bruxelles, par exemple, dans les années 60, on avait une chance de les côtoyer dans le petit bistrot en face de l'Ancienne Belgique, à l'entrée ou à la sortie de la RTB, Place Flagey ou dans l'un ou l'autre grand magasin de la rue Neuve, au rayon disques.

 

 

 

ENCONTRE AVEC LES STONES

Erik Machielsen

 

Martini Center 18 octobre 1964

 

Photo ci-dessus : Brian Jones et Mick Jagger répondent aux questions des journalistes. Ce sont les deux grandes stars des Rolling Stones. Les trois autres semblent faire de la figuration.

 

Pile au centre de la photo, derrière le lampadaire, un jeune ado d'à peine quatorze ans, tout étonné d'être sur les lieux d'un tel rendez-vous : c'est déjà Erik Machielsen.

 

Photo ci-contre : pour la circonstance, Erik immortalise les Stones avec de la pellicule couleur, très chère à l'époque pour un étudiant.

 

AVEC LES WHO

 

Erik Machielsen a fait partie du microcosme des chasseurs d'autographes purs et durs, prêts à attendre des heures dans le froid, prêts à toutes les ruses pour se retrouver durant quelques instants confrontés à l'aura d'un être qu'ils voyaient comme exceptionnel : l'artiste.  

 

The Who et Erik

Keith Moon, John Entwistle, Roger Daltrey,
Pete Townshend et Erik Machielsen avec son instamatic.
Tremoloo, ville western, la veille de Wolu-City 1967.

 

 

À Bruxelles, tous les professionnels du milieu des musiciens des sixties connaissent Erik parce qu'il a toujours été là où se déroulait un concert, une séance de dédicaces, un cocktail de presse.

 

Anonyme, dans la foule, il est toujours parvenu à se faufiler et pour finir, il est devenu une tête connue. Sympathique, effacé, discret, son Instamatic à la main, il est progressivement parvenu à faire partie du sérail.

 

Il a d'abord commencé par recueillir ses informations par les journaux, les magazines, la radio. En parcourant  Juke Box , Salut les Copains, Ciné-Music Magazine (*) , il s'est mis en tête de se retrouver un jour en face des chanteurs et acteurs  qui passeraient par Bruxelles.

 

Méthodiquement, il s'est organisé pour se placer sur la route de Johnny, Sylvie, Claude François, Sheila, Richard Anthony, Dick Rivers, Eddy Mitchell.

 

Et de beaucoup d'autres encore, indépendamment de leur race, de leur sexe, de leur langue, de leur genre musical.

AVEC PINK FLOYD

 

Il a ainsi réussi à obtenir les autographes de  Cliff Richard, des quatre musiciens des Shadows,  de Dave Berry, de Thelonious Monk, de Vince Taylor et ensuite des nouveaux groupes venus d'Outre-Manche : les Pink Floyd, les Moody Blues, les Kinks et tant d'autres. 

 

D'attaque sur tous les fronts, on le retrouve au dernier étage du Martini Center, au rendez-vous des vedettes où il côtoie Georges Chelon, les Easybeats, les Doors (sans Jim Morrison), les Rolling Stones, au village western de Tremolo avec les Who, la veille de leur mémorable passage à Wolu-City en 1967.

 

Ensuite on le retrouve de plus en plus souvent aux côtés de Jean-Noël Coghe, rencontré lors d'un concert de John Mayall. Jean-Noël était déjà à l'époque journaliste rock de plusieurs journaux du Nord de la France et travaillait pour Formule J.

 

Les Pink Floyd et Erik Machielsen au Cheetah Club © Erik Machielsen

COLLABORATION AVEC CENTURY AGENCY

 

Pour ma part j'ai rencontré Erik sur ma route à l'occasion de soirées organisées à l'Agence Century, rue des pensées à Schaerbeek.

 

Mais également à l'occasion des  Pop Hot Shows  ou des deux  Free Shows  organisés dans les galeries du Wolu-Shopping-Center où il mitraille  Golden Earrings,  Jenghiz Khan ,  Whisbone Ash,  Yes . 

 

Lorsque l'Agence Century organisera quatre concerts à la Ferme V, Erik profitera de la présence de  Genesis, de  Van der Graaf Generator , de Stud  et de Black Widow  pour les photographier hors scène.

 

Free show de juin 1971

Pop Circus à Liège avec
Rory Gallagher© Erik Machielsen

 

Whisbone Ash- Free show octobre 1972© Erik Machielsen

ERIK : L'INTERVIEW

Erik Machielsen

Lors d'un rendez-vous, le 11 avril 2008, il me sort ses albums de souvenirs, rescapés d'une époque à jamais révolue.

 

Il m'aligne des centaines de photos dédicacées d'artistes anglais, français, américains et belges qu'il a personnellement rencontrés, auxquels il est parfois arrivé à serrer la main et dont il est  toujours parvenu à recueillir la précieuse signature.

Je lui demande alors de me parler de son ancienne passion.

passion. Et pourquoi il n'a jamais cherché à faire carrière dans le show-business ?

 

Erik Machielsen : A vrai dire, en tant que fan de musique de variétés et plus tard de rock, je n'ai jamais eu de plan de carrière. Je fonctionne plutôt à l'impulsion. Ceci dit, j'ai toujours été fasciné par le monde des artistes. Ces gens sont formidables parce qu'ils sont parvenus, grâce à leur art et à leur ténacité, à se hisser à un niveau qui leur épargne la banalité de la vie quotidienne.

 

A cette époque, au début des années 60, le petit garçon timide que j'étais, avait besoin de rêver à un avenir plus rose. A une vie dans laquelle, il trouverait sa place. Or les chanteurs, les acteurs sont des interprètes de la vie. Ils font passer des émotions, ils créent. J'ai une admiration sans bornes pour les créateurs. C'est donc tout naturellement qu'ils sont devenus des exemples, quel qu'ait été leur degré de notoriété.

 

Jusqu'à l'âge de dix ans, j'ai vécu en Afrique. Le divorce de mes parents a précipité notre retour en Belgique. A la descente du train, j'ai le souvenir de mon père qui nous amène mon frère et moi dans une grande brasserie située à côté du cinéma Orly, gare du Midi.

 

J'ai mis une tune dans le juke-box et j'ai entendu Venus. J'ai adoré. Puis, dans le même bistrot, j'ai entendu Piaf et son  Milord. J'ai adoré aussi. Jusque là, au Congo notamment, mon univers musical se résumait à  Davy Crockett  et la série des Rondes et chansons de France chantées par Lucienne Vernay et les Quatre Barbus.

 

En grandissant, j'ai appris à connaître puis à fréquenter la plupart des grands magasins du bas de la ville qui commençaient à proposer la vente de microsillons à leur clientèle.

 

Je passais des heures à regarder dans les bacs, à détailler les pochettes et bien sûr à écouter les chansons diffusées dans les haut-parleurs. Chaque semaine, je faisais, de manière quasi rituelle, la tournée des rayons disques des différents magasins. Juste pour le plaisir.

 

http://www.retrojeunesse60.com/LesChanteusesFrancaises
RetroJeunesse60.jpg
Tisot, Pétula, celui et celle par qui tout a commencé ...

Un après-midi, en déambulant, dans les Galeries Anspach, je tombe sur une affichette qui indique qu'Henri Tisot et Hugues Aufray viendront dédicacer leurs photos au rayon disques. J'avais l'habitude de regarder le feuilleton  Le temps des copains  qui passait sur l'ORTF et la seule pensée de rencontrer l'acteur en chair et en os me donnait des palpitations.

 

J'ai attendu dix-sept heures, me suis mis dans la file. Arrivé devant lui, je me suis senti parcouru de frissons aussi bizarres qu'agréables.

J'avais la sensation de partager un univers virtuel, dans lequel, le temps que je m'y trouvais, je me sentais valorisé.…. Celle de me retrouver à côté de quelqu'un d'exceptionnel. Que je connaisse un tel émoi en face de quelqu'un comme lui peut paraître exagéré. Mais ni la notoriété de l'artiste ni son physique n'avaient d'importance. Ce qui comptait c'est qu'il soit artiste. Point.

Une fois rentré chez moi, j'ai collé sa photo dédicacée dans un petit album à côté de celle de  Hugues Aufray  dont  Je reviens  et C'est pas la peine commençaient à être diffusés régulièrement sur les ondes. Ce furent les deux premiers autographes d'une vaste collection.

 

Hugues Aufray - 1972 © Erik Machielsen

 

Ma troisième prise était de taille. Chaussée d'Ixelles, dans un magasin d'électroménager j'ai pu approcher  Petula Clark . Il y avait un monde fou. Je me suis retrouvé à l'intérieur du magasin, le nez collé contre les vitrines, à moitié étouffé. Comme je n'étais pas très grand, j'ai failli plusieurs fois être écrasé par une foule en délire. Je ne te dis pas l'émotion devant cette superbe et adorable chanteuse. Je planais à un mètre du sol. J'étais au comble du bonheur.

Après il y a eu  Philippe Clay. Tu vois, pour moi n'importe quelle personnalité du monde du petit ou du grand écran revêtait de l'intérêt. Ensuite, je me suis de mieux en mieux organisé. J'ai fait tous les grands magasins de la ville, systématiquement les uns après les autres.

 

Erik avec Annie Girardot ©

LE GRAND BAZAR - L'ANCIENNE BELGIQUE

LE CAFÉ DES ARTISTES

 

Galeries Anspach ou j'ai obtenu des autographes de Barry Ryan, Au Bon Marché où j'ai rencontré Johnny  et plus tard  Sylvie . À l'Innovation, pour les  Parisiennes. À la Maison Bleue pour  Dave Berry , au Magasin de la Bourse pour  France Gall, chez Sarma pour  Gilbert Bécaud. 

 

J.M. Tu as notamment été un véritable pilier de l'Ancienne Belgique ?

 

Erik Machielsen : Oui, mais plutôt de ses vestiaires. A l'époque les vedettes qui venaient donner leurs concerts se prêtaient au rituel des autographes après leurs représentations.

 

J.M. Tu n'assistais pas à leur spectacle ? Pourtant c'est sur scène, en pleine lumière, qu'ils auraient dû doubler ton bonheur ?

 

Erik Machielsen : Je n'ai jamais sorti un franc pour aller voir un chanteur sur scène. Je n'avais d'ailleurs pas les moyens de me payer une place, même bon marché. Je me contentais donc des autographes. Je préférais investir les quelques sous que me donnait ma mère pour acheter leurs disques ou lire des magazines.

 

Michel Polnareff et Erik

 

Moi et d'autres fans on avait l'habitude d'attendre la fin des spectacles. Ensuite, il y avait parfois moyen de se faufiler à l'intérieur de la salle pendant que les spectateurs en sortaient. Et d'approcher l'entrée des loges. C'est ainsi que je me suis retrouvé face à Jeff Beck qui accompagnait Polnareff durant deux jours à l'Ancienne Belgique.

 

 

Ceci dit, je suis devenu surtout devenu un habitué du bistrot qui se trouvait en face de l'A.B. et qui s'appelait  Le café des artistes.

 

C'est là que, derrière un coca, je discutais des heures entières avec d'autres fanas d'autographes, qui comme moi, attendaient de voir débarquer les chanteurs.

 

On a finit par créer une petite équipe de cinq, six jeunes, complices, qui partagions la même passion.

 

 

Ancienne Belgique avec Jo Dassin - 1960

 

 

 

À côté de l'Ancienne se trouvait aussi un autre bistrot plus classique. Je n'aimais pas trop y aller, mais j'ai tout de même fait l'effort d'y entrer quand j'ai vu que Stevie Winwood s'y trouvait. Il buvait sa bière ou son coca (je n'ai pas regardé), entouré de quelques gars de la bande des Aigles qui le courtisaient.

 

Je m'approche de lui avec un petit magnétophone et je lui adresse la parole dans un anglais approximatif : « May I ask you some questions » ?

 

Légèrement agacé, il me demande pour quelle radio ou magazine je travaille ?

 

Du tac au tac, et très fièrement, je lui réponds : «  For a school magazine ». Il lève les yeux au ciel.

 

Et puis je me lance: «  What do you think about the belgian public » ? (On ne rit pas !)

 

Et là il me regarde et très pince sans-rire, me répond: « Schoolchildren are great ».

 

 

 

 

 

Vince Taylor - Paris 1970-71 et Ronnie Bird au Palais des Sports en avant-première des Stones

© Erik Machielsen

 

À LA RTB, PLACE FLAGEY

 

En écoutant le dimanche à la radio les interviews des artistes qui venaient se produire à Bruxelles, je me suis dit : « Au lieu d'attendre des heures dans un bistrot bourré de monde, pourquoi ne pas aller les attendre, Place Flagey devant les bâtiments de la RTB » ?

 

À l'époque il y avait une émission hebdomadaire qui s'appelait   Les deux cent trente minutes  animée par Jean-Claude Ménessier. Notre petite bande s'est donc fixé rendez-vous, chaque dimanche sous la voûte d'entrée du bâtiment. On a fini par se retrouver à une bonne quinzaine d'irréductibles.

 

Je me rappelle avoir abordé Claude François et Eddy Mitchell, France Gall, Adamo et tant d'autres sur la Place Flagey, alors convertie en parking, alors qu'ils descendaient de leur voiture parfois seuls, parfois accompagnés de leur secrétaire.

 

J'étais vachement impressionné. Mais face à leur gentillesse et à leur disponibilité, je me suis bien vite senti autorisé à les prendre en photo.

 

C'est ainsi qu'en plus des autographes et photos dédicacées que nous recevions des artistes eux-mêmes, je suis devenu une sorte de photographe des vedettes. Et puis, j'ai sauté un pas supplémentaire en me faisant tirer le portrait par un copain aux côtés de certaines d'entre elles.

 

SYLVIE ET JOHNNY

 

C'était l'époque où Johnny et Sylvie nageaient en pleine lune de miel. Tous les magazines vantaient la romance. Je ne savais pas que Sylvie était à Bruxelles ce jour là. En fait elle était venue incognito rejoindre son amoureux de chanteur à l'hôtel Amigo situé derrière la Grand Place.  Mais le portier avait vendu la mèche. Je me suis donc planqué dans le parking situé au sous-sol de l'hôtel pour tenter d'obtenir un double autographe.

 

Au bout d'un moment, nous les voyons arriver, serrés l'un contre l'autre en se bécotant. Aussitôt je bondis et clic je réalise un cliché avec mon modeste instamatic.

 

Et là au lieu de rouspéter, de nous remballer ou de filer, ils se montrent tous les deux, adorables et nous laissent prendre une autre photo.

 

Ce que j'en ai retenu c'est que face à un fan qui les respecte, l'artiste garde son naturel.

 

J.M. Au fond, tu n'avais jamais eu à jouer au paparazzi pour rencontrer ces célébrités ?

 

Erik Machielsen  : Ca ne s'est jamais passé. Pour la simple et bonne raison que ceux-ci savent faire la différence entre un fan et un journaliste dont le boulot est précisément de les « traquer ». Je m'en suis notamment rendu compte avec Johnny Halliday. Je l'ai vu plusieurs fois. Lorsqu'il était confronté à la presse ou aux médias, il était souriant mais toujours sur ses gardes.

 

 

Erik Machielsen

Erik Machielsen et Sylvie Vartan

 

J.M. Puis tu t'es mis à fréquenter les coulisses des plateaux télé ?

 

Ostende 1968 - Julie Driscoll © Erik Machielsen

 

Erik Machielsen : Les chanteurs ont fini par déserter les studios radio au profit des plateaux de télévision. J'ai donc suivi le mouvement. Je suis parvenu à m'introduire dans les studios où se tournait Feu Vert,  une émission de variétés, destinée aux jeunes et qui faisait venir tous les artistes en vogue.

 

Lorsque en 1969, après mon service militaire, j'ai été engagé à la RTB pour un job de « correspondancier-comptable ». J'y 'ai tout fait sauf de la comptabilité.

 

J'ai eu la bonne surprise de me retrouver dans un bureau qui gérait les contrats et les plannings de tous les artistes passant par l'organisme public.

 

D'un seul coup, j'étais aux premières loges et mon statut me procurait une sorte de « légitimité » qui m'a permis de me retrouver en tête à tête avec des tas de groupes, chanteurs et musiciens… et mon appareil photo à deux sous.

 

 

SUR SCÈNE

Moody Blues

Les Moody Blues © Erik Machielsen

 

Sans une autorisation écrite de la direction, il n'était pas possible de prendre des photos à l'intérieur des studios. Je suis allé plaider ma cause auprès de la secrétaire du directeur des programmes qui a consenti à me laisser procéder. Mais à l'extérieur des studios uniquement. J'ai ainsi assisté à mains enregistrements de  Pop Shop  puis  Folllies  ( oui, avec 3 l ).

 

Roxy Music

Roxy Music © Erik Machielsen

 

Pete Brown and Piblokto © Erik Machielsen

MARVIN GAYE

 

En 72, lorsque j'ai appris que  Genesis  venait dans nos murs, je me suis faufilé entre deux prises de vue et leur ai demandé de bien vouloir sortir avec moi quelques minutes pour quelques clichés. J'ai fait de même avec Van der Graaf Generator, Spooky Tooth, Pete Brown and Piblokto, Amon Düll, Gilbert O'Sullivan, Uriah Heep, Yes….

 

J.M. Lorsque je t'ai demandé ce qui t'avait conduit à collecter autant de témoignages de tes rencontres avec des centaines d'artistes, tu m'as dit : "En accumulant photos et autographes, j'avais l'impression de rassembler quelques poussières d'étoiles".

 

Erik Machielsen : C'est la vérité. Je tiens à répéter que je ne m'en suis jamais vanté et que j'en ai très peu parlé autour de moi.

 

C'était mon jardin secret. Ma manière de me sentir proche de ces célébrités.

 

Un jour de 64, alors que je suis en planque, je tombe nez à nez avec un black magnifique dont je ne connais ni le nom, ni le degré de popularité. Ce dont je suis certain c'est que c'est un type connu.

 

À tout hasard, je lui tends une fiche et je lui dis « To Erik, please ». Au lieu de signer, il me tend la main.

 

Comme je crois qu'il n'a pas compris ma demande, je lui redis « To Erik, please ».

 

Et le gars me retend la main. Je la lui serre et alors seulement il me dédicace ma fiche avec un « Best whishes, Marvin Gaye ».

 

 

 

De retour chez moi, je pioche dans plusieurs magazines et finit par découvrir que c'est le musicien qui a signé chez la célèbre firme de disques Tamla Motown et qui vient de connaître le succès international avec  Can I Get a witness .

 

Je me suis dit :  Chouette, j'ai l'autographe du gars qui chante la version originale de Un verre de whisky  de Monty.

 

Il était venu dans le cadre de l'émission de la BRT  Tienerklanken.

 

Si je garde un souvenir si fort de Marvin Gaye c'est parce que c'est le musicien qui m'a le plus touché. Le contact humain qu'il a fait passer reste pour moi inoubliable.

 

Quelques années plus tard, en 1982, j'ai eu l'occasion de le revoir. C'était à Ostende, lors du tournage de Marvin Gaye Transit Ostende réalisé par Richard Olivier.

 

 

Manu Bonmariage, Erik Machielsen et Marvin Gaye

 

À cette occasion, je lui ai reparlé de notre brève rencontre de 1964. Je lui ai exprimé combien il m'avait touché à l'époque par sa simplicité et sa chaleur humaine.

 

 

J'ai raté une "grande" photo

 

J.M. A ton tableau de chasse es-tu parvenu à accrocher les  Beatles et les  Rolling Stones ?

 

Erik Machielsen :  Les Beatles, non. Les Stones, oui. Aidé par une mamie groupie (sic) d'une bonne quarantaine d'années qui collectait depuis des années les autographes pour ses deux enfants, celle-ci m'entraîne dans les coulisses du Palais des Sports de Schaerbeek.

 

On est là à faire les cent pas. Soudain, au-dessus de nos têtes, sur une passerelle, on aperçoit Mick Jagger qui patiente avant d'entrer sur scène.

 

Je sors le poster des  Stones  que j'avais détaché du magazine  Twist  et je me mets à l'agiter tout en criant : « Mick, Mick ».

 

Une photo (parue récemment dans la « Dernière Heure) a même été prise au moment où je sautais en l'air pour tendre le poster à Mick qui de son côté faisait des efforts en se penchant pour l'attraper.

 

Ce jour-là, je me suis retrouvé juste derrière eux avant qu'on annonce leur entrée en scène.

 

Ils étaient côté à côté et moi, j'étais à un mètre d'eux, mon instamatic à la main. Ils sont donc de dos. Et là, je ne pousse pas sur le déclencheur de l'appareil.

 

Je me dis sans doute à cet instant : «  A quoi ça sert de les avoir de dos » ? Aujourd'hui je me dis que, ce soir-là, j'ai raté une « grande »  photo.

 

 

LE SENS DE L'INSTANTANÉITÉ

Celui qui penserait qu'Erik n'est qu'un simple fan, certes plus acharné que les autres, à se procurer l'autographe des vedettes, commettrait une lourde erreur. Erik a surtout un śil. Il aime jeter un regard sur l'événement. Son sens de l'instantanéité et du détail en font quelqu'un de rare.

 

Au lieu de se contenter de traquer ses idoles dans la rue ou de les photographier sur scène, Erik a eu le réflexe de presser le déclencheur de ses appareils pour fixer des moments plus intimes ; qui aujourd'hui revêtent une dimension de reporter historien de ces années glorieuses.

 

Les Pink Floyd débarquent-ils au 140 ? Erik les photographie sans oublier… Jo Dekmine, le boss du Théâtre qui fait connaissance avec le groupe. Au Free show du Wolu Shopping Center, il ne rate pas la réaction de Pete Brown, interrompu dans son show, au moment où une (fausse) alerte à la bombe l'oblige à descendre de scène. Mais il a également la présence d'esprit de flasher les responsables de l'événement et de saisir leurs réactions.

 

A la sortie de l'hôtel Sirius, il est dans la rue à attendre les Moody Blues, lors de leur premier déplacement en Belgique. Dans le train qui amène Rory Gallagher de Bruxelles au Pop Circus à Liège, il est le seul à prendre des clichés des diverses personnalités qui se rendent à ce show exceptionnel.

 

 

Erik Machielsen a toujours su se faufiler dans les loges, dans les coulisses, à l'arrière des podiums, sans carte de presse, sans accréditation. Il a eu la présence d'esprit d'immortaliser des tas de professionnels du milieu du show-business. Agents de spectacles, impresarii, patrons de salle, roadies font partie désormais partie de la légende des pionniers du rock en Belgique. Aujourd'hui, ils dorment dans la masse de ses milliers de négatifs qu'il garde précieusement dans ses classeurs.

 

Erik aurait sans doute pu faire carrière dans le reportage photographique rock. Mais à l'époque personne n'imaginait qu'on pourrait en faire un métier.

 

1969 - J.Jième et les Moody Blues à la sortie du Siriu © Erik Machielsen

 

FLIPPER AVEC SLADE

Erik jouant au flipper avec Slade © à la Bécasse - Grand Place de Bruxelles

COLLECTION PHOTOS D'ERIK MACHIELSEN

Située à Liège, le long de la Meuse,  au cinquième étage des bâtiments  que la RTBF  occupe dans le complexe de Mediacité, la Sonuma est le pendant de l'I.N.A. en France.

 

La société a reçu la mission d'archiver, de scanner et restaurer tout document qui, de près ou de loin, a trait à la saga de la RTB depuis ses origines. 

 

Après avoir présenté son incroyable collection de documents photographiques (quelques milliers de clichés) collectés durant trente ans sur les plateaux de la RTBF, la Sonuma et Erik se sont mis mis d'accord pour entamer la numérisation de ce trésor.

 

Le travail d'Erik est désormais enfin reconnu. En effet, la Sonuma exploite désormais ce matériel auprès des professionnels de l'audiovisuel et bientôt auprès du grand public.

 

 

 

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