THE SHAKESPEARES

 

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Chapitre 1 : Les débuts du groupe. Son arrivée en Belgique. Le chanteur Brian - Martin Pigott et Chris Stone

 

Chapitre 2 : Les English restent en Belgique - 1967

 

Chapitre 3 : Sortie de Burning My Fingers

Les Shake Spears changent leur nom en Shakespeares

 

Chapitre 4 : How does she look - Tournage Clip à Knokke

 

Chapitre 5 : Février 1969 les Shakespeares quittent la Belgique

 

Alan Escombe vit aujourd'hui à Byron Bay (Australie)

Son fils Luke est à l'aube d'une carrière internationale.

 

 

 

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THE SHAKESPEARES

Biographie officielle

Jean Jième, avec la collaboration de Alan Escombe

 

CHAPITRE 4 : HOW DOES SHE LOOK

Shakespeares rock belgique

 

Tandis que les musiciens entrent en studio pour y enregistrer How does she look, je m'affaire à tout organiser pour la réalisation de la future pochette de leur disque.

 

Je viens d'acquérir un objectif d'un genre un peu spécial : un fish-eye (œil de poisson). Il déforme les perspectives de manière à ce que les personnages semblent comprimés dans une sphère. L'effet est saisissant. Je n'ai pas envie de travailler en extérieur. Je préfèrerais un studio avec projecteurs.

 

Heureusement, je connais Jean-Pierre Timmermans, l'assistant de Dick Colian, photographe de mode, rue de Mérode. Comme ce dernier est en vacances, tout va pour le mieux. La location du studio sera gratuite. Quelques jours plus tard, je débarque avec les cinq musiciens.

 

Mon copain photographe prépare ses parapluies et son flash électronique. La lumière sera donc parfaite, très au goût du jour c'est à dire légèrement surexposée. C'est la grande mode à Londres depuis le célèbre film The Knack de Richard Lester.

 

Après la séance de prises de vues, les négatifs sont aussitôt tirés avec leurs planches de contact. Je réalise un premier tri des clichés les plus réussis. Les musiciens sont ravis du résultat.

 

RCA promet que les vinyles seront pressés, insérés dans leur nouvelle pochette et disponibles pour la fin du mois.

 

Grâce à mes différents contacts avec des agences de films publicitaires, je parviens à négocier deux jingles très bien payés pour le compte des crèmes glacées Alaska et des cigarettes Boule d'Or, film dans lequel ils font même de la figuration.

 

 

Ensuite, je décide de partir pour le littoral en vue d'aller démarcher les établissements susceptibles d'être intéressés par un groupe. J'aimerais bien que les musiciens puissent se produire, durant l'été, dans un club ou dans une boite branchée.

 

 

 

PROSPECTION SUR LA CÔTE

Lors de mon bref séjour à Knokke-le-Zoute, je fais la connaissance de Michel D. C'est une sorte de golden boy, actuellement gérant du Match-Club, avenue du littoral. Il se montre intéressé par la perspective d'avoir les Shakespeares pour l'ouverture de son établissement. Il me demande quelques jours de réflexions.

 

De retour sur Bruxelles, j'assiste avec curiosité à une répétition du groupe au grand complet. D'emblée, je suis séduit par le jeu soutenu, vif et efficace du nouveau batteur qui semble parfaitement avoir trouvé sa place aux côtés des quatre autres.

 

Je leur apporte une surprise : des exemplaires tout chauds de leur dernier single. Ils vont bientôt pouvoir tester leur nouvelle formule et faire connaître How does she look, grâce à toute une série de prestations prévues en Flandres comme en Wallonie, durant une partie de l'été.

 

 

Selon les nouvelles dispositions, ils passent désormais en attraction, à raison de deux à trois passages de quarante-cinq minutes.

 

Le 6 juillet, ils prestent à la salle Rubens à Zuun ; le 7 au Kursaal ; le 13 au Jordan Inn à Blassvelde ; le 14 au Marché couvert à Trois-Ponts et au Select à Blegny-Trembleur.

 

Le 20 juillet, ils sont sous chapiteau aux 24 heures de Francorchamps ; le lendemain à Marneffe ; le 28 à la salle Concorde à Merchtem.

 

Partout où ils se produisent, ils déchaînent l'enthousiasme. Les patrons de salle sont ravis. La réputation du groupe s'en trouve renforcée. Tout ça c'est excellent pour la promotion !

 

LE MATCH-CLUB À KNOKKE
 

Shakespeares et jième

Comme les jours passent et que je ne vois rien venir, je décide de refaire un saut à Knokke. Lorsque les choses traînent ou ne se concrétisent pas assez vite, rien ne vaut le contact direct. Le courrier ou le téléphone ne sont que des pis aller. J'emporte un rouleau d'affiches, des photos et des exemplaires de leur 45 tours.

 

J'arrive à Knokke vers midi et me parque sans difficulté devant le Match Club. J'entre par une petite porte de côté. Une femme d'ouvrage s'active à tout remettre en ordre. J'ai de la chance, le patron est là. Je le trouve bel et bien dans son bureau, au premier étage. Il paraît un peu surpris de me voir.

 

Je lui annonce que j'ai reçu une proposition pour le groupe dans une discothèque qui vient de s'ouvrir à Heist. Il faut qu'il se décide tout de suite afin que je puisse regagner Bruxelles avec un contrat signé aujourd'hui. Je lui rappelle qu'il m'a laissé sans nouvelles depuis au moins quinze jours et qu'il n'a pas été prompt à me répondre au téléphone. Ce qui est la vérité.

 

Michel D. n'a visiblement pas envie que je fasse affaire avec un de ses concurrents. Habilement, il m'invite à déjeuner. Entre le plat de moules et frites et le dessert, on se met d'accord sur les modalités du contrat. Le groupe sera logé dans l'établissement. Il se produira entre le 1° et le 9 août, à raison de trois prestations de cinquante minutes par soirée. Excepté le dimanche 4, où ils jouent à Soignies. Le cachet est plus que confortable. De retour à Bruxelles, je mets les musiciens au courant. Ceux-ci accueillent la nouvelle avec enthousiasme.

 

PROMOTION

Shakespeares at Knokke

 

 

Jeudi 1° août, les musiciens chargent la camionnette.

 

Il nous faut un roadie d'urgence. Je demande à Serge Nagels s'il est d'accord de nous donner un coup de main. De petite taille, plutôt maigrichon, Serge n'a rien du porteur de matériel baraqué. Mais il ne faut pas s'y tromper, il a autant de force qu'un autre et surtout il est dévoué comme pas deux. Toujours de bonne humeur et très calme, c'est un parfait compagnon de route. Très vite, les Anglais le baptiseront Tiny, qui veut dire minuscule ou fluet. Nous débarquons en fin d'après-midi.

 

Le groupe dépose ses valises dans les deux chambres mansardées qui leur sont dévolues. C'est propre, mais limite sur le plan du confort. Peu importe ! Les Shakespeares ne sont pas les Rolling Stones.

 

 

Je remarque qu'il manque des affiches à la devanture du dancing. Je m'empresse de combler les vides. Michel, le patron du Match Club, dispose d'une bagnole de collection tout à fait spectaculaire. Il me propose de se balader dans le patelin au volant de l'ancêtre avec les musiciens à son bord.

 

Comme la bagnole ne dispose que d'une place à l'avant hormis le chauffeur et deux minuscules à l'arrière, Alan, Sox et Martin sont serrés comme des sardines. Georgie et Mick se tiennent comme ils peuvent sur les pare-chocs avant de la voiture qui roule au pas.

 

Le cortège fait son petit effet. Au bout d'une heure de trajet sur la digue et dans les rues principales, la population de Knokke se doit d'être au courant de la présence d'un groupe anglais dans ses murs.

 

L'AMBIANCE AU MATCH-CLUB

Le soir, c'est l'affluence. Dès vingt heures, les jeunes se pressent au guichet d'entrée. Le ticket n'est pas pour rien : cent francs. C'est beaucoup pour l'époque. Car les consommations ne sont pas comprises dans ce tarif. Pour accéder à la boite, il faut d'abord descendre quelques marches qui mènent au sous-sol. Ensuite on accède à une vaste cave voûtée. L'ambiance mi-figue, mi-raisin m'apparaît comme un peu trop snob à mon goût. Les jeunes dansent peu et se contentent de siroter leur whisky ou leur gin. Filles et garçons attendent. Le groupe ne devrait donner sa première prestation que vers vingt-trois heures. Mais le boss me demande d'anticiper.

 

Match Club Knokke Le Zoute

The Shakespeares au Match Club (photo J.Jième)

 

 

Claquemurés dans leur chambre, les musiciens sont ravis de se lancer dans l'arène, plus tôt que prévu. Dès qu'ils apparaissent, l'atmosphère change du tout au tout. Ils se lancent dans une formidable démonstration de leur savoir-faire. Ils se déchaînent et fascinent aisément le public qui en oublie qu'il peut danser. Au bout d'une heure de show ininterrompu, c'est le break. Ce que Michel n'avait pas prévu c'est qu'une partie de son public en profite pour déserter l'établissement et aller boire un verre ailleurs. La moitié de la boite se vide et l'ambiance retombe méchamment.

 

La sono ne parvient pas à compenser le départ du groupe. Et dire que le second passage n'est prévu que vers minuit ! Les musiciens se retirent discrètement et regagne les matelas étalés au sol du second étage. Le patron est nerveux. Il effectue les cent pas entre son bar et la rue. Il espère que ses clients vont revenir ou qu'il en accueillera d'autres. Finalement, après leurs deux prestations restantes, les Shakespeares ramènent le monde et la soirée se termine mieux que prévu. Le patron retrouve le sourire.

 

Durant toute la semaine, vers deux heures du matin, je me rends dans le bureau de Michel D. en train de clôturer ses comptes et je me fais règler le cachet des artistes.

 

Mais le dernier jour, il m'explique, avec une certaine gêne, que les recettes ne sont pas celles qu'il espérait. Il me fait constater, livres à l'appui, qu'après avoir payé les musiciens ainsi que les rémunérations des membres de son personnel, il ne lui reste rien. Il faut arrêter la formule ou diminuer les cachets. Je lui demande de réfléchir jusqu'au lendemain.

 

 

Le 4 août tombe un dimanche. C'est le jour de mon vingt-cinquième anniversaire. Les Shakespeares sont attendus au dancing l'Escale à Soignies. Ils quittent la côte, à regret. Ils auraient bien aimé prendre un jour de congé pour se bronzer sur la plage et puis fêter l'événement avec moi. Tiny se charge d'embarquer le matériel dans la camionnette. Je décide de rester sur place avec ma copine Christie, venue me faire une visite surprise.

 

Match Club Knokke Shakespeares

The Shakespeares au Match Club (photo J.Jième)

 

 

Durant le week-end, je discute avec quelques jeunes agglutinés devant le Match-Club. Ceux-ci m'expliquent qu'ils n'ont plus les moyens de se payer l'accès au dancing. Il faut se rendre à l'évidence, la formule a trouvé ses limites.

 

Je décide de devancer la décision prévisible de Michel D. c'est à dire de mettre prématurément fin au contrat et de lui proposer de réduire le cachet des musiciens de cinquante pour cent. De commun accord, nous décidons de supprimer le droit d'entrée et de rémunérer l'orchestre sur base d'un pourcentage sur la recette des boissons.

 

L'accord est scellé avec soulagement. Michel y gagne un sursit de quelques jours tandis que l'orchestre garde ses plus fidèles fans. Ceux-ci pourront entrer gratuitement, c'est l'essentiel. De plus, la promotion de How does she look peut se poursuivre.

 

Dès le lendemain soir, le bouche à oreille fonctionne à merveille. Les jeunes, mis au courant des nouvelles dispositions, remplissent la boite dans la bonne humeur générale.

 

Je redescends sur Bruxelles pour tenter d'établir un contact avec les programmateurs de Feu Vert à la RTB à Bruxelles. Je sais qu'une émission est prévue pour la fin du mois. Il faut que les Shakespeares fassent partie du plateau de rentrée.

 

Mais il semble que les responsables de l'émission soient tous partis en vacances. Je me rends compte qu'il ne sera pas possible de réserver une date pour un tournage en studio. Alors je prends l'initiative de réaliser un film moi-même.

 

TOURNAGE DU CLIP DE  HOW DOES SHE LOOK

clip video jean jième

J'arrive à persuader mon vieux copain cinéaste, Claude Ache, de venir passer une journée à la mer, accompagné de sa Pathé-Webo 16mm. Je lui explique que j'ai l'intention de réaliser un film de trois minutes avec les Shakespeares.

 

En 1968, on ne parle pas encore de clip musical mais plutôt de scopitone. De plus en plus de juke-boxes sont équipés de rétro projecteurs qui permettent en même temps d'écouter et de visionner les artistes.

 

Mon projet consiste à filmer et à monter les images sur la musique originale de leur 45 trs. Je n'ai ni scénario précis, ni moyens financiers. Je finance moi-même la pellicule et les labos. Claude, caméraman hors pair, qui marche et court avec sa caméra travaillera gratis.

 

En tant que fan de Richard Lester, réalisateur de Hard day's night et The Knack, j'ai envie de faire courir les musiciens du début jusqu'à la fin du clip. Mais pas pour n'importe quelle raison.

 

Je vais faire cavaler Georgie, Mick, Alan, Martin et Chris derrière de superbes filles. Je pars aussitôt en repérage et j'ai la chance de débusquer deux nanas blondes qui ont du chien.

 

Sans hésiter, elles acceptent de participer gracieusement à l'aventure. Caméra à l'épaule, Claude Ache enregistre fidèlement mes élucubrations. Sans le savoir, je viens de réaliser un clip. Des années avant l'existence de MTV.

 

En haut comme en bas : deux inconnues rencontrées par hasard qui se reconnaîtront peut-être aujourd'hui. (extraits du film en 16mm réalisé par J. Jième).

Clip Shakespeares

 

Knokke tournage Shakespeares

De son côté, Michel D. me prête volontiers son ancêtre roulant. De plus, il me fait rencontrer le peintre Charles Delporte qui expose ses oeuvres dans sa galerie au centre de Knokke.

 

Il me propose de mettre une de ses toiles géantes à ma disposition.

 

 

Et nous voilà parti pour une journée hyper marrante, désopilante mais aussi harassante. Ca n'a l'air de rien mais tourner trois minutes de film ça prend du temps ; surtout avec des  acteurs  non professionnels qui évoluent dans des rues bourrées de touristes.

 

On a donc tourné à la va-vite, à la bouges-toi que je te pousse.

 

La scène la plus délicate à réaliser fut de filmer les musiciens courant sur la digue en emportant l'énorme toile du peintre Delporte, lancé à leur poursuite. Au moindre faux pas, la toile pouvait passer un sale quart d'heure et finir par terre, éventrée.

 

Nous n'avions ni assurance, ni autorisation. Les flics sont bien venus jeter un coup d'œil. Mais, à cette époque on pouvait se permettre de tourner à l'improviste sur la voie publique sans le moindre soucis.

 

Les flics venaient vous demander :   Qu'est ce que vous faites  ? Et moi je répondrais généralement : Télévision Belge. Ah bon ! répondaient les pandores visiblement rassurés.

 

L'oeuvre du peintre Charles Delporte

 

Vision du clip : http://www.youtube.com/watch?v=BzW6zz6A2gE

 

 

Knokke tournage film Shakespeares

MONTAGE DU CLIP

A peine rentré à Bruxelles, je me débrouille pour avoir accès à une table de montage à la RTB. Je dispose d'une bobine de cent vingt mètres de pellicule 16mm, ce qui représente à peu près douze minutes. Je dois en garder deux et demie. J'essaye tant bien que mal de donner du rythme aux images qui, je le précise, ont été tournées sans le moindre support musical. Dans les corridors, je croise le réalisateur José Fransolet, un type vraiment charmant à qui je demande de venir jeter un coup d'oeil sur le montage. A la vision, il me fait judicieusement remarquer que sur les wouawouawa du refrain, il faudrait ajouter des photos fixes sur lesquelles on appliquerait un effet de zoom. Le lendemain, je lui apporte les clichés que j'ai pris au fish eye dans le studio du photographe Colian. Le résultat est bien meilleur. Grâce à José Fransolet, mon film est passé à la RTB plusieurs fois dans le cadre de plusieurs émissions de variétés.

 

 

 

Chapitre 5 : Les Shakespeares quittent la Belgique