ALBUM ROCK BELGE

 

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Buddy and the Shamrocks
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Laurélie
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Machiavel - Eurock (1976-1977)

 

Machiavel

Entre Eurock, Punk et New wave

(1978-1979)

 

Machiavel

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Wallace Collection - 1969L'envolée vers la gloire (2/1)
Wallace Collection - 1970La rançon de la gloire
Wallace Collection - Le crépuscule (1971).
Wallace Collection 69-71 Discographie complète
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ROCK BELGE / ALBUM SOUVENIRS

 

SAMOREDS (1967-1968)

Bio officielle réalisée par Jean Jième

D'après les souvenirs de François Van Eeckhaute
 

  Samoreds rock belge

Samoreds à La Cave : Bruno Libert : clavier et chant - Serge Zanello : guitare basse -
Freddy Kielbaey dit Duckx : guitare - François Van Eeckhaute : batterie

 

MUSIC AND CHIPS

 

Alors que j'étais encore dans l'orchestre The Blue Notes, Bruno Libert me téléphone. En se rendant chez Parys Flore, grand magasin d'instruments de musique bruxellois, il avait lu une petite annonce qui stipulait qu'un sponsor recherchait un groupe de jeunes musiciens.


Evidemment on a pris contact. Il s'est révélé qu'il s'agissait de la firme Vandemoortele qui, en partenariat avec les huiles Lesieur en France, voulait lancer un nouveau produit : des chips !

 

Rendez-vous est pris à l'Onyx Club avec Bernard Mahy, public relation de la firme, et qui deviendra plus tard notre impresario. L'audition se déroule devant le big boss Jean Vandemoortele, Monsieur De Schrijver,  son directeur commercial et Bernard Mahy. A l'issue de la prestation, nous apprenons que nous sommes sélectionnés.

 

Nous avons connu pas mal de discuté entre nous, car nous étions parfaitement conscients d'entrer dans un projet à caractère purement commercial.

 

Ainsi devions-nous, pendant la saison estivale, défiler de plage en plage en jouant sur un podium aux effigies des chips Samo. A chaque halte, de charmantes hôtesses distribuaient des paquets du produit. Les personnes sensées avoir collecté une dizaine de coupons d'emballage avait une chance de gagner un 45 tours du groupe qui devrait s'appeler The Samo's.

 

Un contrat en bonne et due forme fut rédigé par les bons soins de Bernard Mahy. Il courrait sur une période de trois ans. Il y était indiqué que nous recevrions une camionnette pour tous nos déplacements, une toute nouvelle amplification pour le chant, des costumes faits sur mesure, de grandes affiches en couleur.

 

En contre partie, nous étions sensés produire… des disques, (de préférence un tube !) qui passeraient régulièrement sur les radios avec des passages télés. Le contrat prévoyait en outre que nous serions soutenus par des auteurs-compositeurs qui nous pondraient des titres… sur mesure.

Blue Notes Christian Janssens

Les Blue Notes. Christian Janssens, Bruno Libert,

Freddy Kielbaey dit Duckx, François Van Eeckhaute.

 

Sur le plan financier, l'impresario ne prenait aucuns risques, puisqu'il ne nous appointait pas. Seuls les cachets découlant de nos futures prestations serviraient de rémunération.

D'emblée le père de Christian Janssens refusa catégoriquement de signer le contrat pour son fils mineur. Restait à trouver un nouveau bassiste. Ce fut Serge Zanello. Il possédait des qualités musicales indéniables. Petit bémol, il ne chantait pas en solo. C'est donc Bruno seul qui assuma la partie vocale ; les autres musiciens se contentant des chœurs.

 

Une fois le contrat signé, Bernard Mahy nous demanda de répéter intensivement. Mais comme il voulait créer la surprise, il nous demanda de ne plus nous montrer en public. Il nous expliqua que nous devions consentir ce type de sacrifice en attendant la « gloire » et que bientôt nous obtiendrions des cachets beaucoup plus importants.

 

Ces longs mois de répétitions, à raison de trois soirées par semaines, nous privèrent donc de nos prestations habituelles et donc de gagner un peu de sous. Ce fut dur pour tout le monde. On changea de local de répétition, devenu trop petit, et on émigra dans une salle située au dessus d'un café situé sur la place Simonis.

 

ROYAL GUARDSMEN

 

Chips Samo's

 

 

Les premiers titres des morceaux qui nous furent présentés par les « auteurs-compositeurs » de Bernard Mahy furent décevants. Ou il s'agissait de plagiats éhontés tels Ruby Tuesday ou de chansonnettes qui n'avaient que peu de rapport avec le rock. Nous avons donc refusé leurs offres. Et nous avons essayé de nous débrouiller de notre côté.

Le contrat stipulait, sans précisions particulières, que nous devions porter des tenues de scène assorties.  Bruno fit remarquer que la mode à Carnaby street consistait à s'habiller avec des tenues militaires du siècle passé.


L'idée a plu si bien que nous sommes retrouvés chez Butch-Taylor, rue de l'Ecuyer pour nous confectionner, sur mesure, des uniformes des Royal Guardsmen en feutrine rouge, portés sur pantalons noirs. Pour ma part, j'aurais aimé un look plus extravagant avec des épaulettes et des galons sur les manches, mais la consigne était de rester sobre. Entretemps un nom s'était imposé   : The Samoreds.

 

 

SAMOREDS : LE DÉMARRAGE 

 

Samoreds Belgique 1967

 

Désormais parés pour les séances photos, Mahy démarre la promo avant même que le disque ne soit sorti. Nous sommes repris dans la pluparts des magazines de l'époque : Belgique numéro 1, Télé Moustique, Humo. L'un d'entre eux ira jusqu'à titrer son article : "Ils veulent déboulonner les Beatles". Mahy fera également imprimer des étiquettes sur des bouteilles de Bordeaux destinées à la presse avec des slogans du genre: le vin rouge est la boisson des Samoreds.

Côté répertoire, tout en essayant de combiner les morceaux qui nous ont été infligés, nous travaillons sur des standards de Vanilla Fudge, The Turtels, The Monkees, The Move et un nouvel arrivant de génie Jimi Hendrix.

Côté shows et apparitions mondaines, on nous retrouve au karting de la porte de Ninove, puis « vedettes » d'un roman photos dans une sorte de parodie à la James Bond. Dans les rôles principaux : Michel Lemaire et quatre candidates à l'élection de Miss Belgique.

 

Par contre, côté enregistrement les choses ne s'arrangent pas. Les titres proposés à CBS, DECCA, VOGUE sont immanquablement refusés ! Mais de cela, nous nous en doutions.

 

L'été arrive et on constate que les firmes de disques ne s'engageront pas avant la rentrée. Pas de disques, pas de tournées des plages.

 

 

 

La Cave à Bruxelles 1967

 

Face à pareille situation, notre impresario consent enfin à nous laisser gagner notre vie. Nous décrochons un contrat de six mois, tous les vendredis à la Cave , un estaminet situé sur la Grand-Place. Au cours de cette période, nous verrons défiler la plupart des musiciens de Bruxelles.

 


BRITISH WEEK À BRUXELLES

British Week Bruxelles 1967

Swinging Brussels


En avril 1967, Bruxelles se met à l'heure anglaise pour deux semaines. Pour l'occasion, tous les magasins de la ville décorent leurs vitrines aux couleurs du drapeau britannique.


Nous sommes engagés toutes les après-midi aux Galeries Anspach. Un podium, dressé à côté du rayon des disques nous accueille avec en toile de fond un grand drapeau de l'Union Jack. Chaque jour, nous assurons des passages en attraction d'une durée de trente minutes. Mary Quant, grande prêtresse de la mini-jupe, fait une courte apparition, affublée d'une veste d'uniforme et d'une super mini-jupe.

Mary Quant Samoreds

Mary Quant et les Samoreds-Galeries Anspach

 

AMERICAN WEEKS

 

En mai, nouvel évènement d'importance avec cette fois la quinzaine américaine. Bruxelles est à nouveau à la fête. Un peu partout l'american way of life est mis à l'honneur. A l'Innovation, cette fois, c'est le groupe vocal américain The Golden Gate Quartet accompagné par Kenny Clarke batteur et leader avec ses musiciens qui assureront les prestations.


Le 22 mai, nous avions rendez vous chez Paris Match pour une interview, avec article et photos à la clef. Nous roulons en direction du viaduc, entassés dans la voiture de Bernard Mahy. Soudain, on aperçoit des flammes qui s'échappent du centre ville. D'énormes volutes de fumée noire obscurcissent le ciel. C'est l'Innovation qui brûle.
Par une chance inouie, l'ensemble musical de Kenny Clarke n'y est pas. Sa batterie restera dans les flammes.


BILZEN 1967

 

Bilzen 1967

Pour clôturer la soirée, les créateurs de A White Shade of Pale : Procol Harum

Le vendredi 25 août 67, nous faisons partie de l'affiche du troisième festival de Jazz à Bilzen. Pour la première fois, les organisateurs ont prévu une journée spéciale consacrée au rock. Il y a une belle distribution avec quelques groupes belges dont Adam's Recital, avec Jacky Mauer, l'ancien batteur des Partisans.


Vin Cardinal & his Queens, un autre trio composé d'un batteur-chanteur noir de Rythm and Blues, accompagné de deux charmantes créatures aux long cheveux blonds platinés, vêtues de robes moulées très glamour à paillettes argentées. Elles jouaient respectivement de la basse et de la guitare tout en faisant les chœurs.


The Pebbles, que Duckx et moi avions connus lorsque nous étions dans les King Bees. Ils avaient sacrément progressé sur le plan musical grâce notamment à Luc Smet au clavier et à un contrebassiste hollandais.


LA VALSE DES GALAS

Comme c'est déjà l'été, nous partons pour Zeebrugge pour quelques concerts dans la discothèque de Marc Aryan "La Barqu'à Jack".  Ensuite, Bernard Mahy nous envoie en France à Thoissey dans l'Ain, juste en dessous de Mâcon.


S'y déroule un petit festival sous chapiteau qui, chaque année connait son petit succès en accueillant plusieurs vedettes françaises. Le public nous assimile pour un groupe anglais, comme ce fut le cas auparavant avec The King Bees dans le Nord de la France.

Notre mini-tournée se termine à Ostende par trois soirées à  La Coupole, un établissement tenu par l'oncle de Guido Delo, claviériste du J.J.Band.

 

 

COMBLAIN-AU-JAZZ

Fin août 67, nouvelle incursion dans le monde du jazz. Le célèbre festival de Comblain-la-Tour qui avait fait venir Ray Charles, John Coltrane et tant d'autres géants du jazz a fait long feu. Désormais, c'est à Comblain-au -Pont, commune voisine que va s'organiser la relève.

 

On détonne un peu dans le décor avec nos tenues militaires écarlates. Nous retrouver avec des pointures du jazz pourrait prêter à rire et pourtant dès que nous nous mettons à jouer notre répertoire, le public nous écoute, apprécie et finit par nous réserver une ovation digne des plus grandes stars du jazz présentes ce jour-là.

 

 

Nicolas Dor, éminent critique et présentateur d'une émission de Jazz à RTB Liège, écrira dans la presse du lendemain que notre apparence laissait à penser que nous étions un orchestre de rock mais que nous avions un talent rare pour interpréter le blues et le jazz électrifié. Nous apprendrons dans la foulée que ce que nous appelions du jazz-boogie est en fait du hard-bop. Cette appellation nous était totalement inconnue.

 

 

CHATELET 1967

Le samedi 9 septembre se tient, comme chaque année, le festival de Chatelet avec sa pléiade d'artistes en tous genres. Nous faisons partie du plateau. La vedette de l'après-midi s'appelle Manfred Mann.

 

Nous ne pourrons pas assister à sa prestation, car ce même jour, nous devons effectuer un doublé. Nous sommes attendus  à Louvain au Grand Palais de l'Exposition pour un autre festival.

 

A notre arrivée, nous faisons la connaissance de Coffee Set, un groupe anglais qui réside en Belgique. Plus tard, Don Attewell rejoindra le Sweet Feeling et John Colston atterrira dans Convention.

 

 

A peine avons-nous débarqué à Louvain, que nous apprenons par l'organisateur que le groupe de Manfred Mann fait également partie du programme de la soirée. Ils arrivent durant notre prestation. La direction nous demande alors de jouer quelques morceaux de plus afin de permettre à leurs roadies de monter le matériel sur scène.

 

 


Young Man Story

Duckx et Bruno se lancent dans l'écriture. Ils pondent trois titres, dont le slow Rain, un tantinet psychédélique avant l'heure. Bernard Mahy nous dégotte une petite firme de disques dénommée Hebra, dont le patron n'est autre que Jean Darlier (futur président de la Sabam).


A notre profond étonnement, le 45 tours, tant attendu, sort enfin, mais sans le slow. Incroyable ! Pourtant de l'avis unanime, c'était le meilleur des trois titres. Darlier nous expliquera qu'il le réserve pour un prochain single. C'est le monde à l'envers !

 

RENCONTRES MANQUÉES


- Nous décidons de changer de salle de répétition. Nous amenons notre matériel au Waltra Theater, un établissement situé derrière le théâtre flamand. Il y a le café et deux salles de répétitions. Dans l'une d'elles, répète un autre groupe dont je fais part de l'existence à Bruno.


- Je sais , me dit-il,  ce sont des musiciens classiques qui s'essaient un peu aux Beatles avec Yesterday et Eleanor Rigby .


En fait, il s'agissait du groupe Stradivarius, le premier groupe de Raymond Vincent qui fera plus tard partie du Wallace Collection et deviendra co-fondateur d'Esperanto avec Bruno ! Comme quoi !

 


- Al Goyens nous  fait savoir qu'à lieu dans son club, le Blue Note, un concours pour jeunes musiciens de jazz. Bien sur, nous nous y inscrivons.


Duckx achète quelques partitions de Jazz et nous nous mettons à répéter intensément, avec la ferme intention de l'emporter . Entretemps, Bernard Mahy, qui nous a trouvé un contrat, insiste pour que nous désistions. La mort dans l'âme, on s'exécute.

Après le week-end, Duckx nous dit : vous savez qui a gagné le concours ? Nous nous attendions à voir triompher un saxophoniste, trompettiste ou même un pianiste. Et bien non, pas du tout. C'est un guitariste qui remporte le premier prix : un certain Philippe Catherine, déjà un virtuose, malgré son jeune âge.

 

LE CONTRAT QUI VENAIT DU FROID

En décembre 67, Bernard Mahy nous parle d'une éventuelle tournée de trois semaines en Tchécoslovaquie. Nous nous demandons quel peut bien être l'intérêt des huiles Vandemoortele de nous envoyer dans un pays de l'Est, qui ne vend pas ses produits.
C'est pour vous rôder aux tournées, nous répond-il !


Pour Bruno Libert, c'est impossible, il ne peut renoncer aux cours qu'il suit à l'université. Idem pour Duckx, qui vient d'être engagé dans son premier emploi.

Reste Serge, le bassiste, et moi. Nous ne suivons pas de cours et nous sommes sans boulot. Ce sera comme des vacances payées.

 

Après bien des péripéties pour trouver des musiciens de remplacement, nous obtenons l'accord du claviériste Christian Seha (Eagles) et du guitariste Jacky Nellissen. Tous les deux ont déjà joué en Russie avec Marc Aryan.

Il nous faut un chanteur d'appoint. Qu'à cela ne tienne, on engage notre roadie, Daniel Mairesse, surnommé Schmoll, en raison de sa ressemblance frappante avec Eddy Mitchell.

 

En à peine deux semaines, à raison de dix heures par jours, nous parvenons à constituer un répertoire de soul-music.

Lors d'une brève rencontre, pas très marrante, Bruno et Duckx sont priés de remettre leurs costumes de scène à leurs remplaçants.

 

Bernard Mahy et moi, sommes fraîchement mariés. Ni l'un ni l'autre n'avons envie de laisser nos épouses toute seule à la maison. Alors il a une idée. Pourquoi ne pas les emmener en Tchécoslovaquie ? La femme de Bernard poussera la chansonnette pour deux morceaux et initiera la jeune Madame Mahy à quelques pas de danse. Cela nous fera des gogos girls à bon marché.

TOURNÉE EN TCHÉCOSLOVAQUIE - 1968

Christian Seha et Daniel Mairesse dit Eddy Schmoll

lors d'un transfert dans une gare ferrovière

 

C'est le jour du départ. Notre train-couchette passe par Liège et laisse monter un groupe de quatre musiciens et de trois chanteurs, semble-t-il, pour la même destination que nous. A Vienne, un autobus  tractant une énorme remorque destinée au matériel, nous embarque tous. Le périple se poursuit jusqu'à Bratislava en Slovaquie. La température avoisine désormais les moins vingt degrés. Les flocons tombent sans discontinuer. Affables, les douaniers, pratiquement invisibles dans la neige, montent vérifier nos passeports tout en nous réclamant des autographes.

 

L'organisateur de cette tournée mémorable, c'est Joe Napoli, cet ex G.I., qui s'est pris d'amour pour le jazz, au point d'organiser des festivals annuels à Comblain-la-Tour.

 

L'homme nous accueille avec gentillesse, nous laisse prendre une bonne douche bien chaude. Lors d'un briefing, deux heures plus tard, il nous annonce une répétition générale avant les dix-sept représentations que nous donnerons dans toutes les grandes villes du Pays. Pour la Tchéquie, je me rappelle de Brno, Prague, Karlovy Vary.
Et après un retour à Bratislava, de Banska Bystrica, Kosice pour la Slovaquie. 
 

RÉPÉTITION GÉNÉRALE

 

Désormais, nous serons sous la « protection » de notre chauffeur de bus attitré et de Vera Baumanova, respectivement notre interprète, la présentatrice, lors des shows et la responsable de l'ensemble de la tournée.


Sur les affiches apposées dans les villes visitées, le spectacle est présenté sous le nom de Belgium Show. Le mot rock n'est pas évoqué.

Il faut savoir que la tournée a été montée grâce au bon vouloir des responsables nationaux du parti communiste tchécoslovaque, qui considère toujours les fans de rock comme des dissidents.


Etait-ce une ouverture, un essai ? Ne savaient-ils pas que nous étions des rockers ?  Nous n'aurons jamais la réponse.


Toujours est-il qu'à ma connaissance le groupe Samoreds  sera le tout premier groupe au monde à se produire dans ce pays.

SHOWS

Pendant dix-sept jours, voilà comment les shows vont se dérouler. Notre présentatrice annonce le premier orchestre de la soirée. Il s'agit en fait du quartet embarqué à Liège. Celui-ci accompagnent les trois chanteurs, respectivement pour trois chansons chacun. Leur répertoire variant d'Alain Barrière à Richard Anthony.

Après un court entracte, la présentatrice revient pour nous annoncer à notre tour.

On attaque avec un instrumental des Bar-kays, Soul Finger. Puis intervention d'Eddy Schmoll avec The Letter des Box-Tops. S'ensuivent: Hold On, I'm Comin' de Sam & Dave, In the Midnight Hour de Wilson Picket, Knock on Wood d'Eddie Floyd, etc...


Après sa prestation, Eddy quitte la scène pour laisser la place à Nathalie, (mon épouse) qui se lance dans un émouvant Yesterday (version soul de Carla Thomas) et le Nights in White Satin des Moody Blues. Derrière elle, Serge et moi poussons les chœurs.
Nathalie, qui possède une voix puissante avec un timbre très jazzy connaîtra un vif succès. Plus tard, elle se fera connaître sous le nom de Nina Taylor.


Retour d'Eddy qui s'approprie, sans vergogne, toutes les attitudes de Johnny Halliday et d'Eddy Mitchell. Nous y allons de plus belles avec Show Me de Joe Tex, Mustang Sally, Fa-Fa-Fa, Soul Man, j'en oublie. A la fin de son show, Nathalie et la jeune femme de Mahy reviennent sur le podium, vêtues de minirobes orange cousues dans du tissu éponge, et jouent les gogos girls.

 

Le final se déroule selon l'habituel cérémonial. Toute la troupe des artistes revient sur la scène, salue comme au théâtre et entonne : ce n'est qu'un au revoir, mes frères.

A l'issue de la première prestation, j'adresse certaines remarques à la cantonade. Je trouve qu'on n'a pas vraiment joué ensemble, qu'on a manqué de vigueur J'ai alors l'idée de proposer à Serge, qui tient la basse, de jouer tous les titres à une vitesse légèrement supérieure aux versions originales. Ca sonne nettement mieux. Dès le lendemain, la dynamique s'améliore, le tonus se renforce.

 

Cette manière d'interpréter la soul musique noire, me fait penser à du Rythm & Blues de blanc.

 

 


Malgré les basses températures, les salles de spectacle se remplissent chaque soir et même durant la semaine. La plupart du temps, nous jouons dans des salles de théâtres avec rangées de fauteuils et parfois balcons et mezzanines.


Durant la tournée, nous ne disposerons que d'un seul jour de repos. Tous les chanteurs de la troupe, à l'exception de notre Eddy, souffriront d'une extinction de voix. Des médecins, appelés d'urgence, parviendront à les remettre sur pied en un temps record, grâce à une injection d'un  produit aux vertus aussi mystérieux que revigorantes.

A n'en pas douter, en cas de vérification, nos quatre chanteurs, auraient très probablement étés contrôlés positifs.


LE PHÉNOMÈNE «SCHMOLL»

Samoreds Bratislava 1968

Les bus chargés des déplacements à travers le pays.

Le second sert au transport du matériel

 

Propulsé vedette du jour au lendemain, notre roadie-chanteur est déjà une forte tête en soi. Il va donc progressivement se comporter selon son nouveau statut de star.

 

Première échauffourée. Le conducteur du bus avait pris l'habitude d'embarquer la roue de secours de son véhicule sur la banquette arrière, nous privant, par la même occasion, de pouvoir s'allonger et d'y dormir quelques heures. En effet, les déplacements étaient interminables, et avec le verglas, le bus ne roulait qu'à une quarantaine de kilomètres à l'heure. Chaque étape pouvait prendre une journée entière.

Bref, nous décidons de déplacer cette roue.  Le chauffeur exige que nous la remettions à sa place. Eddy refuse. Mais l'homme est sacrément têtu, il ne veut rien entendre.
La discussion s'anime. Eddy est du genre bagarreur, il a le coup poing facile. Le drame est évité de justesse. Eddy finit enfin par se calmer. Pour toute la durée de la tournée, le tchèque va désormais le baptiser "The Tiger".


Le lendemain de ce premier incident, Schmoll, sensible au charme slave, s'entiche d'une ravissante poupée russe. Il passe la nuit dans ses bras et, au petit matin, décide de l'emmener dans le bus pour poursuivre la tournée en sa compagnie.


Mais Bernard Mahy refuse, Eddy s'entête à nouveau et menace de ne plus chanter. Le bus est prêt à démarrer. Il refuse d'y monter alors que tout le monde  l'attend déjà à l'intérieur. Après de longues palabres, Joe Napoli, excédé mais diplôme, parvient finalement à le raisonner en lui disant : tu reviendras plus tard, tiens prend un stylo et écris son nom et son adresse.


LE STADIUM 

Samoreds Tournée 1968

Christian Seha, Jacky Nellissen, Serge Zanello,François Van Eeckhaute et

Eddy Schmoll à l'avant-plan - Samoreds 1968 - Tchécoslovaquie

 

Le dernier concert se déroule à Kosice, une localité proche de la frontière russe. On nous fait pénétrer dans un stade gigantesque. Il me fait penser à l'ancien vélodrome de Schaerbeek ou j'ai vu les Stones ne remplir qu'un tiers de l'espace (pourtant après leur tube Satisfaction).


L'après-midi, alors que nous déambulons dans les rues, nous n'n croyons pas nos yeux. Des affiches de nous, partout, énormes ! En noir et blanc. Comment ont-ils fait pour agrandir ainsi nos portraits à partir de la petite carte postale que nous distribuons chaque jour par centaines ?


Le public à Kosice est plutôt typé tsigane : teint basané, cheveux foncé, grosse moustache pour les hommes.

L'on nous explique qu'il y a quelques Tchèques et quelques Slovaques parmi les spectateurs, mais qu'ils parlent un autre dialecte. Ca promet !

 
Le soir, les milliers de place du Palais des Sports sont occupées par un public surchauffé. Des centaines de policiers en uniforme assurent le service d'ordre.

Malgré les barrières de protection, dès le début du spectacle, et surtout au moment où Nathalie entame Yesterday les premiers rangées de spectateurs essayent de se ruer vers le podium,. Ils paraissent déchaînés. Les policiers sont obligés de cogner avec leurs longues matraques.


Mais nous n'avons encore rien vu. A la finale du show, lorsque les deux filles font irruption en mini-jupe, on frise l'émeute. Les filles prennent peur et se réfugient à l'arrière de la scène. Des unités de police sont appelées en renfort. Ca cognera de plus belle. Il vaut mieux se tirer et en vitesse. Nous ne reviendrons plus saluer la foule.
 
Lorsque nous avons quitté le pays, en février, nous ne pouvions pas savoir que quelques semaines plus tard démarrerait le Printemps de Prague, suivi d'une insurrection sévèrement réprimée par l'envoi de chars et de troupes soviétiques.

 

 
 

 

LA FIN D'UNE ÉPOQUE

 

De retour en Belgique, le père de Bruno Libert exige une entrevue avec Mr Vandemoortele. Il explique au PDG qu'il n'est plus question que son fils reste musicien des Samoreds. D'autre part, Duckx annonce qu'il va bientôt être appelé sous les drapeaux. Rendez-vous est pris avec les quatre musiciens du groupe, Bernard Mahy et Vandemoortele. Au terme de la réunion, le contrat est tout simplement déchiré. Nous sommes à nouveau libres.

Jamais, les Samoreds ne lui auront fait vendre un paquet de chips de plus ou de moins.

Ce jour-là, Bernard Mahy nous demandera à Serge et à moi de restituer nos mythiques vestes rouges. J'ai trouvé cette fin des Samoreds humiliante.

 

Encore aujourd'hui, plus de quarante ans plus tard, je me vois encore retirer mon emblématique décoration. C'est fini. Nous déposons les armes, non sans avoir pourtant le sentiment d'avoir accompli de bons et loyaux services.


Nous n'en resterons pas là. Après une refonte du groupe, nous formerons Small Rhapsody.

 

Remerciements à Serge Zanello ………………….

 

Disparition à 66 ans de notre ami Freddy Kielbaey, né le 31 juillet 1947.

Son décès remonte au 31 janvier 2014.

 

 

Dossiers annexes: Les King Bees

The Blue Notes

 

 

 

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