ALBUM ROCK BELGE

 

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Machiavel

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ROCK BELGE / ALBUM SOUVENIRS

MOBY DICK (1972-1974)

Moby Dick a été créé par Roland De Greef, rejoint ensuite par Marc Ysaye.

 

 

Biographie officielle de Moby Dick, réalisée par Jean Jieme, à partir d'une interview avec

Roland De Greef et Marc Ysaye Également extraits de l'ouvrage

Les Classiques - 21 ans de passion (Éditions Racine).

 


Moby Dick

 

 

LE GRAND SAUT POUR DEVENIR  BATTEUR.

 

Extraits de Les Classiques - 21 ans de passion (Éditions Racine).


À l’athénée de Laeken, où le jeune Marc Ysaye poursuit sa scolarité, il se lie d’amitié avec Benny Verhuygt, guitariste dans un orchestre de bal : le  Berry Clan.  Il a à peine quatorze ans. Pour se rendre intéressant,  Marc  lui fait croire qu’il joue, lui-même,  de la batterie.


En janvier 1970, le copain Benny lui propose de remplacer son batteur défaillant, pour le week-end suivant.  Sans hésiter, Marc accepte… alors qu’il  ne possède pas de batterie et qu’il n’a jamais tenu de véritables baguettes.


Dans son livre Les Classiques de Marc Ysaye - 21 ans de passion, il rapporte cet événement :


« 
Plutôt que de lui dire la vérité - en fait je n'ai jamais touché à une batterie de ma vie -, je m'entends encore lui répondre sans hésiter: «Mais oui, bien entendu, je serai là!» Ce oui conditionnera le reste de ma vie.


À partir de là, j'angoisse, je suis terrorisé, coincé. Comment vais-je pouvoir me tirer de ce mauvais pas? Quelle mouche m'a piqué? Il aurait suffi de prétexter que je passais le week-end à la côte...


Le soir même, j'explique à Maman mon coup de bluff insensé, acte d'une inconscience totale mais tellement propre à l'adolescence. Je lui dis : Il faut absolument que nous allions acheter une batterie, maintenant.

 

Au lieu de m'envoyer paître, elle accepte sans sourciller: je n'en reviens pas! Elle a certainement saisi mon désarroi; et puis, Maman a été une comédienne à succès dans les années 40 et 50, elle a dû garder une sensibilité artistique et le grain de folie nécessaire pour satisfaire à ma demande.

 

Histoire de m'aider à ne pas perdre la face, elle m'emmène illico acheter une batterie. Il faut la commander, malheureusement. Le vendeur nous assure qu'elle sera livrée le samedi matin. À quelques heures à peine du concert prévu. Au secours!...

 

Je passe le reste de la semaine à dormir très mal. Je compte sur mon sens de l'observation, sur le fait d'avoir vu des batteurs à l'œuvre au cinéma et à la télé. Pas très rassurant quand même...


Le samedi fatidique, la Fiat 850 rouge de Maman transporte mes «drums » au café, où Benny me présente tout l'orchestre. Devant eux, je tente de donner le change en montant ma batterie toute neuve. Les copains de Benny me tiennent à l'œil.

 

Dans le kit, je découvre des balais; je me tourne vers le groupe et leur demande à quoi ils servent... Les copains musiciens s'inquiètent devant ce «remplaçant» un rien inculte... Arrive le moment navrant où il va bien falloir répéter un morceau. Je suis sauvé par le patron du café qui nous arrête sur-le-champ faute d'autorisation de la police: interdiction en effet de faire du bruit avant 20 h.

 

Les sueurs froides se succèdent à une cadence infernale... Il me reste quatre heures pour apprendre à jouer! Help!...


20 h, le concert démarre. C'est une catastrophe!
Je tiens à peine un tempo, je me liquéfie, c'est affreux.

 

Si les musiciens avaient eu des mitraillettes à la place des yeux, je ne serais plus là pour en parler. C'est la honte! Le seul qui me regarde avec compassion et tendresse, c'est Benny, mon pote.

 

Marc Ysaye , seize ans, sur sa batterie Meazzi


C'est bien connu: au départ, on fait du rock pour emballer les filles. Ce soir-là, elles sont hilares! Elles ont raison, je suis tellement nul que je ne vais pas en attirer beaucoup...


Après avoir accusé le coup, je décide de ne pas revendre cette batterie ni de me cacher au Botswana. Au contraire, je suis tellement meurtri par cette expérience que je choisis d'apprendre réellement à jouer sous le regard attendri de Marie-Jeanne, ma première copine. »

 

Cette expérience d’adolescent illustre bien certains traits marquants du caractère de Marc Ysaye : ambition, audace  avec un zeste d’inconscience.


 « J’ose tout, je ne refuse rien. Je ne sais pas dire non. C’est mon point fort ou ma pire faiblesse ».


Dans ce cas précis, ce coup de bluff a sans doute contribué à orienter le choix de vie de Marc Ysaye.

 

 

BERRY CLAN AND HIS ORCHESTRA ( fin 1970-71 )

 

Benny  ne tient pas rigueur à Marc de l’avoir bluffé ; au contraire, il l’initie aux rudiments des cymbales, toms et grosse caisse, et lui conseille de parfaire sa technique. Marc entre aussitôt à  l'académie de musique d'Anderlecht.

 

Au bout de l’année, il a acquis suffisamment d’assurance, pour que Benny l’estime capable d’entrer dans le Berry Clan and his Orchestra.

 

Le batteur en herbe démarre ainsi son apprentissage dans des bistrots, des restaus et à l’occasion de bals où, pour une nuit de prestation, le cachet par musicien se monte à  des sommes dérisoires (1).


Un orchestre de bal se doit d’exécuter un répertoire de chansons quasi illimité et de tous les styles : valses, tangos, paso doble, rock, jerks, et twists. Rien d’excitant, mais un passage obligé si l’on veut progresser.

 

Le Berry Clan se trouve sous la coupe d’un chanteur quadragénaire qui, affublé d’une perruque, sensée lui donner le look d’Elvis Presley, « chante » comme son idole avec des tremolos dans la voix.

 

À l’aube des seventies, alors que la pop music anglaise  a envahi l’espace musical mondial, ce style musical appartient déjà au passé.

 

Marc à dix-huit ans

 

Marc se sent en décalage avec  le Berry Clan. Il tente bien de jouer du blues avec Benny dans de petits clubs amateurs.  Ils se produisent alors sous le nom de BMJ  Blues Band (2). Mais après quelques shows, l’expérience tourne court.

ALBERT LETECHEUR

 

Albert Letecheur


Comme souvent dans la vie, une rencontre vient bousculer l’ordre établi. Lors du remplacement d’un des éphémères guitaristes du Berry Clan, débarque Albert Letecheur (3). Premier prix de Conservatoire, il est aussi brillant au piano qu’à la rythmique et à la basse et… à l’accordéon ; de plus, il compose ses propres morceaux.  C’est quelqu’un qui sait parfaitement ce qu’il veut et qui aime diriger, un leader en puissance.


Il ne faut guère de temps pour que le duo Ysaye-Letecheur se lie d’amitié. Ensemble, ils répètent quotidiennement et composent des musiques.


Leur appartenance au Berry Clan n’a désormais plus aucune raison d’être. Ils disent adieu à « Elvis » et aux autres qu’ils quittent bons amis.

 

(1) Entre cinq cent et sept cent cinquante francs correspondent à 13 et 18 euros.

(2) Benny Verhuygt se faisait appeler Berry Mason.

(3) On peut situer  cette rencontre dans le courant de 1970.

 


 

DEEP PURPLE : LA CLAQUE.


Marc Ysaye ambitionne une réussite brillante. Seulement, il ignore encore dans quel secteur : animateur de radio ou batteur de rock?
Il trouve un début de réponse, le 20 mars 1973.

 

Avec l’ami Letecheur, Marc assiste au concert de  Deep Purple à Forest National.  Pour Marc c’est une grande première, car c’est son tout premier grand concert de rock.

 


Deep Purple, est alors un géant aux pieds d’argile. Après le succès colossal de leurs deux derniers albums, Deep Purple In Rock et Machine Head, le groupe a commis l’erreur de partir en tournée une année entière, sans prendre de repos. Ils sont tous à cran, épuisés.

 

Les relations entre Blackmore et Gillan sont exécrables, ils ne s’adressent même plus  la parole. (1) C’est donc un groupe affaibli, sur le point de splitter, qui débarque à Forest National.


Le groupe parvient à donner le change et assure une prestation honorable.


Pour Marc Ysaye, qui assiste, pour la première fois de sa vie  à un grand concert de rock, c’est  un événement mémorable.

 

 

 

 

http://musictravellerstwo.blogspot.be

 

Marc et Albert assistent médusés au concert, hypnotisés par l’atmosphère électrique qui règne dans l’immense salle, où plus de six mille spectateurs surexcités clament leur enthousiasme. Dans l’euphorie du moment, ils font le serment,  d’être un jour, eux-aussi, les vedettes de Forest National.


Prémonition ? Cette promesse se réalisera moins de sept ans plus tard (2)


Mais Albert doit partir effectuer son service militaire. Le voilà embarqué  pour un an, en Allemagne.

 

 

 

(1) En décembre 1972, Ian Gillan avait annoncé son départ. Mais, il fut obligé de d’aller jusqu’au bout de son contrat,c'est à dire jusque juin 1973.

(2) Le 9 décembre 1979. 

 

 

 

ROLAND DE GREEF ET MOBY DICK

 

Depuis 1972, Roland De Greef, guitariste-chanteur, avait constitué un petit groupe avec des copains de l'athénée royal d'Anderlecht. Parmi eux, il y avait Hervé Loos à la basse, René à la batterie, Eddy Vicomte à la guitare et Juju aux claviers. Ce groupe s'appelait Moby Dick.

 

Le répertoire était constitué essentiellement de reprises de morceaux de Creedence Clearwater Revival,  Bob Dylan, Cat Stevens, Leonard Cohen, Slade ainsi que des grands classiques du rock des année 60/70.

 

L'année suivante, Roland décide de changer de batteur. Il place donc plusieurs petites annonces dans les lieux fréquentés par les musiciens.

 

Musardant du coté du magasin Euromusic, rue du Midi, Marc Ysaye tombe sur ladite annonce auquel il répond aussitôt.

 

 

Roland De Greef : J'avais fait circuler une annonce qui disait "groupe rock cherche batteur motivé et sérieux, pour concerts et travail de compositions originales".

 

Marc m'a contacté et le courant est immédiatement passé. On était vraiment sur la même longueur d'onde, avec les mêmes ambitions et les mêmes envies musicales.

 

À l’issue d’une seule répétition, Marc est engagé sur le champ. À deux, ils se mettent aussitôt à créer leurs propres compositions et à renoncer progressivement aux covers. Dès lors, leur style change du tout au tout et leur répertoire vire vers un rock nettement plus progressif.

 

Juju, le claviériste, est remplacé par Philippe Kahan et Eddy Vicomte par Chris.

 

Roland De Greef en 1973

 

Marc et Roland ne se quittent plus.

 

Leurs sujets de prédilection ne concernent plus que la musique, les concerts - qui continuent à faire les beaux soirs de Forest National-, les heures d’écoute des albums de Led Zeppelin, de Yes et de Genesis et bien sûr les répétitions quasi quotidiennes.


Marc ne sait comment annoncer à ses parents et néglige ses devoirs d’étudiant. Roland, quant à lui, présente le profil du fils modèle. Issu d’une famille assez stricte, il occupe une chambre toujours rangée et se plie aux tâches et aux horaires qu’on lui impose. C’est un fiston sans problèmes.


Depuis longtemps, ses parents ont admis et compris son engouement pour la guitare et ils l’encouragent dans cette voie. Pourquoi les parents de Marc ne penseraient-ils  pas de même ?  Du coté de sa mère, pas de problème, mais le docteur Ysaye sera plus difficile à convaincre.

 

Marc est persuadé que, s’il parvient à démontrer ses qualités de musiciens, son père sera obligé de concéder.


Dans la chaufferie d’un l’atelier protégé d’Anderlecht, les musiciens de Moby Dick travaillent  avec acharnement. 


À chaque répétition, Roland arrive avec un petit carnet, dans lequel il a consigné les textes et les musiques, qu’il a créés dans la journée.

 

 

Marc Ysaye a acquis du métier

 


Inspiré par Genesis, concepteur du théâtre-rock, Roland verrait bien dans le groupe un claviériste et un nouveau guitariste. 


Mais malgré annonces, coups de fil et tam tam, les oiseaux rares ne se bousculent pas au portillon. Il faut dire qu’en 1973, la plupart des musiciens belges de rock ont revendu leur matériel ou se cherchent un nouveau souffle.

 

 

 

 

Affiche pour le concert à la salle St.Roch, le 29 septembre 1973

 

 

LE ROCK BELGE DANS LA PANADE


La déglingue du rock belge ne date pas d’hier ; elle a commencé à montrer ses premiers effets, dès 1971, lorsque Sylvain Vanholme et Raymond Vincent, les fondateurs du Wallace Collection, jettent l’éponge, après avoir pourtant connu un succès mondial.

 

L’espoir mis en Jenghiz Khan s’effondre dès 1972, après la sortie de l’album Well Cut qui, malgré qu’il ait été bien accueilli, ne se vend pas. Découragé, le groupe se sépare.  

 

Idem pour le trio instrumental liégeois, Recréation, qui  malgré deux albums brillants à son actif ne perce pas non plus (1).   Un an plus tard, en 1974,  les Pebbles vivront la même situation avec Close Up.


Ont déjà disparu avant eux, Sweet Feeling, Carriage Company, Burning  Plague,  Doctor Down Trip, Captain Bismarck, Waterloo, Lagger Blues Machine,  Salix Alba.


Seul Kleptomania, gros chouchou du public belge, rebaptisé sous le nom de Klepto,  tient encore la route. Plus pour très longtemps.


Les causes de ce marasme artistique sont de plusieurs natures : manque d’argent, investissement insuffisant dans l’achat de matériel, ego surdimensionné, difficultés à se remettre en question, inexistence d’agents de spectacles compétents  pour défendre les intérêts de leurs poulains.


Piero Kenroll, ex-journaliste pop-rock du magazine Télé Moustique, et ex-mentor de Jenghiz Khan, dépeint cette situation :


«  Il ne faudrait pas oublier la vague du glam rock qui a déferlé partout, dès le début des seventies. Nos groupes nationaux n’ont pas été tenté de suivre l’exemple de Slade, T.Rex, Sweet, Gary Glitter, , Roxy Music, David Bowie, Alice Cooper, Iggy Pop ou les Stooges,  c'est-à-dire de revoir leur look. Ils ont craint de se compromettre dans une approche trop glamour du rock. (2).
Je pense sincèrement que toutes ces fioritures, paillettes, maquillages, style kitch sur scène  les ont anéantit. Ce fut le cas de Jenghiz Khan… et de l'ensemble des groupes belges qui ne s'en sont jamais remis.


Ils n’ont pas réalisé que le public n'allait plus se satisfaire uniquement de musiciens aux qualités exceptionnelles. Mais, qu'il fallait désormais compter avec l'apparence physique, le look et un certain côté glamour. Seul Kleptomania a pu résister un peu plus longtemps que les autres.


Il faut bien admettre également que les musiciens belges des seventies se prenaient souvent terriblement au sérieux. Ils étaient plus obsédés par leur technique, leur talent éventuel que par leur public. Or c'est le public qui fait l'artiste aussi ! La plupart des groupes de cette époque auraient apprécié de pouvoir se produire devant un gigantesque miroir qui, aurait renvoyé leur reflet. Mais essayer de plaire au public, ça c'était autre chose. Bref, 1972 va marquer le glas de toute cette vague belge du rock. «  (3)


Alors, en attendant de trouver les musiciens qui leur manquent, Moby Dick continue, avec son line-up actuel, à se produire dans de petites salles, en espérant se faire un nom.
"

 

Jenghiz Khan
Kleptomania
Lagger Blues Machine

1.Wallace Collection - 2.Jenghiz Khan - 3.Kleptomania

4.Sweet Feeling - 5.Carriage Company - 6. Doc. Downtrip

7.Lagger Blues Machine - 8.Recréation - 9.Waterloo

10.Salix Alba

 

(1) Le dernier single de Recreation : Love Forever / Fallen Astronauts. (2) A  l’exception de Klepto  qui  se séparera en 1976

(3) Extrait de l’interview de Piero Kenroll – site memoire60-70.be

 

 

PREMIÈRES MAQUETTES CHEZ JACK SAY

 

 

Marc a la chance de compter parmi les membres de sa famille un oncle qui, depuis 1968 est devenu le patron du studio d'enregistrement DES.

 

Il s'agit de Jacques Ysaye, plus communément connu sous le pseudonyme de Jack Say. Ce petit studio, situé  aux 14-15, rue aux fleurs, ne paie pas de mine mais dispose déjà d'une console 8 pistes.

 

Pour un petit groupe débutant, il s’agit d’une superbe opportunité pour aller de l’avant.

 

Sur un laps de temps de quelques mois, Moby Dick y enregistre deux maquettes, l'une à la fin de 1973 et l'autre dans le milieu de 1974.

 

La plupart des morceaux sont des compositions de Roland De Greef, qu'il interprète lui-même. Certains d'entre eux figureront plus tard sur des albums de Machiavel.

 

Les premières visites auprès de certaines firmes de disques se révèlent bien décevantes et ne produisent aucun résultats.

 

 

Avec Jack Say à la console en 1973.

 

 

 

LES ALÉAS DE LA VIE D’ARTISTE

 

Hervé et Roland De Greef


 

En avril 1974, Moby Dick est contacté pour assurer à Liège la première partie du chanteur glam rock Steve Harley, accompagné de Cockney Rebel (1).


Une aubaine, à première vue. Hélas, le groupe n’est guère équipé pour se produire dans de bonnes  conditions. Naïfs, les Belges misent sur la solidarité entre musiciens, persuadés que les English les laisseront  jouer sur leur installation.


Le roadie de Steve Harley est intraitable. Pas question de se brancher sur leur système d’amplification ni de bénéficier du moindre light-show.


C’est donc avec l’unique éclairage de la salle et sur leurs vétustes amplis que le groupe bruxellois entame sa prestation. Au sein du public, les quatre cent cinquante personnes présentes n’entendent rien. C’est le fiasco.

 

Piero Kenroll, présent à ce concert rapporte dans les colonnes de sa rubrique rock dans le magazine Telemoustique :


« Steve Harley est dans une forme éblouissante et crée la surprise avec les morceaux de son prochain album, beaucoup plus rentre dedans, presque hard.  

 

Sticky fait presque crouler la baraque et le groupe se donne à fond pendant deux heures. Si bien qu'à la fin, déchaînés, les fans prennent la scène d'assaut. Une fille saute au cou de Steve. Elle se fait vider par un roadie. Le roadie se fait vider par un flic. Le flic se fait vider par un autre flic…. En douceur. Tout le monde est heureux ! »

 

Sauf  Moby Dick.

 

(1) Steve Harley est venu pour trois concerts en Belgique : Hasselt, le vendredi 26, le lendemain à Turnhout et le dimanche 28 à la salle de l’Émulation à Liège.

 

 

LE BALLET MILITAIRE  : ALBERT REVIENT, ROLAND S’EN VA.


Nous sommes en juillet 1974, Marc vient d’achever sa rhéto, il a vingt ans.
Pour faire plaisir à ses parents, et surtout pour continuer à bénéficier du gîte, du couvert et de l’argent de poche qui l’accompagne, Marc s’inscrit à l’ULB en sciences politiques. Pour le féliciter de ses « efforts », le docteur Ysaye offre à Marc une superbe Suzuki 500 T, le rêve de sa jeunesse.


Malgré ce geste paternel empreint de bonne volonté, Marc ne sera pas souvent présent dans l’amphithéâtre. Car il ne pense qu’à la musique et rien qu’à la musique. D’autant plus, que pour Albert Letecheur, c’est la quille !  Et le bonheur des retrouvailles. 


Toutefois, la joie des trois compères ne sera que de courte durée, car cette fois, c’est au tour de Roland De Greef d’être convoqué au Petit Château.


Roland, Albert et Marc décident de reprendre au plus tôt les répétitions. Cette fois, ce sont les cuisines cave de la maison de maître des parents de Marc qui serviront de local.


Durant des journées et des soirées entières, à raison de dizaines d’heures d’affilée, le trio travaille d’arrache-pied, sous la salle d’attente des clients du docteur Ysaye.


Ce dernier est souvent obligé de téléphoner à son épouse, à l’étage, pour lui demander de calmer les ardeurs de leur fils et de ses amis. Au fil des répétitions, le trio constate qu’il est sur la même longueur d’onde et que la dynamique fonctionne à plein rendement.

 

Le départ de Roland pour l’Allemagne marque d’un arrêt brutal l’élan créateur et reporte  toutes leurs espérances.


Afin de ne pas perdre la main, Marc et Albert continuent à travailler ensemble avec Hervé. Albert troque la guitare pour le piano.

 

L’ACCIDENT


Un jour de février, à l’heure du midi, Marc arrête sa moto à un feu rouge, porte de Hal.  (1)


Le feu passe au vert, il démarre en trombe. Face à lui, un automobiliste croit avoir le temps de prendre son tournant. Choc frontal, vol plané, côtes cassées, multiples fractures aux membres et trois jours de coma.


Si Marc s’en sort vivant, son bras gauche est "atomisé".


Pourtant, sa période de rééducation s'effectuera plus vite que prévu, grâce à d’intenses efforts quotidiens, mais surtout grâce à sa rage de reprendre ses baguettes, au plus vite.

 

-J'avais un moral d'enfer. Je peux vraiment dire que la batterie m'a sauvé. Et puis, il n'était pas question d'encore perdre du temps.

J'avais suffisammentattendu Albert et Roland que pour, à mon tour, leur faire subir le même coup.

 

 

 

(1) À l'époque, le tunnel  reliant les deux portes n’avait pas encore été construit.

 

LA DERNIÈRE PHOTO DE MOBY DICK AVANT MACHIAVEL

 

Marc Ysaye, Roland De Greef, Janis (guitariste de remplacement), Albert Letecheur

 

 

JACK ROSKAM


Marc et Albert  sont en quête d’un nouveau guitariste.  On leur renseigne Jack Roskam. C’est un jeune mulâtre, au look à la Hendrix, gros fumeur de pétards, tombeur de filles et surtout excellent guitariste de rock.

 

Jack Roskam

 

 

Jack, qui vit chez sa tante, rue de la Tourelle à Etterbeek, ne jure que par Allmann Brothers et Little Feat, des groupes du Sud américain. Tout le contraire des autres qui seraient plutôt influencés par la musique pop anglaise.

 

Ce sont précisément ces différences sur le plan musical qui vont  contribuer à métisser leur futur répertoire. Décidés à sortir du lot des groupes belges, pour la plupart, en déshérence, le nouveau trio reprend ses répétitions dans les sous-sols de la place de Ninove.


Marc Ysaye se découvre une voix et devient le chanteur-batteur de Moby Dick, Albert propose de nouvelles partitions, écrites pour le piano et Jack prend son pied à la guitare.  Il ne leur manque plus qu’un bassiste. Provisoirement, on s’en passera, le temps que Roland  retrouve sa liberté.


Le temps passe lentement pour Roland.

 

Lors de ses échanges de courriers avec Marc, qui continue à lui soutenir le moral et à le tenir au courant de l’évolution musicale de Moby Dick,  il exprime son désarroi, sa solitude, sa tristesse.

 

Marc se rappelle qu'en bas de certains feuillets, il n'était pas rare de trouver des dessins représentant des torrents de larmes.

 

Roland De Greef : Lors de mon service militaire à Siegen en Allemagne, j'écrivais beaucoup et il m'arrivait d'envoyer des brides de textes dans mes courriers adressés à Marc. J'ai notamment écrit à cette période le texte "Wisdom" qui deviendra un titre phare au début de la carrière de Machiavel.

 

 

 

 

 

LE BOUT DU TUNNEL

 

"Nous étions animés d’une extraordinaire rage de vaincre."


À la fin de l’année 1974, suite à l’abandon programmé de son cursus universitaire, Marc n’a plus droit au sursit militaire. C’est ainsi qu’il reçoit, à son tour, une convocation pour se rendre au petit Château. Commence alors son combat avec l’administration.


Il existe  un dicton qui affirme : « À quelque chose, malheur est bon » !


L’accident de moto a-t-il été déterminant ? Marc a-t-il été plus malin ou plus chanceux que les autres ?  Le fait est qu’au bout de deux jours d’investigations médicales, le toubib débusque chez lui des séquelles physiques et le déclare  inapte au service militaire.


Le retour concomitant de Roland De Greef permet enfin aux musiciens de se retrouver, réunis, à quatre. Désormais, la voie est libre et ouverte au succès qui les attend.

 

Roland De Greef : Lorsque je suis rentré d'Allemagne, j'ai retrouvé Albert et Marc m'a présenté à Jack Roskam.


J'ai de suite adoré leur façon de jouer. Albert avait des bases classiques mais était attiré par le rock et les possibilités de recherches sonores que les synthétiseurs permettaient de faire. Jack m'a immédiatement fait penser à Jimi Hendrix par sa couleur de peau et sa stature mais aussi par son jeu de guitare très cool et blues. Machiavel était né !

 

Pour ma part, j'ai troqué ma six cordes contre une basse. J'ai simplement dû travailler le doigté et la rigueur rythmique que nécessite le jeu de basse.


Désormais, les quatre copains se sentent prêts à se lancer dans les aléas de l’existence d’un grand groupe de rock. Ils y croient dur comme fer, d'autant plus qu'en Belgique l'horizon est vraiment dégagé.


-Nous étions animés d’une extraordinaire rage de vaincre.


Monsieur Ysaye père, voit dans la détermination de son fils la fin de ses illusions et l’impossibilité de le voir suivre, un jour, une voie traditionnelle. Il faut se rendre à l’évidence, son rejeton ne sera jamais un type sérieux.


-On ne gagne pas sa vie en tapant sur des tambours.


Après tout si son fils a l’intention de devenir un saltimbanque, c’est son affaire. Il profite de la situation  pour lui demander de déménager  et  de se trouver un nouveau local de répétition.


-Après tout, ma maison n’est pas un hôtel.

Pour  faire face à sa nouvelle vie,  Marc doit se trouver un job. Il parvient à se faire engager, de nuit, dans une compagnie de taxis et emménage, rue des chardons, près de la place des Bienfaiteurs,  avec sa copine Annick, qui deviendra plus tard son épouse.

 

 

Albert Letecheur choisit également de piloter un taxi, de jour. Roland De Greef cuit des pizzas ou les livre. Il faut bien se débrouiller en attendant de gagner des millions avec la musique.

 

Les répétitions reprennent dans un nouveau local situé près de la gare du Nord.

 

Roland devient le nouveau bassiste du groupe, qui s’endette pour s’acheter une sono convenable chez Parys-Flore et s’allie en même temps les services d’un technicien de son, dur de la feuille (sic).

 

Les choses prennent peu à peu tournure.


Le groupe vit à fond sa mutation, renonce à  s’appeler Moby Dick et se cherche un nom. Chacun y va de sa proposition.


-Cognac, lance Letecheur ! Bof !


-Pourquoi pas Green River, propose Roskam ? Oui, sauf que la Senne n’a guère de rives verdoyantes.


Ysaye, qui vient de terminer la lecture du Prince de Machiavel, trouve que ça sonne bien. Et puis trois syllabes comme dans Su-per-tramp, Ge-ne-sis, King_Crim-son ?


Le sort en est jeté, ce sera Ma-chia-vel.

 

Albert Letecheur, Roland De Greef, Jack Roskam et Marc Ysaye.

 

 

Biographie de Machiavel : Les débuts 1975-1977