ALBUM ROCK BELGE

 

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ROCK BELGE / ALBUM SOUVENIRS

BIOGRAPHIE DE MACHIAVEL (1978 - 1979)

DEUXIÈME PARTIE : ENTRE EUROCK, PUNK ET NEW WAVE

Biographie officielle réalisée par Jean Jieme, à partir d'interviews

avec Marc Ysaye, Roland De Greef, Mario Guccio,Thierry Plas.

 

Auditorium Janson - jeudi 26 janvier 1978 (photo Coerten)

 

 

MACHIAVEL À  L’AUDITORIUM JANSON.

 

L’arrivée de Machiavel dans le paysage musical belge tombe à point nommé. L’Eurock a encore le vent en poupe et le public est en manque d’icônes locales. De plus,  l’énorme détermination du groupe à s’imposer suscite un engouement contagieux.  Avec la sortie de  Jester, Machiavel fait mentir la maxime et devient donc prophète en son pays en produisant un  disque d’or.


Un gros titre fait la une de la rubrique rock de Piero Kenroll : LE « MIRACLE MACHIAVEL » 

« Le jeudi 26 janvier 1978 restera sans doute une date historique dans la petite histoire du rock belge : c'est en effet la première fois qu'un groupe de chez nous a été prophète dans son pays en remplissant le Janson (plus ou moins 1.500 places) grâce à sa propre popularité (pas d'autre groupe au programme, pas de motivation philanthropique).

 

Durant plus d'une heure et demie, le groupe a donné une prestation d'un professionnalisme irréprochable basée en majeure partie sur son album Jester, dont l’éloge n'est plus à faire. Pour l'occasion. il avait considérablement amélioré sa présentation sur scène, qui est maintenant tout à fait up to date par comparaison aux groupes internationaux du même style.

 

S’il n'a pas tout à fait abandonné les artifices visuels, il est désormais beaucoup plus sobre. Le public a répondu en conséquence en lui faisant un triomphe dans un enthousiasme permanent tout au long de sa prestation, transformant véritablement la soirée en événement.


Et pour cause... Cette consécration devant le public bruxellois (le plus blasé au point de vue concerts) démontre aux autres groupes belges qu'il est possible de réussir sur le plan national. Il est maintenant à espérer que cela stimulera leur énergie. »

 

 

FIN DES ANNÉES 70. 

MACHIAVEL CONFRONTÉ À DE NOUVEAUX DÉFIS.


En quelques mois, une crise économique, dont on ne mesure pas encore toute l’ampleur, atteint les couches les plus fragiles de la société. En Grande-Bretagne, la jeunesse, première touchée par le phénomène, éprouve le besoin d’exprimer sa frustration et sa colère. Elle se rassemble autour d’une culture naissante : le punk. 


Du temps des sixties, les mods s’opposaient aux rockers dans le seul but d’exprimer leur appartenance sociale. Mais aujourd’hui, ce sont deux blocs économiques qui s’affrontent ; les « nantis », ceux qui suivent des études, qui ont du boulot et qui occupent une place privilégiée dans la société et puis les autres  qui subissent la mutation : licenciement, chômage et manque de perspectives.


Pour  les nouvelles générations,  les rock stars, adulées par leurs parents ou par leurs grands frères, ont soit disparu (Jimi Hendrix, Brian Jones, Jim Morrison, Janis Joplin), soit sont devenues des millionnaires convertis en hommes d’affaires  (Clapton, Dylan, Beatles, Stones, Who, Kinks),  soit jouent une musique, aux prétentions élitistes, dans laquelle elles  ne se reconnaissent plus.


Où sont passés les rebelles d’antan ? Ceux qui comme les Who écrasaient leurs guitares sur scène, qui comme les Beatles jouaient à Hambourg avec des lunettes de WC autour du cou ou qui, comme  les Stones, multipliaient les scandales  en se faisant régulièrement  arrêter pour détention de drogues ?

 

The Who sous le chapiteau de Wolu-City - samedi 20 mai 1967

Pete Townshend- Wolu City le 20 mai 1967.

 

Que sont devenus les Jefferson Airplane, Grateful Dead, Tangerine Dream, ces ardents défenseurs du mouvement underground, désormais relégué aux oubliettes ?

 

 

 

À leur place, les jeunes voient apparaître des groupes issus de la classe moyenne, des académies ou des universités, des groupes comme Genesis, Jethro Tull, E.L.P., Yes, Rick Wakeman, Roxy Music et Queen qui pratiquent un rock « progressiste » compliqué et qui utilise un matériel technique que tout le monde ne peut se permettre d’acquérir. Ces musiciens sont des gentlemen rockers. Leur musique est de moins en moins accessible aux teenagers moyens ou aux débutants qui voudraient exister à leur tour.


 

Dans un tel contexte, il est normal de voir surgir de nouvelles têtes comme les Sex Pistols, Clash, Buzzcocks, Slaughter and the Dogs ou encore Eddie and the Hot Rods. Des types qui renouent avec une forme de rock dur, agressif, contestataire, outrageant.

 

Sex Pistols


Des gamins d’à peine quinze ans se ruent alors dans la brèche, se réunissent dans des lieux incertains et, sans avoir jamais appris une note de musique, montent sur scène et remettent en question, à grands renforts de décibels, musique, culture, parents et société. Les textes de leurs compositions sont féroces, désespérés, vexatoires et même parfois nihilistes : « There is no future in this world». 

 

En Belgique, comme partout en Europe, le lien qui unifiait les fans de musique pop- rock se rompt. Désormais, deux clans s’opposent.
La « nouvelle culture populaire » secrétée par les mouvements punks et new wave rock discrédite les adeptes de l’Eurock qu’ils qualifient de ringards ou de dinosaures, en voie d’extinction.


On assiste à l’affrontement entre une musique riche, sophistiquée, ouverte à de multiples influences  et le minimalisme absolu.  Ceux qui portent les cheveux longs ou qui apprécient les musiques planantes sont désormais  des has been. (*)


(*) Sources : magazine Télémoustique ( N° 2636-2640) par Piero Kenroll.

 

 

 

Article paru dans Télémoustique N° 2752.

 


LE DÉCALAGE


Les membres de Machiavel sont conscients du décalage qui se crée entre les générations. Pour eux, amoureux de la old wave et de l’Eurock,  il n’est pas envisageable de trahir leurs modèles, ces génies qui leur ont tant apporté. C’est donc en toute sérénité que Machiavel poursuit sa carrière de groupe progressiste tout en continuant à porter les cheveux longs.


Marc : Nous nous rendions compte que nous allions à contre-courant de l’ouragan punk qui envahissait tout. Mais ce qui nous importait, c’était de jouer la musique que nous aimions, que nous respections et qui nous unissait autour d’une passion commune.  


En Belgique, les effets moins prononcés de la crise ou son décalage dans le temps, expliquent que l’engouement du public pour les Sex Pistols et Clash  se révèle moins spectaculaire qu’en Angleterre. 


Suite à un référendum auprès des lecteurs de Télémoustique, on apprend qu’en punk-rock, les groupes les plus cités sont les Kids, X-Pulsion et Hubble Bubble. 

 

Dans la catégorie soft-rock  Transit sort son épingle du jeu grâce à son album First Ride. Côté hard-rock Tush, Vacation, Downtrip, Ablaze et Eldorado sortent du lot. Et puis, champion toutes catégories : encore et toujours Machiavel.

 

Albert Letecheur

 

 

TOURNÉE 1978

 

John Vanderheyden met sur pied une nouvelle  série de dates à Bruxelles et dans la partie francophone du pays pour la fin de l’année 1978.


Jeudi 23 novembre, ils sont à l'auditorium A10 à Louvain-la-Neuve,  le vendredi 24 au foyer culturel de Seraing, le samedi 25 au foyer culturel de Micheroux, le dimanche 26  à l’ auditorium Janson à Bruxelles, le lundi 27 à Nivelles (42) et le mardi 28  à la salle Plus Oultre à Binche.


Cette mini-tournée est un succès et dans certaines villes de Wallonie, le passage de Machiavel  tourne pratiquement au délire.

 

Auditorium Janson - Dimanche 26 novembre 1978.

 

Dès le premier jour à Louvain-la-Neuve, ce n'est que la popularité du groupe qui posa des problèmes : la salle pouvait contenir 700 personnes, et il y en avait plus d'un millier devant les portes. Machiavel donna donc deux prestations dans la même soirée.

 

À Seraing, une autre salle de 700 personnes, c'était complet, sans plus, le gros du public liégeois se déplaçant le lendemain à Micheroux où 1.500 personnes environ s'entassèrent dans une salle prévue pour 800.

 


1.500 personnes aussi remplissaient le Janson le jour suivant. Ce fut une des plus chaudes ambiances de la tournée. Dès les premiers morceaux ce fut la folie dans la salle.

 

Il y avait longtemps qu'un public ne s'était plus montré aussi enthousiaste pour un concert rock à Bruxelles. Même les habitués des concerts new wave semblaient mous en comparaison ! Il faut dire que la prestation du groupe est vraiment impeccable.

 

 

 

 

Le seul reproche qu'on puisse encore lui faire est peut-être de manquer un peu d'humour et de présenter ses chansons trop sérieusement, mais pour le reste il est d'une cohésion musicale et d'un professionnalisme que beaucoup de grands noms internationaux n'ont pas.

 

Le plus étonnant étant sa sonorité, une des meilleures jamais obtenues en concert en Belgique. Elle est due en particulier à un usage très intelligent de la quadriphonie.

 

 

 

Mario Guccio

 

 

Quand les accords célestes du mellotron ont l'air de vous tomber sur les épaules et que basse et batterie vous frappent à l'estomac, vous êtes vraiment noyés dans la musique sans que le volume ait besoin d'être trop élevé.  

 

Bref, après près de deux heures de prestation, c'est sans problème que Machiavel a ajouté son nom à la liste de ceux qui détiennent le record des rappels chez nous.

 

Il achevait sa tournée deux jours après à Binche devant 400 personnes, ce qui veut dire, si on additionne le nombre de spectateurs, qu'il est sans doute le premier groupe belge susceptible de remplir Forest National. 

 

Paradoxalement, Marchiavel reste quasiment inconnu en Flandre !!! (*)

 

 

 

(*) Télémoustique N° 2759.

STUDIO KATY- OHAIN

Albert Letecheur, Jean-Paul Devaux, Roland De Greef, Mario Guccio, Marc Ysaye. Studio Katy 1978.

 

 

Pour leur troisième album, les musiciens ont l’embarras du choix. Grâce à Albert Letecheur, ils ont engrangé un grand nombre de nouvelles compositions, ils ont de quoi sortir un double album.


Cette fois, EMI déroule le tapis rouge et octroie aux musiciens trois semaines de studio au Katy, un espace hyper tec que Marc Aryan a fait construire à Ohain, dans le Brabant wallon.  Le chanteur de Bête À Manger Du Foin et de Katy y a investi toute sa fortune et est l’un des seuls en Belgique à disposer d’un matériel aussi sophistiqué, qui n’a rien à envier aux Américains.


Albert profite de ces avantages technologiques pour corser ses arrangements,  notamment dans Summon Up Your Strengt où il essaye de recréer l'ambiance feutrée d'une salle de spectacle. «  On pouvait se permettre de tenter des expériences et de sortir des sentiers battus. »

 

Rope Dancer, composé à la hâte par Roland et Mario, ne figure pas dans la sélection finale, mais le producteur d’EMI a du flair et  l’impose sur l’album.

 

Après une semaine d’enregistrement,  le groupe accouche d’un album nettement plus nerveux que Jester avec sept titres et qui sera son plus grand classique :  Beyond the Silence, Summon Up Your Strenght,  Rope Dancer, Rebirth, After the Crop,  Mary et The Fifth Season.

 

 

Enregistrement de Mechanical Moonbeams- studio Katy.

TRIOMPHE AU CIRQUE ROYAL – DISQUE D’OR - 24/2/1979.

Au Cirque Royal, le 24 février 1979. (photo Coerten)

 

 

LA CONSÉCRATION

 

Le 24 février 1979, Machiavel joue au Cirque Royal à 20H30 à Bruxelles. Le groupe est confiant et espère remplir les dix-huit cents places assises. Lors de la balance technique effectuée dans l’après-midi, les musiciens apprennent que les réservations sont allées bon train, toute la semaine, et « qu’il y aura du monde ce soir. »


Moins d’une heure avant le début du concert, tous les tickets sont déjà vendus. Pourtant, dans la rue, plusieurs centaines de jeunes continuent à se bousculer devant  les guichets .

 

 Dès les premiers accords plaqués à l’orgue par Albert, le public se déchaîne. Il crie, il hurle, tape des pieds et des mains, arbore le V de la victoire.

 

Les meilleurs morceaux de Jester s’enchaînent, puis c’est au tour de Mechanical Moonbeams. Au moment où Mario entame Rope Dancer c’est la stupeur, le moment de grâce. Les fans sont subjugués, hystériques, certains sont en larmes. Ce morceau est un véritable  tube. Et dire que le groupe n’avait pas envisagé de le faire figurer sur l’album !

 

Le groupe termine sa prestation, sous les clameurs assourdissantes,  quitte la scène et revient pour un premier rappel.

 

À l’issue du morceau de rappel, l’animateur de radio Claude Delacroix monte sur scène et remet un disque d’or à chaque membre du groupe. C’est une idée d’EMI, qui a préparé en douce ce coup de marketing.

 

Albert Letecheur, Marc Ysaye, John Vanderheyden, Mario Guccio, Pierre Guyaut, Jean-Paul, émissaire d'EMI, Pierre Rapsat à demi caché) et Jeff Deboeck, batteur de jazz et éditeur de musique.

 

 

Marc : "Le public explose et hurle comme si ces lauriers lui étaient destinés. Pour nous, la surprise est totale car nous ignorions tout des chiffres de vente. Notre émotion est indescriptible, nous planons au-dessus de nos instruments. Au total nous serons rappelés six fois."

 

MECHANICAL MOONBEAMS, TROISIÈME ALBUM.

La conception de la pochette est une nouvelle fois confiée à Celle. Les musiciens lui demandent de garder l’esprit du design de Jester. Pari tenu avec une  fresque qui, cette fois, s’étalera sur toute la largeur du recto-verso.

 

 

Jugeant la pochette trop licencieuse, la France la remplacera, sans l’accord du groupe, par un dessin « grotesque ».

 

 

 

 

Extraits d’une chronique d’Aymeric Leroy parue dans Big Bang n°10-Mars/Avril 1995.

 

" [...] Si la production atteint un niveau de professionnalisme inégalé, et si un succès public considérable au niveau national a accueilli ce troisième album, on ne peut pas dire, loin de là, qu'il s'agisse du meilleur, en tout cas d'un point de vue progressif.


Beyond The Silence ne trompe pas : un pas supplémentaire a été fait en direction du rock commercial. Les guitares, au second plan sur Jester, sont ici en première ligne. Les mélodies sont accrocheuses à défaut d'être belles. Le deuxième morceau, Summon Up Your Strength, nous montre pour sa part un Mario Guccio au chant plus agressif, privilégiant la puissance à l'émotion, et qui devient franchement envahissant.


Ces défauts n'épargnent hélas pas les morceaux plus progressifs. Qu'il s'agisse de Rebirth, After The Crop - dont la première partie, à la progression magistrale, est réellement fabuleuse -, ou le plus secondaire The Fifth Season, l'auditeur reste sur sa faim lorsqu'au détour d'un changement de thème, ressurgissent des rythmes balourds ou la voix forcée de Guccio. C'est pourtant le même chanteur qui nous enchante avec le cristallin Rope Dancer, dont on regrette seulement qu'il n'ait pas donné lieu à des développements plus ambitieux.


Finissons par le titre le plus anecdotique et pourtant un petit bijou de second degré (volontaire ?). Il s'agit de Mary", petite chanson acoustique dans laquelle Marc Ysaye nous raconte à la première personne (avec sa grosse voix) le premier jour d'école d'une naïve petite fille de trois ans, qui tourne rapidement au cauchemar. " , s'écrie-t-elle finalement. Vraiment bizarre. [...]


Finalement, Mechanical Moonbeams nous laisse sur un constat mitigé. L'inspiration mélodique n'est pas vraiment au rendez-vous, et certaines tendances commerciales ont fait leur apparition. La musique proposée demeure originale, mais la personnalité que nous présente Machiavel est bien moins séduisante que celle qu'il affichait sur Jester. "
[...] (*)

 

Machiavel au Cirque Royal

 

Machiavel au Cirque Royal

 

(*) http://www.bigbangmag.com/cmachiavel1.php

 

Au pays du surréalisme, la vie d’un groupe de rock peut prêter à sourire.

 

Comme la Belgique est minuscule, Machiavel en fait vite le tour. Si on le voit trop souvent, il risque de lasser son public.


Et puis, monter sur scène coûte cher. Chaque spectacle occasionne des frais de production, comme la location d’une sono, d’un matériel d’éclairage, le transport, les déplacements, les techniciens, les frais de publicité, les affiches, sans oublier les crédits mensuels à rembourser pour l’achat des instruments et amplis.


Les concerts rapportent peu, une fois les frais déduits.


Restent les royalties à percevoir sur la vente des albums : à peine une vingtaine de francs (0,50 €) …  à se partager à cinq. Une misère.


Au mois d’avril 1978,  Machiavel se produit à Liège, le 12  au Trocadéro, le même jour que les Scorpions, qui eux, jouent à l’hôtel de ville de Charleroi.

 

Le lundi 16, ils sont à Warenne dans la salle Omnisport ; le vendredi 20 à Mouscron, au cinéma Eden, et le 28 sous chapiteau à Wavre, aux cotés de Jo Lemaire + Flouze, les Misters  et Pierre Rapsat. 


 

Jean-Paul Devaux - 28 avril 1979

 


Pierre Rapsat - Wavre 1979

 

Mario Guccio - 28 avril 1979

 

Mario : « À Wavre, Pierre Guyaut relayait dans son émission Impédance (RTBF Namur) une partie du show en direct. Soudain, une mini tornade s’est déchaînée sur le chapiteau qui a bien failli s’envoler. »  

 

Roland De Greef - 28 avril 1979

 

URBAN GAMES, LE GRAND TOURNANT.

En cette fin de décennie 70, tandis que punk et new wave poursuivent leur irrésistible ascension, Machiavel s’interroge. Faut-il persévérer dans la voie tracée jusqu’ici, ou faut-il s’adapter au goût du jour ? Les discussions vont bon train. Albert Letecheur, déterminé à maintenir le cap s’oppose aux membres du groupe, attirés par un courant plus moderne, plus commercial.

 

Albert Letecheur :  «Pour la première fois, l'approche des compositions fut orientée vers un type de produit désiré. C'était une époque où reggae et disco étaient à la mode; aussi certains membres du groupe pensaient-ils qu'il fallait introduire ces influences dans notre musique. Inutile de dire que cela ne m'enchantait guère, mais je m'y suis plié, pas toujours de bonne grâce il est vrai.»


Je reste persuadé que nous aurions dû rester nous-mêmes. Nous avions créé quelque chose, nous avions du succès et un public, et nous jouions de mieux en mieux. De plus, nous allions rester presque les seuls à jouer ce genre de rock symphonique, et je ne pouvais pas penser que plus personne n'allait du jour au lendemain aimer cette musique. (*)

 

Répétitions de Urban Games

 

Dorénavant, Machiavel s’essaie à différents styles musicaux avec, à la clef, un  panaché de morceaux parfois hétéroclites. En effet, il ne suffit pas de vouloir évoluer ou de changer de cap d’un simple claquement de doigts, encore faut-il être inspiré.

 

En mai, les musiciens reprennent le chemin d’Ohain où les attendent les ingénieurs du son du studio Katy.

 

 


Au fil des longues sessions, les musiciens se sentent sous pression, d'autant plus qu'un sbire d’EMI vient tous les deux jours surveiller l’état d’avancement du projet.


Au bout de trois semaines, ils accouchent  de huit titres : : Let Me Live My Life, Over the Hill (aux sonorités reggae), City Flowers, The Dictators (texte à connotation politique), The Humans, Still Alive, Dancing Heroes, I’m Not A Loser (morceaux plus tonitruants,  sans véritables  lignes mélodiques).

 

 

 

Urban Games sort le 26 octobre 1979 sous le couvert d’une pochette qui se veut à la fois moderne et originale, réalisée par André Claessens. On est loin des fresques gothiques ou érotiques des albums antérieurs. On y voit  un homme en col et cravate, tenant d’une main un attaché case et de l’autre un arrosoir. 

 

À la fois lilliputien, dans un horizon hérissé de tours sans âme, et en même temps sorte de Gulliver arrosant des barres de béton réduites à la taille de legos, le personnage illustre bien le changement de société. Le noir et blanc a remplacé la couleur et la dérision a fait disparaitre la fantaisie.


Urban Games se présente comme un album de rupture.

 

 

(*) D’après une interview parue dans le fanzine Prog-résiste, réalisée en janvier 2003 par Gilles Arend et Pierre Romainville. Et reprise dans Les classiques de Marc Ysaye aux éditions Racine.

 

 

 

 

Machiavel - Urban Games 1979 © Coerten

 

Machiavel démarre sa campagne de promotion, le 28 novembre  1979, avec un premier concert dans l’auditorium A10 à Louvain la Neuve. Le lendemain, le groupe occupe la salle Octave Henri à Saint-Servais à Namur. Les 5 et 7 décembre, il joue au palais des Expositions de Charleroi et de Liège.


Le 8, il fait une incursion en Flandre, où il se produit au Casino de Beringen. Et puis, le 9 décembre, c’est Forest National.

FOREST NATIONAL 9 DÉCEMBRE 1979

Forest National, 9 décembre 1979.

 

 

PREMIER GROUPE BEGE À S'AVENTURER À FOREST NATIONAL.

 

L’équipe qui s’occupe de la promo chez EMI doute-t-elle de ses poulains ?  Craint-elle que louer la plus grande salle du pays, neuf mois après le Cirque Royal, n’engendre un bide ? Frileuse, la firme se fend d’une centaine d’affiches supplémentaires.


Marc : « Dès le départ, nous savions qu’EMI n’allait pas se mouiller outre mesure pour nous assurer une promotion à la hauteur de l’événement. Il a donc fallu qu’on prenne les choses en main. Notamment, en collant les affiches nous-mêmes, à la dernière minute, le matin et l’après-midi même du spectacle. Je me rappelle qu’au détour d'une rue, nous avons croisé des fans qui n’en croyaient pas leurs yeux. Nous étions évidemment très gênés ; mais d’autre part nous étions prêts à tout pour parvenir à rassembler le plus de monde possible. »

En cette soirée du dimanche 9 décembre 1979, Machiavel parvient à attirer quelque trois mille spectateurs.


Derrière son micro, Pierre Guyaut présente le groupe en annonçant qu’il poursuit son irrésistible ascension et qu’il est désormais crédité de quatre disques d'or : un pour  Jester, deux pour  Mechanical Moonbeams  et déjà un pour  Urban Games.


Le concert commence.

 

Piero K. : « L'ambiance fut, évidemment, torride. C'est en général le cas avec ceux qui, en plus de leurs talents musicaux, arrivent à motiver le public. Et, nom d'un chien, il l'était. Quand les Belges se mettent à être chauvins, ils ne font pas les choses à moitié.

 

J'en ai rencontré plusieurs qui, bien que n'aimant pas spécialement Machiavel, avaient tout de même tenu à venir, parce qu'ils ont très bien compris que s'il en est arrivé là, nos autres groupes pourront suivre. » (*)

 

Machiavel - Forest National 1979

 

 

LE CONCERT


Le groupe commence avec The Humans  et  In The Reigh of Queen Pollution. Dès le troisième morceau, on a droit à  Over The Hill , qui sera le prochain simple et où Mario joue de la clarinette. Le public connaissait déjà au point de reprendre le titre en chœur.

 

Viennent ensuite City Flowers et  Jester, où Mario joue les automates.  Beyond The Silence et  The Fifth Season  sont représentatifs de la musique du groupe dans ce qu'elle a de plus grandiose. Rope Dancer  et Let Me Live My Life dans ce qu'elle a de plus mélodieux.

 

Encore une fois, les spectateurs chantent aussi. Après  Still Alive, ça commence à « rocker » sérieusement avec  I'm Not A Loser et la version revue d'un extrait du premier album qui permet quelques brefs solos instrumentaux.

 

Ça chauffe alors vraiment avec After The Crop , et l'ambiance est à son sommet. Et puis c'est  The Dictators , sans doute la meilleure composition du groupe jusqu'à présent.

 

Mario Guccio © Coerten

 

Il y a une heure et demie que Machiavel est sur scène quand Mario dit pour la première fois « Bonsoir ! », mais ce n'est pas fini. Il est rappelé et surprend un peu avec Dancing Heroes, ce truc funky/disco qui n'est pas tellement bien accueilli par certains.

 

Mais il enchaîne tout de suite après avec  Summon Up Your Strength, où tout le monde peut reprendre  Rock and roll, rock and roll, rock and roll ! » tandis que Mario escalade les baffles.

 

Deuxième rappel avec  Over The Hill et  Rope Dancer  à nouveau. Lumières ! Mais les spectateurs en veulent encore, et il y aura un troisième rappel avec la finale de Summon Up Your Strength avant qu'ils ne laissent partir le groupe.

 

Mario Guccio © Coerten

 

 

(*) Extraits de l'article paru dans Télémoustique N° 2812

 

 

Roland Degreef (photo A.Cornet)

 

 

ON NE PEUT PAS PLAIRE À TOUT LE MONDE.


Fatalement, le mélange des genres ne fait pas toujours bon ménage et peut même se  révéler casse-gueule. Dans un premier temps, peu de choses changent. Les ventes d’Urban Games  atteignent une trentaine de milliers d’exemplaires, sur le marché intérieur, ce qui se traduit par  un disque de platine. Pourtant, Machiavel perd une partie de ses fans.

 

En effet, tous ceux qui ont acheté Urban Games sont déconcertés. Ils ne reconnaissent plus leur groupe fétiche. Machiavel leur a fait un enfant dans le dos. Ils sont furax.


Nul n’étant prophète en son pays, peut-on reprocher aux musiciens d’avoir opéré leur mutation ? Qui aurait pu imaginer que la vague punk allait, sous peu, faire pssschit  et retomber comme un  soufflé ?

 

Sur ce point, Piero K. ainsi que quelques autres vieux de la vieille de l'époque, sont unanimes :  « Si Machiavel  avait gardé son style et poursuivi dans la ligne de leur troisième album (le meilleur), il serait énorme aujourd’hui, tant sur le plan national qu’international. Ils sont passés à côté de la montre en or. »

 

 

PREMIÈRE PARTIE : ENTRE EUROCK, PUNK ET NEW WAVE 1975-1977

TROISIÈME PARTIE : NOUVELLES LIGNES 1980 - 1982

 

COMPOSITION ACTUELLE DE MACHIAVEL

LA BIOGRAPHIE COMPLÈTE DE MACHIAVEL EXISTE AUSSI EN LIVRE:

 

40 ANS DE MUSIQUE 1976-2016

 

Editeur Renaissance du Livre

 

INFO SUR LES DATES DE CONCERTS DE MACHIAVEL EN 2016

http://machiavel.be/