ALBUM ROCK BELGE

 

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ROCK BELGE / ALBUM SOUVENIRS

L E E (1972 - 1973)

Biographie officielle réalisée par Jean Jième

 

Victor Tedeschi, Dany Lademacher, Charlie Maker, Roger Wollaert

et Mick Fowler © Erik Machielsen

 

 

 

Peu de personnes ont eu l'occasion d'assister à un concert de Lee en Belgique. Et pourtant en se produisant en novembre 1973 sur la scène de Forest National en supporting act de Slade, ils ont été acclamés par huit mille spectateurs en une seule soirée. Lorsque l'on apprend qu'ils ont interprété Jumpin' jack flash devant Keith Richards, dans sa discothèque, le Midnight Rambler, à Genève, on se dit que ce n'est pas courant.

 

Enfin lorsqu'on réalise qu'ils ont dépassé en succès les New-York Dolls au cours de trois concerts dans des salles combles, on se demande pourquoi Lee est resté si peu connu chez nous. D'autant plus que les musiciens concernés s'appellent Dany Lademacher, Charlie Maker, Roger Wollaert, ex-Kleptomania et Mick Fowler, ex-guitariste des Grapefruit, produit par George Harrison.

 

Mais avec Lee on n'en est pas à une contradiction près. De super musiciens, quatre personnalités avec un look d'enfer, mais également tributaires d'une époque charnière où les embûches, galères, arnaques et incompétences en tous genres réduisaient souvent à néant les projets les plus enthousiastes et finissaient par avoir raison de l'endurance des plus acharnés. Sous l'angle professionnel (management et conduite de leur carrière), Lee a souffert de cruels manquements. Si j'ai passé autant de temps à collecter des informations pour tenter de reconstituer l'histoire de ce groupe qui aurait pu prétendre au vedettariat, c'est parce que je fus à la source de sa création.

 

Jean Jième.

 

Lee avec Mick FowlerDany, Charlie, Mick et Roger

 

 

KLEPTOMANIA ÉGARÉ DANS LA NATURE

 

Klepto 1974

Kleptomania

 

Bruxelles  été 1972. Cela va faire plus de huit mois que Kleptomania a splitté. Dany Lademacher et Roger Wollaert se produisent sur scène, de gauche à droite, dans divers groupes, sans jamais y rester bien longtemps. C'est une période de dèche. Pendant quelque temps, on dit même que Dany vend des cours d'informatique pour le compte d'IBM. Quant à Charlie Maker, il a repris son boulot de barman aux Gémeaux. Le plus « chanceux »  reste sans doute Wim Hombergen qui continue à trimbaler sa voix et sa guitare dans nombre de clubs de Berlin.

 

ARMAND MASSAUX CROISE LA ROUTE DE ROGER WOLLAERT

 

Cela fait plusieurs semaines qu'Armand Massaux, ex-guitariste d'un des tout premier groupe de rock belge, les  Night Rockers  est en pourparlers avec Jean Jième et Paul André, patrons de l'Agence Century. Armand a composé  Hello Sally, une chanson 100 % rock qu'il interprète avec son swing habituel.

 

Son but : passer à la phase d'enregistrement. Il compte sur les deux compères pour obtenir un coup de pouce dans ses démarches. Jième et Paul croient en ce morceau. De concert, ils se mettent en quête d'une firme de disques. A la même époque, Roger Wollaert, lors d'une petite virée en ville, tombe sur Armand Massaux dans une boite de la porte de Namur. Les deux musiciens se sont souvent croisés sans jamais se parler. Mais l'un et l'autre s'estiment. Très vite, ils sympathisent et décident de finir la soirée rue de Stassart en face d'un spaghetti. Après quelques bières, Armand arrive à persuader Roger de l'accompagner à la batterie sur  Hello Sally.

 


Armand Massaux

 

Et quelques autres verres plus tard, les deux nouveaux copains envisagent même la perspective de former un nouveau groupe. Dès le lendemain de cette bouillante discussion, Roger s'en va trouver Charlie aux Gémeaux et lui met le deal en mains. Charlie brûle également de reprendre du service. Il ne lui faut pas longtemps pour marcher dans la nouvelle combine. Pour prouver sa détermination, quelques jours plus tard, il se rachète un nouveau matériel.

 

Armand s'en revient trouver J. Jième et lui annonce fièrement qu'il va reformer un band avec deux anciens du Kleptomania. Voilà qui n'est pas sans l'intéresser.

Car depuis qu'il n'est plus le manager des Shakespeares, Jième rêve de se retrouver à la tête d'un groupe charismatique. Ses origines de cinéaste y sont pour quelque chose. Il sait ce qu'est qu'un casting. Il a toujours considéré que les gars du Kleptomania avaient un look et une dégaine de vraies rock stars.

Il se dit que si Charlie et Roger se retrouvent, il y a toutes les raisons d'espérer que Dany courre les rejoindre.

 

Les Night Rockers

Au centre: Armand Massaux du temps des Night Rockers

 

 

Certes, Armand, plus âgé que les autres, plus torturé aussi, n'a pas leur dégaine. Mais c'est une pointure. En tant que guitariste des Night Rockers, il a, avant tout le monde, connu le succès à Paris au Golf Drouot et à l'Olympia, au Twenty Club à Mouscron, au Rocking Center à Bruxelles et dans nombre de dancings de Hambourg. Armand pourrait bien servir de détonateur, susceptible de faire exploser la flamme artistique des anciens du Kleptomania, parfois un peu trop enfermés dans leur bulle musicale.

 

Rendez-vous est pris à l'agence Century pour une réunion générale à laquelle sont conviés tous les protagonistes du nouveau projet. A l'ordre du jour : les modalités pratiques pour l'enregistrement de  Hello Sally , un planning de répétitions réparti sur trois mois et, point crucial, le choix du futur répertoire. Roger met à disposition du groupe un local spécialement aménagé dans la maison de ses parents. Armand définit la ligne musicale qu'il aimerait emprunter.

 

Après concertation, Dany, Roger et Charlie se disent prêts à se lancer dans un répertoire plus classic rock que du temps de Kleptomania. Car avec Massaux, pas question de se lancer dans du Free ou du Led Zeppelin. Pour la première fois de son histoire, les ex du Klepto acceptent de jouer une carte plus commerciale, que beaucoup attendent.

 

En fin de discussion, Jean Jième aborde le délicat sujet du management. En effet, c'est Wilfried Britts qui a découvert Kleptomania. Sans lui, le groupe n'aurait peut-être jamais démarré ni sans doute connu un si remarquable début de carrière.

 

Britts reste donc en quelque sorte leur père spirituel. Jième entend continuer à entretenir des relations professionnelles cordiales avec lui. Mais il semble que les musiciens aient provisoirement besoin de couper le cordon ombilical et ainsi de laisser respirer le père. Armand fonde de gros espoirs sur  Hello Sally.

 

Roger Wollaert © J.Jieme

 

Il entend mettre toutes les chances de son côté. Il s'aperçoit que le morceau sonnerait mieux s'il était soutenu par un clavier. Roger évoque le nom de Patrick Gysen, leur ancien organiste. Recontacté, Patrick n'hésite pas à se joindre une nouvelle fois à ses anciens copains.

 

Et dès le départ, les répétitions se déroulent dans une ambiance de bonne humeur et de franche camaraderie.

 

 

 

Tandis que juillet puis août 1972 s'égrène tranquillement, le groupe se prépare pour une fracassante rentrée. Qui débute par l'enregistrement au studio DES, rue aux fleurs, de  Hello Sally. Sont présents à la session : Roger, Charlie, Armand et Patrick Gysen.

 

Charlie Maker et Armand Massaux © J.Jieme

 

Armand Massaux Pat Gysen

Massaux et Patrick Gysen © J.Jieme

 

Patrick Gysen © J.Jieme

 

Le disque sort sous le nom de Clint Silver, produit par Paul André.

 

Malgré une énergie folle, des interviews dans les principales émissions de la RTB, des contacts à Paris, Hello Sally  a du mal à décoller. La faute au manque criant de promo de la part de la firme de disques et du peu de dynamisme des réseaux de distribution.

 

Lors d'une réunion organisée à l'initiative de leur manager, les musiciens se rendent compte que  Hello Sally  ne fera pas carrière.

 

Ils décident malgré tout de continuer un petit bout de chemin ensemble. Pour mieux se fédérer, il leur faut un nom, qu'ils n'ont toujours pas trouvé car ils n'ont même pas cherché.

 

 

Hello Sally
Clint Silver rock belge

 

https://www.youtube.com/watch?v=owJUOuNno1k&feature=youtu.be

 

 

 

LEE

 

J. Jième leur demande de se creuser la cervelle et de faire des propositions. Chacun y va de ses suggestions. Des dizaines de noms circulent sans séduire personne. Jième voudrait un nom qui claque, qui soit facile à retenir. C'est alors qu'il surprend Charlie à crier « Lee, au pied, couchez » ! Lee est un magnifique berger Tervueren que le groupe vient d'adopter et qui a jeté son dévolu sur Charlie qui adore les animaux. Lee sonne bien, c'est court et puis difficile de se tromper dans l'orthographe. A l'unanimité, le nom de Lee est adopté.

 

PATRICK GYSEN QUITTE LA SCÈNE

 

Patrick Guzse

Patrick Gysen © J.Jieme

 

Quelques jours plus tard, survient un événement épouvantable. Sur une route secondaire, lors d'une manœuvre maladroite d'un conducteur de machine agricole, Patrick Gysen perd le contrôle de son véhicule et le percute de plein fouet. Il est tué sur le coup.

 

Lorsqu'il évoque le souvenir de ce musicien talentueux fauché en pleine jeunesse, Roger Wollaert se rappelle combien il a été frappé par la foule considérable d'amis venus se recueillir autour de sa dépouille. Paul André disait récemment encore combien il avait été impressionné par ses qualités de compositeur.

 

ARRIVÉE DE CHRISTIAN DUPONCHEEL

 

 

Après le choc de cette brutale disparition, les musiciens ressentent le besoin de remplir le vide cruel laissé par le départ de Patrick. Quelques jours plus tard, ils contactent Christian Duponcheel, ex-organiste de Lagger blues machine, en disponibilité.

 

L'ambiance n'est plus à la joie. Patrick a rejoint le ciel, Armand Massaux a le vague à l'âme. En réalité, il s'en fait énormément pour Hello Sally. Sans doute a-t-il le sentiment que ce disque représente un tournant dans sa carrière? De son côté, Christian Duponcheel, à peine débarqué au sein du quatuor, se sent un peu perdu. Il cherche ses marques.

 

NOUVEAU DÉPART

 

Les trois autres musiciens essaient de faire bonne figure, de détendre l'atmosphère. Pour réunifier le groupe, Jième les convoque pour réaliser un reportage photo. Il les réunit rue des pensées, en face de l'agence Century. Chaque musicien semble déjà pressentir que les jours du groupe sont comptés, du moins dans sa formule actuelle. Cela se sent sur chacune des photos. Malgré beaucoup d'efforts, Jième n'arrive pas à extirper le moindre sourire de la part d'Armand.

 

Lee Rock belge 1972

Lee © J.Jieme

 

Lee Rock belge 1972

Lee © J.Jieme

 

Lee Rock belge 1972

Lee © J.Jieme

 

Les répétitions s'en ressentent. Ce groupe pour le moins hétéroclite, car constitué de musiciens venus d'horizons totalement différents, avait-il sa chance d'exister ? Aurait-il pu se distinguer, faire carrière ? On ne le saura jamais. Au bout de quelques jours, Dany, Roger et Charlie viennent trouver leur manager pour lui expliquer qu'il devient difficile de poursuivre les répétitions avec Armand.

 

Armand Massaux sent que l'aventure est déjà terminée © J.Jieme

 

 

 

LA SÉPARATION

 

Sur le plan musical, conceptions et avis divergent de plus en plus. Les musiciens s'appuient également sur le fait que son caractère alterne entre accès de colère et déprime. On peut sans doute supputer qu'Armand était entré dans une période de mini dépression ou tout simplement de ras-le-bol.

 

La situation est délicate. Remballer Armand c'est l'enfoncer encore un peu plus dans son marasme. Personne ne le souhaite. Pourtant, il faut que quelqu'un se charge de lui parler. Qui est le mieux placé pour le faire ? Charlie, le temporisateur, courageusement, accepte de se charger de cette mission délicate.

 

Lee Rock belge 1972

 

Le lendemain, lors de sa visite au siège de Century, J. Jième console Armand en lui rappelant qu'il n'a pas été viré. Pour la simple et bonne raison que le groupe n'a jamais démarré. De plus, n'a-t-il pas obtenu ce qu'il souhaitait le plus ? C'est-à-dire enregistrer son 45 tours avec des musiciens hors pair ?

 

 

Au fur et à mesure de la discussion, Armand reprend du poil de la bête. En effet, Jième a sa petite idée. Il connaît un homme d'affaires qui souhaiterait faire partie du monde du show-business et qui serait prêt à y investir de l'argent.

 

Jième va persuader Serge S. de l'intérêt de trouver des partenariats à l'étranger pour Hello Sally, qui reste un très bon titre. Pourquoi ne pas aller le présenter à Paris ou dans d'autres capitales ? Pourquoi ne pas rechercher une collaboration avec une firme de disque internationale ?

 

Décidé à donner le coup de pouce décisif, Jième file sur Paris retrouver Patrick Taton, directeur artistique chez Philips. Il lui fait écouter le morceau. Tout de suite, Patrick se montre intéressé. Il se déclare prêt à remixer la bande originale, voire à la réenregistrer avec des musiciens de studio.

 

De retour à Bruxelles, les choses prennent tournure. Jième qui n'a nullement l'intention de cumuler son rôle de manager avec celui de producteur organise une rencontre entre Armand Massaux et Serge S.

Les deux compères signent un contrat de production sur base de  Hello Sally  et d'éventuels titres ultérieurs. Désormais, Armand dispose d'un appui inespéré en la personne de cet homme d'affaires, certes peu qualifié sur le plan artistique mais fermement disposé à mettre le paquet pour se faire un nom dans le métier.

 

Pendant ce temps, privé d'Armand, Lee se retrouve sans guitariste, sans véritable chanteur et sans …organiste. En effet Christian Duponcheel n'a pas survécu à la grande lessive.

 

 

 

MICK FOWLER, EX-GRAPEFRUIT

 

Désormais, si Lee veut avoir la moindre chance d'enfin exister, il lui faut d'urgence un quatrième homme. Une fois de plus, Jième va sauver la mise. En tant qu'ancien manager des Shakespeares, devenus Fynn Mc Cool, il a gardé des contacts privilégiés avec les musiciens et notamment avec le flamboyant Mick Fowler.

 

Né à Londres, sous le signe du Lion, beau gosse, le regard perçant, le sourire ravageur, c'est un tombeur (qui s'ignore). Mais c'est surtout un bon guitariste, un bon claviériste et un excellent chanteur. Avant de rejoindre les Fynn Mc Cool, Mick a appartenu quelques mois (1969) au Grapefruit, patronné par Apple records, la firme des Beatles. Groupe dans lequel on retrouvait George Alexander, Pete et Geoffrey Swettenham et John Perry

 

Bio : http://www.mickfowlerproductions.com/mick-fowler-bio/

 

Jième apprend par la bande que Fynn Mc Cool est en train de battre de l'aile. Il se renseigne aussitôt auprès de ses anciens potes. C'est vrai, le groupe a décidé de prendre un peu de recul. Ce qui, en langage de musiciens, signifie qu'ils sont en train de se séparer.

 

Mick Fowler

 

 

Alors Jième, qui n'a jamais abandonné l'idée de créer un super  good looking group, appelle Mick Fowler et lui propose de rencontrer Dany, Roger et Charlie à Bruxelles. C'est le moment ou jamais de tenter cette expérience qui le taraude depuis si longtemps : rivaliser avec les groupes anglais sous un angle triple : virtuosité musicale, présence et charme.

 

Lorsque Mick débarque quelques jours plus tard de Londres, il assiste à une répétition. Très vite les talents de soliste de Dany Lademacher épate l'anglais tout comme le savoir-faire des deux autres qui se donnent à fond derrière leur basse et leur batterie. Mick Fowler est convaincu qu'il s'entendra bien avec le trio. C'est reparti pour une nouvelle donne.

 

Mais Jean Jième ne pourra pas mener son projet à terme. Un événement familial grave va le contraindre à renoncer provisoirement à s'occuper de Lee. De plus, il s'en rend bien compte Lee est un groupe qui va exiger de plus en plus d'attention et surtout de moyens financiers.

 

Paul André, de son côté, part sillonner la France et la Suisse dans le but de trouver des contrats pour Lee, qui ne peut pas rester sans travailler.

 

Pendant ce temps, Jième entame une phase de négociation avec Serge S., qui depuis qu'il est devenu producteur d'Armand Massaux, prend son rôle de producteur très au sérieux.

 

Il explique que ses contacts avec Philips Paris et RCA Rome pour une sortie franco-italienne de Hello Sally sont dans l'impasse. Les deux firmes internationales jouent le même jeu : l'obliger à abandonner une grande partie de ses droits de producteur sous le prétexte que le disque doit être complètement réenregistré et donc remixé. Ce qui n'est nullement nécessaire.

 

Mais cette manœuvre permet ainsi aux majors de devenir les nouveaux producteurs et donc d'empocher le pactole en cas de succès.

 

Jième suggère à Serge S. de reprendre le management de Lee. Après discussion avec les membres du groupe, il lui transmet leur liste des revendications. Mick Fowler exige de remplacer les amplis Marshall par un tout nouveau matériel d'amplifications guitares et micros, de marque Orange.

 

Le groupe réclame également la garantie de sortir au moins deux 45 tours endéans les six mois. Sans compter l'acquisition d'un nouveau van et du renouvellement de leurs tenues de scène.

 

Après plusieurs semaines d'âpres négociations, dues à l'importance de l'investissement, Serge S. finit par signer avec les musiciens.

 

 

LA FIN DE L'AGENCE CENTURY - PAUL ANDRÉ PART EN FRANCE

 

Au printemps 73, l'agence Century a fermé ses portes. J. Jième a démarré sa collaboration avec Bernard Ker. Paul André, comme il l'avait annoncé, gagne l'Hexagone où il retrouve Crespin, agent de toute une série de groupes français comme les Bongos, Martin Circus, Variation, Joël Daydé. Paul s'occupe essentiellement des contacts avec l'étranger. Mais il se rend bien vite compte qu'il est saboté. Crespin privilégie le placement des groupes français au détriment des anglais. Les affaires stagnent.

 

Dans le bureau d'à côté, Paul se lie d'amitié avec Frank Eisenberg, le manager personnel des Bongos, qui connaît actuellement un énorme succès en France.

 

Les deux hommes décident d'unir leurs efforts pour placer les Bongos pour toute la durée de l'été dans les grandes discothèques, notamment du Sud de la France.

 

Au lieu de négocier les contrats derrière leur téléphone, ils multiplient les rendez-vous afin de rencontrer personnellement chaque directeur d'établissement dans sa région.

 

Et les voilà parti sur les routes de France. Les contrats se signent par dizaines. Leur périple les amène en Espagne à Benidorm et plus précisément dans une boite gigantesque de plus de troismille places assises qui s'appelle le Cap 3000.

 

Le patron se montre sensible au fait de pouvoir engager les artistes sans devoir passer par Paris. Il le leur prouve en leur confiant la programmation complète du plateau pour toute la saison d'été. Paul et Franck place une quinzaine de groupes et de vedettes comme Ulysse, Eddy Mitchell, Jo Dassin.

 

Lee fait partie de la distribution.

 

LEE : CAP 3000 - BENIDORM AU CAP 3000 – GALÈRES –

REVANCHE ET SUCCÈS.

 

Charlie Maker raconte :

 

 

Charlie Maker : Début juillet, après quatre jours de voyage harassant en bagnole, précédé de nos deux roadies, qui eux conduisait un van Mercedes, on a donc tous débarqué à Benidorm. C'était un endroit incroyable. Ce méga dancing avait été dessiné et construit à l'échelle d'une gigantesque soucoupe volante. A l'intérieur on pouvait caser sept mille personnes debout. Il y avait une piscine énorme.

 

A la nuit tombée, le dôme de la soucoupe s'entrouvrait sur un ciel constellé d'étoiles. C'était féérique. Pourtant notre arrivée au Cap 3000 n'a rien eu de féérique. Ca a plutôt été la douche froide. Car malgré les accords signés, le patron de la boite a bien failli nous remballer. Au bord de l'épuisement, nous étions assommés de stupeur. Quelle était cette mauvaise blague ?

 

Mick Fowler et moi, avec beaucoup de diplomatie, avons demandé au boss de nous entretenir quelques minutes avec lui dans son bureau. Pour parer au plus pressé nous lui avons expliqué que nous avions roulé deux mille bornes pour arriver jusqu'à Benidorm et qu'il fallait qu'il nous héberge.

 

Ensuite Mick, en bon british, a plaidé comme un chef pour que nous puissions dès le lendemain lui donner un aperçu de nos qualités de musiciens. Le patron a accepté le deal.

 

On nous a parqués dans une sorte de buanderie avec des matelas par terre. On était tellement crevé qu'on est tombé comme des mouches. Après une bonne nuit d'un sommeil réparateur, nous avons cherché à contacter Paul par téléphone. Sans résultat. Pendant ce temps les roadies installaient notre matériel sur une scène gigantesque. A notre profond soulagement, notre style de musique a semblé plaire au patron espagnol qui nous a « réengagés » sur le champ. Mais à une condition : assortir notre répertoire de quelques covers supplémentaires. Après tout, il fallait s'y attendre. On s'est concerté tous les quatre et on a rajouté quelques gros tubes du moment. Au second soir, le patron, ravi, décidait de nous garder tout le mois.

 

Dès le lendemain, on a pu s'installer en ville dans de petits studios qui donnaient face à un cinéma en plein air. De notre fenêtre, on pouvait donc assister gratuitement au déroulement du film… à la condition de comprendre l'espagnol. C'était la belle vie. On ne jouait qu'un soir sur deux. Le reste du temps on était libre de faire ce qu'on voulait. Baignade, bitures, rencontres et dragues à gogo. On avait vraiment l'embarras du choix. Etre musicien en 1973, en vacances, en été, en Espagne….le pied ! Une grande surprise, c'est quand on est tombé sur Wim Hombergen. Il passait ses vacances pas très loin du Cap 3000. Qu'est ce qu'on a été content de se revoir ! Sur ces entrefaites, Paul André est arrivé sur place.

 

Cap 3000 à Bénidorm

 

 

paul andré agence century

Paul André raconte

 

Lee travaillait la semaine en alternance avec le groupe français Ulysse et son leader, un mulâtre, à la fois excellent chanteur et show man, qui se démenait comme un beau diable. Lorsque je l'ai proposé au patron du Cap 3000 comme tant d'autres artistes, celui-ci ne le connaissait pas. Il n'a même pas demandé à écouter un de leurs disques ni bandes ni rien. Ce qu'il avait pourtant eu le soin de faire avec tous les autres groupes qu'il avait engagés, Lee compris. Je m'étais alors demandé pourquoi ?

 

Lorsque je suis revenu à Benidorm, je suis tombé sur des affiches de Ulysse avec une mention rédigée en espagnol. Une fois traduite, ca donnait à peu près ceci : "Un événement exceptionnel au Cap 3000. Ulysse, le seul GROUPE qui se soit jamais tapé Pénélope".

 

Soudain je comprends. La discothèque concurrente, située à à un pâté de maison de la sienne, porte comme nom : Pénélope. De quoi faire se retourner dans leurs tombes le couple le plus fidèle de toute l'Antiquité grecque ! Comme quoi les patrons de boites de nuit peuvent avoir à la fois le sens de l'humour (acerbe), le mépris des artistes et la dent dure pour leurs concurrents.

 

Une dernière anecdote toujours avec le groupe Ulysse. Le patron du Cap 3000 a fini par trouver que les musiciens n'étaient pas à la hauteur.

 

Par contre, il était très impressionné par Jo, leur chanteur. C'était une sorte de Prince avant la lettre. De très petite taille, habillé de rose de la tête aux pieds, il dansait avec un sens du rythme étonnant.

 

Le patron a donc viré ses musiciens et a demandé aux musiciens de Lee de bien vouloir accompagner Jo. Lee s'est ainsi retrouvé à à faire des heures supplémentaires.

 

 

SAINT-RAPHAEL – TARBES - BIARRITZ

 

Le mois de juillet écoulé, Lee plie bagage et regagne la France pour débarquer à Saint-Raphaël. Cette fois, la transition est nette. Plus de dancing gigantesque, mais plutôt un petit club, sympathique baptisé La Réserve. Le groupe va y rester une quinzaine de jours.

 

Charlie Maker : On déconnait énormément à l'époque. Et surtout je buvais beaucoup trop. Une nuit, après notre dernier passage sur scène, à la Réserve je suis prêt à regagner mon hôtel. Je suis sur les rotules. Je souffre d'un mal de dos indescriptible. Plus question de bouger. J'essaie de m'endormir. Vers quatre heures du matin, je n'en peux vraiment plus. Je demande à ma copine d'aller me chercher un toubib. Il est quatre heures du matin. Marie-Pierre part toute seule dans les rues plus ou moins mal fréquentées de Saint-Raphaël. Elle s'adresse au commissariat de police qui lui indique l'adresse d'un médecin. Vers cinq heures du matin, il arrive. Sans se poser beaucoup de questions sur la gravité de mon état, il m'administre deux injections pour me soulager.

 

Quelques minutes plus tard, bercé par les accords mélodieux de la guitare de Dany, je m'endors enfin. En retournant chez le généraliste, j'ai appris que j'avais eu un blocage des reins, dû à une absorbation massive d'alcool. J'étais prévenu, je savais maintenant à quoi m'en tenir. Restait à tirer moi-même la leçon de mon aventure et à agir en conséquence. Le soir même, malgré mon état chancelant et des douleurs toujours lancinantes, je me suis tout de même retrouvé sur scène pour ne pas laisser tomber les copains. Mais je dois bien avouer que je n'en menais pas large. Encore aujourd'hui je garde le souvenir de la nuit la plus angoissante de ma vie. J'ai vraiment cru que j'allais y rester.

 

TARBES, LOURDES

 

A la mi-août, la tournée de Lee se poursuit. Christian Garcia, correspondant de Paul André et de Frank Eisenberg pour le Sud-ouest de la France les a placé dans un club de Tarbes. L'endroit est charmant. Une piscine édifiée sur le toit les accueille à bras ouverts. Paul André se souvient des longues heures d'aubades aquatiques avec les musiciens du groupe. Celles-ci demeurent à jamais pour lui des moments inoubliables de détente, de flirt et de dolce farniente.

 

TOURNÉE D'ÉTÉ : DERNIÈRE ÉTAPE   BIARRITZ .

 

Avant de rentrer en Belgique, Lee a un dernier contrat à honorer : un week-end dans un club de Biarritz. Mais cette fois les choses ne se passent pas trop bien. Dès le début de leur prestation, le patron de l'établissement se plaint. Il estime que le groupe joue trop fort. Paul André se rend auprès des musiciens et leur demande de baisser le volume de leurs amplis. Ceux-ci s'exécutent tant bien que mal. Mais ce n'est pas suffisant. Le patron continue à rechigner. Paul tente de lui expliquer qu'il aurait mieux fait d'engager un groupe de guitares acoustiques. Piqué au vif, le type le prend au mot et lui rétorque : « Vous avez sans doute raison, foutez-moi le camp tout de suite ». Et voilà Lee débarqué, sans être payé bien sûr. Heureusement Paul avait déjà perçu cinquante pour cent de leur cachet.

 

 

Lee à Benidorm

Lee

 

 

Et voilà les musiciens sur le trottoir en train de râler de devoir remballer leur matériel.

 

En face du club, il y avait un très grand bistrot, juste de l'autre côté de la rue. Roger prend ses baguettes et une cymbale, Dany et les autres leurs guitares sèches. Ils entrent dans le bistrot et proposent au patron de les laisser jouer pour le fun. Lee se retrouve en train de jouer son répertoire sans le moindre matériel d'amplification.

 

Au bout d'un quart d'heures, le public du club se met progressivement à envahir l'établissement. Si bien qu'une heure plus tard, la quasi-totalité des clients d'en face se retrouve agglutiné dans le vieux bistrot populaire en train de taper dans les mains et de faire la fête aux musiciens.

 

Le patron du club déboule furieux et parle de concurrence déloyale. Paul ne tarde pas à lui faire cracher le morceau : en fait ce patron déteste le rock.« Mais alors pourquoi toute votre clientèle se retrouve-t-elle ici répond Paul », au bord de la crise de fou rire ? 

 

Studio Morgan : enregistrement des choeurs de Back to the USA.

Dany Lademacher, Victor, Charlie Maker, le producteur, Geoff Swettenham,

Claudia Offer et Erik Machielsen.

 

Cover Lee

DE RETOUR EN BELGIQUE, LEE ENREGISTRE DEUX 45 TOURS

 

A la fin de l'été, les musiciens de Lee, bronzés et fatigués sont heureux de regagner Bruxelles. Quelques jours plus tard, ils investissent le studio DES Molière où ils entament l'enregistrement de Come on back to me et From L.A. to Chicago. Ensuite, ils réalisent un second 45 tours cette fois au Studio Morgan, sous le label Barclay. Ce sera Back to the U.S.A. et Agada .

cover Lee

 

 

 

LEE EN AVANT-PREMIÈRE DE SLADE À

FOREST NATIONAL - NOVEMBRE 1973

 

Jean-Noel Coghe

 

Jean-Noël Coghe, journaliste à Nord-Eclair, correspondant de Formule J, replace dans son contexte le concert de Lee à Forest ( Autant en emporte le rock - éditions Le Castor Astral).

 

« 28 octobre 1973, Zaventem... 13 h 30. On attend Slade. Après une tournée américaine de six semaines, ils entament un périple européen. L'avion atterrit. Slade n'est pas là. Au moment de quitter Wolverhampton, Noddy Holder a été transporté d'urgence à l'hôpital, les reins bloqués. Tout le clan est au chevet de Noddy. Quelques mois auparavant, ils étaient autour de Don Powell, victime d'un grave accident de voiture. Chas Chandler, leur producteur-manager, quitte précipitamment Londres pour Wolverhampton. Les médecins ne se prononcent pas encore.

 

À Bruxelles, Rod, le responsable des roadies, est inquiet. Pour cette virée européenne, ils sont huit. Les deux camions ont déjà déversé sur la scène du Forest les quelques tonnes de matériel. Londres confirme la nouvelle. Le concert de Bruxelles est annulé. Ordre est donné de rembarquer le matériel et de partir pour Courtrai, lieu du second concert. Car on espère que Noddy sera rétabli... La nuit se passe dans l'attente. Le lendemain, par téléphone, Dave Hill indique que Noddy quitte l'hôpital mais qu'il lui faut deux jours de repos. Le concert de Bruxelles est reculé de quelques jours, et le concert de Courtrai reporté d'un mois".

 

"Re-Zaventem. Les mêmes. Lieve de Polydor, Hans Custers, l'éditeur moustachu, et Louis Devries le promoteur. Il est 18 heures et ils sont là tous les quatre. Dave Hill porte un fameux manteau multicolore à col de fourrure. Don, en chemise, a oublié le sien. Jimmy ne quittera pas son pull jaune de la tournée. Et Noddy, vaillant, est souriant sous son chapeau. Départ, légère collation à l'hôtel, et retrouvailles avec le National où 8.000 spectateurs les ovationnent. En première Lee, un excellent groupe anglo-belge, et Colonel Bagshot, qui fait la tournée".

 

Slade Coerten

Slade ©Paul Coerten

 

Charlie Maker :

 

En tant que musicien la seule fois de ma carrière où j'ai pu monter sur la scène de Forest National c'est avec Lee. Il y avait huit mille personnes. On était en supporting act de Slade. C'était la première fois que ma mère venait assister à un concert de son fiston. Elle était très fière de l'événement. Même si, perchée au pigeonnier, elle a éprouvé quelques difficultés à me reconnaître d'aussi loin. Ce souvenir reste bien sûr inoubliable. Ceci dit il me laisse un léger goût d'amertume. J'aurais tellement aimé joué à Forest avec le répertoire de Kleptomania devant « notre » public.

 

Kleptomania devient Lee

Lee dans les loges de Forest-National © E.Machielsen

 

Lee Forest National

Roger Wollaert, Dany Lademacher, Charlie Maker, Mick Fowler

 

 

Charlie Maker : Entretemps, Victor, saxophoniste, ami de Mick Fowler, originaire de Suisse était descendu sur Bruxelles à sa demande. Ils avaient joué un moment ensemble dans Fynn Mc Cool. Son arrivée a coïncidé avec nos problèmes avec le manager. On s'est donc retrouvé à loger à sept dans notre appartement de la rue Artan à Schaerbeek, constitué de deux pièces-cuisine. Victor n'a donc pas eu l'occasion de jouer souvent à nos côtés. L'ambiance n'était pas vraiment à la rigolade. Certains jours on n'avait qu'un bol de riz à se partager. Pourtant on a joué ensemble à Forest National et puis ensuite aux Halles de Courtrai, en avant-première de SLADE.

 

AVEC LES NEW-YORK DOLLS

 

Charlie Maker : Après Forest, on est resté dans la catégorie des salles de spectacle de prestige, puisqu'on a joué aux Halles de Courtrai, dans l'auditorium de l'Université de Louvain et enfin au Théâtre 140. Cette fois-ci en avant-première des New-York Dolls, un groupe américain, déguisé en gonzesses, avec talons hauts. Le style glitter. On nageait en pleine décadence. On s'est taillé une belle part de succès.

 

 

new-york dolls photo CoertenNew-York Dolls © Paul Coerten

 

 

LEE , UNE NOUVELLE FOIS, SANS MANAGER

 

Après ces concerts prometteurs qui commençaient à les faire connaître et apprécier du grand public en Belgique, les choses auraient dû se présenter différemment. Mais une fois de plus, les problèmes financiers ont tout précipité. Serge S. le manager du groupe, faisait face à une situation très délicate.

 

Hello Sally de Clint Silver était tombé dans les oubliettes et les tournées d'été de Lee ne lui avaient guère rapporté. Les factures s'amoncelaient : van Mercedes, affiches, promo, traites pour le matériel. L'homme d'affaires était aux abois. Quels contacts significatifs avait-t-il établi sur le plan professionnel auprès des producteurs, agents de spectacles, tourneurs ? Criblé de dettes, car il avait tout acheté à crédit, il s'est tourné vers les musiciens et les a menacé de reprendre le matériel et le camion s'ils ne s'engageaient pas collectivement au remboursement des créances.

 

Les musiciens ne se sont pas montrés hostiles à l'idée. Toutefois, lorsqu'ils lui demandent quelles sont les perspectives de contrats à venir, on leur répond qu'il n'y en a pas ! Ils ne veulent pas y croire. Et pourtant c'est vrai. Comment dans ce cas intervenir dans un remboursement quelconque ? C'est de la folie. Les choses se sont très vite envenimées. Si bien que Serge leur a saisi camionnette et matériel, comme ça du jour au lendemain. Sans doute pour tout revendre en catastrophe ?

 

LEE JOUE DANS LA DISCOTHÈQUE DE KEITH RICHARDS

 

Charlie Maker : C'est ainsi qu'intervient Claudia Offer, l'ex-épouse de John Valcke. Avant que notre manager ne nous ait laissé tomber, il avait demandé à Claudia de s'occuper de nous et d'essayer de nous dénicher des contrats. En un minimum de temps, elle a fait ce qu'elle a pu en nous envoyant à Tarbes, puis à Saint-Raphaël à la Réserve où nous avions joué au cours de l'été. C'est alors qu'elle reçoit un coup de fil de notre vieux copain et ancien roadie du Kleptomania, Serge Nagels. Il nous propose de nous rendre à Genève pour jouer dans la boite dans laquelle il travaille.

 

Serge Nagels : En 73, je vivais à Genève depuis deux ans. Je travaillais comme D.J. dans la discothèque le Midnight Rambler, qui appartenait à Keith Richards. Il faut savoir qu'à l'époque, les Stones vivaient tous ensemble dans une grande villa située à Villard, sur les hauteurs de Lausanne. J'avais entendu parler des problèmes de Lee et comme le gérant suisse de la boite engageait fréquemment des groupes je lui ai fait écouter Come on back to me et je lui montré leurs superbes affiches. Tout s'est réglé très vite. Ils ont été engagés pour trois jours.

 

Charlie Maker : Nous sommes partis, en plein hiver, avec le matériel de feu Wallace Collection. C'est Freddy Nieuland qui l'ayant racheté a eu la gentillesse de nous le prêter. Merci Freddy, car sans toi on n'aurait jamais pu partir là-bas et se faire quelques tunes !Quand on est arrivé en Suisse, le camion peinait dans les montées. Il neigeait, les routes étaient verglacées. A un moment, il a calé dans une côte et s'est mis à reculer. Rien à faire pour le stopper. Quel flip !

On est tous descendu du van en catastrophe. On a essayé de freiner sa progression. A force de le pousser sur son flanc, il a opéré une rotation et s'est mis carrément en travers de la route. On en a profité pour pousser encore et encore, tant qu'on pouvait. Si bien que l'arrière du bahut s'est retrouvé devant. Le van est parvenu à franchir la côte en marche-arrière. A notre grand soulagement, on a pu poursuivre notre voyage.

 

Serge Nagels : Lorsqu'ils ont débarqué, ils se sont tout de suite mis à répéter. Il se fait que cet après-midi là, ils se sont retrouvés en face du patron de la boite, Mister Keith Richards, himself.

 

Celui-ci était assis dans la salle, un verre de whisky dans une main et avec deux superbes nanas sur les genoux. A la fin de la répétition, très cool, Charlie a été échanger quelques mots avec lui.

 

 

Patrick Juvet et Serge Nagels

 

Les musiciens n'étaient pas au bout de leur surprise. C'était la faune. Un jour ils voyaient David Bowie qui venait de se séparer de sa femme et qui éclusait au bar. Le lendemain c'était la famille au grand complet de l'Aga Khan. Des pilotes de Formule 1, des hommes politiques, des sportifs. Tout le gratin de Montreux, Lausanne, Genève. Et bien sûr les Stones. Sans oublier des nanas de rêves, des tops modèles autant que des putes de très haut standing. Patrick Juvet était un habitué du lieu. Il en était à ses tout débuts, il sortait énormément et essayait se lancer dans le métier.

 

J.Jième : Comment LEE a-t-il été accueilli au Midnight Rambler ?

 

Serge Nagels : Ils ont joué trois jours. Le premier soir il n'y avait pas un monde fou. Normal, personne ne les connaissait ! Mais après leur prestation, le bouche à oreille s'est tout de suite mis à fonctionner. Dès le lendemain, ça a été la grosse foule et même la cohue. Je peux dire sans forfanterie qu'ils ont connu un vrai triomphe.

 

Sur scène c'était vraiment un très bon groupe de rock. Très impressionnant. Mick Fowler avait une voix envoûtante et le savoir-faire de Dany bluffait tout le monde. Bien sûr une partie de leur succès était dû au fait qu'ils jouaient pas mal de covers que les gens adoraient. Tu te rends compte qu'ils ont chanté Jumpin' Jack Flash devant les Stones ! Dingue non ?

 

Mais n'oublions pas non plus que Mick Fowler, ex-guitariste des Grapefruit (produit par George Harrison), leur a amené ses propres compositions. http://www.buzznet.com/tags/grapefruit Notamment quelques morceaux qui avaient été des tubes à l'époque comme Deep Water. Sur scène, les quatre musiciens se donnaient à fond. Ils avaient un look d'enfer. Ca ma fait plaisir de voir mes vieux potes du Kleptomania connaître un tel accueil.

 

Puis, grâce à leur réputation, j'ai pu les faire engager immédiatement durant trois autres soirs dans une boite de Chamonix. J'en ai profité pour demander un congé de manière à pouvoir les accompagner.

Le patron du Club avait retenu un chambre d'hôtel par musicien. On occupait tout un étage. De vraies stars. A l'issue des concerts, je me rappelle que le patron de l'établissement était prêt à leur signer un contrat pour qu'ils reviennent en février. Mais la vie en a décidé autrement.

 

 

Lee rock band

Les derniers jours : Charlie Maker, Geoff Swettenham, Victor,Dany et Mick

 

 

Charlie Maker : Le retour en Belgique par les routes d'hiver a été pénible. J'ai failli m'endormir au volant et ma bagnole a failli perdre une roue. On l'a échappé belle. Et comme bouquet final, un contrôle des douaniers belges qui n'avaient pas d'autre intention que celle de nous faire ch…

 

Une fois de retour, rue Artan, on a tous eu le sentiment que les choses ne pouvaient plus continuer comme ça. On était à court de munitions. Il fallait se rendre à l'évidence. Nous n'avions plus d'avenir sous cette formule. C'est Roger, le premier, qui a quitté le navire. Mick, jamais à court de ressources a fait venir son copain, Geoff Swettenham, ex batteur des Grapefruit. C'est ainsi qu'on a pu se produire et assurer quelques derniers concerts à Mouscron.

 

Pour la petite histoire, nous avons intenté un procès à notre ex-manager. Nous l'avons gagné en recevant le franc symbolique.

*

Ce chapitre a pu être réalisé grâce : aux souvenirs personnels de J.Jième - aux écrits de Charlie Maker : Pour l'amour de l'Art - aux interviews avec Charlie Maker, Paul André et Serge Nagels. Remerciements à Jean Noël Coghe, Patrick Van Nieuwlandt, Paul Coerten et Erik Machielsen.

 

 

 

 

Lire la bio officielle de Kleptomania