ALBUM ROCK BELGE

 

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ROCK BELGE / ALBUM SOUVENIRS

K L E P T O M A N I A (1975-1976) - 3° PARTIE

CLAP DE FIN

Tiré des Mémoires de Charlie Maker

et de plusieurs interviews

 

 

1. NEIL YOUNG AUX GEMEAUX

OCTOBRE 1974

 

 

Un soir que j'étais au  Pussycat , endroit très à la mode à Bruxelles à cette époque,  j’aperçois Neil Young dans la salle. Il était de passage dans notre beau pays. Comme sa Rolls Royce était tombée en panne, il était obligé de rester trois ou quatre jours, le temps des réparations.


Des responsables d’EMI Belgique voulaient à tout prix lui coller une nénette dans les bras. Mais je me rendais bien compte qu'il n'en avait rien à foutre !


Ce qui l'intéressait, c'était de trouver de l'herbe. Je lui ai dit que j’allais m’en occuper et, dans la foulée, je lui ai proposé de venir nous voir jouer le lendemain aux Gémeaux  pour le septième anniversaire de la boîte.


Le lendemain donc, un type de chez EMI vient jusque chez moi, chercher ce que vous savez et me confirme que Neil viendra nous voir jouer le soir. Dès l’annonce de la nouvelle, André Monin, le patron des Gémeaux, fait réserver tout l’étage pour Neil et sa clique de copains.

 

A la  fin du concert, Neil vient me trouver et me demande : «  pourquoi vous chantez en anglais et pas dans votre langue ?

 

Quelle soirée ce fut !
Primo un bon concert et secundo une défonce à l'américaine. Croyez-moi, ce fut grave !

 

Quelques jours plus tard on pouvait lire dans le Télé-moustique : « Surprise aux Gémeaux, le 4 octobre 74 dernier avec la présence de Neil Young dans la salle, le chanteur était allé voir Burt Blanca au Pussycat, où il aurait été reconnu par Charly Deraedemaeker, lequel l'aurait emmené voir son célèbre groupe à l'anniversaire du Gémeaux qui est à la fois son quartier général et la salle de répétition du  Klepto. Neil Young se serait bien amusé et serait même rentré dans un état avancé à son hôtel. »


Pour être avancés, on l'était tous !

 

 

2. LE DEMI-KLEPTO


Il fut un temps où j’ai joué le manager d’un demi-Klepto dans lequel Wim et Dany jouaient tous les deux à la guitare acoustique. J’essayais de leur trouver du boulot, ce qui est plutôt dur en Belgique. Le dicton dit « Tout dans les mains, rien dans les poches».  

 

On s’en est souvent aperçu. C’est sans doute pour cette raison que Wilfried Britts a eu la géniale idée d’ouvrir le Klepto Bar, dans lequel nous étions actionnaires. Cela dit, nous n’avons jamais vu un centime de tout ça !

 

 

 

3. RENCONTRE AVEC TERRY KING


Le 8 novembre 74, très chouette concert au Beursschouwburg. Nous avions intitulé notre spectacle le « Klepto and friends » car nous étions toute une équipe de copains qui essayions de monter des shows à la fois complets et variés.
Au programme, il y avait une première partie acoustique suivie d’une seconde en électrique et tout cela avec la participation de nombreux musiciens belges. Le tout couvert par un superbe light-show signé Jacques Delhez (Dozy).
Dans l’ensemble, la soirée se déroula une fois encore, sous le signe de la franche déconnade. C’est là qu’on fit la connaissance de l’agent anglais Terry King. ( représentant de Genesis).
Ce dernier nous engagea pour une tournée de quinze jours au Royaume-Uni, avec à la clef la promesse d’enregistrer un nouveau 45 T. On ne pouvait pas soupçonner dans quelle galère on allait s’aventurer.

4. LA PREMIÈRE TOURNÉE ANGLAISE


Nous sommes partis le matin même du jour de notre premier concert. Si la traversée en  hovercraft se déroula sans problème, autant le voyage sur les routes anglaises constitua un véritable chemin de croix. Je ne sais qui a lancé l’idée de longer la côte plutôt que d’emprunter l’autoroute et de passer par Londres, le fait est que ce fut tellement long, qu’à l’arrivée, nous étions dans un état de nervosité indescriptible. Au point que certains d’entre eux en ont perdu leur self control

 

Xavier, Jean-Claude et notre technicien intérimaire Patrick Cognaux, ancien bassiste de Waterloo et de Pazop étaient partis la veille avec le camion.  Ils furent cachement soulagés de nous voir débarquer.
Pas de chance pour moi, j’ai attrapé une solide rage de dents doublée d’un mal de tête canon, si bien qu’avant le concert, je me suis envoyé une demi-bouteille de whisky avec trois tablettes d’aspirines.

 

Charlie - London 1975

 

 

 

On a joué dans le collège, devant un public peu nombreux mais qui apprécia néanmoins notre style de musique. A l’issue du concert, on aspirait tous à regagner notre hôtel le plus vite possible. On ne tenait plus debout. Le problème, c’est qu’on nous avait simplement indiqué que l’hôtel se trouvait sur la digue. Mais comme il ressemblait à une simple maison comme toutes les autres, on a cherché longtemps avant de le dégoter.

 

Après un robuste breakfast, nous sommes repartis pour Londres. Mais à peine sur la route, voilà que l’un des pneus de la bagnole explose tout d’un coup. Tandis que le reste des musiciens regagne l’hôtel, me voilà en compagnie de Wilfried à la recherche d’un garage.

 

On a repris la route avec deux heures de retard, sans vraiment se presser puisqu’on ne devait pas jouer avant le lendemain. En se rapprochant de Londres, la voiture s’est mise bizarrement à hoqueter ... mais nous sommes quand même arrivés, sains et saufs.

Le nouvel  hôtel très « old style à l’anglaise » avait un aspect chaleureux qu’on a tout de suite aimé. Un gars de l’agence de Terry King nous a alors emmenés à  Finchley road  dans un local de répétition, où nous attendait le producteur anglais, Graham Field.

 

Graham qui, auparavant, avait écouté plusieurs de nos compositions sur une bande démo, tenait à ce que nous rejouions ces morceaux en live. Il a fini par en sélectionner quatre.


Le  News CBS Studio  se trouvait au quatrième étage de l’immeuble. Je me rappelle combien nous avons été soufflés par le technicien et le matériel mis à notre disposition. Rien à voir avec ce que nous avons toujours connu en Belgique

.

Nous avons donc  enregistré  Mean old man et Back to the country en une seule journée.

 

Entre-temps, le joint de culasse de la voiture de Xavier a rendu l’âme. Il faut la rentrer au garage et en louer une autre. Comme Klepto n’a jamais roulé sur l’or, nous avons dû nous rabattre sur une modeste Fiat 600.

 

Dès que je suis arrivé à Londres, j’ai passé un coup de fil à Mick Fowler et à Paul Wood. Mick était une vieille connaissance. On avait joué ensemble dans Lee.  On a eu énormément de plaisir à se retrouver.

 

Le concert du soir avait lieu au fameux Marquee Club. Entre la balance son de l’après-midi et le concert du soir, nous avons rencontré plusieurs copains belges comme Alex, qui vivait avec  une copine anglaise, Marc Herouet (ex-Wallace), qui était là pour le business et Christian Ramon, tout ça dans un bon petit resto chinois.

 

Le soir, le concert fut brillant face à un public réceptif en enthousiaste. A la fin de notre prestation, Terry King est venu nous engueuler en disant : vous avez accordé trois rappels.  C’est trop ! Deux sont amplement suffisants.  On a trouvé qu’il avait raison. Il faut toujours laisser le public sur sa faim. A part cet incident, ce fut une grande soirée, qui s’est terminée dans un petit resto français où le vin a coulé à flot dans nos gosiers desséchés.

 

Par contre le lendemain au Speakeasy notre premier passage fut nettement moins glorieux. Le public paraissait blasé. On aurait dit que les spectateurs étaient uniquement venus pour draguer les filles agglutinées au bar. Sur ce qui se passait sur scène, il n’en avait rien à foutre.
Les choses se sont arrangées lors de notre deuxième passage.

 

Klepto rock n roll 1976

Klepto 1975

Terry King and Klepto

Mick  Fowler est revenu nous voir avec deux de ses anciennes copines, des suédoises. Après le show, j’ai accompagné Mick et les deux filles jusque chez lui.  Dans la précipitation et l’euphorie de l’instant, je n’ai plus pensé aux clefs de la chambre d’hôtel, que j’avais rangée au fond de ma  poche.  Et lorsque j’y ai pensé, j’ai cru, en toute bonne foi, que la réception aurait un double à disposition.


Seulement voilà, il n’y avait pas de double si bien que les lascars qui mouraient d’envie de se glisser dans de bons draps, ont essayé, en vain,  de forcer la porte. C’était une de ces lourdes inviolables comme on en trouve dans les prisons Finalement, les malheureux ont dû se résoudre à faire appel au gardien de l’hôtel, qui s’est tapé  une vertigineuse escalade, par l’arrière,  pour pénétrer par une fenêtre. Lorsque je suis rentré le lendemain matin, je peux dire que mes camarades ne m’ont pas accueilli avec le sourire.

Mick Fowler rock band

Mick Fowler

 

On a séjourné plusieurs nuits dans cet hôtel. Le matin, le gardien nous réveillait à neuf heures pétantes en gueulant : « breakfast, it’s nine o’clock ». Le son de sa voix se répercutait dans une espèce d’ancêtre d’interphone placé au-dessus de la tête du lit de Wim. Alors que nous n’aspirions qu’à dormir, et surtout pas de participer au petit déjeuner qui n’était vraiment pas de première qualité.

 

 

Chester Klepto 1975

Charlie à Chester

 

 

Les autres concerts se sont bien déroulés. Je pense notamment à un collège de la région londonienne où organisateurs et responsables nous ont accueillis avec une gentillesse incomparable. Ca nous a fait chaud au cœur.

A Chester, petite ville très mignonne, de style bavarois, on jouait dans un club dancing ouvert tous les jours de huit heures du soir à une heure du matin.

 

 

Chester 1957 Klepto Story

Wim et Dany à Chester

 

L’herbe est logiquement interdite mais les jeunes ne se soucient guère de ce que fume son voisin. Je me rappelle avoir fumé avec des gars qui, calmement, roulaient leurs joints devant le bar en buvant une bonne bière anglaise.


Xavier nous avait procuré dans la loge des thaïs sticks, confectionnés avec une herbe très pure. Je ne me suis pas privé d’en rouler un solide. Après, je ne savais plus où courir.
Dany, ce soir là, a bien fait cent cinquante fois le tour de la pièce. J’avais un peu exagéré sur la dose, c’en était presque devenu une overdose.

 

Si notre prestation ne fut pas l’une des meilleures, malgré tout, on s’en est bien tiré. Le public a apprécié et on s’est créé une foule de contacts avec des gens sympas.

 

Le dernier concert a eu lieu à Birmingham. A l’entrée, tout le monde se faisait contrôler avant de pénétrer dans la boîte. La veille, il y avait eu des menaces d’attentat à la bombe.

 

En gros, cette première tournée anglaise s’est déroulée sans trop de problèmes, mis à part la voiture qui est tombée en panne et dont les frais de réparation élevés ne nous ont pas permis de gager un centime. Les futurs contrats qui ont suivi en Belgique, ont servi eux aussi, à payer la bagnole.

 

 

 

 

 

 

 

 

5. KLEPTO CHERCHE CHANTEUR

 

Après l’Angleterre, Wilfried a commencé à se désintéresser du groupe. La principale raison était qu’il s’obstinait à vouloir imposer un chanteur dans le groupe. Il était persuadé que sans chanteur nous n’arriverions jamais à nous positionner sur le plan international.


A un moment, il a été question que Mike Patto devienne ce chanteur, clé qui nous manquait. Mais comme bien souvent, la messe était dite.
Pour ma part, Klepto était bien comme ça, mais bien sûr si je m’étais trouvé « on stage » avec Mike Patto ou un autre, cela ne m’aurait pas dérangé non plus !

 

A la même époque, nous avons rencontré, via Dany, Walter de Paduwa, « notre beau frisé ». C’était l’ancien DJ du  Big American Disaster. Dany nous l’a présenté en disant : il n’a jamais chanté, mais aimerait bien essayer. C’est vrai qu’il avait la gueule de l’emploi.

 

On a fait des essais. On a répété quelques morceaux avec Walter.  On avait convenu de continuer à jouer notre répertoire  habituel et puis, à la fin, on d’inviter Walter sur scène pour terminer en beauté.

 

Pendant que nous travaillions en ce sens, est arrivée l’opportunité d’une nouvelle tournée anglaise. Il a même été question que Walter y participe. Mais on n'était pas prêt.

 

J’aurais dû me méfier de cette seconde tournée. Rien se s’est mis en place comme il aurait fallu. Personne n’a tenu compte des problèmes rencontrés l’an passé. Pour commencer, notre manager Wilfried Britts a décrété qu’il ne nous accompagnerait pas cette fois (ce qui était une bonne chose). Jean-Claude, lui était en période d’examens et ne pouvait pas nous accompagner mais il nous a aimablement prêté sa camionnette pour la tournée.


Patrick, lui, avait retrouvé du travail en tant que musicien. Conclusion, nous avons dû le remplacé par un autre manipulateur de boutons, un certain Daniel, surnommé l’araignée ou mieux encore Jeff acide. Il avait participé à quelques concerts avec nous et on avait remarqué que, durant les breaks, il aimait bien s’envoyer en l’air.

 

6. LA SECONDE TOURNÉE ANGLAISE

Automne 75

 

Rock Belge Bio Klepto

London - automne 1975

 

Nous voilà repartis pour l’Angleterre, via Dunkerque. Daniel, dans sa Peugeot avec les quatre musiciens, et Pierrot dans le camion avec Xavier et Lisa, sa copine du moment et Jeff acide. Il avait été convenu que le camion transite par Ostende.

 

Pour commencer la longue liste des galères qui vont suivre, arrivé à Dunkerque plus de places dans aucune compagnie maritime abordable, sauf une première classe (qui n’avait première que le nom) et qui nous transporta sur une mer démontée.

 

On est descendu dans un petit hôtel à Onslow Garden. On s'est retrouvé dans deux minis appartements où nous pouvions faire notre bouffe nous-même. Une fois installé, tout le monde s’est écroulé sur les lits. Malgré la fatigue, je suis parti avec Daniel pour Wardour Street, adresse de l’agence de Terry King. Celui-ci nous a conduits sur le lieu de notre futur concert du soir. Ce n’est qu’après cette mission que j’ai regagné l’hôtel pour y piquer un petit roupillon.  Le soir, durant le concert, on était encore tous gagnés par la fatigue du voyage.

 

Le lendemain, libres de toute obligation, nous en avons profité pour aller nous promener à Hyde Park et visiter quelques bons vieux  pubs londoniens.

 

Le concert suivant était prévu à Nottingham. Pour une fois, c’est nous qui sommes arrivés les premiers sur place. Par contre, aucune trace du camion ! L’organisateur, un homme affable et charmant, nous a conseillé de partir faire un tour de la ville. Que pouvions-nous faire d’autre que de continuer à jouer les touristes ?
A notre retour de ballade, toujours aucune nouvelle.

 

Je me suis alors installé dans un pub situé à côté du dancing. Je pouvais ainsi garder un œil sur la route et attendre l’arrivée du camion qui ne se pointait toujours pas.
L’heure passant, la boîte a commencé tout doucement à se remplir.

 

L’organisateur, toujours aussi condescendant, nous dit qu’il est désolé mais qu’il a dû faire appel à un groupe de remplacement. Que faire ? Retourner à Londres sans savoir quoi ? Ou trouver un hôtel sur place ?

 

On opte pour l’hôtel car Xavier connaît une adresse. Et nous voilà bientôt dans nos chambres, dans l’attente d’un hypothétique coup de fil de Xavier. C’est le suspense, car on n’a pas un franc pour payer les nuitées.
Soudain, la patronne se met à gueuler dans l’escalier : « Charly, téléphone ».

 

Je descends quatre à quatre pour apprendre que le moteur du camion a rendu l’âme, qu’il est à l’abri sur une aire de stationnement. Ouf... pas d’accident ! Je préfère ça. Soudain, il me vient une idée. J’appelle Mick Fowler à Londres et lui explique la situation. Bien qu’il soit déjà onze heures du soir, il me dit « 0k, je serai là dans moins de deux heures ».

 

On est tous là, hébétés de fatigue, de faim et de froid attendant que Mickvienne nous sauver de cette poisse. Ce n’est pas tout, le patron de l’hôtel exige d’être dédommagé pour les quelques heures passées dans nos chambres.
Heureusement, Mick arrive enfin et se fait passer pour le responsable d’une firme imaginaire, la  Kingdom records. Il rassure l’hôtelier et lui assure que les frais seront réglés, une fois arrivés à Londres.


A mon avis, il doit toujours attendre... Malgré ses menaces d’appeler les flics, on se casse...

 

Nous voici tous hébergés gracieusement dans le petit appartement de Mick et malgré cela il y en a encore certains qui se plaignent car ils doivent dormir à même le sol. Personnellement, je ne remercierai jamais assez Mick de nous avoir extirpé de cette merde invraisemblable.

 

 

 

Le lundi, on s’explique avec Terry qui nous conseille de louer un autre camion pour terminer cette tournée désespérante.

Tout se déroule normalement. Camion de location, mêmes villes, mêmes salles, mêmes publics. Sauf que je me suis une nouvelle fois cassé la gueule à Chester comme lors de la tournée précédente. Néanmoins, cette fois-ci, sans trop de mal et avec le sourire.

 

La fin de Kleptomania

Klepto à Soho

 

Mais voilà que Roger va contribuer à nous replonger dans la poisse. A six heures du matin, un rien éméché, il ne trouve rien de mieux que de jouer à saute-moutons au-dessus des parcmètres. Et ça ne rate pas. Il se paie un magnifique plat, tombe sur son poignet et… crac !

 

Je le ramasse, l’amène à l’hôpital où, au milieu de tous les poivrots du coin, je l’attends durant une heure et demie.
Roger ressort avec un joli plâtre à son bras. Je lui dis qu’on peut mettre un point final à cette damnée tournée. Il dit qu’il est encore capable de bouger ses doigts. Arrivé à l’hôtel, il doit bien constater que la douleur a raison de son optimisme.

 

Lorsque les autres nous voient arriver, ils éclatent de rire, mais d’un rire nerveux. Car, pour nous, c’est foutu. Après un bref déjeuner, on part annoncer la nouvelle à Terry King, qui heureusement avait une chaise sous son cul.

 

On essaie de reprendre nos esprits et ce n’est pas facile. Dans l’urgence, il faut trouver un endroit pour entreposer le matériel, ensuite ramener le camion de location.


Appelé au téléphone, Wilfried déclare qu’il se lave les mains de notre situation. Il dit qu’il avait de toute façon l’intention de laisser tomber le groupe. Il refuse de nous envoyer le moindre argent et il raccroche en nous disant de nous démerder.

 

Finalement c’est Terry qui nous prêta des sous et proposa d’entreposer le matériel dans ses bureaux. On ramène donc le camion à l’agence de location et on reprend la voiture de Daniel … qui, à son tour,  ne veut plus avancer d’un pouce.

 

Il pleut à torrents. Roger, exaspéré, nous presse de rentrer au plus vite... Il en a marre d’attendre ! Attendre dans un hôtel, au chaud, aurait pu le rendre peut-être plus relax !


Bref sur la liste des premiers au départ pour Bruxelles, il y avait évidemment Roger, Wim et Pierrot.

Comme nous étions neuf au total pour la petite voiture de Daniel, on s’est rendu compte qu’il faudrait faire deux fois le trajet Londres-Douvres.

 

Lorsque Daniel est rentré de Douvres, après avoir débarqué Roger, Wim et Pierrot,  il était trop tard pour enchaîner un second voyage. On a encore passé une nuit à l’hôtel après un éprouvant  fish and chips.

 

Le lendemain, le soleil est enfin de la partie. Voilà qui nous rend de meilleure humeur. Dan décide de prendre le train avec Patricia, pour simplifier un peu l’affaire. Je leur donne un peu de liquide. C’est  Daniel qui les conduits à la gare.

 

Kleptomania London

Roger et Wim

Nous voici restés à quatre à Londres : Xavier, Lisa, Daniel et moi. On n’a pas trop envie de rentrer. On décide d’aller se balader, histoire de retrouver d’anciennes connaissances de Xavier (qu’on ne verra jamais).

 

Jeff acide nous a fait une petite distribution de bonbons acidulés. On en prend tous, sauf Xavier, qui lui, carbure uniquement à la bière. A la montée, tout se passe super. Paisible parc londonien, soleil, ice-cream, plus un tour en barquette. On rigole comme des fous.


En fin de journée, Xavier propose de repasser chez son copain. Mais il n’y a toujours personne. Tandis que repartons pour Douvres, j’entame ma descente. A la sortie de Londres, les autres proposent de casser une graine. En ce qui me concerne, je ne pense qu’à une chose : repartir pour un trip, car la descente du précédent a été un peu trop rapide.

 

J’avale un nouveau bonbon. Soudain, un phénomène assez bizarre se produit. Le ciel complètement dégagé se couvre de gros nuages gris, suivis d’une pluie torrentielle. En un minimum de temps, il fait noir et le deuxième trip ne me renvoit pas sur la même planète.

 

 En un instant, j’ai vu cru que j’allais connaître le crash de ma vie. Je ne sais plus sur quelle bande de l’autoroute on roulait, mais, on a dépassé un bus qui s’est rabattu sur nous.  Heureusement que c’est Xavier qui conduisait. Il a eu le réflexe de se déporter sur la bande de terre latérale, en poussant les gaz à fond.
Quand je lui ai demandé si on l’avait échappé belle, il m’a seulement fait un clin d’œil.

 

Arrivé à Douvres la malle se fait la malle sous nos yeux et conclusion quelques piges d’attente devant nous avant le passage de la douane, qui, soit dit en passant,  se déroula gentiment malgré les gueules de zombies qu’on se payait tous.

 

Une fois installés dans les parkings d’embarquement, je me sens de plus en plus claustro. Tandis que Jeff et Lisa « flirtouillent » dans la voiture, Xavier et moi partons nous enfiler un café en  piquant quelques cakes au passage.

C’est lors de cette traversée pénible, que nous avons commencé à entamer une discussion sur tous les problèmes rencontrés avec le groupe qui, au fil du temps, finit par ne plus ressembler à rien.


Mais, je flippe de plus en plus. Je monte sur le pont. Je me surprends à être tenté de passer par-dessus bord... mais je me dit que j’ai encore des choses à faire sur cette putain de terre.

Je finis par rejoindre les autres, qui eux non plus, n’ont pas vraiment la pèche. Le reste du voyage se passe sans histoire. Arrivés à Ostende, les flics nous fouillent. Ils sont à l’affût de quelque trafic, mais heureusement rien  à voir avec nous.
Enfin à la maison, je propose le café à mes compagnons de route qui acceptent volontiers. On se prend un bon petit déjeuner et chacun rentre chez soi pour s’écrouler..Bonne nuit les amis, à bientôt.

 

 

7. JEAN-PIERRE ONRAEDT REMPLACE ROGER

 

Quelques jours plus tard, je me retrouve dans les bureaux de Wilfried Britts. Ce fut bref, il m’annonce qu’il renonce au Klepto, qu’il en a plein le cul de manager des groupes et qu’il préfère désormais s’occuper de son bistrot le Klepto Bar.

 

Le lendemain, j’informe les autres qui n’en sont pas découragés pour autant. Le temps que Roger se soit rétabli, les répétitions reprennent.

 

Ce ne fut pas de la tarte : manque de contrats et en plus je devais me taper le management du groupe tout seul. Me voilà donc parti pour la Hollande pour un travail de prospection. Arrivé à Amsterdam, je parviens, grâce au soutien d’Antonio et Fernando (ex-Jess and James), à dégoter un engagement au Melkweg. Les frères Lameirinhasavaient pigé depuis longtemps, que personne ne les aiderait en Belgique. Plus malins que nous, ils avaient reformé un band, le Sail Yoya avec des chanteuses et des musiciens de métier dont certains issus du mouvement alternative rock.

 

Tony et Wando jouissaient d’une excellente réputation là-bas et avait déjà pas mal de popularité. Lorsque Klepto est venu jouer au Melkweg, on peut dire que le concert a été apprécié  mais n’a pas ramené d’autres contrats.  De toute façon, les musiciens n’auraient pas été vraiment d’accord de quitter la Belgique.

 

Klepto poursuivit donc son petit train train faiblard jusqu’au jour où sa route croise celle de Marc Hermant. Je l’avais rencontré dans une boîte de nuit  et je dois dire qu’il a eu du mal à me convaincre de nous prendre sous son aile protectrice. J’ai été jusqu’à lui dire que je ne le croyais pas capable de s’occuper de show-business !  En homme d’action, il a décidé de relever le défi.

 

En attendant de voir venir, Dan, Wim et moi sommes partis nous mettre au vert pour un mois,  dans une superbe maison de campagne. Ce qu’on a pu prendre comme bon temps !

 

Roger n’a pas voulu être de la partie, préférant  ne pas  laisser sa petite femme toute seule à Bruxelles. Puis, il a trouvé du boulot au marché aux puces avec Madame. On a été obligé de le  remplacer.  Ce fut Jean-Pierre Onraedt, un excellent batteur de studio, très sympa, qui assura l’intérim.  Ensemble, nous avons participé à des galas très réussis. Je pense qu’il aurait dû avoir sa place dans un band international.

 

RECTIFICATION DE ROGER WOLLAERT ( 5 septembre 2010) : "Charlie semble avoir oublié que la véritable raison qui m'a poussé à ne pas continuer à jouer avec eux résulte surtout d'une profonde mésentente entre Hermant et moi. On n'avait aucune affinités l'un pour l'autre".

 

Je me rappelle d’un concert quelque part dans un coin perdu dans les Ardennes. Nous étions toute une bande. Il y avait notamment notre copain Henri, qui était un passionné de culture indienne. Il nous a fait une démonstration de pêche à la sauvage. Il s’est taillé un bâton en pointe et, après quelques tentatives, à transpercé de part en part un solide brochet. Ce qui cloua le bec aux pêcheurs narquois qui, patiemment attendaient une touche.

 

Le soir, nous étions sensés loger dans le dortoir d’un pensionnat catholique. Mais le concierge nous a tellement mal reçus que j’ai failli me battre avec lui. Finalement, Isa, Xavier et moi avons décidé d’aller dormir à la belle étoile, dans un coin peinard en pleine nature.

Lorsqu’on s’est réveillé le lendemain, on a réalisé qu’on s’était installé à côté d’une décharge publique, au parfum nauséabond.

 

 

 

8.


Marc Hermant nous trouva quelques contrats de-ci, delà, entre autre dans la boite de nuit, le  Vaudeville. Nous devions nous produire plusieurs jours de suite avec un chanteur à la noix, qu’il nous avait imposé. Sans doute comptait-il le lancer ? Le fait est, qu’au bout de la semaine, ce brave garçon a vite fait sa petite valise.
La dernière soirée fut à ce point désastreuse que Dan a quitté le podium. Je ne me suis jamais senti aussi malheureux sur scène de ma vie !

Marc, qui occupait le poste de directeur de presse à l’ULB, nous a permis de travailler dans un local au sein de la faculté et puis ensuite dans un auditoire. C’était génial pour les répètes. On a également pu y organiser quelques petits concerts qui ont bien marché.
Seuls mauvais souvenirs, le vol de nos vestes en jeans et l’arrachage malencontreux de l’ongle de mon gros orteil. µ

 

Don't tell lies 45 T

Ensuite, on est passé en studio pour enregistrer quatre titres pour le compte de Marc Hermant. Notamment, une de mes compositions conçues pendant la période où nous étions au vert dans les Ardennes. C’était un morceau funky qui m’a permis de m’inscrire à la Sabam au titre de compositeur. Une première pour moi.

 

Ce morceau baptisé Just a little minute to go  est finalement sorti sous le nom bidon de Grant avec une pochette tout aussi bidon, alors que m’attendais légitimement à ce qu’il le soit sous le nom de Kleptomania.

 

Finalement ce seront Rock and Roll et Don’t tell lies, une double création de Dan et de Wim,  qui figureront sur ce qui deviendra le tout dernier single de Klepto. Pour moi, ce fut l’un de nos meilleurs 45 T. La critique dans la presse fut honorable.  Par contre, Piero Kenroll se montra mi-figue, mi- raisin dans son compte-rendu.

 

« Pas original le titre du nouveau morceau de Klepto   Rock and roll,  mais c ‘est bien de ça qu’il  s’agit. C’est entraînant à souhait et pourrait facilement devenir le plus gros succès du groupe à ce jour. C’est Dany qui chante, mais il a autant d’accent que Wim et cela reste le plus gros problème du Klepto pour arriver à percer à l’étranger mais pour nous c ‘est ok. »

 

Quoiqu’il en soit, le disque n’a pas marché, si bien que Marc Hermant a eu bien du mal à nous trouver des engagements. De plus il venait d’être licencié de l’Université …

Je reprends mon bâton de pèlerin et repart sonner aux portes. Je tombe sur Jo Dekmine, le directeur du Théâtre 140. Il me parle d’une tournée de sept semaines en Tunisie. Je cours en  parler aux autres. La réponse : « Vaut mieux partir que rester à galérer ! ». Cette fois Roger est revenu et on est parti ensemble.

 

9.


Nous voilà donc partis pour la Tunisie avec tout le matos et les femmes de l’époque de chacun des musiciens. Une fois sur place, il nous a fallu une semaine pour dédouaner le matériel, ça commençait bien.
Nous jouions dans différents clubs tunisiens, de très belles vacances pour tout le monde. Pour le reste, rien d’intéressant à part une terrible insolation avec quarante-deux de fièvre pendant trois jours en ce qui me concerne. Et tout, cela à cause d’un aller-retour en stop à Tunis pour toucher du pognon pour le band.

 

Souvenirs heureux d'une époque révolue

 


Arrivé au camp je ne savais plus si j’avais encore des jambes tellement j’étais affaibli. Nous devions jouer le soir même et nous avons décidé de retarder les concerts de trois jours, le temps que je récupère.

Le jour du départ, comme d’habitude je m’occupe du matériel avec Christian en espérant le retrouver à notre arrivée à Bruxelles en même temps que nous.
Je demande aux organisateurs si tout est OK ? On me répond que tout est en ordre. Et bien, figurez-vous qu’il a fallu attendre un mois pour retrouver notre matos…  qui est finalement arrivé à Bruxelles en plusieurs tranches.

 

Malgré que nous ayons un dernier concert à prester au 140 pour Jo Dekmine, Wim et Roger ont refusé d’y participer. Que pouvions-nous faire sans notre matériel ?   Cet événement déplorable a contribué à accélérer la fin du Kleptomania.

 

En désespoir de cause, Dan  m’a demandé de trouver deux musiciens de remplacement. J’ai donc demandé à  Sun House de le faire. Le groupe a joué quelques morceaux de son répertoire et puis Dany et moi on les a rejoints sur scène pour faire une jam avec eux.


J’ai vraiment pris mon pied avec Alain à la basse avec qui je me suis éclaté, avec Michel et Dany à la guitare. Michel, peut être le seul blues man de notre beau pays. Il y avait Jean-Luc à la batterie, Bob de Marais aux cuivres, Sax et Jean-Jacques au piano. Nous n’étions que deux à représenter le Klepto pour son concert d’adieu. Mais ce fut une grande soirée ! Et par la même occasion, la fin de Klepto qui je pense, fut un grand band.

 

La vie continue et je crois que chacun de nous quatre n’a vraiment pas envie de dire « merde » à la musique et c’est bien pour ça que de nos jours, 16 avril 1980 tout le monde se sent encore très concerné.

 

Je continue ma chienne de vie après le split de Klepto et pour moi ce sera avec Tush.

 

Charlie Maker aout 2010

Dany, Charlie, Roger et Wim - 15.8.2010

 

 

La dernière fois que j'ai revu Charlie, c'était le samedi 12 juin 2010 à l'Alphabet où il donnait un récital avec son copain Jean-Charles Massaux. Il m'a dit que, comme il ne savait plus pincer les cordes de sa guitare, il allait se contenter de chanter.

 

Ce soir là, j'ai emporté ma caméra et j'ai filmé quelques instants de sa prestation. J'avais un drôle de pressentiment. Mais je n'aurais jamais cru qu'il partirait aussi vite (dimanche 22 août).

 

A l'Alphabet, il m'a rappelé que je n'avais pas terminé de publier la dernière partie de la bio du Kleptomania. Je lui ai formellement promis de le faire dès que possible. En fait, Charlie, m'avait remis en 2008, le manuscrit de ses "Mémoires" et je trouvais que la troisième partie, celle qui relate la fin du groupe, était particulièrement triste. Raison pour laquelle, je ne m'y étais pas encore attelé.

 

Aujourd'hui qu'il nous a quittés, je me fais un point d'honneur de respecter son souhait.

 

Jean Jième

 

 

D’après Les Mémoires de Charlie Maker 16 avril 1980 et d'une interview avec Jean Jième

 

 

Lire : Chapitre 1 - Période 1969-1974

Lire : Chapitre 2 - Le nouveau Klepto

Lire : Episode avec Lee/ Mick Fowler