ALBUM ROCK BELGE

 

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Wallace Collection - 1969L'envolée vers la gloire (2/1)
Wallace Collection - 1970La rançon de la gloire
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ROCK BELGE / ALBUM SOUVENIRS

 

PORTRAIT DE JOHN VALCKE

 

UN BASSISTE À LA ZEN ATTITUDE

 

Interview réalisée par Jean Jième le 24 septembre 2012

 

John Valcke

 

 

JEAN-CLAUDE VALCKE DIT JOHN

 

John Valcke est né le 6 octobre 1949 à Molenbeek sous le signe de la Balance.

Les premiers émois artistiques du petit John remontent à l'époque où il avait à peine quatre ans. Ses parents tenaient le café Le Coq au centre de Bruxelles, rue Marché aux charbons.

 

Très régulièrement, des comédiens et des musiciens venaient répéter dans l'arrière salle de l'établissement. Le petit garçon se souvient tout particulièrement des chaussures noires vernies d'un homme qui tenait une paire de baguettes à la main. Il devait donc forcément être quelqu'un d'important, un chef !

 

Il s'agissait en fait du  chef d'orchestre d'une fanfare communale locale.

 

L'allure de ce personnage est resté gravée dans sa mémoire. Dès cet instant, il a décidé que plus tard lui aussi deviendrait quelqu'un de prestigieux.

 

Le métier de cafetier ne permet pas à ses parents de s'occuper de lui comme il le faudrait. Alors, ceux-ci optent pour le placement en internat.

 

Le petit John et sa maman

 

John entre chez les Frères de Scheut à l'Institut Saint-Nicolas, réputé pour la sévérité de son enseignement.

 

Marrant ! Quelques trois ans plus tôt, Bob Dartsch y a été pensionnaire.

 

Plus tard, les deux garçons se lieront d'amitié et connaîtront la carrière que l'on sait.

 

 

 

Jusqu'à sa troisième primaire, John va ainsi se frotter à la vie monacale du Collège. Certains jours les punitions fusent. Dictionnaire à brandir à bout de bras, agenouillé dans un coin, coups de règles sur les doigts !

 

A l'internat

 

Toutefois, John n'a ni l'âme d'un révolté, ni d'un dissident ni même d'un chahuteur. À sa sortie, il ne garde pas de souvenirs trop pénibles de cette période d'inquisition forcée.

 

John disposait déjà de cette faculté assez rare de savoir prendre les aléas de la vie avec philosophie.

 

John : J'ai toujours été un garçon assez cool.

 

En 1958, John a neuf ans. Il réintègre le domicile familial. Ses parents ont déménagé entretemps et s'occupent d'un nouvel établissement situé rue Borgval près de la Place St Géry.

 

Toute la famille loge dans la même chambre au premier étage du bistrot. En soirée, lorsque John se retrouve seul dans son lit pendant que ses parents bossent, il ne perd rien de ce qui se passe au rez de chaussée. Tout en cherchant le sommeil, il apprend par cœur tous les rythmes, les mélodies et les paroles des chansons qui défilent sans interruption sur le juke-box.

 

John : J'entendais même le glissement de la tune dans le monnayeur. Le craquement des sillons des 45 tours avant que le morceau ne commence. Dès la première mesure, je savais de quelle chanson il s'agissait. Le répertoire variait entre Edith Piaf, Elvis, Johnny, Fats Domino, Brenda Lee et tant d'autres.

 

Lorsque son père lui achète une guitare sèche et lui annonce qu'il l'a inscrit au solfège, John fait la grimace. Ca ne le tente pas du tout. Ni de pincer des cordes ni de se taper une matière supplémentaire.

Sa scolarité ne se révèle pas être un long fleuve tranquille.

 

John : J'ai été à Don Bosco, puis à l'école N°4, et encore à l'Institut des Arts et Métiers. Je me suis inscrit dans la section mécanique. Franchement je ne savais vraiment pas ce que j'allais devenir.

 

 

 

PREMIÈRES ARMES AU GOLF DROUOT

 

En 1963, vers ses quatorze ans et demi, il pactise avec un gars de sa classe un certain Osvaldo qui lui propose de jouer de la basse dans un orchestre de rock and roll !

 

John : Dans les années 60, ça se passait toujours à peu près comme ça. Des gars plus allumés que d'autres prenaient l'initiative de monter un petit orchestre. Ils se mettaient à chercher des copains pour les accompagner. Même si on ne savait pas jouer on faisait facilement l'affaire. Il y avait pénurie de batteur et de bassiste.

 

Moi qui grattais péniblement ma caisse je lui demande : c'est quoi une basse ? J'apprends qu'il s'agit en fait d'une guitare à quatre cordes.

 

Valdo ajoute que l'affaire est sérieuse et qu'il faudra répéter tous les soirs. Car au bout du compte il y a un engagement qui les attend. Au Golf-Drouot.

 

John se pique au jeu et décide de relever le défi : apprendre le répertoire en moins de deux mois. Il faut savoir qu'à l'époque je ne maitrise pas plus que quelques accords.

 

John : Après tout le rock ce n'est jamais que trois accords.

 

Après huit semaines de répétitions intensives John, dont la particularité consiste à jouer de la main gauche… avec un seul doigt, a reçu une Framus à prêter, se sent fin prêt à partir pour tenter la grande aventure parisienne. L'orchestre dont il est devenu membre s'appelle The Country Boys et son chanteur c'est Chris Doogan.

 

Le départ s'effectue à cinq dans une vieille Hillman achetée trois mille francs (75 € ). Ceux qui savent tenir un volant conduisent chacun à leur tour. À l'époque il suffisait d'avoir dix-huit ans pour conduire. Le permis n'existait pas. Malgré son jeune âge, John prend le volant comme les autres.

 

 

 

Kris Doogan - John au Golf Drouot

 

Au Golf Drouot, Doogan et ses musiciens sont chaleureusement accueillis. Il faut dire qu'hormis la grande classe du chanteur, les trois guitaristes perchés sur leurs amplis assurent un jeu de scène des plus musclés.

 

Finalement, lors du concours de l'après-midi, le jury décide de leur accorder une honorable deuxième place.

À l'issue de cette première expérience, un « impresario » leur affirme qu'il va les placer dès le lendemain dans un club à la mode.

 

John : On n'avait pas une tune en poche, certainement pas de quoi aller coucher à l'hôtel. Mais comme on était jeunes pourquoi ne pas dormir dans l'Hillman ? Durant trois nuits c'est ce qui va se passer. Couchés entre ou sur les amplis, les cymbales et les guitares, nous avons vécu les affres du froid, de la faim et du manque de sommeil. Car bien entendu jamais nous n'avons été engagés ailleurs. Au bout du quatrième jours on n'en pouvait plus. J'ai téléphoné à mon père pour qu'il vienne me rechercher.

 

 

 

 

 

CLUB MEDITÉRRANÉE

 

Pour se faire un peu d'argent, John a l'opportunité d'accompagner durant quelques semaines la chanteuse Rina Ketty au Théâtre de la Gaité. C'est une vénérable dame de septante ans qui interprète des airs des années 20.

 

John : Je me rappelle qu'elle tremblait comme une feuille à chacun de ses passages.

 

John commence à apprécier les planches. On le retrouve dans plusieurs petits orchestres de rock débutants qui se produisent pour trois fois rien dans les clubs de Bruxelles tels que le Brasseur, le Golf du Loup, les Carabins.

 

John à quinze ans avant le club Med.

 

En faisant la connaissance des Showman (*) qui l'engage comme bassiste, John va connaitre une heureuse surprise. En effet, à peine auditionné par les frères Maurice et Gérard Blitz, les fondateurs belges du Club Meditérannée, l'orchestre décroche un contrat de six mois.

 

The Showman

 

John : On a été auditionné un jeudi et on nous a demandé de partir le samedi de la même semaine. Cap sur la Suisse dans la localité de Leysin.

 

(*) Parmi les musiciens il y avait Roger, Enzo et le batteur Henri Postula.

 

Durant les six mois qui vont suivre, les jeunes gens vont devoir se plier aux rudes réalités d'un métier exigeant qui requiert de solides qualités tant sur le plan physique, professionnel et relationnel.

 

Leur répertoire instrumental reposait essentiellement sur les titres en vogue des Shadows.

 

En ce qui concerne la partie chant, leur leader, qui avait une voix superbe, interprétait à la perfection les tubes de Roy Orbison. Un vrai carton !

 

 

Dans le local de répétition

 

John : J'ai découvert un monde que je n'imaginais pas ; un monde de gens aisés, un public exigeant. Il fallait se renouveler quotidiennement de manière à satisfaire les demandes des vacanciers. Tout cela nous a fait prendre conscience de la réalité. Et puis il y avait les filles. On a fait des tas de rencontres. On a grandi à toute vitesse. On a changé physiquement. On est devenu beaucoup plus sexy qu'au moment de notre départ de Bruxelles.

 

John précise que comme la bouffe et les boissons étaient gratuites, il ne gardait pour lui que quinze cent francs sur les seize mille de son cachet mensuel. Il se rendait fréquemment au bureau de poste pour faire transférer les montants.

 

 

MAROC

 

Après la Suisse, ses montagnes et son climat incertain, les responsables du Club Méditérranée proposent aux Showman de partir pour le Maroc.

 

Au club Méditérranée

 

John : On a tout de suite pensé soleil, mer et sable fin. Enfin, on allait pouvoir se bronzer et prendre un peu de bon temps. Avec notre répertoire bien rodé, on s'est senti vraiment peinard.

 

A peine débarqués, les musiciens doivent vite déchanter. Le directeur insiste pour qu'ils accompagnent le « chanteur maison ».

 

John : Ce type ne chantait que des morceaux de Gilbert Bécaud. Style «  qui a volé, a volé, a volé l'orange…. ». Il a fallu se farcir de A à Z le répertoire de Monsieur 100.000 Volts. Un vrai défi. Un boulot de dingues. Tu parles de vacances.

 

Pendant son séjour, John rencontre des tas de gens du métier : des acteurs comme Bernard Haler, des chanteurs comme Delpech.

 

 

AVEC ROBERT COGOÏ

 

Lorsqu'Henri Postula est appelé sous les drapeaux, le groupe n'y survit pas.

 

John qui vient à peine d'avoir seize ans est contacté par Norbert Leclercq, l'un des guitaristes de l'orchestre qui accompagne régulièrement Robert Cogoi.

 

Il devient ainsi le bassiste d'un chanteur plus populaire qu'Adamo.

 

Il fait l'apprentissage de la rigueur et de la discipline. Ce qui ne gâte rien, il commence à gagner sa vie et se met ainsi à l'abri du besoin grâce à un cachet plus qu'honorable.

 

John : C'est avec Robert Cogoï que j'ai découvert le plaisir de jouer dans la superbe salle de l'Ancienne Belgique.

 

John dans l 'orchestre qui accompagnait Robert Cogoï

 

 

TAHITI

 

1966. John n'en a pas encore fini avec le Club Méditérranée. Surprise ! Les dirigeants lui propose de partir pour Tahiti.

 

John : Cette fois ce furent de vraies vacances bien qu'elles n'aient pas été prévues au programme. Lorsqu'on nous a envoyés là-bas, le directeur à Paris nous avait assuré que tout le matériel d'amplification ainsi qu'une batterie seraient mis à notre disposition. Mais une fois débarqués sur l'île une surprise de taille nous attendait.

 

Le chef de village Franck, un américain pure souche, nous accueille. À peine installés dans nos huttes et ensuite sur le podium où nous étions sensés disposer d'un matériel, on lui demande où est la batterie. Il se gratte le menton et nous répond : Ha, vous ne l'avez pas prise avec vous ? Ce n'est pas grave on va aller en chercher une à Papeete.

 

En attendant on lui demande où sont les amplis pour brancher nos guitares (que nous avions prises avec nous).

 

Il nous indique une prise de courant. !!! Oui d'accord, mais où est le matos d'amplification ?

 

Il semble ne pas nous comprendre et persiste à nous indiquer la prise de courant. Nous avons alors réalisé que cet hurluberlu croyait qu'il suffisait d'introduire le jack de nos guitare dans cette prise !

Bien entendu on n'a jamais vu de batterie, ni d'amplis. On n'a pas joué un seule note. Par contre on a passé d'excellentes vacances.

 

John - Tahiti 1967

 

 

 

SWEET FEELING

Novembre 1967

 

Sweet Feeling bio

The Sweet Feeling

 

 

Lorsque John revient de Tahiti, il ne reste pas longtemps sans rien faire.

 

John : J'ai été contacté par Francis De la Blancherie qui s'occupait de trouver des engagements pour le Sweet Feeling. Je le connaissais depuis l'époque où les Ombres répétaient dans le même local que les Showmen. D'emblée, ils m'ont fait une grosse impression tant sur le plan musical que scénique.

 

John retrouve donc Dany et Jacky et fait la connaissance de Don Attewell, un anglais, ex-membre des Coffee Set.

 

John : Ça a collé tout de suite entre nous. Dès les premières répétitions l'ambiance a été détonante, sympathique, amicale. Ce groupe était en phase avec son époque et se démarquait des autres groupes belges à la fois par son look, son jeu de scène soigné, et la qualité du son et du jeu des lumières.

 

Le quatuor va installer ses quartiers Boulevard de l'Abattoir, dans une cave à l'arrière de la taverne  Les Artisans, qui deviendra désormais leur nouveau local de répétition.

 

Très actif, Francis parvient à persuader EMI de signer avec ses poulains. Le 15 novembre, les Sweet Feeling achèvent l'enregistrement de Ask Me If I'm Ready et Emptyness Of Love.

 

Le 3 janvier 1968, ils sont onzième au hit parade de la RTB avec Ask me If I'm ready. Le 31, ils accèdent à la quatrième place.

 

Au festival de Jazz Bilzen -23 août 1968

 

Au festival de Châtelet - 8 septembre 1968

 

 

lire la bio complète des Sweet Feeling

 

LE SERVICE MILITAIRE DÉFAIT LE SWEET FEELING

 

Avril : second 45 tours avec You Been Cheatin et Glad To Say.

 

Début juin, John Valcke est invité à se présenter à la Caserne du Petit Château au Centre de Recrutement et de Sélection. Mais John n'a aucune intention d'effectuer son service militaire. Il accumule les incidents si bien qu'il est transféré, deux jours plus tard, dans l'aile psychiatrique de l'Hôpital Militaire d'Anvers. Démobilisé provisoirement, John est présent le 10 juin à l'enregistrement de deux nouveaux titres : Rock Me Baby et Treat Her Right.

 

sweet feeling

 

Cet été là, le groupe connait les succès de foule en participant au trois gros festivals de la saison : Le parapluie des vedettes à Huy, le festival de Bilzen et le festival de Châtelet.

 

Les 21 et 25 octobre, le groupe enregistre Sherry Chérie et Humpty Dumpty Girl au Studio Le Ponce.

 

 

 

Mais le 2 janvier 1969, Jacky et Dany sont appelés sous les drapeaux pour douze mois. Cette séparation va vivement contrarier la suite de la carrière musicale du groupe. Certes, il n'est pas le seul. La plupart des orchestres rock belges de cette époque ont tous été fauchés dans leur élan musical pour la même raison. Pourtant, les musiciens du Sweet Feeling décident de ne pas se séparer.

 

Durant les douze mois qui vont suivre, ils tentent tant bien que mal de ne pas se faire oublier en participant à quelques concerts les week-ends où Dany et Jacky ont quartier libre.

 

Le 19 février, les musiciens enregistrent leur tout dernier disque avec deux titres... des Beatles ! Bungalow Bill et All Together Now.

 

Comme ni Dany ni Jacky ne peuvent être présents à l'enregistrement, le disque se fera avec la participation de musiciens professionnels, dont Burt Blanca !

 

Le 19 mars, John est convoqué devant le Tribunal Militaire à Bruxelles qui lui attribue officiellement le statut d'objecteur de conscience.

 

John et Don Attewell décident de gérer ensemble un établissement à Knokke. Tour à tour barman, gérant et accessoirement musiciens, ils ne parviennent pas à faire démarrer l'établissement.

 

Une descente inopinée de la gendarmerie met un terme à leur éphémère entreprise. La BSR découvre que la date de validation du passeport de Don est dépassée et qu'il n'a évidemment aucun permis de travail. Il doit donc quitter le pays immédiatement.

 

Le 29 décembre, Jacky et Dany sont démobilisés. Enfin ! Mais trop tard ! Le Sweet Feeling n'aura pas su résister à la tourmente.

 

 

 

WALLACE COLLECTION

FÉVRIER 1970

 

Wallace Collection : nouvelle formule avec John

 

 

Une fois encore John ne chômera pas longtemps. En effet, quelques semaines après le split du Sweet Feeling, ce dernier est contacté par le manager du Wallace Collection qui lui propose de remplacer Christian Janssens.

 

Il faut savoir que depuis quelque temps rien n'allait plus entre Christian et le reste du groupe. Lors d'une tournée en France avec Johnny Hallyday ( tournée qui d'ailleurs sera interrompue à cause d'un accident de voiture du chanteur), Christian avait manifesté à diverses reprises son intention de renoncer à son poste de bassiste.

 

De retour à Bruxelles le 22 février, Christian jette donc l'éponge, aussitôt suivi du contrebassiste Jacques Namotte.

 

Lors d'un référendum organisé dans l'hebdo Télé Moustique, John Valcke avait été classé comme meilleur bassiste de Belgique, cuvée 1970.

 

C'est donc tout naturellement à lui que songent les musiciens du Wallace Collection.

John est convoqué pour une audition de routine. Celle-ci se déroule dans l'arrière-salle du café Le Centre tenu par sa mère Le courant passe immédiatement entre lui et les autres musiciens.

 

John : J'avais vu le groupe précédemment au dancing Les Gémeaux et j'avais été très impressionné. Il n'y avait pas à hésiter. J'ai tout de suite accepté le job..

 

Tous ceux qui ont un jour travaillé avec John Valcke le définissent comme un garçon charmant, calme, hyper cool, agréable à vivre, sans ego démesuré. Cerise sur le gâteau, il compose, ce qui est un atout par rapport à Christian.

 

John Valcke, Sylvain Vanholme et Raymond Vincent

 

Marc Hérouet : John Valcke a apporté au groupe ce qu'il n'avait jamais vraiment connu auparavant : un état d'esprit cool et relativiste. Autant, l'aspect perfectionniste du Wallace constituait une garantie de qualité, autant celle-ci avait tendance parfois à nous faire prendre trop au sérieux.

 

Même si, sur le plan privé, John était pétri de contradictions et de trous noirs (comme chacun de nous), c'était un gars qui prenait la vie du bon côté.

 

Sur le plan musical, John jouait à l'instinct. C'était un vrai bassiste de rock des sixties ( dans le style des Who)  et un excellent chanteur, ce qu'il est toujours aujourd'hui.

 

 

 

EN TOURNÉE AVEC JOHNNY

 

 

Récit de la la tournée avec Johnny

 

John : Je me rappelle qu'à l'issue du premier concert de la tournée que le Wallace a poursuivie avec Johnny, juste après son accident de roulage, tous les musiciens ont été invités à souper. Je n'ai jamais été particulièrement physionomiste car ce n'est qu'après une bonne heure passée à table que je réalise que le type que j'ai en face de moi n'est autre que Johnny Hallyday.

 

Le chanteur ne payait pas de mine. Il était vêtu d'un pull à col roulé et son apparence m'avait donné à penser qu'il s'agissait d'un des membres de l'équipe. C'est peu dire qu'il ne m'a pas beaucoup impressionné.

 

Par contre, j'ai eu l'occasion par la suite d'assister à un spectacle étonnant. Il faut avoir vécu ces moments où dans sa loge-roulotte à deux heures de son entrée en scène. Il commençait par se maquiller, puis à boucler sa ceinture, à endosser sa chemise, sa veste. À se coiffer. Peu à peu Jean-Philippe Smet se transformait en Johnny Hallyday. Un spectacle étonnant.

 

Lorsque la métamorphose se produisait, tout le monde sortait discrètement de la loge pour le laisser seul. Un immense respect s'établissait autour de sa personne. Car il était devenu quelqu'un d'autre, quelqu'un d'exceptionnel, une star.

 

À Lyon, je me suis retrouvé avec Johnny affalé sur le même lit dans sa chambre d'hôtel. On avait fumé un énorme pétard et on était pas mal arrangé. Denis Van Hecke était là aussi. Il a été chercher son violoncelle, moi ma guitare. On s'est ainsi lancé tous les trois dans une suite d'accords de blues tout à fait mémorables. Johnny chantait avec sa propre guitare. Un moment vraiment space dans une atmosphère de détente absolue !

 

 

 

RENCONTRE AVEC MICHEL SIMON

 

John participe à la réalisation du troisième album du Wallace intitulé La Maison sur base d'une commande pour l'illustration musicale du film du même nom avec Michel Simon dans le rôle principal.

 

John Valcke : J'ai participé à la conception de l'album qui fut enregistré en partie à Londres, notamment avec le titre Single Man que j'avais composé. Par la suite, EMI-France a organisé pour le groupe une séance de photos avec Michel Simon, qui ce jour-là, était accompagné de la charmante Patti d'Arbanville.

 

Cet acteur de légende avait vraiment beaucoup de charme et était d'une extrême gentillesse. Il nous a trimbalés dans le Paris de son enfance, à la recherche des vieux bistrots qu'il ne retrouvait plus évidemment. Il nous répétait : je suis désolé, les amis, mais je ne retrouve plus la rue. Les Parisiens le reconnaissaient et lui demandaient des autographes.

 

 

Wallace Collection avec Michel Simon et Patti d'Arbanville,
ex petite amie de Mick Jagger

 

 

En août, le pianiste Marc Hérouet, cheville ouvrière du groupe, quitte le Wallace. C'est Guy Delo, ancien organiste-pianiste de Jess and James et du J.J. Band et, par ailleurs, excellent musicien de studio, qui hérite de la lourde tâche de le remplacer.

 

John : Avec le départ de Marc, c'est aussi une partie de la magie du groupe qui a disparu, même si Guido s'est particulièrement investi pour assimiler en un minimum de temps et avec beaucoup de brio l'ensemble du répertoire.

 

John, Serge, Sylvain, Guido, Freddy, Raymond

 

Après diverses tournées en Italie pour des télés ou des concerts, le Wallace Collection est requis au Festival International de la Chanson à Rio. À cet effet, la branche brésilienne d'EMI décide de publier Who Can Tell Me My Name, une composition signée Vanholme-Valcke qui sort sous la forme d'un 45 T exclusivement destiné au marché brésilien.

 

 

BRÉSIL : LA DERNIÈRE TOURNÉE

Festival International da Canção Popular

 

Les musiciens viennent de débarquer à Rio.

 

 

L'INCROYABLE PROPOSITION DE PAUL SIMON

 

Les musiciens embarquent le 14 octobre 1970 sur un vol Lufthansa à destination du Brésil pour participer au Festival International de la Chanson de Rio.

 

En fait, il s'agit d'un vaste concours qui rassemble tous les groupes et chanteurs populaires ou vedettes du Brésil en vue de représenter leur pays. Cette compétition dure une semaine. Chaque spectacle est diffusé quotidiennement sur les petits écrans du pays.

 

Pour internationaliser l'événement, des artistes étrangers sont invités à se produire. Parmi ceux-ci : Richie Havens pour les USA, Michèle Torr pour la France, le Wallace Collection pour la Belgique etc. Sans compter un jury d'enfer constitué notamment de Paul Simon.

 

John Valcke : On logeait tous dans le même hôtel avec des tas de musiciens étrangers notamment Richie Havens, avec lequel j'ai fait la bringue dans sa chambre. Il y avait aussi des tas de producteurs, des managers, des représentants de firmes de disques.

 

Quelques jours avant notre départ, Paul Simon invite le groupe à déjeuner dans le restaurant de l'hôtel. Nous sommes tous présents y compris Jean Martin, notre manager. Et là, Paul Simon nous fait une offre incroyable.

 

Il nous propose de venir vivre aux Etats-Unis durant un an, accompagnés de nos familles, afin de nous assurer une guidance sur le plan artistique et du management.

 

C'est ici que les avis divergent :

 

John Valcke  : C'était le ressort de catapulte qu'il nous fallait. Je suis absolument persuadé que s'il avait été donné suite à cette proposition sans précédent, c'est nous qui aurions connu la carrière d'Electric Light Orchestra.

 

À l'automne 1970, ce groupe était précisément en train de se constituer en Angleterre sur les ruines du Move. Et quand on regarde les photos de Jeff Lynne à l'époque, on se rend compte qu'il n'a peut-être pas seulement "emprunté" son idée à Sylvain Vanholme mais aussi son look !

 

Et Jean Martin de rétorquer : Je n'ai pas accordé de crédit à cette offre mirobolante dans la mesure où elle n'a jamais été cautionnée du moindre écrit.

 

 

 

John Valcke interprète Who Can Tell Me My Name
 
PASSAGE TÉLÉ "Who Can Tell Me My Name" live au festival de Rio en octobre 1970 : http://www.youtube.com/watch?v=Pw21wlvDgDk

 

JOHN QUITTE LE GROUPE

 

Rio, le 30 novembre, les musiciens bouclent leurs valises. C'est l'heure du grand retour. Pour John, les jeux sont faits. Depuis qu'il estime que Martin lui a ôté toute perspective de connaître un jour les joies d'une carrière internationale, il décide de ne pas rentrer.

 

John Valcke : Ce rendez-vous raté avec le show business international m'a marqué à tout jamais. J'ai perdu toutes mes illusions. Pour marquer mon mécontentement, j'ai pris le parti de prolonger mon séjour.

Je savais qu'au retour on avait quelques vagues galas de province. Même l'Ancienne Belgique ne m'a pas donné la pèche pour rentrer.

 

Quelques semaines plus tard, lorsque je suis rentré du Brésil, j'ai appris que j'étais devenu papa d'un petit garçon. J'ai fait ce qu'il fallait je me suis marié. Et je me suis retrouvé chômeur une fois de plus.

 

LUCHINI ET POLNAREFF À MONTMARTRE

 

Pendant un certain temps j'ai trainé mes basques à Paris Claudia, ma femme, m'a fait rencontrer des tas d'artistes notamment Michel Polnareff et Fabrice Lucchini qui vivaient à Montmartre et environs. C'est ainsi que je me suis retrouvé avec leurs bandes de joyeux drilles à chanter et à déconner sur les marches du Sacré Cœur. Polnareff venait de sortir La Poupée Qui Fait Non. C'était vraiment une époque incroyable !

 

 

Avec Freddy Nieuland, John participe au single du groupe Daydream.

 

Malgré le double départ de Sylvain Vanholme et de Raymond Vincent du Wallace Collection, Freddy Nieuland a caressé l'espoir de jouer les prolongations. Il a fait appel à Marc Hérouet, Serge Gazarian et moi-même. Mais lorsque nous avons voulu sortir Little David et Time After Time, nous n'avons pas pu utiliser le nom du Wallace. Le single est donc sorti sous le nom de Daydream.

 

CHERS SOUVENIRS

 

John et Peter Gabriel - Festival de Jemelle - 1971

 

John poursuit son périple musical en participant à l'aventure de toute une série de groupes pop de l'époque ou en accompagnant des interprètes de tout calibres.

 

 

BISMARCK

 

Répétitions avec John avec Captain Bismarck 1972 © Erik Machielsen

 

J'ai répété plusieurs fois avec Bismarck, le groupe des frères Thomas. Mais on n'a jamais franchi le cap de la prestation en public. Je garde un excellent souvenir de cette équipe dans laquelle j'ai retrouvé Dany ex-Sweet Feeling.

 

ROBERTO

 

Roberto et John chez Florio

 

Roberto, quel mec ! Quel tempérament ! Quelle énergie ! On a travaillé ensemble durant des années. Pendant cette période, j'ai plutôt galéré. On a tourné dans tous les bistrots, toutes les boites de Bruxelles et environs. Italien d'origine, Roberto chantait le rock de manière phonétique. Un soir, au Zoom, un établissement tenu par Cristopher Lühr ex-Klan, on s'est retrouvé devant toute l'équipe des Harlem Globetrotters, des géants de plus de deux mètres. L'un d'entre eux me paie un verre et me dit à propos de Roberto : Is that the flemish accent in Belgium ? Et Roberto de me dire : Qu'est ce qu'il dit le gars ? Je n'ai pas osé traduire.

 

VANHOLME - DEPRIJCK

 

John avec Sylvain Vanholme et Lou Deprijck au Studio Madeleine - 1977 © Erik Machielsen

 

MARC HÉROUET -BOB DARTSCH

 

Ragtime Cats formé par Marc Hérouet - Janvier 1979

 

J'ai joué dans Ragtime Cats aux côtés de Marc Hérouet et de Bob Dartsh. Durant trois années consécutives, nous avons donné des représentations sur la Grand Place de Bruxelles. Fabuleux moments.

 

Marc Hérouet et John Valcke en duo - Concert Amnesty International

 

TROIS DÉCENNIES DE THÉÂTRE ET DE MUSIQUE

 

Martine Kivits et John Valcke - Les fils de l'araignée

 

Échaudé par les carrières éphémères des groupes de pop music, John décide d'élargir son panel artistique en se tournant vers le théâtre. Rapidement, il trouve l'opportunité de se faire engager dans une troupe qui présente Les fils de l'araignée, pièce, écrite par François Thorès.

Le rôle de John : jouer les ombres chinoises à l'avant-scène.

 

Durant les trois ans qui vont suivre, John partira plusieurs fois au Canada avec la troupe. Hormis ses talents de bassiste et de guitariste, il s'essaye à la percussion en jouant de la caisse claire et des cymbales.

 

Par le biais du Ministère de la Culture française, il fait ensuite partie du Théâtre du Tilleul, spécialisé dans les spectacles pour enfants. La troupe assurera plus de quatre cent représentations.

John Valcke au Théâtre du Tilleul

 

 

Bob Dartsch avec Marc Hérouet et John Valcke - Zar 1986

 

 

Z A R

 

Milieu des années 80, John repart de plus belle avec Marc Hérouet et Bob Dartsch qui, entretemps, ont formé un groupe d'avant-garde baptisé Zar.

 

Durant quatre ans, le groupe répètera chez John. S'ils se produiront relativement peu sur scène, préférant les répétitions, ils partiront néanmoins pour une tournée au Canada.

 

 

John Valcke : Lorsque je réécoute les bandes de l'époque, je constate qu'on était en avance sur notre temps.

 

Bob Dartsch : Zar est sans doute le groupe avec lequel j'ai le plus répété dans ma vie. De 8 Hr du matin à 17 Hr presque tous les jours, durant quatre ans.

 

On n'a pas dû prester plus d'une quinzaine de fois ! Quelle richesse dans la créativité ! On était à l'avant-garde de la " nouvelle musique ".

 

AFRO-DISIAK

 

 

Il y a aussi la période d'Afrodisiak, toujours avec la même équipe, B.J. Scott en plus.

 

 

BACKSTREET

 

Backstreet

 

LOUIE LOUIE

 

Louie Louie avec Alain Lapiower, Bob Dartsch, John Valcke, Roland Kert

 

CHRISTIANE STEFANSKI

 

John et Christiane Stefanski - Festival d'Avignon

 

PETER WELSH

 

Peter Welsh Blues Band - Club Med avec John et Bob

 

RENAUD PATIGNY

 

John Valcke, Bob Dartsch, Nicolo Bertolino et René Desmael et (caché) Renaud Patigny (*) au Grand Café à Bxl - 1999
 

En 1994, je suis retourné au Conservatoire Royal de Bruxelles pour y étudier le maniement de la contrebasse. Et ça m'a plutôt bien réussi, puisque je suis ainsi entré dans l'univers du jazz et plus spécifiquement dans celui de Renaud Patigny. Au cours de ma carrière de contrebassiste, j'ai accompagné une bonne centaine de pianistes internationaux de renom. Comme je ne peux tous les citer, je me contenterai de quelques uns : Al Coplay, Sebi Lee, Pierre Alain Volondat ( lauréat du concours Reine Elizabeth 1983).

 

John Valcke, Bruno Castelucci - Bob Dartsch

Festival de Boogie Woogie

Christiane Stefanski et John

 

 

John Valcke et le pianiste Fabrice parisien Eurly

 

John Valcke et le pianiste Pascal Michaux

 

Le mot de la fin ? La musique c'est toute ma vie. À ce jour, elle reste ma grande passion. Je n'aurais jamais imaginé pouvoir connaître une vie aussi riche en rencontres professionnelles de toutes natures. Et ce n'est pas fini. Tant que j'aurai la santé, je monterai sur scène, comme l'a fait mon grand ami Bob Dartsch qui vient hélas de nous quitter.

Avec le recul et à tout bien considérer, j'ai traversé des tranches de vie formidables. J'ai vraiment eu beaucoup de chance.

 

 

Dossier achevé le

23 février 2013

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Jean Jieme et John Valcke