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ROCK BELGE / ALBUM SOUVENIRS

LES ENFANTS TERRIBLES

(NOV 1962 - MAI 1964)

raconté par Jean Jième

Jieme et les Enfants Terribles

Les premières répétitions dans la cave au Fort Jaco - 1962

 

 

En septembre 1962, Jean-Pierre Dekelver, élève à l'Athénée d'Etterbeek, fait la connaissance de Jean-Marie, qui se distingue par le fait qu'on l'appelle par ses initiales J.M. Tous les deux partagent un même objectif : faire partie d'un orchestre.

 

Jean-Pierre, qui se débrouille à la basse, a une longueur d'avance. Il est déjà parvenu à réunir deux musiciens autour de lui. Soutenu par son paternel, qui tient une station d'essence sur la chaussée de Waterloo au Fort Jaco, Jean-Pierre m'explique qu'il cherche un chanteur.

 

Je me porte candidat. Car depuis des mois je répète tout seul dans ma chambre toutes les chansons de Dick Rivers, d'Eddy Mitchell et de Cliff Richard, mon idole.

 

Il me propose de rencontrer le trio déjà formé. J'arrive au Fort Jaco où, entre la fosse à vidange et les bidons d'huile, Jean-Pierre, me pousse dans un local sans chauffage, aux murs de briques couverts de photos et de pochettes de disques du moment.

 

 

RÉPÉTITIONS AU FORT JACO

Jean-Pierre me présente à un jeune gars blond, assez nerveux, Thierry Deleuze, qui tient la guitare d'accompagnement. Puis à Mino Levy, le soliste, beaucoup plus calme. Jean-Pierre me glisse à l'oreille que c'est un pro. Ils n'ont pas encore de batteur. Ils me demandent ce que je chante. Je leur propose de m'accompagner sur Oh Lady et Bien trop court (version Chats Sauvages) puis sur I'm gonna get you et Twenty flight rock (version Cliff Richard).

 

Après quelques tâtonnements pour trouver les accords, c'est parti ! Au bout la soirée, il semble que j'ai convaincu car je suis engagé. Le père Dekelver descend nous rejoindre et m'explique qu'il a déjà signé deux contrats d'engagement pour la fin décembre. L'orchestre connaissant la plupart des morceaux des Shadows, il ne reste plus qu'à constituer un répertoire d'une cinquantaine de titres supplémentaires. Rien que ça !

Jieme et les Enfants Terribles

Jiem - Jean-Pierre Dekelver et Thierry Deleuze.

 

 

JIEM - FRANCIS - MINO - JEAN-PIERRE

 

Le mois de décembre passe à toute vitesse. Les répétitions se déroulent chaque soir de la semaine et le week-end entier. Le répertoire complet de Dick Rivers y passe. Aidé par la chambre de réverbération Dynacord, récemment achetée par Jean-Pierre, j'arrive par mimétisme à chanter avec les mêmes intonations que Dick Rivers. Je suis son clone vocal. Reste à trouver un nom. Après pas mal de suggestions, je leur propose Les Enfants Terribles.

 

Je trouve que ça sonne bien. J'ajoute un i et un e à JM, qui devient Jiem. De petites affichettes sont tirées à la hâte avec la mention Jiem et les Enfants Terribles. Le 24 décembre, pour la toute première fois de mon existence, je monte sur scène. Et pas sur n'importe laquelle : celle de l'impressionnante Salle Régina, pour chanter ... Tous les garçons et les filles de Françoise Hardy, bientôt suivi de Twist à St Tropez et des classiques des deux premiers albums de Cliff.

 

A la nuit de la St Sylvestre, l'orchestre fête l'arrivée de 1963 dans l'ambiance résolument snob du Bowling Montjoie à Uccle. Mais avec Thierry Deleuze, ça se gâte. Il n'a pas un caractère facile. Les prises de bec deviennent monnaie courante. Si bien qu'il est rapidement remplacé par Francis Jouret, son contraire absolu. Un garçon des plus paisibles, excellent guitariste et chanteur. L'orchestre peine toujours à se trouver un batteur. Plusieurs candidats défilent, sans rester bien longtemps.

 

Bowling Montjoie - Nuit de la St. Sylvestre 1962-63

 

Jieme et les Enfants Terribles

Francis Jouret, un batteur ( inconnu), Jean-Pierre Dekelver,

Mino Levy et Jiem - 1962

 

 

Le 6 janvier, Pol, le patron du Carton engage les Enfants Terribles. Ce soir-là, ils ont des invités de marque en la personne des Croque-Morts. Puis ce sera au tour du Ben-Hur de les engager. Ensuite du Curtis futur Golf du Loup et enfin des Enfants Terribles, la boite du haut de la ville tenue par Patrick et qui trouve que le nom de l'orchestre lui vaut une chouette publicité. Il les engage chez lui tous les lundis et les samedis soirs.

 

Durant trois mois, il me faut concilier études (je suis en rhéto) avec des répétitions quasi quotidiennes, les prestations le lundi soir aux Enfants Terribles de 23Hr à 2Hr du matin, sans oublier les contrats du week-end. Je dors assez peu, sèche les cours un jour sur deux. La tension monte entre Mino Levy et les autres membres de l'orchestre. Au cours des galas, il enchaîne les fausses notes. Ce qui a le don de crisper Jean-Pierre Dekelver, le leader de la formation. Pendant ce temps, Jean-Paul, le patron des Cousins, toujours à l'affût de nouveautés, s'intéressent à nous.

 

D'autant plus que les Croque-Morts, dont il s'occupait jusqu'ici, lui font des infidélités. Venu nous écouter au Ben-Hur, Jean-Paul décrète qu'il est prêt à nous faire passer régulièrement aux Cousins. Mais à la condition de renoncer à Mino ! Il cherche à nous tester. Ainsi, il nous invite à venir chanter, le 20 mars prochain, au bowling Crosly en compagnie de... Sacha Distel ! Je chante devant le créateur de Scoubidou. On se serre la pince. Jean-Paul est content.

 

Jieme et les Enfants Terribles

Les Enfants Terribles photographiés au Carlton

 

 

JIEM - PAUL - JEAN-PIERRE - FRANCIS ET ANDRÉ

 

Jean-Pierre Dekelver débarque avec un nouveau soliste. Il s'agit de Paul Deneumoustier, recruté via Paul Clark du Sibémol. Pour nous, c'est une pointure. Comme la plupart des musiciens de l'époque, il connaît le répertoire des Shadows, sur le bout des doigts et l'interprète avec une grande sensibilité.

 

La série des répétitions reprend de plus belle. L'orchestre doit à tout prix retrouver ses marques dans un minimum de temps. Patiemment, nous revoyons chanson par chanson. La firme Polydor semble intéressée par une des compositions de Paul. C'est un slow langoureux intitulé Dans tes yeux. Le producteur apparemment séduit par la voix de Jiem explique au reste de l'orchestre qu'il souhaiterait le faire accompagner par des musiciens de studio. Par solidarité, Jiem refuse. Un geste noble mais fatal qui le privera à jamais d'être immortalisé sur vynile.

 

Puis arrive enfin, le batteur qu'on attendait plus : André Geirnaert. Joyeux caractère, discret et efficace derrière ses cymbales, ses toms et ses caisses claires. C'est également un passionné de photos.

 

Le 17 mai, nous sommes programmés aux Cousins. En deux passages de 45 minutes, nous parvenons à récolter un franc succès. Nous refaisons la tournée des boites de Bruxelles, le 19 au Golf du Loup, le 25 à la Récréation. Charlie Wellens, notre manager, nous apprend une bonne nouvelle.

 

 

Jieme et les Enfants Terribles

De g. à dr. : Francis Jouret, Jiem, André Geirnaert, Jean-Pierre Dekelver

et Paul Deneumoustier

 

Il nous a trouvé un engagement pour deux mois dans une boite qui vient d'ouvrir ses portes à la Panne : Le Clan. Le vendredi 28 juin, nous allons applaudir les Croque-Morts, aux Cousins. Le lendemain, c'est à notre tour. A vingt-trois heures, à peine la représentation terminée, nous filons sur la côte. Nous faisons nos débuts au Clan à 1 Hr du matin.

 

LE CLAN - LA PANNE - 1963

 

Jieme et les Enfants Terribles

Jiem devant le Clan, avec ses gardes du corps, Christiane et Patti

 

Tous les musiciens, qui se sont retrouvés dans la situation d'assurer une saison, l'été comme l'hiver, le savent : c'est crevant ! En effet, les patrons d'établissement confondent aisément les musiciens avec des juke-boxes. S'ils le pouvaient, ils les feraient travailler matins, après-midis et soirées jusque très tard. A ce rythme, les cinq enfants terribles s'épuisent à toute vitesse. Heureusement, au bout de deux semaines, le patron du Clan se rend compte qu'il perd de l'argent en les faisant jouer l'après-midi. Il y a trop peu de monde dans sa boite. Le public préfère se dorer au soleil et draguer les jolies filles. Alors l'orchestre, en échange d'un cachet raboté, propose de ne prester que les soirées.

 

FUN ET DÉBOIRES

 

Jieme et les Enfants Terribles

 

Une nuit de juillet, je vais manger un spaghetti dans une taverne qui s'appelle La Chandelle et qui ne ferme quasi jamais. Et là, callé entre la porte des toilettes et les tables serrées les unes contre les autres, je fais la connaissance de jeunes musiciens très sympas qui ont bien du mérite à jouer dans de telles conditions. Ce sont Les Ombres.

 

Dany, le soliste, m'invite à prendre un verre, puis à chanter un ou deux morceaux. Je m'exécute, mais les consommateurs, n'applaudissent que très mollement, visiblement peu intéressés par mon intervention. Dany me dit que quand il joue, il a l'impression d'être transparent. Heureusement, quelques jours plus tard, leur manager leur trouvera un nouvel engagement. Le chanteur Jimmy Morgan pourra enfin se défouler avec ses copains.

Ca va faire une vingtaine de jours qu'on est là, et le public, toujours aussi fidèle, vient en nombre, chaque soir, danser sur les standards des Chats Sauvages, Eddy Mitchell, Cliff and the Shadows etc. Ce qui semble le plus étonner les Français (nombreux à La Panne) c'est mon imitation qualifiée de surprenante de Dick Rivers.

 

 

Au fur et à mesure des nuits, ma voix se renforce et s'améliore. Elle prend de plus en plus d'assurance. Un soir, alors que l'orchestre prend sa pause au bar, je demande au préposé de mettre A Séville   sur la platine. C'est une chanson magnifique, teintée d'un exotisme sauvage. La voix de Dick n'a jamais été aussi chaude et veloutée. Il en a fait un des slows de l'été. Comme la partie instrumentale se compose de cuivres, notamment des trompettes, impossible de reproduire la chanson sur scène. Alors, tout seul, je me lance. J'ouvre mon micro et chante sur le disque. Je suis synchrone au quart de seconde. Le public est sous le choc. Je remporte un succès formidable.

 

PAUL NOUS QUITTE

 

De g.à d. : Jiem, André Geirnaert, Paul Deneumoustier,

Jean-Pierre Dekelver et Francis Jouret

 

Malheureusement, le soliste, Paul Deneumoustier passe par une période délicate. Le métier de musicien est, en effet, difficilement conciliable avec une vie de famille classique. Cette situation finit par peser sur le groupe. Tiraillé entre ses choix, Paul décide d'écourter sa saison au Clan et rentre sur Bruxelles.

 

Pour nous, c'est la catastrophe ! Nous voilà sans lead guitare ! Impossible d'assurer quatre heures de spectacle avec seulement deux guitaristes. Les jours suivants, c'est le cafouillage. On ne joue pas le soir dans la boite. Le boss est furibard.

 

Pourtant, nous parvenons à assurer une prestation dans l'après-midi sur la plage à Nieuport avec Gégé des Croque-morts, qui vient en renfort pour nous dépanner.

Ceux-ci font la saison à l'Esquinade. Puis c'est au tour de Ralph Benatar à se joindre à nous pour honorer un autre contrat sur la digue.

Jieme et les Enfants Terribles

Au centre Ralph Benatar, à la rescousse des Enfants Terribles (sur la digue de Nieuport).

 

 

WELCOME SYLVAIN

 

A Westende, où Francis, André, Jean-Pierre et moi sommes descendus pour assister à une prestation des Croque-morts, nous entrons en contact avec Sylvain Vanholme, présent comme spectateur à l'Esquinade. Vanholme a déjà une solide réputation de soliste. Il a longtemps joué dans les Seabirds, un orchestre d'Ostende. Jean-Pierre lui fait part de nos problèmes tout en évoquant le contenu de notre répertoire. Aussitôt Sylvain empoigne une guitare et nous fait une démonstration de son savoir-faire.

 

Nous sommes subjugués. Le vendredi 2 août, Sylvain vient nous voir jouer au Clan. Le lendemain, je vais le chercher chez lui à Ostende et le ramène dans ma bagnole. C'est OK ! Sylvain s'est décidé, il a dit oui, il nous rejoint. Nous sommes sauvés. En une seule répétition, ce brillant musicien s'adapte à pratiquement tous les morceaux du répertoire. Le dimanche 4 août, c'est le jour de mon anniversaire, j'ai vingt ans.

Jieme et les Enfants Terribles

Sylvain Vanholme entre en scène - répétition au Clan

 

AU CLAPOTIS À LA PANNE

AU VERSAILLES À COXYDE

 

A partir du moment où Sylvain est entré dans la danse, la qualité de l'orchestre s'en est vivement ressentie. A Coxyde comme à La Panne, les patrons d'établissement nous faisaient des propositions pour passer dans leurs bars ou dancings. C'est ainsi qu'avec notre nouvelle formule, nous sommes passés, un après-midi, au Clapotis, un café branché, donnant sur la plage, toujours bourré à craquer.

 

Podium improvisé, spectateurs assis par terre ou debouts sur les tables. Nous étions serrés comme des sardines. A cette époque, il était de bon ton de tomber à genoux avec le micro ou la guitare ou, mieux encore, de se rouler par terre. J'y suis passé. Je n'aimais pas trop ça ; mais force est de constater que le public redoublait d'enthousiasme, de cris et d'applaudissements dans ces moments-là.

 

Quelques jours plus tard, le 12 août, nous avons envahi la vaste salle située à l'avant du dancing Le Versailles à Coxyde. Salle archi comble. Avec le son Shadows et le timbre de voix Dick Rivers, l'un et l'autre aussi vrai que nature, la technique de haut vol de Sylvain, l'enchainement ininterrompu des morceaux et la qualité générale des autres musiciens, nous avons connu un beau succès de foule. Ha, quelle époque ! Nous remettrons ça le mardi 20 août.

 

Jieme et les Enfants Terribles

Au Clapotis - La Panne - mercredi 7 août 1963

 

Jieme et les Enfants Terribles

Le Clan - 14 août 1963

LES MOINS DE SEIZE ANS AU CLAN

 

Le 14 août, après-midi, c'est au tour du patron du Clan, d'ouvrir son établissement aux jeunes de moins de dix-huit ans. C'est le deal qui a été convenu entre nous. Il nous laissait jouer à gauche et à droite, à la condition que nous lui offrions un show gratuit.

Des affiches ont été placardées à trente bornes à la ronde.. Après avoir joué au Clapotis, au Versailles, sur la digue de Nieuport et chaque soir au Clan, on ne devrait pas déplacer des foules. Surtout qu'il fait un temps splendide propice aux baignades. La prestation été programmée pour 15 Hr et l'ouverture des portes du dancing vers quatorze.

Le temps que les jeunes s'installent et surtout consomment. Car le patron entend bien se faire un maximum de tunes. (Un coca coûtait dix francs, soit deux tunes ou encore vingt-cinq centimes d'euro.)

 

 

Les membres de l'orchestre se sont mis d'accord pour se retrouver vers treize heures trente pour faire une balance. Et là quelle n'est pas notre stupéfaction. Des centaines de jeunes sont agglutinés devant le Clan au point de se répandre sur la voie publique et d'entraver la circulation du tram. Nous nous glissons tant bien que mal dans la salle. Nous effectuons une balance rapide et attendons la suite des événements. A quatorze heures, les deux lourds battants de la porte s'ébranlent sous la pression de la foule.

 

Le portier, Louis Desalm, un ancien catcheur, a juste le temps de soulever la patte de fer qui sert de loquet, de se jeter sur le côté pour ne pas être écrasé. Une marée humaine déferle à l'intérieur de la boite. En quelques minutes, l'établissement est plein. Le patron, ahuri, me dit : " on ne pourra pas tous les caser ". La boite peut contenir deux à trois cent personnes, en forçant on peut arriver à quatre cent. Les malheureux garçons de salle, les bras chargés de casiers de cocas et de limonades tentent de se frayer un chemin entre les jeunes qui se sont assis partout à même le sol.

Le Clan - 14 août 1963

Jieme et les Enfants Terribles

La cohue est telle qu'ils ne peuvent servir que quelques rangées. Chaque spectateur est sensé se payer une consommation. Mais comment les obliger ? Ils sont venus pour entendre l'orchestre, pas pour dépenser leur argent de poche.

 

Les filles et les garçons sont tous très jeunes, sans doute entre douze et seize ans. C'est ce qui explique leur nombre et leur degré d'excitation. On apprendra plus tard, qu'ils sont venus de toute la côte. C'est leur après-midi, leur rendez-vous, sans parents pour les chaperonner.

 

Ils sont là pour s'amuser, faire la fête. Ils battent des mains, sifflent, hurlent, trépignent d'impatience. Impossible d'attendre plus longtemps, le boss nous demande d'intervenir. Avec une demie heure d'avance sur l'horaire, le show démarre… dans un somptueux tumulte... qui durera deux heures.

 

Le mardi 27 août, Tony, le patron du Clan, nous règle notre cachet pour la dernière fois. C'est la fin des vacances. Alors que les derniers copains commencent à plier bagage, pour regagner qui sa ville, qui son pays, je décide de rester malgré tout encore quelques jours sur place. Avec Sylvain, Jean-Pierre, Francis et André, nous filons sur Ostende nous faire confectionner de nouveaux costumes de scène. Le 30, Francis Jouret nous apprend, d'un air fataliste, qu'il vient de téléphoner à sa mère et qu'il doit rentrer à l'armée. Le 31, on retourne à Ostende essayer nos costumes qui sont terminés.

 

LES BEATLES : UNE NOUVELLE ÉPOQUE

 

 

De retour au bercail, il me faut prendre une décision capitale. Si je ne veux pas être incorporé à brève échéance dans les forces armées, je dois poursuivre des études. Continuer à chanter ne me fera pas échapper au salut au drapeau ! Heureusement, je sais ce que je veux  : entrer dans une école de cinéma pour devenir réalisateur. Mais poursuivre deux voies à la fois, est-ce possible ? Car je me sens déchiré entre le fait de renoncer à ma petite carrière de chanteur et à m'investir sérieusement comme élève à l'Insas ( Institut national des arts du spectacle). Cruel dilemme ! D'autant plus que, depuis que Sylvain Vanholme est entré comme soliste dans l'orchestre, je me sens vachement requinqué.

 

 

Le jeudi 5 septembre, je m'inscris à l'Insas. Ce jour là, je sais que je viens de franchir un pas décisif qui, inexorablement va me séparer de mes amis musiciens. Mais ce n'est pas la cause principale. En Angleterre, un groupe de quatre jeunes issus de Liverpool, bouleversent le panorama musical. Dès octobre, on ne parle plus que d'eux. Ils participent à l'enregistrement de l'émission de radio Easy Beat, et chantent I Saw Her Standing There, Love Me Do, Please Please Me, From Me to You, She Loves You.

 

Pour moi, la cause est entendue, le vent a définitivement tourné. Les Beatles sont en train de tout chambouler. On n'entend plus qu'eux, partout. Leur chorus à quatre voix, les paroles de leurs chansons rendent les teenagers anglaises complètement hystériques. Il se passe quelque chose d'exceptionnel. Ou on les adore, ou on s'en méfie. Ca va si vite ! La folie anglaise se répand, le swinging London fascine.

 

La période des yé-yé s'efface au profit de la beat music, du british rock. La jeunesse se scinde désormais en deux clans.

 

Fan des Beatles, dès la sortie de leur premier single, j'achète la revue juke-box , recopie les paroles de I saw her standing there et de She loves you que j'apprends par coeur.

 

Le 28 septembre, lors d'un de mes derniers passages avec les Enfants Terribles à la salle Fabiola à Vilvorde, entre deux passages, Francis Jouret donne de la voix en chantant deux ou trois morceaux en anglais, dont Twist and Shout. Face à la réaction enthousiaste du public, je réalise que j'ai fait mon temps.

 

Je n'ai pas la voix d'un rocker ; tout au plus celle d'un crooner. Il faut se rendre à l'évidence, je n'ai plus vraiment ma place dans les Enfants Terribles.

 

Quelques jours plus tard, lors d'une réunion avec les membres de l'orchestre, je renonce officiellement à mon poste de chanteur.

 

Désormais, Sylvain Vanholme a les coudées franches pour poursuivre dans une orientation 100% anglo-saxonne. Comme il l'avait fait précédemment avec les Seabirds.

 

 

 

UN ENSEMBLE À QUATRE VOIX

 

Comme Francis est sur le point de partir pour l'armée, Sylvain continue donc avec Jean-Pierre Dekelver à la basse et André Geirnaert à la batterie.

 

Il s'adjoint Jean-Marc Destrebecq à la rythmique. Ils forment désormais un quatuor, comme les Beatles. Ils resteront ensemble jusque mai 1964, puisant largement dans le répertoire des prestigieux Fab Four.

 

Ensuite Sylvain et Jean-Marc s'en iront construire le Sylvester's Team avec Freddy et Gégé.

 

 

 

Les Enfants Terribles mai 1964

Jean-Marc Destrebecq, Sylvain Vanholme, André Geirnaert et Jean-Pierre Dekelver - 1964

 

 

- Remerciements tout particuliers aux parents de Jean-Pierre Dekelver et surtout à son merveilleux papa

qui a tant oeuvré à la réussite de l'orchestre.

 

 

Dossier achevé le 2 août 2009.