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50 ANS DE ROLLING STONES

PAR LES ROLLING STONES

 

FLAMMARION

 

Keith et Mick à Aylesbury le 11 janvier 1977
Photo Mirrorpix

 

 

PLUS DE MILLE CLICHÉS CHOISIS PAR LES STONES

 

 

C'est en 2012 que le monde du disque même si cette dénomination est devenue à peu près obsolète a décidé de fêter les cinquante ans d'existence de ceux que l'on appelle souvent, encore et toujours, « le plus grand groupe de rock and roll du monde ».

Cela peut paraître un peu abusif, puisque lors de ce fameux premier concert londonien du 12 juillet 1962 au Marquee, ni Bill Wyman ni Charlie Watts ne jouaient encore avec les autres.

 

Avec ce genre de critère, on aurait presque pu fêter dès juillet 2007 le cinquantenaire des Beatles, à cause de la première prestation publique de John et Paul qui venaient de se trouver, en juillet 1957 !

 

Cela étant dit, qu'importe le prétexte un peu tiré par les cheveux (longs !) : nos amis les Stones actuels se fendent d'un magnifique livre-souvenir, au principe aussi évident que redoutablement efficace : ils commentent les images de leurs vies, parfois ensemble, parfois séparément. Donc une démarche du style « Jours de leur vie » mais plus personnelle, et plus intéressante : les photos ayant été (dit-on) choisies par nos stars elles-mêmes.

 

Et on lira avec grand plaisir l'introduction individuelle de chacun d'eux, la plus prenante étant peut-être celle de Keith, qui relie cette saga fabuleuse à la démarche initiale de nos futures superstars : la passion dévorante du blues, tout simplement. Il écrit qu'on ne peut jouer du blues sans sentiment; il évoque avec une totale pertinence les « sensations justes » données par cette musique.

 

Ce qui suit ici ne figure pas dans ce recueil, mais on ne sait pas nécessairement qu'en 1964, Jagger conseillait à ses fans, dans les pages du Melody Maker, de se focaliser sur les grands bluesmen noirs ! Une sorte de purisme qui animait alors un Clapton, au point de le faire quitter les Yardbirds, coupables à ses yeux de devenir trop commerciaux. Les temps ont largement changé, mais il reste toujours quelque chose de cette belle et grande flamme du début chez nos milliardaires électriques qui n'ont plus rien à prouver.

 

 

Alors voilà : une description de la majorité de ces clichés n'aurait aucun sens il en figure plus de mille !

 

Un véritable festival en technicolor, et aussi en noir et blanc, qui nous ramène aux tout débuts (les premières photos officielles par le copain d'Oldham Philip Townsend : il y en a cinq du 4 mai 1963, p.24 à 27) et jusqu'à nos jours.

 

Mais on revoit d'abord en p.21 la photo médiocre et très connue du fameux premier gig au Marquee avec une partie des Stones et un Brian se faisant appeler « Elmo Lewis » - et en p.22-23 trois autres en live, très dynamiques, d'avril 1963 , prises au fameux club Crawdaddy de Richmond où les Stones firent leurs classes. Elles datent donc d'environ deux mois avant la sortie anglaise de Come On , le 7 juin.

 

Elles sont en quelque sorte les témoins d'une transition : tous les membres portaient encore une cravate, mais leurs costumes étaient différents.

Ils avaient déjà rompu avec la tradition de l'uniforme à laquelle ne dérogeait en principe aucun combo de l'époque sur scène.

 

New York: Times Square le 1-6- 64
Photo Mirrorpix

 

 

Keith se rendant au tribunal de Chichester, le 27 juin 1967. Photo Mirrorpix.

 

LE LOOK STONES

 

Tournée européenne du 28 avril au 23 juin 1976

Photo Mirrorpix

 

 

Beaucoup de documents tirés des archives du Daily Mirror (gérées par Mirrorpix), et d'autres de Bent Rej, Gered Mankowitz, Michael Cooper, Michael Putland, les Français Claude Gassian et Jean-Marie Périer, et bien d'autres rendent ce volume irrésistible pour tous les amoureux des Stones voire du rock. Les commentaires les contextualisent de façon utile et passionnante.

 

Il existe de nombreuses versions de Love Me Do, par les Beatles. Mais les Stones n'aimaient pas du tout Come On (cette reprise de Chuck Berry, en face A de leur premier 45 tours). Et ils ne l'ont jamais chanté sur scène ! Ce que confirme encore Mick dans le livre. Mais ils l'ont défendu malgré tout dans l'émission TV Thank Your Lucky Stars enregistrée le 8 septembre 1963.

 

Amusante est la photo d'eux, déjà en couleur (p.32), prise sur le plateau de ce rassemblement très populaire des téléspectateurs anglais : pour des raisons de convenances, ils étaient engoncés dans des vestes pied-de-poule qui leur allaient comme une paire de sabots à une ballerine ! Qu'ils n'ont heureusement pas gardées pour leur numéro. Ne pas pouvoir encore choisir un autre titre que Come On était une concession bien suffisante !

 

 

On écarquille les yeux en découvrant les pages 36 et 37 : quinze exemplaires de l'affiche couleur de la fameuse tournée anglaise courant de fin septembre à début novembre 1963, avec en vedettes leur héros Bo Diddley, et les Everly Brothers.

 

Mais sur la fin, celle du 2 novembre au Gaumont d'Ipswich ajoute « le fabuleux Little Richard » appelé en renfort, devant le succès mitigé de l'aventure.

 

En tout cas les absents ont eu tort...Quelques pépites glanées pour vous dans cette extraordinaire malle aux trésors stoniens : en pages 48-49, ces photos couleur de leur première émission TV (et premier voyage) hors Albion : à Montreux en Suisse , le 20 avril 1964.

 

On sourit ou on rit franchement à la vue de ces clichés (p.54 55) du 9 mai 1964, montrant une séance de coiffure aussi pittoresque que spectaculaire administrée à la tignasse alors controversée de ce bon Jagger !

 

Certaines images impressionnent par leur atmosphère de violence : le fameux premier concert européen émaillé de sérieux incidents à Scheveningen, en Hollande, le 8 août 1964 (p.82).

 

 

 

LES STONES HABILLÉS EN FEMMES

 

Les lecteurs français craqueront plus particulièrement, entre autres, pour ce cliché parlant du fronton de l'Olympia (p.134) les montrant en format géant pour leur Musicorama du 29 mars 1966; de quoi brûler au fer rouge l'imaginaire de tous les fans de rock de cette époque qui ont admiré cette façade trônant pour un trop court moment au boulevard des Capucines.

 

Et cette (re)découverte est complétée, en p.135, de deux photos sur cette scène parisienne, montrant Mick et son tambourin ! On sait que selon Oldham il valait mieux publier des photos du groupe ne souriant pas. Sombres, ténébreux si pas inquiétants voire menaçants, pour frapper l'imagination.

 

Mais ce tropisme visuel que l'on appelle là-bas l'école du mean, moody, magnificent en fait né dès les années cinquante, mais démesurément amplifié par les Stones s'est vu battre en brèche sur l'illustration en p.103 : à Belfast le 6 janvier 1965, Mick riait avec sa bouche géante d'ogre qui veut croquer le monde et il y a réussi !

 

Même Bill, surnommé « le fantôme » pour son impassibilité de façade, montrait les dents. Ce qui moi me touche encore plus fort : Brian Jones semblait (enfin) heureux. Keith, lui, tirant gaiement sur sa clope. Charlie n'était pas en reste, sa main tenant la baguette étant surplombée par son grand sourire.

 

Un grand moment de joie et d'harmonie manifeste. Ce qui est rafraîchissant, car rien n'y est calculé, ou alors je me trompe fort. Mais je ne pense pas.

 

Bien au contraire, celle qui servit à la promotion de Have You Seen Your Mother Baby Standing In The Shadow était bien entendu destinée à étonner et à choquer : les Stones habillés en femmes inventaient en quelque sorte l'éonisme dans le rock !

 

C'est dans le Daily Mirror du 15 septembre 1966 (article reproduit en p.147) qu'on la découvrit pour la première fois, illustrant un article du spécialiste maison du rock, et un découvreur précoce des Stones dans la presse généraliste : Patrick Doncaster.

 

 

Juke Box 1-12-66

Photo de Jerry Schatzberg de septembre 1966 (voir critique).

 

Elle a été prise à New York le 10 septembre, ou le 9 selon ce que déclare Bill Wyman dans Rolling With The Stones.

 

Mais on a oublié ici de préciser un élément important : c'est le fameux Jerry Schatzberg, non crédité ni dans le livre ni dans l'article d'époque, qui est l'auteur de cette légendaire image, qui a sans doute poussé Frank Zappa trois ans plus tard à poser en (très) peu séduisante nymphette, avec des couettes, de timides faux seins et des jambes dénudées ou pas vraiment, puisque couvertes de poils !

 

On pourra préférer Brian Jones en septembre 1966 campant une élégante Jean Harlow !

 

Pour ne citer que sa « composition » à lui devant l'objectif de Schatzberg !

 

Un beau et capiteux mélange de provocation et d'humour.

 

 

Photo Mirrorpix

 

Au fil des sixties, comme tous les autres, les Stones se lâchèrent de plus en plus pour les fantaisies vestimentaires sans limites, qui nous font encore ressentir le souffle puissant et enivrant de liberté caractéristique de ces années.

 

Voir parmi bien d'autres les p.136-137 : Mick portant une grande veste de toréador pour la grande émission TV Ready Steady Go, chère au coeur de la star (et de tant d'autres).

 

L'hystérie collective, comme on sait, a souvent accompagné le groupe : témoin entre autres la photo (page 145) de Keith sortant en courant du Royal Albert Hall, le 23 septembre 1966, alors que Ian Stewart saisit sa guitare !

 

En p.241, celui que certains considèrent comme le meilleur musicien à avoir officié au sein des Stones, Mick Taylor, apparaît comme un archange, avec une photo couleur pleine page impressionnante.

 

Ces commentaires sont peut-être déjà trop longs :

 

 

pourtant tout le monde se doute qu'ils ne peuvent en rien rendre justice à un florilège aussi unique, auquel Bill Wyman n'a pas pu ou pas voulu collaborer la seule petite réserve. Il est vrai que son propre Rolling With The Stones de 2002 -éditions Dorling Kindersley, version française parue l'année suivante, celle d'origine étant de loin celle à conseiller aux anglophones - a fait justement sensation, et reste à ce jour inégalé.

 

Cet ouvrage-ci est sans doute le deuxième meilleur jamais publié sur le groupe, et parfaitement complémentaire de celui de Wyman cité plus haut.

 

Pour en terminer avec 50 Ans de Rolling Stones, une apothéose de leur incroyable carrière qui continue est visible en p.340 341 : ce show mirifique sur la plage de Copacabana, au Brésil, le 18 février 2006, devant leur plus gigantesque audience de tous les temps, a-t-on pu répéter à l'envi à l'époque. Un symbole : un succès aussi infini peut (presque) se mesurer à l'immensité du ciel et de l'océan. Eh bien, merci le blues !

 

 

CHRISTIAN NAUWELAERS

 

 

1969 - ANNÉE ROLLING STONES 

LET IT BLEED 

ETHAN RUSSELL - Éditions Michel Lafon

 

Livre rock The Stones

 

 

L'AUTEUR


Ethan Russell est un Américain privilégié, né à New York, mais qui a passé sa jeunesse à San Francisco. Son privilège, c'est d'avoir vécu de sa passion au plus fort des folles années soixante. Passant des vacances à Londres en 1967, après quelques mois il bénéficie de «la» rencontre qui le précipite dans l'univers du rock, en expansion perpétuelle. Il s'intègre à la jeune équipe, plus hippie que yuppie (cela, c'est pour plus tard) de la revue Rolling Stone...et il se met à photographier les plus grands: les Stones, Beatles, Who, etc. Plus tard il réalise des vidéos de gens comme Emmylou Harris, Joni Mitchell, Paul Simon etc.

 

LE LIVRE


Le recueil dont question ici est originellement paru le 2 novembre 2009 chez Grand Central Publishing: Let It Bleed  The Rolling Stones, Altamont, and the End of the Sixties. Un ouvrage de grand luxe est déjà paru chez Rhino en 2008, vendu uniquement à des amateurs fortunés. Je ne l'ai pas vu, mais il diffère de celui-ci, en présentant de nombreuses photos supplémentaires de cette tournée de 1969 ! 


Tout d'abord, précision indispensable: il ne s'agit PAS de clichés qui auraient été pris lors de sessions d'enregistrement de ce fameux album Let It Bleed. C'est bien entendu une allusion au sinistre concert d'Altamont, le 6 décembre 1969: triste Saint- Nicolas... 

 

Russell raconte son parcours, et ses aventures avec les Stones. Du moins celles survenues en cette année 1969, qui marque à la fois l'apogée de la contre-culture, de la gloire du rock et de la prise du pouvoir (encore que...) par une jeunesse idéaliste et débridée, voire exaltée.

 

Pour beaucoup, le drame d'Altamont marque la fin, ou le début de la fin des 60's, du rêve des sixties. À savoir la violence, qui commence bien avant la prestation stonienne ce jour-là, jusqu'au meurtre à l'arme blanche d'un jeune Noir: Meredith Hunter par un Hell's Angel.

 

Avant d'en arriver là, presque la fin du livre, Russell nous montre des clichés des Stones plus splendides les uns que les autres - tant les photos que les musiciens !


La plupart sont en noir et blanc, mais la couleur n'est pas absente, en un panachage de bon goût. On savoure ces scènes de Brian chez lui (en couleur), situées par l'auteur au printemps 69, sans plus de précision, et qui nous font (re)découvrir un Brian primesautier, voire faussement violent, lorsqu'il s'en prend à...une statue ! On s'étonne parfois d'un certain manque de détails, mais cette réserve est vraiment minuscule.

 

Face à l'objectif de Russell pour ce qui précède, le futur ex-Stones se trouve dans le jardin de sa maison de Hartford, Cotchford Farm. Devant le désappointement d'un Russell pas enchanté de son travail, Brian s'est vêtu d'une chemise découpée dans le drapeau américain ! 

 

Voir p.27, une photo particulièrement réussie. L'auteur se remet au noir et blanc le 5 juillet 1969, au concert gratuit et presque immédiatement mythique de Hyde Park, devenu par la force des choses un adieu poignant au génial mais tourmenté Brian Jones. L'homme qui, selon la légende, pouvait apprendre à jouer d'un instrument en une demi-heure ! On peut rester un peu sceptique, mais le talent et le charisme de l'infortuné musicien sont reconnus à jamais.

 

 

 

LA TOURNÉE AMÉRICAINE - NOVEMBRE 1969


Russell suit le groupe dans une tournée-charnière pour les Stones, aux States, du 7 au 30 novembre 1969. Avec un épilogue tragique, comme on sait, le 6 décembre.
L'histoire de ce témoin du premier rang, et mémorialiste / illustrateur, nous tient en haleine...Que celle-ci sente le kif, le shit ou rien du tout !

 

 

En p.74 -vous y trouverez le contexte exact ! - on découvre où, quand et comment naît cette appellation de «plus grand groupe de rock and roll du monde» ! Pourtant, le Led Zeppelin peut commencer à prétendre à cet honneur dès cette époque, mais la qualification superlative leur est restée.

 

Des éléments importants sont ici apportés. C'est la première fois que le public écoute vraiment là-bas en 1969, après la période des gamines hurlantes, qui ont fini par avoir raison de la motivation des Beatles à se produire en public, entre autres choses. 


Que l'on soit d'accord ou non: c'est à chacun de juger. On insiste aussi sur les immenses capacités du remplaçant de Brian: Mick Taylor, moins «star» peut-être, mais carrément le meilleur musicien des Stones. De l'avis de Wyman certainement. En p.94, Ethan Russell définit bien le malentendu qui a plané chez beaucoup au sujet du sens, de la signification que les Stones donnent à Street Fighting Man.

 

Clairement, leur musique, leur carrière et leurs plaisirs restent leurs priorités. Les sympathisants du diable (en chanson du moins...) ne tentent pas sciemment d'améliorer la société, même si leur exemple fracassant a fortement contribué à la faire avancer dans la direction que nous savons, celle du culte de la jeunesse, du rejet du vieux monde et de l'establishment.

 

Les Stones n'en font pas encore tout à fait partie (des institutions), à cause notamment de la vindicte perpétuelle de la police et des autorités contre eux, ou surtout Mick, Brian et Keith. 

 


ALTAMONT

 

On a glosé à l'infini sur le désastre d'Altamont. Il est bon de lire la version de Russell, aussi légitime au moins que celle de bien d'autres. Ce qui est terrible, c'est la vérification ici du vieux proverbe : «L'enfer est pavé de bonnes intentions»...

 

Dans une conférence de presse qui, peut-être, se révèle a posteriori un piège, Jagger accepte le principe d'un concert gratuit. Histoire d'être en phase avec une grande attente du public et des médias, si j'ai bien compris. On a peut-être un peu forcé la main à des Stones que plus personne ne pourrait manipuler aujourd'hui, et ce depuis longtemps !


Cette grande fête est presque improvisée, le lieu (trouvé à l'arraché en dernière minute) se révèle très peu propice à ce raout rock and roll: une cuvette, dans le circuit automobile d'Altamont...Un nouveau (mini)Woodstock, mais totalement raté.


Dès le passage du Jefferson Airplane, Marty Balin se fait agresser par un Hell's Angel !


Tout dégénère très vite, et je vous invite à vous plonger dans le récit de ce qui devient un vrai cauchemar. La mort du jeune Noir (porteur d'une arme à feu, et qui aurait pu tirer - un fait à ne pas négliger) marque le début d'une pagaille insensée, qui se change presque en panique.

 

On constate qu'aucune autre victime à déplorer, même parmi les Stones et leurs accompagnateurs (dont Russell donne la liste: notamment deux éminents journalistes: Stanley Booth et Michael Lydon), cela tient du miracle.

 

En 2010, peut-on écrire carrément que les Stones sont des survivants d'Altamont ? Eh bien, selon moi oui. Je n'y étais pas (vous vous en doutez !), mais le compte-rendu de Russell semble parfaitement clair et cohérent.

 

 

En tout cas, on se rend compte que cet échec monumental n'a peut-être tenu qu'à une mauvaise organisation précipitée. À un concours de circonstances particulièrement détestable, abject. Quand le destin se fait l'allié de Satan: si on admet que le Diable est l'artisan du malheur des hommes. On se demande encore et toujours si les increvables Rolling Stones (Brian mis à part hélas) n'ont pas signé un pacte avec la divinité du Mal.


Quoi qu'il en soit, ils sont toujours là...Même si on regrette la disparition d'un tout grand pianiste qui n'a pas eu l'honneur de faire partie officiellement du groupe (ce que l'on peut considérer comme une injustice et une aberration): Ian Stewart. Une immense pointure de la musique. Je tiens ici à lui rendre hommage: on ne pense pas assez à lui. 

 

 

LES PHOTOS D'ETHAN RUSSELL


Ethan Russell est un photographe magistral: tout lecteur s'en rendra compte, s'il ne le sait déjà. Et autant et plus que d'autres, il a le talent de faire éclater ce si curieux magnétisme des Stones, mille fois copié (ou pitoyablement singé), mais jamais égalé dans l'immense imagerie d'Épinal du rock. Aujourd'hui caviardée par des publicitaires, qui vont parfois jusqu'à sponsoriser des groupes quant à leur look.

 

Les Stones présentent un mélange assez fascinant de décadence et d'élégance. Une «décadélégance», si j'ose ce néologisme ! (J'ose.) Un cocktail capiteux et unique qu'ils ont créé. Avec l'aide et l'inspiration d'Oldham (le responsable de la «non-titularisation» de Stewart) ? On peut en discuter à l'infini.

 

Mais aucun manager, aussi roublard et rusé soit-il, ne pourrait créer une personnalité comme Keith Richards par exemple. En p.52, on peut l'admirer, en couleur, arborant une veste marron, un foulard couleur cuivre assorti au pantalon, alors qu'il est assis sur le rebord de la fenêtre d'une maison appelée Oriole House à Los Angeles, occupée par nos héros du rock. Il ressemble à un chef indien paisible. Pose-t-il ou non ? Impossible de le savoir.


De ce naturel bluffant, de cette décontraction suprême vient une partie de son pouvoir de fascination. RIEN ne semble pouvoir le toucher. Un roi du monde, un dieu calme.

 

Il faut le voir pour le croire, p.82 (ici en noir et blanc). Toujours à Los Angeles,dans les coulisses du Forum, sur une moquette épaisse, Keith est étendu au milieu d'une série de gens, Stones et accompagnateurs du groupe, et intervenants divers. Plus relax qu'un grand chat, qui ignore ce qui l'entoure. Il est vrai qu'on ne sait pas ce qu'il avait pu inhaler et/ou avaler, mais tout de même... Un homme qui semble habité d'une grâce spéciale, totalement idiosyncrasique, qui n'appartient qu'à lui et lui seul.

 

Jagger 1969

Mais outre Keith, j'ai été épaté par la grande majorité de ces magnifiques documents dont nous fait bénéficier Ethan Russell. Comme cette rencontre (p.116, n/bl) de Jagger et du très grand BB King: les deux stars - King en est une aussi, bien qu'à un degré commercial moindre - sont prises en un profil particulièrement réussi, et semblent mutuellement impressionnées, l'une par l'autre !

 

Le gros plan couleur de Mick sur scène (p.173) est un petit joyau. Tout comme celui (un portrait en couleur et en gros plan aussi, mais pas sur scène) de Bill Wyman, au charme peut-être plus discret, mais ô combien ravageur et irrésistible. Et il y a d'autres artistes, inattendu(e)s !

 

Si quelqu'un n'aime pas les Stones, en étant un admirateur de Tina Turner (un cas peu probable certes, mais possible dans l'absolu), l'achat de 1969 Année Rolling Stones se justifie: rien qu'à cause de l'extraordinaire gros plan en couleur de dame Tina sur scène, p.122 ! Une pleine page n'aurait pas été de trop ici. Sublime, mais le sujet s'y prête.


La photo n/bl en p.100-101 montrant Keith recevant une pile de billets des mains de Ronnie Schneider (un de leurs collaborateurs) est particulièrement parlante: le pourvoyeur de cash tient une liasse -verte fatalement, il faut faire appel à notre imagination pour la couleur ! -...en bouche !
Et qu'il est craquant - huée à Oldham - le Ian Stewart, en smoking blanc, p.87 ! En noir et blanc, il joue au porteur de guitares, au pluriel; il en tient deux. Non, il y a erreur de casting je trouve... Ian Stewart est une STAR méconnue, tant pis pour le paradoxe ! Mais sa musique reste à jamais, celle de celui qui étincelle avec Led Zeppelin, sur le merveilleux Boogie With Stu (1971, mais paru en 1975 sur Physical Graffiti).  

 


 

ÉPILOGUE


Un des meilleurs biographes des Stones, voire le meilleur...jusqu'à l'arrivée dans cette sphère éditoriale de l'indépassable Bill Wyman, est le journaliste Stanley Booth, déjà cité plus haut. La phrase qui suit est de lui, reprise par Russell, et elle me paraît parfaitement significative pour clore cette chronique.


«Beaucoup de gens à l'époque pensaient que la musique et la danse pouvaient jouer un rôle considérable dans le changement de structure de la société. Peut-être étaient-ils naïfs, mais ils étaient beaucoup plus intéressants que les gens sensés qui allaient les suivre.» La lecture d'une telle déclaration ne peut que nous procurer une vraie...satisfaction !

 

LE COIN DES SPÉCIALISTES

 

Ne vous laissez pas prendre ! L'affiche du concert gratuit des Stones, vue en 2007 lors d'un pèlerinage de Russell sur les lieux (en fait, il en a découvert  deux !), est un FAUX !

 

 

On n'a pas pu en imprimer, faute de temps. Celle que l'on voit dans la somme monumentale de Bill Wyman: Rolling With The Stones (édition française mars 2003 chez Epa), se trouve p.352, et correspond à ce qu'en écrit Russell: il s'agit d'un faux, mal fichu, avec une photo...de 1972 ! Un petit clin d'oeil aux collectionneurs.
Un titre illustre de 1969, orthographié erronément à plusieurs reprises, est bien Honky Tonk Women, non Honky Tonk Woman au singulier. 

 

Et p.200, ils n'étaient pas complètement «stones», mais «stoned» (défoncés)...Il suffit de penser à Stoned, leur première face B officielle ! 


Enfin, une erreur de Stanley Booth, qui prend un de ses premiers chocs musicaux (p.14) pour une chanteuse aussi noire que possible...La très talentueuse chanteuse blanche Ella Mae Morse ! Dès cette époque, bien avant les Stones, le joyeux mélange, la bienfaisante fusion et confusion des cultures du peuple, blanche et noire. Un relais que prit avec maestria «LE PLUS GRAND GROUPE DE ROCK AND ROLL DU MONDE».

 

CHRISTIAN NAUWELAERS

QU'EN PENSE KEITH RICHARDS ?

    MARK BLAKE    Éditions Sonatine

 

Avez-vous remarqué ? La couverture de dos d'un livre correspond aux dernières phrases incluses dans ce (parfois) fabuleux objet imprimé. Et c'est souvent systématiquement la partie que l'on lit en premier, juste après la couverture ! Cela n'a pas loupé pour Qu'en pense Keith Richards ?

 

Il s'agit de la traduction française de Stone me: The Wit and Wisdom of Keith Richards (2008), du journaliste musical anglais Mark Blake. Ce livre, sans prétentions historiques (pas de dates, de références précises, ce n'est pas le propos) ne vise qu'à distraire, amuser et à nous faire connaître un peu mieux les différentes facettes de la personnalité pour le moins originale de la star sulfureuse, et semble-t-il indestructible. Alors que peut-on lire en quatrième de couverture ? Notamment ceci..."On a frappé à la porte de nos loges. Notre manager a crié: "Keith ! Ron ! Police, c'est pour vous !" Oh! la vache, on a paniqué, on a tout balancé dans les chiottes et on a tiré la chasse. Puis la porte s'est ouverte, et c'était Stewart Copeland et Sting." Mark Blake a collecté des déclarations du Keith de diverses époques, en les classant de façon thématique et non chronologique. Ses années à l'école, sa découverte du rock and roll, ses débuts avec les Stones, ses commentaires sur chacun d'eux, les femmes, les groupies, ses tentatives d'abstinence (si !), ses démêlés judiciaires, ses dents qui disparaissent, puis réapparaissent ( sic!) etc.

 

Bien entendu, ce sont les vacheries - il brille par son expertise incontestable dans ce domaine -qui sont sans doute les plus amusantes sorties verbales de la star. Chuck Berry ? «J'ai essayé d'être un grand guitariste et, comme Chuck Berry, j'ai échoué.»

 

 

À propos de Plant et Bonham ? «Deux ploucs des Midlands.» Prince: «...un nain très surestimé.» (Pour la totalité de son jugement, voir p.77-78; il faut bien que certains achètent ce bouquin tout de même !)

 

Il lui arrive d'être très élogieux, et sincèrement. Comme pour le grand Muddy Waters. Mais cette histoire de ce géant du blues réduit à peindre le studio Chess, lorsque les Stones vinrent y enregistrer en 1964, est apocryphe!

 

Brian Jones a-t-il été assassiné ? «Personne ne saura jamais... Brian ne me l'a jamais dit.» Dans ses dires, Keith manifeste une sorte de tendresse sous-jacente et amusée pour Ron et Charlie. Pour Bill Wyman, pas trop: ce qui ne surprendra pas ceux qui connaissent bien notre ami dissident des Stones. Bien entendu, Jagger en voit quelques vertes, et d'autres pas mûres ! Mais manifestement, malgré les tensions et leurs optiques musicales parfois aux antipodes les unes des autres, ces deux-là ne divorceront sans doute jamais. Même s'il n'y aura jamais de sir Keith, contrairement à sir Mick !

 

Sur ses excès, Keith a démontré plusieurs fois son absolue confiance en sa force naturelle, sa quasi - invulnérabilité. Vantardise et forfanterie ? Un peu peut-être. Mais Keith n'a vraiment rien d'un angoissé. Plus proche de l'increvable Jerry Lee (drogues dures en plus) que du torturé Kurt Cobain. «Je suis un poly- toxicomane. Mais je rédigerai vos épigraphes à tous.» Un peu réac, largué par rapport aux technologies modernes. «Les synthétiseurs et Internet sont des choses qui auraient vraiment dû rester secrètes.»

 

Keith s'est vu rendre un jour la monnaie de sa pièce tout de même, traité de «singe arthritique» par Elton John ! À chacun son tour, même si le sien arrive rarement. Les flèches sortent de son carquois plus souvent qu'elles ne le piquent, Keith. ( Piquette ! Merci de rire: ha, ha, ha.)

 

Quant à Elton, après avoir livré au monde quelques très belles chansons, il s'est changé en infâme fontaine à guimauve, par un mauvais sort que lui a jeté la sorcière Show-Business.

 

(Ici, ce n'est plus Keith, mais votre serviteur, qui en prend de la graine côté rosserie; pas à la guitare, rassurez-vous.) 

 

UN PEU DE SÉRIEUX: on essaie, on essaie... Qu'en pense Keith Richards recèle tout de même de nombreuses réflexions de notre oiseau non pas rare, mais franchement unique, et qui dévoilent des aspects très intéressants et attachants du musicien.

 

Sa passion pour la musique, la guitare, et son comportement apparemment exemplaire, pas odieux ni fruste avec les femmes. Ce petit opuscule se dévore plus qu'il ne se lit. En dépit de l'absence de références et de photos, on le recommande sans réserve à tous les fans de rock. À commencer par les habitués de ce site, et même aux nouveaux venus !

 

ÉPILOGUE.

 

Une petite dernière pour la route; elle ne figure pas dans l'ouvrage.

 

En capitales et en couverture de Mojo de septembre 2007, le Keith: «Mick ne serait nulle part sans moi !» Ce que l'on appelle in cauda venenum , le venin à la toute fin, dans «la queue» ! La queue: sans vouloir être vulgaire, une grande spécialité jaggerienne ! Mais en n'oubliant pas un indispensable sourire: it's only rock and roll ! But how we like it...!

 

 

 

 

CHRISTIAN NAUWELAERS