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Machiavel 40 ans de musique

 

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(Ethan Russell)

 

Qu'en pense Keith Richards ?

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Johnny et Nous : 50 ans de rock

J.Q. Gérard

 

Johnny Sixties

(J.P. Leloir)

 

Hallyday-Derniers secrets

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(J.N.Coghe)

 

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American Rock'n roll UK Tours 1956-72 (Ian Wallis)

 

Rock and Roll duo Kenroll-Guyaut

 

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Charles Chojnacki

 

 

 

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LIVRES - ARTISTES - ROCK

 

THE MAN WHO LED ZEPPELIN   

CHRIS WELCH  - Rivage Rouge

 

«Quand Led Zeppelin donnait un concert, ce n'était pas juste un concert; c'était un événement.»

Peter Grant, extrait d'interview. Repris dans LED ZEPPELIN THE CONCERT FILE de Dave Lewis et Simon Pallett (Omnibus Press 1997). 

 

Le manager du Led Zep, Peter Grant, a été pour beaucoup dans le succès phénoménal du groupe. Son histoire est racontée par le grand journaliste anglais de rock Chris Welch, qui fréquente tout le gratin musical, surtout à partir de 1964 et le début de sa collaboration avec le Melody Maker . Qui précède son travail de journaliste pour d'autres revues musicales ensuite. Il est l'auteur aussi de nombreuses biographies.

 

Tout a toujours été massif chez Led Zeppelin. Leur nom, leur son, leur succès invraisemblable, leur légende parfois sulfureuse. Et puis leur incroyable talent. Leur côté bigger than life, en ce qui concerne l'aspect business, a été gonflé comme un ballon, comme un dirigeable si vous voulez, par leur manager: Peter Grant. Un fort des halles made in London, doublé d'un manager extraordinairement roué, avisé et déterminé à obtenir le meilleur pour ses poulains.

 

Il a réussi, presque à lui seul, à dicter sa loi à l'establishment américain et anglais, et à changer les règles pour que les artistes - à condition d'être des superstars - aient enfin largement le dessus dans les négociations commerciales. Dans une certaine conversation téléphonique d'anthologie, voire historique, avec le (...jusque là !) tout-puissant Bill Graham, Grant exige et obtient un rapport de 90% des recettes pour le groupe, et 10% pour le promoteur, brusquement changé en une sorte de Gulliver réduit à la taille d'un lilliputien sur le territoire des négociations sans merci. Selon Grant, les dépenses du promoteur local sont diminuées drastiquement : nul besoin d'affiches ni de campagne publicitaire. Une annonce sur une radio locale suffit à remplir la salle, aussi grande soit-elle.

 

 

À LA DURE

 

Pour devenir ce manager hors pair, Grant n'est pas passé par une école de commerce,  des cours de management, ou des études de comptabilité. Le self-made man de toujours. Fils d'une famille londonienne monoparentale, né de père inconnu le 5 avril 1935, il commence son rapprochement du monde de la musique alors qu'il a une vingtaine d'années. Il est videur et même catcheur au fameux club de Soho le 2 I's, où le rock and roll anglais est né. Figurant au cinéma aussi, notamment dans ce désastre gigantesque qu'est la plus fameuse version de Cléopâtre ( Cleopatra ), avec Liz Taylor et Richard Burton.

 

ON THE ROAD AGAIN AND AGAIN

 

Après du temps passé comme chauffeur de diverses vedettes, dont même les Shadows paraît-il - il a investi dans l'achat d'un minibus, ne me demandez pas avec quel argent - son pied monte dans un étrier qui se muera au fil du temps en une échelle à la hauteur vertigineuse.

Il apprend sérieusement son métier en travaillant pour quelqu'un qui est le plus dur de tous : le semi-gangster anglais Don Arden, un organisateur de tournées réputé, qui ne se laisse pas marcher sur les pieds. Avec lui, Grant se retrouve à bonne école.

Une péripétie importante pour les débuts de Peter Grant: la tournée anglaise des Everly Brothers et Bo Diddley, avec aussi, notamment, les Rolling Stones. De fin septembre à début novembre 1963. Et un personnage que Grant a connu aux 2 I's, qui vient de rentrer d'Afrique du Sud: Mickie Most, qui jette ses derniers faibles feux de sa carrière de chanteur. En solo, après avoir été la moitié des Most Brothers dans les années 50, sans succès anglais. Mais il a été très populaire en Afrique du Sud. Pour l'anecdote, Arden réussit à intégrer Little Richard à cette tournée qui ne marche pas comme espéré. C'est à Newcastle, le 18 octobre 1963, que Most et Grant découvrent the Alan Price Rhythm and Blues Combo. Les futurs Animals, avec lesquels Most fait des débuts éclatants dans le monde de la production, avant the Nashville Teens, Herman's Hermits et tant d'autres.

Ses bureaux londoniens sont partagés par Grant qui le voit à l'oeuvre.

Peter Grant devient le manager de tournée des Animals, des Herman's Hermits, de Gene Vincent qui lui en fait voir des vertes et des pas mûres paraît-il; bien plus que tous les membres de Led Zep plus tard !

 

AVANT LE ROCK: LE VAUDEVILLE !

 

Winchester Cathedral ... Vous souvenez-vous de cet air un peu entêtant, voire irritant, que l'on a énormément entendu en 1966, année de succès énorme de ce titre ? Et que l'on redécouvre encore aujourd'hui, pour tel ou tel spot publicitaire.

On est sidéré de découvrir que leur manager n'est autre que Peter Grant, qui les accompagne même aux States ! Où il franchit une étape importante, voire cruciale dans  l'apprentissage de son métier, qu'il explore sous toutes les coutures. Et il y rencontre celui qui devient vite son bras droit: Richard Cole.

 

DES YARDBIRDS AU LED ZEP

 

C'est évidemment avec les Yardbirds que les choses vraiment sérieuses commencent. Fin 1966, il accepte l'offre de Simon Napier-Bell de reprendre leur management. Il s'occupe d'eux du mieux qu'il peut, les fait respecter par les promoteurs de concerts, et il observe le marché qui change. Les Yardbirds au Fillmore, ce n'est plus un groupe de singles. Les albums deviennent, petit à petit, les fondements du rock contemporain. Les 45 tours deviennent moins importants que par le passé tout récent.

 

The Yardbirds-1966. De g. à droite : Jeff Beck,

Jimmy Page, Keith Relf, Jim McCarty, Chris Dreja

 

 

Lorsque les Yardbirds donnent leur dernier concert à Luton le 7 juillet 1968, un gros problème se pose: quid de la tournée scandinave de septembre ? Elle a bien lieu avec les «autres» Yardbirds, dont Page est le seul membre de la formation qui vient de se dissoudre. Et avec Plant, John Paul Jones et Bonham. Chris Welch raconte évidemment la formation du futur Led Zep, connue de tous les fans depuis des lustres. Mais il demeure une certaine confusion quant à la transition des Yardbirds et/ou New Yardbirds en Led Zeppelin (voir le coin du spécialiste).

Et Welch se trompe même quant à la date réelle et effective du premier concert du groupe sous le nouveau nom. Elle est évidemment historique : le 25 octobre 1968 à la Surrey University. Les Yardbirds ne peuvent garder ce nom: Chris Dreja s'y oppose, en les menaçant d'un procès.

 

 

Il faut noter que le premier album, produit par Page et supervisé par Glyn Johns - litige pour cela, Johns estimant devoir être crédité comme producteur, ce que Page refuse - est censé être encore un disque des Yardbirds. Les archives des sessions d'enregistrement mentionnent ce nom. On sait évidemment ce qu'il en advint. Grant ne se mêle jamais de la production purement musicale de Led Zeppelin. Mais il a produit un peu plus tôt l'album Truth du Jeff Beck Group.

 

Led Zeppelin-John Paul Jones, Jimmy Page,

John Bonham, Robert Plant

 

Quand vient le tour du premier disque du groupe - pas de single: directement un album - Page paye ces sessions initiales pour conserver une liberté artistique totale. Dès le début, il sait ce qu'il veut et où il veut aller avec ses compagnons.

 

Mais il faut rappeler que le vrai tout premier album où les quatre larrons apparaissent n'est pas le leur: enregistré fin août 1968 pour Liberty, c'est celui d'un immense vocaliste émigré en Angleterre et un personnage totalement excentrique: PJ Proby ! Il s'appelle Three Week Hero . Et Plant ? Il en est réduit à jouer...du tambourin ! On rêve à ce qu'un duo entre ces deux chanteurs d'exception eût pu donner...

 

 

LE LED ZEP S'ENVOLE... CAP SUR LES STATES

 

Pas question de retracer ici toute l'histoire de ce groupe mythique, bien entendu. Le livre de Chris Welch, journaliste au Melody Maker qui a bien connu nos musiciens dans les années 60 et 70, ne prétend pas à cela. Mais par toutes ses histoires et anecdotes, il nous montre l'envers du décor d'une fabuleuse success story à l'américaine, puisque le groupe s'est imposé d'emblée aux States, après avoir connu des moments de piétinement et d'incompréhension dans leur terre natale, à leurs débuts ensemble.   On reste admiratif, scotché à ce récit de cette aventure extraordinaire. Certains aspects sont passés sous silence.

 

Comme cette fascination de Page, dès le début des années 70, pour la magie noire, et pour l'occultiste, poète et drogué notoire Aleister Crowley, dont il rachète la résidence Boleskine House, au début des années 70. On constate que les articles et interviews de Jimmy Page ces temps-ci ignorent dorénavant tout à fait cet aspect de sa personnalité.

 

C'est Grant qui leur obtient un contrat chez Atlantic. Avant les futurs bras de fer, toujours gagnés, avec les promoteurs, Peter Grant réussit déjà à les rendre maîtres de leur carrière discographique et de leur production musicale.

 

C'est eux qui dictent leur loi à la maison de disques, et non l'inverse. Les temps ne changent pas seulement: on peut dire qu'ils basculent. Sous leurs sauvages coups de boutoir. Ou ceux du colosse (physiquement et mentalement) Grant. Ce que Welch ne mentionne pas - c'est un constat, pas du tout un reproche - c'est que tout le monde n'est pas nécessairement enchanté de cette évolution.

 

Melody Maker - 1970

 

Le légendaire Jerry Wexler les signe, mais jamais il ne mettra les pieds dans leurs sessions d'enregistrement. Pour lui, des groupes blancs comme le Led Zep et les autres sont des «rockoids».

 

Il semble leur dénier tout talent: ce fou de rhythm and blues noir, qui a tant fait pour cette musique effectivement essentielle, est fermé comme une huître à un autre type d'expression, électrique à l'extrême, sauvage, qui fait parfois appel à des forces primitives.

 

Vite, la musique prend sa dimension «hénaurme», dantesque, des extrapolations soniques et rhythmiques

 

 

 

 

impressionnantes sur les vieux codes qui les ont nourris: ceux du blues, du rhythm and blues et de la soul.

 

Petite mention pour les vocalises du type «cri primal» qui font penser à une idole de Plant, Steve Marriott, par exemple quand ce dernier chante You Need Loving, sur le premier album des Small Faces (1966), crédité à Marriott et Lane; il s'agit d'une première version anglaise, non créditée à l'auteur, du You Need Love de Willie Dixon (créé par Muddy Waters), qui récupèrera beaucoup d'argent pour ce plagiat chez les Led Zep; ils en font l'immortel, bouleversant Whole Lotta Love  ! La découverte du combo phénoménal par votre serviteur...

 

Robert Plant - 1970

 

On passe du blues rugueux de Muddy Waters - comme ce méconnu You Need Love de 1962 - au déchaînement dantesque de Whole Lotta Love , avec ce passage comme hanté, hypnotique (Eddie Kramer y est pour beaucoup, dixit Page) qui remplace le beaucoup plus traditionnel solo de guitare, en faisant exploser la musique hors de son cadre de rock déjà hard provenant du blues.À la réflexion, cette guitare mugissante, les cliquetis de Bonham, cela crée presque une atmosphère...hantée ! Page dans son élément ?! Des expérimentateurs, des démiurges...

 

Le plus grand groupe de rock and roll du monde ? Mais est-ce vraiment encore du rock and roll ? Plant refuse l'étiquette de «heavy rock», courante à l'époque, et oubliée en 2010, contrairement à «heavy metal». Il insiste sur la beaucoup plus grande variété, la vraie richesse musicale d'une formation qui est beaucoup plus qu'un groupe de hard rock naissant.

 

Pour l'anecdote, Jagger a écouté certains des tout premiers titres de Led Zeppelin à la fin 1968. Il s'est opposé à leur Rock and Roll Circus, leur préférant Jethro Tull !

 

Des refus de firmes de disques, Grant en a d'abord essuyé avant le bingo d'Atlantic. Moins célèbres que la fameuse erreur gigantesque de Dick Rowe rejetant les Beatles, celles du patron de Pye, Louis Benjamin, ou de Mo Austin (Warner), qui n'en veulent pas, font au final le bonheur d'Atlantic. Dont le plus grand ratage a été celui d'Elvis treize ans plus tôt ! 

 

 

 

 

LA CONQUÊTE DU MONDE

 

Même si d'autres biographies sont beaucoup plus complètes, pointues que celle-ci (il s'agit de Grant en premier, non du Led Zep comme sujet de cet ouvrage), les anecdotes tiennent toujours en haleine.

 

On est admiratif devant cette manière dont Grant, en accord avec le groupe, prend le contre-pied systématique d'une routine promotionnelle normale.

Il ne veut pas de passage TV pour eux. Ceux qui existent malgré tout sont rarissimes.

 

Celui de la TV anglaise est effacé hélas ( How Late It Is du 21 mars 1969 en remplacement des Flying Burrito Brothers !). Welch n'insiste que peu sur l'enregistrement des albums, s'intéressant plus à leurs spectacles.

 

On suit la genèse compliquée et à problèmes divers et variés de ce qui reste un peu leur film-testament The Song Remains The Same ; et aussi la création de leur label Swan Song Records, inauguré en mai 1974. C'est à ce moment que Led Zep et quelques personnalités dont Bill Wyman vont voir Elvis à Los Angeles, avant de le rencontrer (sauf Wyman qui s'éclipse). Elvis, d'après Welch, se montre un peu impressionné par la présence du groupe déjà mythique dans la salle !

 

Le Led Zep a engendré d'innombrables bootlegs comme on le sait. Il paraît que Page les collectionne ! Mais Grant leur livre une guerre sans merci. Welch raconte l'anecdote suivante concernant le Led Zep III  pirate: l'intraitable manager prévient les magasins anglais que s'ils le vendent, ils n'auront plus de production d'Atlantic.  

 

Jimmy Page - 1970

 

 

PROBLÈMES ET MALHEURS: UNE SÉLECTION

 

Dans cette saga extraordinaire, le malheur frappe parfois.

 

Plant est victime d'un grave accident de voiture en 1975, et pire encore perd son fils en 1977, victime d'une infection.

 

Année noire: c'est celle du grave incident d'Oakland, Californie, quand Joe Bindon, un sbire de la sécurité du groupe, ainsi que Grant et Bonham sont arrêtés après un passage à tabac en règle (ou plutôt en barbarie pure) d'un membre de l'équipe de Bill Graham, l'illustre promoteur, qui était pourtant passé en fulminant sous les fourches caudines des exigences financières impitoyables de Grant.

 

Moins grave, mais très désagréable: le vol d'une somme de $180 000, générée par le show au Madison Square Garden de New York le 29 juillet 1973.

 

ATTERRISSAGE PRÉCIPITÉ DU LED ZEP...ET DESCENTE DE GRANT

 

Cette chronique, encore une fois, ne revisite évidemment pas la fabuleuse carrière du quatuor de légende. Mais on peut s'amuser de ce que leur toute dernière date anglaise (avant la reformation de décembre 2007): Knebworth, à Stevenage, le 11 août 1979 a permis une prestation d'un des deux plus grands groupes de rock du monde, et sur la même scène, le même soir, deux musiciens de l'«autre» n°1 du rock...Puisque les New Barbarians, à l'affiche avec le Led Zep, comprennent Keith Richards et Ron Wood !

«Deux oiseaux sur un même épi ne sont jamais amis», c'est un vieux proverbe oublié. Il n'a jamais cessé d'être d'actualité. Deux plus grands groupes (etc.), c'est un de trop !

 

 

 

 

Led Zeppelin -1979

 

Tous ceux qui lisent ceci et qui aiment le Led Zep connaissent par coeur, j'imagine, la date du 25 septembre 1980: la mort de Bonham, d'un coma éthylique. Alors que près de deux ans plus tôt disparaissait un autre batteur tout aussi frénétique, Keith Moon, pour prise excessive de pilules contre l'addiction à l'alcool. Moon qui a suggéré l'adoption du nom de Led Zeppelin: mais les théories contradictoires existent à ce sujet. Et Page ne veut pas y accorder la moindre importance ! À cause de la disparition du musicien, le dernier show estival du groupe, donné le 7 juillet au Eissporthalle de Berlin, sera l'ultime; ce que tout le monde ignore encore alors. 

Coïncidence: c'est aussi un 7 juillet, à Luton en 1968, que les «vrais» Yardbirds se produisent ensemble pour la dernière fois ! Avant que dès le 7 septembre 1968, les futurs ex-Yardbirds (le Led Zep au complet) donnent leur premier show, à Copenhague.

Avec leur musique voire parfois leur comportement totalement débridé et sauvage, le futur Led Zep en Scandinavie est un groupe de modernes Vikings ! Un dirigeable remplaçant les drakkars d'antan...

 

DESCENTE AUX ENFERS ET RETOUR

 

Revenons-en à Grant: il vit mal la séparation du groupe. Suite à un divorce douloureux, à une prise de poids, à une addiction aux drogues et à la boulimie (il est énorme), Peter Grant vit des années en reclus. Lorsque Plant commence une carrière en solo, il ne veut pas de lui comme manager, ce qui le blesse. La décennie 80 est pénible pour notre homme. On sait ce que font les survivants: les reformations ratées, du 13 juillet 1985 au Live Aid à Philadelphie puis du 14 mai 1988 au Madison Square Garden pour les quarante ans d'Atlantic; Page et The Firm, un groupe bien oublié, de 1984 à 1988 alors que le label créé par Grant et le Led Zep, Swan Song, ferme ses portes en 1983; les retrouvailles ô combien inattendues de Page et Plant en acoustique, pour MTV  Unledded  en août 1994, avant leur collaboration (Jimmy et Robert) qui reprend: ce n'est plus le Led Zeppelin, c'est bien mais c'est autre chose... Sans oublier la prestation du 12 janvier 1995 au Waldorf Astoria de New York, pour leur introduction au Rock and Roll Hall of Fame. Pour ne récapituler que quelques événements tous survenus du vivant de l'autrefois truculent et redoutable manager, le croisement parfait entre Falstaff et Machiavel. Qui voit encore les musiciens de loin en loin.

 

 

 

RENAISSANCE

 

Petit à petit,Grant reprend goût à la vie. Il arrive à s'arracher à ses addictions, et il s'occupe bien plus qu'avant de son fils Warren. Son existence est bien plus simple, bien moins glamour, mais il recommence à en savourer chaque minute. Selon l'impression que donne le récit de Welch, il semble aussi avoir largué l'amertume et les mauvaises vibrations; il remporte une immense victoire: celle d'avoir pu renouveler sa vie, et écarter ses carcans mentaux avec une force mentale au diapason de celle de son corps de bûcheron qui ignore la peur, cela même face au revolver d'un truand organisateur de spectacles (c'est arrivé aussi).

 

Il retrouve un équilibre grâce au respect dont il fait de plus en plus l'objet dans le milieu du show-business, des artistes et des agents et managers modernes. Dont l'un de ces derniers particulièrement: Ed Bicknell, qui s'occupe de Dire Straits, et qui organisait des concerts dès la fin des années 60 (dont le débutant Led Zep !) dans un cadre estudiantin. À partir du début des années 90, c'est l'élève ultradoué et qui a -ô combien - réussi, qui initie le vieux maître aux joies de la technologie moderne, des rééditions en CD, du maquis juridique qu'il faut maîtriser bien plus qu'avant, pour prétendre faire son trou dans un métier qui a infiniment changé.

 

 

 

Grant participe à des shows TV, à des séminaires du show-biz (dont In the city, un débat entre managers à Manchester en 1992), et il accepte même à l'occasion, et avec un grand plaisir, d'être le juge de quelque concours de jeunes talents dans un endroit quelconque, sans rapport avec le Palladium ou le Royal Albert Hall.

 

Dans la ville où il réside désormais, Eastbourne, Grant -ô surprise, ô ironie - se voit proposer de siéger comme magistrat ! Il refuse, ne désirant pas tacher son C.V.! Aujourd'hui, un Cliff, un Mick Jagger (pour ne citer qu'eux) ont été anoblis..

 

 

On peut penser que c'est un citoyen certes hors norme (absolument à tous points de vue) qui a connu la moitié de la dernière décennie de ce siècle passé, celui que l'actuel ne pourra jamais rattraper, en ce qui concerne l'exaltation du rock, de la joie et de la fureur de vivre.

C'est en rentrant chez lui en voiture, le 21 novembre 1995, qu'il est victime d'une crise cardiaque fatale. 

Une histoire passionnante, on s'en doute. On regrettera un peu un certain manque de souci du détail (les dates par exemple), et surtout l'absence de toute photo.

Mais c'est à lire de toute façon !

 

 

 

LE COIN DU SPÉCIALISTE 

 

Grant a parfois raconté des sottises quant à ses débuts dans le show-business.

Sa prétention d'avoir imposé les Stones à l'émission de radio (BBC)  Saturday Club , en 1963, lors de la tournée Bo Diddley-Everly Brothers-Little Richard est totalement abusive.

Les Stones ont eu du mal à participer à ce programme, diffusé en différé (après une première date postposée) le 26 octobre 1963.En tant qu'accompagnateurs de Diddley, sans Mick ni Keith. Le groupe avait raté une audition à une autre émission plus tôt dans l'année. Mais ils furent retenus tout de même par le producteur Bernie Andrews. Bill Wyman m'a personnellement confirmé que l'anecdote de Grant est apocryphe: il n'y est pour rien.

 

 

Un projet: WIKIPÉDIÂNERIES  LE GRAND BÊTISIER DU WEB !

 

Regardez le Led Zeppelin sur Wikipedia anglais: le premier concert sous ce nom: au Mayfair Ballroom, le 4 octobre 1968. Sur Wikipedia français: Led Zeppelin pour la première fois sous ce patronyme à Londres, Roundhouse, 9 novembre 1968.Welch: selon lui, le 15

octobre 1968 à la Surrey University. Cette dernière erreur pourrait être reprise du livre LED ZEPPELIN THE CONCERT FILE (Omnibus Press 1997), de Dave Lewis et Simon Pellett. Qui mentionnent comme Welch le 15 octobre 1968, en ajoutant que la Surrey University était, en 1968, le Guildford Technical College.

Selon Lewis et Pellett (mais je n'ai pas vérifié), une plaque honore cet établissement, qui spécifie que c'est le tout premier lieu où le Led Zeppelin se soit produit en tant que tel, le 15 octobre 1968.  

 

Désolé pour ces auteurs, pour les autorités académiques de la Surrey University de Battersea, pour Chris Welch, voire pour les wikipédiânes (en étant un peu méchant, mais trop souvent ils tendent des verges pour se faire battre).Tout le monde a tout faux. Est-ce une vaine pinaillerie ici ? Il s'agit tout de même du premier gig au monde, sous leur nom, d'un groupe absolument monstrueux de l'histoire de la rock music...

 

Ce premier concert est annoncé dans le Melody Maker du 25 octobre 1968: un écho intitulé «Led Zeppelin debut», pour «ce vendredi 25 octobre» à la Surrey University (pas de Guildford en vue). Sur le magnifique site officiel, on peut trouver cet écho, mais sans mention de la source; cependant il s'agit bien d'une preuve. Pour l'anecdote, le même numéro du Melody Maker publie un article intitulé «Meet the loudest group in the world: Blue Cheer» ! Le poster du concert du 25 octobre de Battersea, visible sur votre écran grâce au travail de ces bénédictins du Led Zep, indique encore...«NEW YARDBIRDS».On remarquera qu'il y a eu très, très peu de «New» Yardbirds.

 

Même le concert du Marquee à Londres, en date du 18 octobre, est crédité encore aux Yardbirds.

C'est bien à Battersea, et à cette date du 25 octobre 1968 qu'une des plus sensationnelles aventures de l'histoire de la musique a débuté. Rien ne pourra égaler cela en ce siècle nouveau et déjà épuisé... Whole Lotta Love , Stairway To Heaven et Kashmir traverseront les temps, comme un dirigeable le ciel !

 

CHRISTIAN NAUWELAERS