GRAVE DANS LE ROCK

 

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Chapitre 1 : Cravate

 

 

Chapitre 2 : "Un individu malfaisant"

 

 

Chapitre 3 : Summer 69

 

Chapitre 4 : 1969, l'année du siècle

 

 

Chapitre 5 : Dawn of the seventies

 

 

Chapitre 6 : Wight 70

 

 

Chapitre 7 : La Ferme!

 

 

Chapitre 8 : fin 1970 L'explosion

 

 

Chapitre 9 : Déglingue du rock belge

 

 

Chapitre 10 : Monstres Sacrés

 

 

Chapitre 11: Charisme

 

 

Chapitre 12: Glam Rock - Le Schisme.

 

 

Chapitre 13: Rock 73

Genesis-Jemelle-Bilzen

 

Chapitre 14: Rock 74

Stones - Rapsat.

 

Chapitre 15: Les grands concerts de 1974

 

 

Chapitre 16 : Rock et Journalisme

 

 

Chapitre 17 : Épilogue

CHRONIQUE 1960-1965 CHRONIQUE 1966-1972 CHRONIQUE 1973-1980 LES PIONNIERS DU ROCK GROUPES BELGES
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GRAVÉ DANS LE ROCK

Intégral inédit du second ouvrage de © Piero Kenroll

CHAPITRE TREIZE

ROCK 73 : GENESIS, JEMELLE, BILZEN

Genesis est de retour ! Sa tournée américaine terminée le groupe se limite à deux concerts en Europe continentale : Bruxelles et Paris. Cette fois c'est le Cirque Royal qui l'accueille le 8 mai avec, en première partie, Peter Hammill (11). Le public belge, n'ayant pas eu, comme moi, la chance de voir Genesis en Angleterre en décembre et de découvrir les nouveaux exploits scéniques de Peter Gabriel, j'avertis les lecteurs : «  Sa dernière trouvaille c'est de se transformer successivement en chauve-souris, en télévision, en renard et en marguerite ! ».

 

Peter Gabriel (1973)

 

Malgré mon enthousiasme et celui de Claude Delacroix qui consacre une émission spéciale au groupe, le  Cirque   qui peut accueillir quelques deux mille cinq cents spectateurs est loin d'être plein (12). Il y a peut-être quinze cents personnes. Mais dès la première minute de prestation on sent que le concert va être étonnant.

 

Une paire d'yeux entourés de peinture fluorescente se déplace dans le noir absolu. Ce sont ceux du «  Watcher Of The Skies », un extraterrestre qui observe ce que nous faisons à la Terre. L'arrivée de la lumière révèle son inquiétante silhouette avec une tête entourée d'ailes de chauve souris. C'est Peter Gabriel. Le morceau fini, il annonce : « Et maintenant un peu de franglais ».

 

Et de fait : « Le sujet de cette histoâwe est un petit gawçon qui s'appelle Henwi…Heurk ! Henri… Et une petite fille qui s'appelle Cynthia. Ils jouent au cwoquet, et  la petite Cynthia frappe Henwi sur la tête. Toc ! La tête tombe paw tewwe… Il est mowrt !… » et c'est « The musical Box ». « Get Them Out By Friday », « Supper's Ready », « The Return Of The giant Hogweed » suivent

 

Peter enchaîne les transformations, les costumes, c'est du délire dans la salle pour le rappel : «  The Knife  ». Le public belge n'a jamais rien vu de pareil : musicalement et visuellement Genesis est extraordinaire.

 

Alors un seul rappel ne lui suffit pas. Peter, Tony, Steve, Michael et Phil, ont quitté la scène depuis un bon moment quand les lumières de la salle s'allument, mais les spectateurs refusent de sortir. Ils continuent à taper des mains et à rappeler le groupe…

 

Pendant 23 minutes ! (13). Hélas, les loges du Cirque Royal sont loin dans le sous-sol. Genesis n'entend pas la formidable ovation qui lui est faites. Je vais leur expliquer mais il est trop tard, les roadies ont déjà commencé à démonter le matériel. Pendant que les autres rangent leur affaires et que Peter se démaquille je discute avec Phil…

 

•  Alors, comment ça s'est passé en Amérique ?

 

 

 

•  Nous y avons donné quatorze concerts. Deux en première partie de Lou Reed, un avec It's A Beautiful Day et un avec Richie Havens. Pour les autres nous étions en vedettes. En général l'accueil a été bon mais nous avons eu des problèmes avec notre matériel : notre mellotron a été endommagé par le voyage.

 

Chez Atanase. Au centre Peter Hammill aux côtés de Mike Rutherford, de Piero et de sa petite amie, Michelle. photo©Machielsen

 

•  Votre succès continue à croître. On sent que vous allez devenir un tout grand nom sur le plan international, vous n'êtes pas encore des « superstars » mais…

•  Oui, je sais : nous sommes les premiers de la division deux !

•  Quand nous nous sommes connus en ‘71 vous vous entassiez dans une vieille camionnette et logiez dans un petit hôtel rue des bouchers, maintenant vous avez huit roadies, sept tonnes de matériel, vous arrivez en avion et logez à l' Hollyday Inn. Quel effet fait ce changement ?

•  Moi je préférais quand c'était plus simple. Lorsqu'il arrivait quelque chose sur scène, c'était la responsabilité directe des musiciens. Maintenant d'autres gens sont responsables de la sono et de l'éclairage. Cela veut dire que nous pouvons jouer très bien, mais que ça peut « sonner » horrible si l'amplification est mal réglée ou que la mise en scène peut avoir l'air moche parce que le light-show est à côté.

 

 

Cela dit, le succès que nous avons obtenu lors de notre dernière tournée anglaise nous a agréablement surpris… …Ça fait toujours plaisir d'être apprécié chez soi. La Belgique est aussi un endroit qui nous tient à cśur. C'est ici que nous avons connu nos premiers grands succès à l'étranger…… Nous aurions dû revenir plus tôt… Je ne crois pas que le succès nous ait changé sur le plan personnel. Nous sommes toujours fauchés. Ce que nous gagnons sert en grande partie à couvrir nos frais de route, de personnel et de matériel…

 

Piero et Phil Collins photo©Machielsen

 

Tout le monde a faim. Il n'est pas trop tard pour un resto. Vous êtes fauchés ? J'en connais un pas cher près de la gare du Midi. Un grec où l'on va choisir soi-même dans la cuisine.

 

Genesis au complet, son road-manager, Peter Hammill, Jean-Noel Coghe, l'ex-Wallace Collection John Valcke, ma petite amie Michelle, mes copines Irma et Monique, et quelques autres… C'est la grosse ambiance, chez  Atanase ce soir-là. Faut dire aussi qu'à 65 francs (14) le menu, l'addition n'est un problème pour personne.

 

 

 

 

 

Roxy Music donne deux concerts en Belgique. À Courtrai et à Bruxelles. (23 et 24 mai). Vu l'importance du groupe qui est d'ors et déjà considéré comme le plus original de la mouvance glam-rock  et parce que je raffole de ses disques, je suis aux deux. A Courtrai c'est un peu décevant. On sent que c'est un groupe « tout neuf ». Bryan Ferry manque d'assurance sur scène. La prestation est plutôt chaotique.

 

Mais les Français, qui ont fait un petit saut au-delà de la frontière et composent la majeure partie de l'assistance, réclament tout de même « Une autre ! Une autre !» (15) à la fin.

Heureusement, le lendemain au Cirque Royal, le mélange d'influences bon-vieux-rock, sonorités futuristes bizarres générées par Eno et rythme sautillant fonctionne bien.

 

Le feeling que Ferry fait passer lorsqu'il chante « In Every Dreamhouse A Heartache» donne le frisson. L'enthousiasme des spectateurs qui applaudissent dès qu'ils reconnaissent un morceau met le groupe en confiance et Roxy se taille un joli succès même s'il est évident qu'il doit encore mûrir sur scène.

 

J'interview Bryan. Il me révèle, entre autres, que « In Every Dreamhouse…» était, à l'origine, trois fois plus long et qu'il a été obligé de condenser le morceau parce que sur un long playing (16) on peut difficilement graver de la musique pour plus de 20 minutes par face.

 

 

 

Roxy Music (Telemoustique)

 

 

Kesskis'passe ?

 

Gros émoi alors que John Lennon , George Harrison, Ringo Starr, Klaus Voorman et le manager des Beatles, Allen Klein, se retrouvent à Los Angeles pour discuter. De quoi ? Les spéculations sur la reformation du groupe n'ont jamais cessé depuis que Paul McCartney les a quitté. Certains voient aussi en Nilsson , grand copain de Ringo et de John, un successeur possible à Paul. Mais, finalement, les trois Beatles en titre renoncent aux services d'Allen Klein. Du coup McCartney déclare «  Il n'y a maintenant plus aucun obstacle à ce que nous jouions de nouveau un jour ensemble »

 

Mick Jagger déclare : « Paul et Linda (17) forment un charmant couple… Mais je ne laisserais jamais ma bonne femme jouer du piano »

 

La mode des chaussures à très grosses semelles bat son plein. Celles d'Elton John font 20 centimètres. Malgré ça, il n'arrive qu'au nombril de Ian Gillan … Qui pourtant ne suit pas la mode de près.

 

L'ex-Move Roy Wood , co-fondateur de l'Electric Light Orchestra qui a quitté ce dernier pour créer son propre groupe : Wizzard avec lequel il cartonne dans les hit-parades, est sollicité par son éditeur musical pour composer des chansons pour Elvis . Il en écrit trois et se rend à Las Vegas pour essayer de convaincre le king de revenir à un répertoire plus rock and roll que ce qu'il fait actuellement.

 

50.000 spectateurs pour Emerson, Lake And Palmer à Milan…Alors que l'organisateur du concert en prévoyait 15.000. Mais le record du nombre d'entrées pour un « simple » concert payant (ni festival, ni free-show donc) est battu par Led Zeppelin au  Tampa Stadium   en Floride : 56.000 personnes.

 

E.L.P.

Je me lance dans une série d'articles sur les différents genres de rock. Les représentants les plus emblématiques de chaque catégorie sont présentés sous forme de fiches divisées en trois parties : leur passé, leur présent et leur futur possible. Ça commence avec  Les 12 apôtres du rock d'aujourd'hui , ceux dont la popularité n'a vraiment démarré qu'après 1970 et les plus représentatifs de la tendance actuelle. Ma sélection dans le désordre : Gary Glitter, Sweet, Slade, T.Rex, David Bowie, Lou Reed, Alice Cooper, Wizzard, Emerson, Lake And Palmer, Electric Light Orchestra, Roxy Music, Genesis .

 

Concert mémorable au Cirque Royal   pour un Uriah Heep en toute grande forme. Durant leur prestation, musicalement excellente, les membres du groupe carburent au whisky et font passer des gobelets aux premiers rangs, si bien qu'au bout d'un moment tout le monde est bourré : les musiciens et les fans. David Byron (chanteur) pousse Mick Box (guitariste ) en bas de la scène et le gars atterrit dans les spectateurs. Il n'en continue pas moins à jouer. Rarement vu des mecs aussi décontractés.

 

Uriah Heep

 

 

Shakin'Stevens

 

Avec un saxophoniste s'accrochant au plafond, un pianiste boxant son clavier, un bassiste sautillant et des déhanchement à la Elvis, Shakin' Stevens déchaîne le public de la Ferme V. Ce n'est pas plein : ce qui permet aux spectateurs de faire des bonds, de danser, de secouer leurs tignasses frénétiquement et d'agiter les bras dans tous les sens au risque de s'assommer mutuellement.

 

Les autres visites du printemps : José Féliciano (devant un millier de personnes seulement à Forest National ), Emerson, Lake and Palmer ( avec une mise en scène canon - 20 tonnes de matériel ! - dans un Forest National à nouveau perturbé par des bagarres et des bris de portes à l'entrée), West, Bruce and Laing et Alquin (qui, eux aussi, n'attirent qu'environ mille personnes à Forest National ), Man ( Ferme V et Mons) , Stray (Courtrai et Gand), Birtha (Auderghem, Soignies et Verviers), John Martyn ( 140 ), Middle Of The Road et Bay City Rollers (Overijse et Courtrai), Blood, Sweat And Tears (dans un Cirque Royal presque vide), Fats Domino (Bruxelles/ Beaux Arts), Johnny Rivers (140), et Al Stewart (Bruxelles / Beursschouwburg ).

 

Les yéyés et la variété perdent du terrain dans les meilleures ventes de la saison. En avril, seul un album Thierry Le Luron figure encore dans le Top 10, le reste est pop/rock… Albums du printemps : «  Aloha From Hawaii » par Elvis Presley , «  Forever And Ever  » par Demis Roussos , «  The Dark Side Of The Moon  » par Pink Floyd , «  Slayed ?  » par Slade , «  Made In Japan  » et «  Who Do You Think We Are  ? » par Deep Purple , «  Don't Shoot Me … » par Elton John , «  Billion Dollars Babies  » et «  Hello Hurray  » par Alice Cooper , «  Masterpiece  » par les Temptations , «  Tanx  » par T.Rex , «  Houses Of The Holy  » par Led Zeppelin , «  Grand Hotel  » par Procol Harum , «  Red Rose Speedway  » par Paul McCartney & Wings, «  Aladdin Sane  » par David Bowie.

 

Côté singles, l'amélioration est moins nette, mais «  Forever And Ever  » par Demis Roussos , «  Cum On Feel The Noize  » par Slade , «  Blockbuster  » par Sweet , «  Masterpiece  » par  les Temptations , «  Crocodile Rock  » et «  Daniel  » par Elton John , «  Power To All Our Friends  » par Cliff Richard , «  Roll Over Beethoven  » par l' Electric Light Orchestra, donnent tout de même du fil à retordre aux Mike Brant, Anne-Marie David, Frédéric François, Sheila et Ringo et compagnie..

 

Mes coups de cśurs qui ne se sont pas retrouvés dans les best-sellers  ….

 

Les albums «  Freeway Madness  » par les Pretty Things , «  E.L.O. 2  » par l'Electric Light Orchestra, « The Session » par Jerry Lee Lewis et un tas de pointures du rock anglais, «  Proud Words On A Dusty Shelf  » par Ken Hensley (d'Uriah Heep), «  Eat It  » par Humble Pie , «  Life In A Tin Can  » par les Bee Gees , «  Tyranny And Mutation  » par Blue Oÿster Cult , le premier de Beck, Bogert and Appice , «  For Your Pleasure  » par Roxy Music , «  Wizzard Brew  » par Wizzard , «  In Deep  » par Argent , l'album de Jeremy Spencer and the Children , et «  Images 1966-1967  » par David Bowie.

 

Singles : «  Hell Raiser  » par Sweet , « See My Baby Jive» par Wizzard et « Hello Sally» par Clint Silver, pseudonyme d' Armand Massaux.

 

 

 

Il a bien du mérite Armand. Depuis le temps où il était plus ou moins le leader des Night Rockers (18) , il essaie périodiquement de refaire surface. Mais on dirait que la guigne s'acharne sur lui. Les groupes qu'il essaie de monter ne tiennent jamais longtemps. Alors il se lance dans une carrière solo sous le nom de Clint Silver. Bonne chance! Surtout dans les conditions actuelles. Le rock belge est toujours en dessous de tout.

 

 

Les Pebbles n'arrivent plus à avoir un hit, mais ils continuent à se produire plus ou moins régulièrement. Pour les autres c'est la cata : depuis le début de l'année ils ne sont que neuf à avoir eu des engagements assez importants pour figurer de temp en temps dans notre calendrier Kankiou  : Recreation, Doctor Downtrip, Irish Coffee, Vacation, Lennart,Messagie & Dagleth, Daily Life, Pazop, Fetisj et Two Man Sound.

 

Il faut dire, qu'à part les deux derniers, ils n'ont pas compris les changements qu'a apporté la tendance  glam. Dans la plupart des cas, ce sont de bons musiciens, mais ils n'ont aucune présence sur scène, peu d'originalité musicale et un look lamentable. Ils auraient tout cela d'ailleurs qu'on se demande si ça vaudrait bien la peine. La nouvelle formule du Two Man Sound, dont les débuts… euh… percutants en première partie du dernier concert de Slade étaient encourageants, est contrainte d'arrêter après quatre mois à peine.

 

 

Raison : en Belgique il n'y a pas moyen de donner de véritables concerts, il faut passer en attraction d'un bal ou d'une soirée dansante.

 

Un groupe dont le personnel nombreux et le show spectaculaire exige une scène en rapport (et un cachet qui lui permette de rentrer dans ses frais) n'a donc quasiment pas de débouché. Exit Friswa et quelques autres donc… Two Man Sound sera désormais un … trio. Pipou restant aux côtés de Lou Deprijck et de l'ex- Wallace Collection Sylvain Vanholme.

 

Raymond Vincent - Esperanto

 

À propos du Wallace (qui semble avoir définitivement cessé d'exister) son autre « personnalité », le violoniste Raymond Vincent, nous apporte une consolation. Il a fondé un groupe de douze personnes baptisé Esperanto. Cela non pas parce qu'il apporte de l'espoir au rock belge, mais parce qu'il est international (19). On y trouve des musiciens venus des quatre coins du monde. Ils sortent un premier album sur la marque américaine A &M et ont les mêmes managers anglais que les Strawbs . Cela vaut à Esperanto de passer en première partie des Strawbs lorsque ces derniers (sur le point de se séparer) se produisent à Bruxelles en septembre et… de leur piquer la vedette.

 

A part ça, pour en revenir aux Belges 100% belges, un groupe du nom de Banzaï , des Anversois dans la lignée de Yes, ne se défend pas mal au festival de Jemelle.

 

 

JEMELLE 1973

 

 

Aaah : «  Bienvenue à Jemelle !  ». Est-ce que c'est reparti comme l'année passé ?… Non. Jemelle '72 a été un moment de grâce, un concours de circonstances heureuses. L'événement a été tellement encensé que les organisateurs se sont peut-être dit que cela avait déjà été un tel progrès par rapport à '71 qu'il fallait faire mieux encore. Et c'est là que ça coince... Les responsables de la maison des jeunes locale, menés par un gars dynamique du nom de Stany Cuvelier, décident de faire appel à des pros pour la programmation.

 

L'animateur local et Piero (photo©Machielsen)

 

Bilzen ayant fait de même de son côté, les deux plus importants « promoteurs » de concerts du pays se retrouvent une fois de plus en concurrence. Mardeb la société de Ludo De Bruyne et Ludo Marcello ayant été choisie par Bilzen, Gemco, la société de Paul Ambach et Michel Perl a eu Jemelle. Et du « petit festival sympa » ils veulent manifestement faire l'équivalent de la « grosse institution » qu'est toujours Bilzen.

 

Une impressionnante quantité de noms sont donc annoncés, mais contrairement aux années précédentes avec Genesis, Golden Earring et Slade aucun dans le tas ne semble être « le » groupe en pleine ascension qui attise la curiosité de tout le monde. Dans la pire des traditions établies par Bilzen justement, le programme complet reste incertain jusqu'à la veille du festival.

 

Argent finit par être annoncé comme vedette principale. Pas de quoi déchaîner les passions. Mais le pire c'est qu'Argent ne viendra pas.

 

Piero présente Average White Band (photo©Machielsen)

 

 

On voit défiler Banzaï, Lennart, Messagie & Dagleth, Aj Webber , Greenslade, Hatfield And The North, East Of Eden, Alquin, Average White Band, String Driven Thing, Quicksand, Duffy, Stackridge, Geordie et même un groupe de chanson française : Ange.

 

Excellent dans son genre, ce dernier ravit le public avec, entre autres, sa version de «  Ces gens-là  » de Jacques Brel. Un comble pour un festival rock !

Les autres qui s'en tirent pas mal sont East Of Eden, Duffy et Stackridge. Mais une impression de monotonie plane sur le reste.

 

Geordie (20) en lequel certains pensaient voir un groupe dans la lignée de Slade est « vraiment merdique  » dixit Jean-Luc Crucifix qui assure le compte-rendu du festival (puisque ces 4 et 5 août je suis « officiellement » en vacances quoique présent comme présentateur).

 

Jean-Luc participe aussi avec son groupe, VDB and the Parking Meters, au concours d'amateurs. Il le gagne ! Parce qu'il s'agit d'un groupe parodique complètement déjanté qui réussit à amuser tout le monde. Le plus gros gag c'est que la plupart de ses membres ne savent même pas jouer. Jean-Luc lui-même souffle dans un saxophone mais c'est à peine s'il sait par quel côté s'en servir.

 

Duffy

 

Une leçon pour ce genre de concours dont, de retour au boulot, j'écris « : « Ils ne prouvent qu'une chose : l'insondable médiocrité des groupes amateurs belges actuels. Ils n'ont rien compris et ne veulent pas comprendre. Tout ce qui les intéresse, c'est de « jouer bien ». Ils n'ont aucun message à apporter, rien à dire, ils ne sont même pas marrants et sont totalement dénué de sex-appeal. Ils s'imaginent que parce qu'ils comptent de bons techniciens  parmi leurs musiciens, ils devraient être aidés. On s'en fout de leur technique ! Au début les Beatles et les Stones jouaient comme des pieds.  »

 

Peu édifiant côté musique et spectacle donc, Jemelle '73 souffre aussi de ce que les éditions précédentes avaient évité : trop de monde, trop de stress dans les coulisses, trop de bière, trop de drogue, trop de flics, trop de déchets dans la nature… Stany Cuvelier en tirera les conclusions. Le rock ne sera plus « bienvenu à Jemelle »… Du moins pas à cette échelle.

 

 

 

 

BILZEN 1973

Piero dans son minibus (Bilzen 73)

 

On se fait toujours un peu l'effet d'un ancien combattant. « Encore un festival » , qu'on se dit. Et puis on s'aperçoit que c'est déjà le quatrième du genre… Je sais  Jazz Bilzen en est à sa neuvième édition. Mais pour bibi, c'est seulement la quatrième fois que je vais m'y esbaudir le tuyau acoustique.

 

Avant,  Bilzen n'était que  Jazz   et vous m'excuserez, moi, je ne suis qu'un rocker...

Alors, on se met à penser aux bons moments qu'on y a passés. Ceux qui vous sont restés bien ancrés dans la mémoire. Il n'y en a pas tellement, tiens ! Les Blossom Toes en ‘69 sans doute. Oui, ça, je m'en souviendrai toujours... Et puis... Et puis ?

 

Du bon et du moins bon. Mais rien de particulièrement super.

 

 

 

 

Le pire, c'était les deux dernières années. Petit a petit, la médiocrité du programme et l'organisation déficiente donnaient à Bilzen une réputation de festival foireux.

 

Cette année, pour la première fois, le plateau a donc été confié à une agence. Et des noms bien alléchants sont parus sur les affiches. J'ai de l'espoir quand je me monte dans ma voiture ce vendredi matin 17 août.

 

La route pour Bilzen en venant de Bruxelles a toujours été un poème. Enfin, cette fois, avec l'autoroute de Liège jusqu'à Waremme, je suis sur le velours. Après ça, on tourne vers Tongres, et tagada tsoin tsoin... ça y est ! Je tombe dans une weg in slechte staat avec des travaux partout. Les traditions sont respectées. Je perds tout le temps gagné sur l'autoroute et… deux heures après mon départ, ça y est, j'ai fait les 99 kilomètres du trajet et j'y suis. À Bilzen, pas de problème, les panneaux indicateurs ne manquent pas. Tant mieux. Parce que le site du festival a été changé.

 

Le terrain est plus plat, et on voit mieux la scène. Tout est entouré de murs préfabriqués en béton. M'est avis que les resquilleurs ne l'auront pas rose. Je risque une reconnaissance jusqu'à l‘entrée. Le premier visage connu, c'est celui de Ludo Marcello qui, avec Ludo Debruyn, fait partie d'un duo que j'ai surnommé Ludo Brothers . Ils sont donc patrons de Mardeb, l'agence qui a programmé le festival. Il a des poches de kangourous en dessous des yeux, le Marcello ! En guise de bonjour, il me fait : Aïe-aïe-aïe-aïe... Potferdeke... Ouille...  et bien des choses encore qui en disent long sur les nuits blanches qu'il a dû se payer ces derniers temps.

 

Je le laisse à sa douleur et me trouve nez a nez avec l'autre Ludo : Debruyn. Ou plutôt avec l'ombre de Ludo Debruyn. Il n'était déjà pas gros le gars. Il semble avoir maigri de vingt kilos. Ce qui fait que je suis obligé de retenir ma respiration pour ne pas qu'il s'envole à cause du déplacement d'air.

 

C'est le premier festival dont je m'occupe.  Mais je crois bien que ce sera le dernier. J'ai déjà de quoi écrire un livre sur les ennuis que j'ai eus. Le dernier, c'est avec Status Quo. II y a eu une erreur d'interprétation de la part des roadies. Ce qui fait que le matériel, qui revenait de Finlande, est retourné en Angleterre au lieu de venir directement en Belgique. Ils n'ont plus le temps d'attraper le dernier bateau possible. J'ai signé Medecine Head en catastrophe pour les remplacer. 

 

 

 

Ça commence bien ! J'ai vu Medecine Head en première partie de je ne sais plus qui à Forest National , le moins qu'on puisse dire, c'est que ça ne m'a pas enthousiasmé. Mais prenons les choses du bon côté. II y a du soleil. Je retrouve des visages connus. Ils étaient à Jemelle, et ils seront encore ailleurs lorsqu'il y aura du rock dans l‘air. On se salue par un cordial «  Toujours les mêmes !  » On se raconte les dernières, on se promet des lendemains qui chantent…le rock. Quand ils croient que je suis parti j'en entends certains dirent : « T'as vu ? C'était le petit con du Télé Moustique ». « Les festivals, ce qu'ils ont de chouette, c'est cette atmosphère d'amour et de paix », vous diront ceux qui ont vu Woodstock.

 

Enfin…On sent les progrès dans l'organisation. II n'y a que vingt minutes de retard pour que le premier artiste se pointe sur le podium. Un folk-singer hollandais, Kazimierz Lux . Le premier groupe intéressant est le Spencer Davis Group. Il y va de ses gros succès de... 1966. « Keep On Running », « Give Me Some Loving », « I'm A Man » etc. Tous les vieux de la vieille sont là: Spencer, bien sûr, Pete York, Ray Fenwick, etc.. Ça me rappelle le festival de Sunbury en ‘68. Ils n'ont pas changé. Z'ont vieilli, c'est tout. Comme ils se sont séparés assez longtemps et qu'ils se retrouvent maintenant, ils ont à nouveau l'enthousiasme de leur jeunesse. Ajoutez ça une technique qui a eu le temps de mûrir... Il ne faut plus qu'un bon solo de batterie bien démagogique pour déchaîner la foule, qui d'ailleurs en a marre d'être le cul dans le gazon depuis quatre heures, et hop, ça y est : ambiance! « Everybody clap your hands ! ». Tout le monde est heureux ! Un rappel, c'est sûr. Je parie que ce sera « Johnny B. Goode ».  Jean-Luc, qui vient de me rejoindre, relève le gant et pronostique « Roll Over Beethoven ». Suspense... Et v'là ti pas qu'ils jouent «  Jailhouse Rock  » ces gusses ! J'vous jure : les traditions se perdent.

 

Le temps passe. Man aussi. Toujours aussi bon. Toujours aussi long. Sa musique semble couler de source, ça plane et ça swingue en même temps. Les longs solos succèdent aux longs solos. Un groupe à écouter en disque. Sur scène, je le trouve laborieux. Y'a rien à voir. C'est dommage, car Man a beaucoup de qualités. Seul le panache lui fait défaut, c'est pour ça qu'il ne sera jamais un tout grand nom.

Lorsqu'on annonce que Status Quo ne vient pas, quelques boites de Coca sont mises en orbite en direction de la scène. Pas de blessés. Pas de casse. Ça va. Un bon point pour le public, qui réagit quand il est frustré mais n'est pas trop méchant.. Comme le dit Paul Evrard (un collaborateur de l'émission King Kong de Marc Moulin) qui présente le festival « On sait qu'à Bilzen, ça arrive chaque année ... ».  Hélas !

Autre chose qui ne marche pas, c'est l'écran vidéo promis. Ludo Debruyn se lamente :   J'avais pourtant bien demandé au comité un voltage suffisant pour le circuit TV, mais nous ne l'avons pas. Tout le matériel est là. Il y en a pour plusieurs millions... Demain, j'espère que ça ira

 

 

Piero et Barclay James Harvest - photo©Coerten

 

J'interviewe les gars de Barclay James Harvest. Ils sont tristes. La vie est trop injuste. Ils n'ont jamais eu de chance. Déjà petits dans leurs berceaux, ils étaient frustrés. Leur compagnie de disque ne fait rien pour eux. Ils vont changer.

 

La fatalité s'acharne sur leurs pauvres têtes... Tenez: aujourd'hui encore. Ils sont tombés en panne à Gand. Leur matériel y est encore. Pour une fois qu'ils jouent à l'étranger, avouez que c'est raide.  We hope we can make it tonight. (21)  Moi aussi.

 

Heureusement le matériel arrive in extremis et, un peu après minuit, alors que tout le monde commence à s'en aller, le groupe monte sur scène.

 

Barclay James Harvest joue une musique majestueuse, que certains taxeront peut-être de grandiloquente, mais qui a déjà fait le succès de gens comme Procol Harum, Moody Blues, Yes, etc...

 

- A eux quatre, ils valent un orchestre symphonique, annonce Paul Evrard. Et c'est bien vrai. Le public va petit à petit succomber au charme et à la beauté de leurs compositions. Les voix sont pleines de sensibilité, le mellotron magnifique, les arrangements riches en relief rappellent parfois ceux d'un Genesis.

Le groupe n'a rien de visuel, mais, au milieu de la nuit, il bénéficie du plus beau spectacle de l'univers : le ciel d'été et ses millions d'étoiles.

 

 

Barclay James Harvest

 

Certaines paroles ont l'air composées spécialement pour le moment...

-   The eyes of night march slowly by… Is it nothing left to do ?... After The Day ? (22).

 

  Une onde magique semble émaner de la scène et emporte les spectateurs dans un rêve. S'il y a eu de bons groupes aujourd'hui, si certains ont eu plus de succès parce qu'il y avait plus de monde, Barclay James Harvest est le seul vraiment original, personnel et attachant. II pourrait jouer toute la nuit. D'ailleurs malgré l'heure tardive, la fatigue accumulée et l'envie d'aller se coucher, il y a un rappel…à 3h du matin !

 

 

Ce qui ma toujours sidéré à Bilzen, c'est que cette petite localité limbourgeoise, bien sympathique au demeurant, réussisse à avoir chaque année deux festivals. Manque de bol : ils tombent invariablement le même week-end. Comme si le festival musical ne suffisait déjà pas à attirer du monde, il faut, par-dessus le marché, qu'il y ait un festival de la gendarmerie! On voit des flics partout. C'est une véritable exposition. Vous en avez de toutes les sortes : des en costumes, des en uniformes, des déguisés, des à pied, des à cheval, des en voiture.

Des voitures de toutes les couleurs. Le dernier cri, c'est blanc avec une grosse ligne rouge... pour faire sport. Mais ce qui m'épate le plus cette année, ce sont les cavaliers. Ils sont coiffés d'un casque rouge vif, qui se voit à trente kilomètres par beau temps. Quand ils passent dans les prés environnants, les taureaux les regardent d'un air vache.

Ce cumul de deux festivals qui n'ont pas grand-chose à voir l‘un avec l'autre est bien gênant. II y a un point de contrôle des billets qui permet juste le passage d'une personne... ou d'un cheval. Il a fallu que ce soit juste à cet endroit que la monture d'un de ces casques ronds rouges fasse, euh... Enfin, laissons tomber ça.

 

 

Nous sommes samedi, et le ciel est un rien moins bleu, mais il fait toujours chaud. Pour hier, on estime qu'il y a eu un peu plus de 5.000 entrées. Aujourd'hui, ça dépassera 12.000. C'est dire que la foule arrive. On s'écrase devant l‘entrée. À cause du passage étroit, il y a une file de cinquante mètres sur toute la largeur de la rue. Certains piétinent plus d'une heure, mais l‘ambiance est plus relax que lorsqu'il y a foule à Forest National.

 

Banzaï , seul groupe belge du programme, ouvre l'après-midi en déclarant que c'est dommage qu'il soit le seul groupe belge du programme et qu'il espère que l'année prochaine il ne sera plus le seul groupe belge du programme. Le gars qui dit ça a même une vision pour ‘74. II voit des tas de groupes belges et seulement quelques étrangers... Dans l'état actuel des choses, c'est quasiment une vision d'horreur !

Les choses sérieuses commencent avec Golden Earring.

 

 

 

Ça faisait longtemps que les Hollandais volants n'étaient plus venus en Belgique, et c'est bien agréable de les revoir. Ils sont toujours excellents. Ils y vont de leur rituel habituel : la voix angoissée de Barry Hay, la sauvagerie de George Kooymans, les solos de basse délirants de Marinus Gerritsen. Cesar Zuidervijk se taillera aussi sa tranche de spectacle, déchaîné derrière sa batterie. Impossible de rester assis.

 

George Kooymans©Coerten

 

Golden Earring démontre qu'il est vraiment l'un des meilleurs groupes de hard rock du monde. La foule est de plus en plus excitée. Incident malheureux lors du rappel. Certains veulent rester assis, ils bombardent de boites de Coca les premiers rangs qui sont encore debout. Mais ceux-ci ripostent. Réaction en chaîne : les boites se mettent à voler dans tous les sens. Trente blessés légers à la tente de la Croix rouge. Ah la bêtise humaine ! Finalement tout le monde se lève pour le deuxième rappel : «  Back Home  ». La foule reprend en chśur. Un grand moment du festival.

 

Rien de mémorable avant le groupe de Roy Wood. Mais aussi génial que puisse être l'ex-Move et ex-Electric Light Orchestra lorsqu'il compose ou produit des disques, sur scène il n'est pas encore arrivé à faire de Wizzard ce qu'il devrait être. Sa musique est si décousue, si inhabituelle qu'il est difficile de s'y accrocher. D'assez pénibles solos de batterie n'arrangeant pas les choses le public ne rappellera même pas Wood et ses gars. Consolation : c'est pendant Wizzard que l'écran video (loin d'être géant) se met enfin a fonctionner après deux jours de chipotages. Mais ça vaut la peine. Ce système devrait être plus répandu.

 

Wizzard©Focus

 

Il est 23 heures 30 quand Argent monte sur scène. Excellente prestation malgré quelques ennuis techniques. Le groupe sera le seul à ne pas être trop long, et on l'appréciera d'autant plus que, par dessus le marché, il se pose un peu là côté compositions. Ça balance, sans être trop heavy. Côté vocal et côté instrumental sont parfaitement équilibrés.

 

Tout cela est bien plaisant, même si ce n'est pas vraiment original. J'aimerais revoir ce groupe en salle, ça doit valoir la peine.

Les Ludo brothers ne sont pas au bout de leurs peines. Procol Harum fait de son nez.   Il est passé minuit, monsieur. Notre contrat est pour le 18. Nous sommes le 19. Le piano est mal accordé. Etc.

 

Mais ça s'arrange. Le groupe monte sur scène et donne vite impression d'y être pour un bout de temps. II a le mérite de varier ses morceaux.

Ses ballades majestueuses alternent heureusement avec des trucs plus rythmés qui sont peut être moins son élément, mais qui évitent la monotonie.

 

Rappels, bien sûr. D'abord un classique de Fats Domino « I'm Ready », dont les paroles disent :  Je suis prêt à chanter le rock toute la nuit. Ça m'inquiète un peu, vu que je commence à être vachement fatigué, qu'il est trois heures et quart et qu'il y a encore une journée demain. Mais après un « Whiter Shade Of Pale » final (ce qui doit être exceptionnel, le groupe ayant juste déclaré à Jean-Luc qu'il ne jouerait plus son méga-hit sur scène), tout le monde va dodo. Ouf ! Voilà une journée bien remplie.

 

Bilzen 1973

 

II y a tout de même des cornichons ! Des gars et des filles, pas tout jeunes d'ailleurs, ils doivent avoir dans la trentaine. Ils se sont installés en plein milieu du terrain.Ils sont habillés de façon à être certains de ne pas passer inaperçus. Ils commencent à se passer des joints gros comme des cigares, à se tortiller en prenant des poses langoureuses, à se faire des minous-minous...

 

Tout ça avec la discrétion d'un dromadaire dansant le charleston dans un tunnel de la petite ceinture à l'heure de pointe... Bref, cinq minutes plus tard, ils sont entourés de vingt photographes. Dix minutes plus tard, il y a trois cents curieux. Vingt minutes plus tard, la gendarmerie les embarque.

 

Quelque chose qui sonne faux la-dedans, non? Car enfin… Ils devaient le savoir que ça grouillait de flics. Alors ? Qu'est-ce qu'on cherchait? Faut réfléchir. Et penser aux quotidiens à sensation. On y montrera des photos d'une demi-douzaine de « drogués-répugnants-madame » pour évoquer un festival rock, mais pas un seul musicien ni les milliers d'autres spectateurs qui préfèrent s'asseoir sur l'herbe que la fumer.

 

 

 

 

Dimanche, et le plein soleil est revenu. Qu'est-ce qu'il fait chaud ! Sunny sunday afternoon…. Le beau temps sera pour beaucoup dans le succès du festival, qui semble se dérouler bien mieux cette année-ci que les précédentes. II y a bien encore quelques retards sur l'horaire, mais pas de gros. Les Troggs , c'est, pour beaucoup, la nostalgie des sixties et un bon groupe anglais qui fut original. Hélas, il a mal vieilli. Le beau Reg Presley, qui faisait s'évanouir les petites Anglaises en leur chantant «I Can't Control Myself » est devenu grassouillet. Triste prestation, malgré certains morceaux qui rappellent la grande épopée du beat ...

 

Alquin est vraiment barbant. Il joue presque deux heures et n'a rien à dire. Le plus malheureux, c'est qu'il y a là de très bons musiciens. Mais une fois de plus seule la technique semble les intéresser. Seigneur comme ils sont casse-pieds ! Et ils se font rappeler! Là, vraiment, ça me dépasse... Et ça m'inquiète. La technique finira-t-elle par l'emporter sur le feeling? Bientôt on mettra un ordinateur sur scène, et il se fera rappeler.

 

Enfin… C'est peut-être la chaleur de l'après-midi qui assoupit le public et le rend indulgent. Une belle après­midi. Pour flâner. Pas tellement pour faire attention à ce qui se passe sur scène.

 

Je me demande déjà si l'ex-Zombie Colin Blunstone ne va pas achever d'endormir tout le monde. Je m'attends à une espèce de folk-singer s'accompagnant à la guitare acoustique, mais le gars monde sur scène avec un groupe. Et alors, mes amis ! Paf ! La récompense de toutes les fatigues endurées. « La » révélation du festival. L'inattendu. La claque. Le bazar. Le machin. La voix est éthérée, aérienne, le son est clair, net. Pas de débauche d'amplification. L'organiste (23) n'a qu'un tout petit clavier, mais il en tire un maximum.

 

La musique ? Un country-rock très anglicisé. Une merveille d'équilibre et d'efficacité. Colin est un grand garçon sympathique, sobre et réservé, constamment le sourire aux lèvres.

Ses musiciens ont l'air de s'amuser beaucoup. Comme s'ils pensaient : On vous a bien eus, hein? Vous ne pensiez pas que ça allait être comme ça.   Et c'est bien vrai. Le répertoire est tout en progression. D'abord quelques jolies choses assez douces où Colin joue de la guitare acoustique.

 

Ensuite ça devient de plus en plus accrocheur. Du relief, du mordant, sans être tapageur. Reprise des hits des Zombies, « Time Of The Seasons » et « She's Not There ». Tout le monde est debout. C'est de plus en plus rentre dedans. On se met à danser. Cette version du « Rave On » de Buddy Holly …Une perle ! C'est le triomphe...

 

Colin Blunstone©Coerten

Bilzen 73

 

C'est aussi la fin de la journée. La partie rock de Bilzen ‘73 se termine en toute beauté. Soft Machine va assurer la transition vers le jazz de la soirée. La moyenne d'âge s'est élevée dans le public. On sent que ça va devenir très sérieux. Trop pour le poor lonesome rocker que je suis. Il jette un dernier regard sur la plaine colorée par la foule, enfourche sa vieille monture (une VW de 66) et disparaît du côté du soleil couchant.

En traversant Bilzen, il y a un sacré embouteillage... Mais pas un seul gendarme pour régler la circulation... Le comble !

 

 

Kesskis'passe ?

 

Suite à plusieurs concerts plutôt désastreux, David Bowie , pourtant au sommet de sa popularité, déclare qu'il abandonne les prestations « live », renonce à sa tournée américaine et annonce qu'il va se concentrer sur « … d'autres activités qui ont peu de rapport avec le rock  »

 

Le 14 juillet une station de radio pirate commence à émettre une programmation pop/rock présentée en flamand depuis un bateau ancré au large des côtes hollandaises. C'est Radio Atlantis qui est dirigée par un belge, Adriaan Van Lanschot. Comme c'est toujours l'état qui est sensé avoir le monopole des ondes, la Régie des Télégraphes et Téléphones dépose plainte auprès du parquet de Gand.

 

Everly Brothers© Coerten

 

Ça y est ! C'est la catastrophe ! Les Everly Brothers se séparent.

 

Le record de Wight est égalé ou dépassé : on estime à 600.000 le nombres de personnes qui assistent au festival de Watkins Glen dans l'état de New York. Le double de Woodstock !

 

Bob Dylan tient son premier rôle comme acteur au cinéma dans «  Pat Garrett And Billy The Kid  » de Sam Peckinpah. C'est Kris Kristofferson qui joue Billy .

 

Les autorités espagnoles interdisent la vente de tous les disques des Rolling Stones parce que Mick Jagger aurait fait des déclarations critiquant le sévèrement le régime du général Franco (24). Ce que le chanteur dément formellement.

 

Forest National a changé ! Le service d'ordre est plus aimable, l'ambiance plus relax, il n'y a même plus de bousculade à l'entrée pour le concert de Frank Zappa (toujours beaucoup d'humour mais moins délirant qu'il y a deux ans). Le responsable : un jeune « directeur artistique : Albert-André Lheureux qui nous déclare vouloir transformer la salle en un endroit où tous les publics se sentent à l'aise.

 

Donnant une conférence de presse avant leur passage à Forest National, les Moody Blues évoquent le temps où ils étaient « réfugiés » à Mouscron et déclarent que, trop soucieux de perfection pour leurs enregistrements, ils ne sortiront jamais d'album « live » (25). Le soir, ils y vont d'un magnifique récital qui fait planer le public pendant deux heures, mais, exception dans leur tournée mondiale : la salle n'est pas pleine.

 

Enfin en vedette, Demis Roussos donne, le 14 septembre, un concert magistral à Forest National.

 

 

 

 

 

 

Avec des allures de prophète il débite ce qu'il appelle sa « soupe » durant la première partie, puis, après l'entracte, il se lance dans des compositions inédites en disques que ne renieraient pas King Crimson ou Yes … et qui passent des kilomètres au-dessus de la tête du public très « familial » qui remplit la salle.

 

Demis Roussos © Coerten

Je propose une recette pour s'y retrouver dans les genres musicaux… Vous prenez une grand-mère pas trop fraîche, mais pas trop sourdingue non plus. Vous l'installez à côté de votre sono. Elle sourit : c'est Tino Rossi. Elle est captivée : c'est de la chanson française. Elle fait la moue : c'est du jazz. Elle grimace nettement : c'est de la pop. Elle s'enfuit en courant : c'est du rock !

 

Côté ventes, l'album «  Dark Side Of The Moon  » de Pink Floyd s'installe, comme un peu partout dans le monde, solidement en tête de notre classement et ne quitte pas le top 3 de tout l'été. « Living In The Material World » de George Harrison , «  Yessongs  » de Yes ,

«  Explosive  » de Jerry Lee Lewis , « Recorded Live  » de Ten Years After , «  Daltrey  » de Roger Daltrey , «  A Passion Play  » de Jethro Tull , «  School Days  » d' Alice Cooper , «  Touch Me  » de Gary Glitter , « Foreigner  » de Cat Stevens font des sauts dans le top 10 , mais yéyé (Claude François) et variété (Marie Laforêt, Thierry Le Luron, Serge Lama etc.) se cramponnent.

 

C'est pire côté singles évidemment. On est consterné par ce que le grand public achète. Depuis «  Un chant d'amour, un chant d'été  » le tube de l'été par Frédéric François jusqu'à «  À la moutouelle  » par un certain Tribal Moustachol… Seuls Stealers Wheel avec « Stuck In The Middle With You  » et Suzy Quatro avec «  Can The Can  » font exceptions dans le tas !

 

Pour ma part je me console en découvrant les albums «  Rock Orchestra  » par Esperanto , «  Razamanaz  » par Nazareth , «  Still  » de Pete Sinfield , «  Silent Warrior  » par Xit , «  You Broke My Heart So I Busted Your Jaw  » par Spooky Tooth, «  Over Nite Sensation  » par Frank Zappa and the Mothers, « Angel Clare » par Art Garfunkel et surtout les admirables «  Friendliness  » par Stackridge et «  Moontan  » par Golden Earring.

« Sqweeze Me, Please Me  » par Slade, «  Life On Mars  » par David Bowie, et l'irrésistible «  Radar Love   » par Golden Earring sont les singles qui me bottent.

Mais rien de tout cela ne fait un carton chez les disquaires.

 

Me remplaçant pour présenter les nouveautés, Jean-Luc décrit le premier album de Queen comme un disque qui, à part le premier morceau, «  se distingue par un vide sans nom, par un groupe de seconde zone  ».

 

 

 

 

(11) Le Van Der Graaf Generator ayant connu une de ses nombreuses séparations en 1972

(12) Triste : Genesis attirait moins de monde à l'époque que son clone le groupe Musical Box recréant sa prestation une trentaine d'années plus tard

(13) Un copain a chronométré

(14) 1.63 €

(15) C'est comme ça qu'on repère les Français, les Belges crient « More ! »

(16) Disque 33 tours de 30 cms en vinyle

(17) Mc Cartney

(18) Voir CŚUR DE ROCK

(19) L'Esperanto est une langue artificielle inventée pour être internationale

(20) Dont le chanteur Brian Johnson est devenu celui d'AC/DC

(21)  Nous espérons que nous pourrons jouer ce soir .

(22) Les yeux de la nuit passent doucement..N'y-a-t-il plus rien à faire ? Après le jour

(23) Pete Wingfield qui aura son propre hit, « Eighteen With A Bullet » deux ans plus tard

(24) Dictateur fasciste de l'Espagne de 1939 à 1975

(25) Ils sont revenus plusieurs fois sur cette promesse depuis.

 

 

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Mise en page : Jean Jième

 

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