GRAVE DANS LE ROCK

 

Retour sur la page BIENVENUE
 
Retour sur l'index Gravé Dans Le Rock

Chapitre 1 : Cravate

 

 

Chapitre 2 : "Un individu malfaisant"

 

 

Chapitre 3 : Summer 69

 

Chapitre 4 : 1969, l'année du siècle

 

 

Chapitre 5 : Dawn of the seventies

 

 

Chapitre 6 : Wight 70

 

 

Chapitre 7 : La Ferme!

 

 

Chapitre 8 : fin 1970 L'explosion

 

 

Chapitre 9 : Déglingue du rock belge

 

 

Chapitre 10 : Monstres Sacrés

 

 

Chapitre 11: Charisme

 

 

Chapitre 12: Glam Rock - Le Schisme.

 

 

Chapitre 13: Rock 73

Genesis-Jemelle-Bilzen

 

Chapitre 14: Rock 74

Stones - Rapsat.

 

Chapitre 15: Les grands concerts de 1974

 

 

Chapitre 16 : Rock et Journalisme

 

 

Chapitre 17 : Épilogue

CHRONIQUE 1960-1965 CHRONIQUE 1966-1972 CHRONIQUE 1973-1980 LES PIONNIERS DU ROCK GROUPES BELGES
GRAVE DANS LE ROCK BIBLIO - ROCK - NEWS THE SHAKESPEARES SALLES DE CINEMA COUPS DE FILMS LIENS
 

GRAVÉ DANS LE ROCK

Intégral inédit du second ouvrage de © Piero Kenroll

CHAPITRE SEIZE

ROCK -JOURNALISME

ET BIG POINTURES

 

  Jean-Noël Coghe, Piero et Miche - été 1974 (photo E.Machielsen)

 

 

C'est l'été et il est temps de récupérer. Dans les deux sens du mot. Comme tout salarié, j'ai droit à des jours de récupération. C'est le règlement du travail, les gars, et chez Dupuis, on ne plaisante pas avec ces choses là. Vous avez passé votre samedi en déplacement du côté de Gand pour un festival, vous devez récupérer un jour et demi de congé. C'était dimanche ? Deux jours. En dehors des heures habituelles de présence à la rédaction durant la journée vous avez passé votre soirée à Forest National pour faire le compte-rendu d'un concert. De 20 à 24h ? Ça fait quatre heures : vous récupérerez un demi jour et ne discutez pas. On ne veut pas d'ennuis avec les syndicats. Le problème, c'est que ces congés, je ne peux pas les prendre n'importe quand.

 

 

Mon travail est, je crois, bien organisé, mais avec les sept ou huit pages par semaine dont j'ai la charge, j'ai tout juste assez avec les cinq jours ouvrables pour finaliser tout ça. Alors j'accumule les jours de récupération. Et lorsque qu'arrivent les congés annuels je prends tout d'un coup. Ça fait beaucoup. Je peux – je dois – m'absenter pendant deux mois !

 

Heureusement qu'il y a le précieux Jean-Luc Crucifix qui revient de l'un ou l'autre coin du monde pour assumer mon intérim. Pour que les nouveaux lecteurs ne soient pas trop déroutés, j'y vais d'une brève présentation…

 

 

« Jean-Luc a fait ses débuts de rédacteur chez nous en '71, il passe son temps à parcourir le monde et revient travailler quand il est fauché. Il collabore aussi à des magazines français et à l'équipe de foot de Télé Moustique (mais dans ce dernier cas, gratuitement).

 

Musicien, il joue du sax d'une façon…euh…étonnante. Il a un groupe, V.D.B. and the Parking Meters.

Il écrit les paroles de leurs chansons et les chante en partie. Un peu à la façon du Captain Beefheart lorsqu'il est enroué… Surprenant ! Ses goûts musicaux penchent plutôt du côté du rock américain style west-coast (il a longtemps été un mordu du Grateful Dead) quoique parfois, je ne sais pourquoi, il se mette à vanter des trucs vachement intellectuels. Alors nous nous disputons. Il est pourtant aussi d'avis que le rock est la musique du peuple avant tout. Enfin… Faut pas chercher à comprendre. Il écrit très bien et la rubrique est en bonnes mains… C'est le principal. »

 

En plus, côté pro, il y a toujours Jean-Noël Coghe qui collabore efficacement et nous reprenons parfois des interviews réalisées par mon collègue d'Humo, Marc Didden.

 

Il y a aussi quelques types jeunes, dynamiques et aimant le rock qui se présentent parfois à la rédaction pour proposer des articles. Certains sont un peu à côté de la plaque ; comme celui qui vient m'expliquer qu'il se tient au courant en lisant tous les magazines spécialisés français.

 

•  Hélas, mon gars… On ne peut pas dire que la presse rock française soit un modèle pour l'information… Tu ferais mieux de t'abonner au New Musical Express et au Melody Maker si tu veux être vraiment dans le coup. C'est quoi ton nom ?

•  Gilles Verlant.

•  Le papier que tu m'as apporté est bien. Tu n'écris pas mal. Lis plutôt la presse musicale anglaise et viens me revoir dans quelques mois.

 

 

Lorsqu'il me quitte, évidemment un peu déçu, je ne sais pas qu'il va prendre ça à la lettre et que… Mais n'anticipons pas. En attendant, il y a en a qui proposent des trucs intéressants. Il y a ce dingue des « charts » (comme il dit) qu'est Bertrand. Non content d'être un maniaque des fiches et des statistiques, il montre qu'il sait rédiger.

 

Début août, nous publions une brillante analyse de son cru intitulée  Hit-Parades : des chiffres et des stars. Il explique le fonctionnement, l'importance et les particularités de ce qu'il nous persuade d'appeler désormais, les « charts ». Enfin, nous avons un grand marrant qui s'appelle Polo Everart qui nous a proposé quelques bons papiers, et puis, de temps en temps, Alain De Kuyssche, mon collègue chargé de la rédaction des pages de programmes, donne un petit coup de main. Pour mes vacances, je peux donc partir rassuré.

 

 

 

 

Les aventures de Popol, la bande dessinée d'Yves Baquet dont j'écris les scénarios, touchent à leur fin après 113 épisodes. Les avis sont partagés à son sujet. Ceux qui sont, de près ou de loin, en contact avec des groupes, aiment bien. Ils y retrouvent des parodies de situations vécues. Mais on me fait aussi le reproche que c'est trop spécialisé qu'on n'y comprend rien. Il faut dire que le groupe dont il est question, le Pils Booze Mecanic, ne représente pas l'image habituelle de la « vedette » qu'on jette d'habitude en pâture au public profane. Pour certains, le simple fait qu'un gars ait une guitare entre les mains lui vaut déjà un statut de héros.

Or les musiciens du P.B.M. et leur entourage sont loin de tout ça : ils sont montrés avec leurs faiblesses, leurs défauts, leur naïveté et un certain réalisme (ils ont des petites amies, elles leur en font voir, elles ne sont pas toutes jolies, c'est rare dans une B.D.). De galère en galère  Popol Versus The Masked Flipper  (dernier titre ) montre le côté du rock dont on ne parle jamais : celui des petits groupes courageux qui ne deviennent pas célèbres. Victimes de… Il y a toujours une allusion au « Flippeur masqué » dans le titre. Or on ne voit jamais de personnage ainsi nommé. Au premier degré, cela a l'air d'un simple gag. Mais si on réfléchit un peu, on comprend qu'il est omniprésent.

BILZEN 1974

 

Comme d'habitude, je suis de retour de vacances pour Bilzen. Incontournable ce festival. Qu'on l'aime ou non, il reste l'événement principal de l'année pour le rock. Et en 1974 : il fête sa dixième édition. Ce qui donne une excuse aux organisateurs pour annoncer que la programmation fait le bilan des années précédentes. Entendez par là qu'il n'ont pas été fichus de signer de grands noms représentatifs de 1974.

 

À propos, revenant sur leur promesse de l'année passée ce sont toujours les deux Ludo, qui ont concoctés le plateau. Leur agence à changé de nom toutefois : ce n'est plus Mardeb , c'est Lion … Dommage qu'ils n'en aient pas bouffé un peu.

 

 

Du jeudi 15 au dimanche 18, ils nous font, entre autres, défiler Alquin , qui est en nette amélioration côté scène, Caravan que je qualifie de « bon petit groupe d'arrière garde », Man qui alterne moments plaisants et lourdeurs, Focus qui est pelant au possible, Kleptomania dont le public belge est si manifestement amoureux que le groupe est sur du velours et le lui rend bien ce jour là, Greenslade qui fait dire à quelqu'un « Je préfère quand il n'est pas vert  » tellement ce qu'il joue est barbant, Mungo Jerry dont le leader, Ray Dorset , loin de «  In The Summertime  », se prend maintenant pour Little Richard, Humble Pie qui, malgré la puissance vocale de Steve Marriott, donne des signes d'essoufflement, Womega, le groupe local de Bilzen qui est plutôt une bonne surprise, Esperanto qui a subit pas mal de changements de personnel mais fait bonne impression grâce à ses deux violonistes dont notre Raymond Vincent national, et les Faces qui, si ce n'est la voix si personnelle de Rod Stewart, ressemblent de plus en plus aux Rolling Stones.

 

Casse-pieds ou dynamiques, tous ces groupes sont bien acceptés par un public tellement calme cette année que la gendarmerie, d'habitude omniprésente, est devenue discrète. Un dixième anniversaire peinard, quoi. Avec tout de même trois grands moments. Les prestations de Kevin Coyne, de Kevin Ayers et du Sensational Alex Harvey Band.

 

Coyne nous offre ce moment magique où l'on voit un gars quasiment inconnu monter sur le podium et où l'on se rend compte que lorsqu'il en descendra il sera célèbre. Car c'est un monstre ! Une de ces bêtes de scène qui suent le génie par tous leurs pores. Quelle personnalité ! Il a cette voix unique qui tient un peu de celles de Van Morrison et de Dylan. Ses compositions sont incroyables : des paroles démentes sur de chouettes mélodies. Et surtout, le plus important pour un chanteur de rock, il a son image de marque, son personnage.

C'est celui du paumé, du poivrot, du dément. Dans son veston trop large et son pantalon en accordéon, il court

 

 

d'un côté à l'autre, sautille, fait des entrechats, s'agenouille, se roule par terre, fait le poirier… Au bout de quarante-cinq minutes, devant la foule en délire il accorde un rappel : « Un hommage au grand Elvis Presley » annonce-t-il. «Let's Have A Party ». Un titre de circonstance : quelle fiesta !

 

Kevin Ayers

 

Ayers, on peut le comparer à un Lou Reed sans le côté sinistre. Sa voix ressemble à celle du « fantôme du Marni ». Il a à ses côtés un prodigieux guitariste, Ollie Halsall (36), et ils y vont crescendo, des ballades puis du punch. C'est vite irrésistible et tourne au « boogie » à la Canned Heat. Rien d'original, mais la meilleure tranche de swing proposée dans notre pays depuis longtemps. La foule est debout et c'est le deuxième sommet du festival. Mais le plus incroyable est que Kevin Ayers est malade. Brûlant de fièvre, il n'aura pas la force de jouer un rappel réclamé à cor et à cris. Les projectiles commençant à s'écraser sur la scène, il viendra s'excuser, pâle comme un mort. Qu'est ce qui se serait passé s'il avait été vraiment en forme ?

 

Quant au Sensational Alex Harvey Band il est le seul groupe typiquement 1974 du programme. Il a le côté théâtral, la mise en scène et les outrances vestimentaires des groupes d'aujourd'hui. Mais il tient surtout un showman fabuleux en la personne d'Alex qui chante «  Framed  » habillé en blouson noir avec deux bas nylons en bouche, démoli un (faux) mur à coups de pieds et interprète «  Jumping Jack Flash  » assis, déguisé en prof d'université, un gros bouquin à la main, pendant que ses comparses, le guitariste Zal Cleminson grimé comme un mime et le bassiste Chris Glen qui a l'air de sortir de  Clockwork Orange (37) taquinent le public. Mélange de provocation, de caricature et de dérision pour un répertoire mordant… « Sensational » ? Le mot est faible. J'en mangerais mon chapeau.

 

Alex Harvey Band

 

 

 

Ben oui : je porte une sorte de bob… Vous vous en foutez ? Moi aussi. Mais comme ce bouquin a tendance, tel cette édition '74 de Bilzen, à être un peu trop sérieux par moment, je vous offre en guise de récréation le texte dont s'est fendu Jean-Noël pour se payer ma tête à cette occasion…

 

Le chapeau de Piero

 

Il nous est revenu. Tout bronzé, mais pas tout nu ! (Déçues, hein, les filles !)

Tout comme le retour des hirondelles annonce le printemps, le retour de Piero, de vacances, donne le signal de départ de Bilzen. Cette année, mon ami Piero (je suis l'un des rares à dire « mon ami Piero », parce qu'en général il est de ceux que l'on n'aime pas, et c'est pour ça que je l'aime bien) a innové.

 

Il nous a ramené un merveilleux chapeau, sorte de « bob » en toile de jeans délavé qui s'harmonise très bien à son short (en jeans lui aussi) auquel il a cousu une banane sur la poche arrière gauche. En short et en chapeau, Piero devient le premier colonial de la rock musique. Torse brun et poils blonds. Un charmant ensemble !

 

Piero a la tête sur les épaules, donc, le chapeau sur la tête. Pratique ce chapeau-cloche. Pas Piero, le chapeau ! Ne me faites pas dire ce que certains pensent tout bas et ne disent pas tout haut. D'abord il protège du soleil.

 

Piero s'est dernièrement fait couper les cheveux. Alors comme ils repoussent, il faut les protéger. Et puis le re­bord a de multiples avantages. Quelqu'un qu'il ne veut pas voir ? Il le rabat sur les yeux. Un groupe qu'il ne veut pas entendre ? Il le baisse sur les oreilles.

 

C'est aussi un chapeau-douche. Vous le remplissez d'eau à ras bord et vous le mettez sur la tête ! On peut vraiment dire que Piero travaille du chapeau. A Bilzen, pendant les creux, devant une foule d'admirateurs, il lançait bien haut son chapeau, qui, tout heureux, faisait des galipettes entre ciel et terre avant de retomber sur la tête de son maître. Pas une fois il n'est tombé par terre. Ce qui faisait râler Drossard (38) qui marmonnait tout le temps

 

« Il va le rater ! Il va le rater, nom de dieu »… Eh bien non !

 

Et puis ce chapeau a démontré une fois encore, que Piero était, de tous les journalistes, le plus perspicace et le plus prévoyant. Une guêpe venait rôder autour de lui pendant qu'il tombait de sommeil en écoutant Machin-Chouette…Un dernier sursaut avant de sombrer et le chapeau lasso emprisonnait l'intruse. Il en a eu 484 ! Toutes du premier coup. Et puis il faut bien l'avouer, ce chapeau était une protection efficace contre les coups de gourdins des sagouins de Bilzen. Tout dans les bras rien dans la tête. Piero c'est l'inverse, et il était normal qu'il protégeât son capital. Un mauvais coup est si vite attrapé.

 

Chapeau, Piero, pour ton chapeau. Il méritait bien un coup de chapeau (poils au dos !).

 

P.S.- Il y a aussi le chapeau de zozo, mais ça, c'est une autre histoire.

Jean-Noël Coghe

 

 

Kesskis'passe ?

 

Mud n'est pas le seul à accentuer le courant « rock revival » pour lequel Sha Na Na, Shaking Stevens, les Wild Angels, etc. avaient été les premiers a monter au créneau. Cette année, ceux qui s'inspirent directement du rock (ou de la pop) des fifties, semblent pousser comme des champignons. Ils ont noms Alvin Stardust, Rubettes, Showawaddy . Ce dernier devient même N°1 en Angleterre avec «  Hey Rock And Roll  ».

 

Fin août, les radios pirates se sont tues. Veronica , Nordsee , Caroline et Atlantis qui passaient du rock toute la journée ont été muselées par une loi hollandaise qui menace de poursuites quiconque utilise des longueurs d'onde qui n'ont pas été attribuées par le gouvernement, même si l'on émet depuis un endroit situé en dehors des eaux territoriales

 

Côté belge : on remarque la naissance d'un nouveau groupe dont le côté disparate de ses membres pourrait donner quelque chose d'original. Il s'appelle Blue Rock et réunit l'ex-Night Rockers Armand Massaux (sa carrière comme Clint Silver a été brève), Denis Vaneck un des innombrables violoncellistes ex-Wallace Collection, Manitas Van Ham, un bassiste chevronné, et , à la batterie, Kiki qui a commencé sa carrière à sept ans en enregistrant des chansons enfantines et est l'arrière petit fils du fameux musicien classique Eugène Ysaye.

Et après la reformation du Kleptomania, Burning Plague est de retour en action.

 

Nous avons une nouvelle sous-rubrique intitulée  Le coin des timbrés   destinée à prendre le rock comme il devrait l'être plus souvent : pas trop au sérieux. Tout le monde peut participer. Je précise : «  Ceux qui voient leur prose publiée gagnent une sucette à 2 francs. Ne ratez pas cette occasion de vous faire remarquer. Qui sait ? Demain vous serez peut-être fichés par la police… »

 

Premier jet : les véritables significations d'expressions courantes dans le show-biz…

 

C'est un groupe heavy  : le bassiste joue trop fort.

Nous jouons du rock simple et honnête  : notre répertoire est incroyablement ennuyeux

C'est un chouette gars  : sa musique est atroce

La séparation s'est faite à l'amiable  : son after-shave pue la cocotte

Nous jouons pour le peuple  : pas moyen de trouver un contrat

Notre prochain album marque une véritable progression  : il a bien coûté 50 tickets de plus que le dernier.

Notre message est la musique  : on ne s'intéresse qu'au fric

C'est trop commercial pour moi  : si seulement j'arrivais à enregistrer un disque pareil

Il fait un come-back  : la cure de désintoxication a donné de bons résultats

Il n'accorde pas d'interviews  : la dernière fois, il s'est fait passé pour un con

Nous avons été en tournée en Amérique du Sud  : pendant deux mois, on n'a vraiment rien fichu

C'est un bon groupe belge  : rien d'original

C'est un excellent instrumentiste  : sa musique est froide comme un iceberg

Ça me fait planer  : je n'y comprends absolument rien

Encore une critique pareille et on te casse la gueule  : encore une critique pareille et on te casse la gueule.

 

 

L'amélioration se confirme dans les… euh…charts belges. Entrées rock/ pop de l'été dans le top 10 des meilleures ventes d'albums: «  Diamond Dogs  » de David Bowie , «  Seasons In The Sun  » par Terry Jacks, «  Kimono My House  » des Sparks , «  Wonderworld  » d' Uriah Heep , « On The Beach  » de Neil Young , «  Rock Your Baby  » de George McCrae , «  Live On Stage In Memphis  » d'Elvis Presley , «  Tubular Bells  » de Mike Oldfield

Dans les singles : «  Sugar Baby Love  » et «  Tonight  » par les Rubettes , «  This Town Ain't Big Enough For Both Of Us  » par les Sparks , «  It's Ony Rock'n' Roll  » par les Rolling Stones , «  Rock Your Baby  » par George Mc Crae , «  Rocket  » par Mud , «  The Six Teens  » par Sweet , «  Rock That Boat  » par Hues Corporation

 

Mes coups de cœur non consacrés sont «  Danse Macabre  » d' Esperanto , «  Things To Come  » de Seventh Wave , «  The Psychomodo  » de Cockney Rebel , «  Sheet Music  » de 10 C.C ., «  Kansas  » de Kansas , «  Popol Vuh  » et «  Quiche Maya  » du groupe norvégien (39) Popol Vuh et «  In Camera  »  de Peter Hammill. Mais ma grande frustration, c'est d'avoir écrit une critique peu enthousiaste à propos du «  Tubular Bells  » de Mike Oldfield , puis de l'avoir réécouté sur la route des vacances et d'avoir trouvé cela si formidable que je me le repassais encore et encore… Comme quoi l'appréciation d'un disque dépend certes de ses qualités mais aussi de l'humeur et l'ambiance dans lesquelles on baigne. Une critique n'est qu'une impression à un moment. Mais comment faire autrement lorsqu'on est noyé sous les nouveautés ?

 

Bouleversements dans Cockney Rebel  : la plupart des membres du groupe déclarent forfait, fatigués de la mégalomanie de Steve Harley . Du coup, ce dernier, qui avait toujours tiré à boulet rouge sur les guitaristes, engage l'ex-Bossom Toes Jim Cregan et reforme le groupe sous le nom de Steve Harley & Cockney Rebel. Avec cette nouvelle formule, il fait ses débuts en public à Anvers en septembre. Steve, qui avait aussi un jour déclaré «  Sur scène vous devez avoir l'air d'avoir un million de dollars en poche  » et ses musiciens se pointent sur scène, en manches de chemises ou en tee-shirts ! Un choc. Avec ça, le groupe n'est pas encore au point, l'absence de violon se fait sentir, et on est loin de l'ambiance des précédents passages en Belgique. Mais Harley sauve les meubles et, à la fin, toute la salle chante «  Oh dear ! Look What they've done to the blues-blues-blues  »… «  Oh Steve ! Qu'est ce que t'as fait de ta blouse  ? » aurait été plus approprié.

 

D'autres visiteurs de l'été  : U.F.O . dont le beau guitariste Michael Schenker convertit plus d'une fille au hard-rock (Linkebeek), Mud (Courtrai, Bruges) Billy Cobham très technique (Anvers), Mahavishnu Orchestra qui éblouit Jean-Luc ( Forest National ), Alvin Stardust que Jean-Luc trouve artificiel (Ostende), Popol Vuh (40) une excellente révélation (Bruxelles/ Beurschouwburg , Verviers, Charleroi) , l'omniprésent Demis Roussos ( Charleroi, Forest National , Lessines, Anvers, Mouscron, Saint-Servais), et le (trop) gentil Gilbert O'Sullivan ( Forest National ).

 

 

 

 

FRISWA

Comment être l'ami de Friswa  ? Le moins qu'on puisse dire c'est qu'il n'est pas « sympa ». Il a une sale tête, un regard de tueur, il est susceptible, autoritaire, paranoïaque, xénophobe, et carrément dangereux quand il se fâche. La musique ne nourrissant pas son homme en Belgique, il a gagné sa vie comme portier, comme garde du corps, comme tenancier de bistrot… Ses mains sont déformées par la pratique des arts-martiaux, il a plus un physique de boxeur que de musicien. Et pourtant… Quand ces mains calleuses se posent sur une guitare... Quelle sensibilité ! Et sa voix, quelque part entre celles d'Elvis et de Jim Morrison, est capable de prouesses étonnantes.

 

 

En plus, il est bon compositeur ce phénomène !

 

Mais tout ce talent n'est rien à côté de ce qui apparaît parfois sous l'image patibulaire du gars. Il peut être une crème ! Un défenseur pour celui qui conquiert sa sympathie. (Rappelez-vous l'île de Wight). On peut être l'ami de Friswa si l'on partage avec lui l'amour du rock. Et depuis le temps des Aigles et des Partisans (41) c'est ce que j'ai fait. Et j'ai toujours pu compter sur Friswa… Même pour m'aider à déménager !

 

 

 

C'est donc mon ami. Pour le meilleur et pour le pire. Et, à ce titre, je suis de plus en plus frustré qu'il ne progresse pas plus vers la reconnaissance que ses talents musicaux méritent. Ça y était presque avec Jenghiz Khan. Il a fallu que son fichu caractère soit un des ingrédients qui déclenchèrent la séparation du groupe. Ni le Wallace Collection, ni Two Man Sound ne l'ont ensuite mené bien loin. Quel gâchi ! Il faut arrêter ça. Alors je me démène pour qu'il sorte un disque en solo. Il est encore bien coté dans notre Pop Poll . Ça pourrait marcher… Comme du temps du Jenghiz nous collaborons sur un des airs qu'il a composés. Le tempo rappelle un peu Eddie Cochran. Le « revival » bat son plein. Allons-y. J'écris des paroles en hommage au regretté pionnier du rock qui, incidemment, était aussi, le premier « guitar hero ». E.M.I. est d'accord pour financer l'enregistrement et l'édition d'un single à une condition… Je dois aussi être le producteur.

 

•  Hein ? Mais je ne sais même pas distinguer une note d'une autre…

•  Sans importance. Des techniciens professionnels seront dans le studio pour vous assister. À vous d'écouter et d'influencer. Vous l'avez fait avec Jenghiz Khan, non ?

 

Friswa et moi retrouvons donc le studio  Reward. Comme accompagnateurs, qui choisir de mieux que nos potes du Kleptomania  ? Dany, Charly et Roger se dévouent. On met «  (I Still Remember ) Eddie  » en boîte et une face B auto-parodique puisqu'elle s'appelle «  Big Friswa  » comme son interprète. Une chouette expérience d'être « producteur », mais je n'en ferais pas une carrière… J'ai horreur d'être enfermé des heures dans un studio.

 

Le disque sort en octobre. Je fais mon possible pour la promo. On passe à Formule J où Claude Delacroix est bien sympa avec Friswa qu'il persiste à appeler Big et passe la face B. Et je nous offre deux tiers de pages dans Télé Moustique où, sous le titre  Ceci est bassement intéressé, j'explique aux lecteurs ma complicité avec Friswa, la difficulté d'avoir du succès avec un disque en Belgique et promet de payer une tournée générale si ça marche.

 

Avec près de 10.000 inscrits au Pop Hot Club , est-ce que je prends un gros risque ? … Ben non, voyons… «  Eddie  »ne fera même pas un saut de puce dans les charts.

 

 

 

 

SLADE

Slade tourne un film. Et il ne s'agit pas d'un documentaire sur le groupe, mais d'une véritable fiction où chacun des membres du groupe tient le rôle d'un personnage.

 

Mais les fans sont inquiets : dans plusieurs interviews Noddy Holder et compagnie laissent entendre qu'ils vont changer de style musical et, de fait, lorsqu'ils reviennent encore une fois, en décembre, à Forest National , ils sont un peu « différents ».

 

Tout de blanc vêtus, ils perdent parfois, en prenant leur temps entre les morceaux, ce contact avec le public qui a fait leur gloire. N'empèche: quel groupe est capable de faire chanter toute une chanson en anglais à un public belge ? Slade réussit deux fois l'exploit avec «  Everyday  » et «  Merry Christmas Everybody  ». Il y a deux rappels et, comme d'habitude, quelques fauteuils n'y survivent pas.

LEONARD COHEN

 

C'est devenu une tradition : pour annoncer le passage d'une vedette, sa firme de disques fait quelques cadeaux à nos lecteurs que nous sommes chargés de départager avec un petit concours. Pour la venue de Leonard Cohen (réputé être très (trop) sérieux) nous demandons de trouver une question à la réponse «  C'est Cohen le jour où il était pris d'un fou rire ».

Gros succès. Parmi les meilleures questions reçues : «  Qui a fait pleurer Lou Reed  ? » et «  Quel est le comble du masochisme ?  ».

 

 

Leo Cohen Brussels 74

L.Cohen ©Coerten

Le concert à l' Ancienne Belgique   est un succès. La salle est bourrée comme une boîte à sardines. Je me retrouve coincé entre une porte de service et la machine-à-faire-du-jus-d'orange qui émet un ronflement de synthétiseur… Dans le silence religieux de rigueur pour écouter Cohen ça fait plutôt désordre. En plus : « … à voir sa tête de constipé, son air inspiré et le sérieux avec lequel certains l'écoutent, je manque d'attraper un fou rire (moi aussi !). J'aurais l'air fin ! Je sais : je n'ai aucun respect pour son talent à évoquer les grandes détresses de l'âme humaine. Mais à force d'écouter des Cohenneries… »

SPARKS

 

Sparks Brussels 1974

Forest-National -The Sparks©Coerten

 

Avec leur «  This Town Ain't Big Enough For Both Of Us  » les Sparks sont devenus une des sensations de l'année… Ils viennent ! Mais où les faire passer ? La plupart des salles non plus ne sont pas « big enough » pour eux, sauf Forest National . Mais là, c'est peut-être un peu trop tôt.

 

Alors, les Ludo Brothers, qui organisent le concert, tentent une expérience pour être sûrs que ce soit assez plein : alors que le prix des places tourne habituellement autour des 200 balles (42), ils en mettent une partie à cent francs. Seulement voilà… À Forest National, une fois passé les contrôle, aux concerts rock tout le monde va s'installer où il veut.

 

Les places à cent sont donc vendues en un clin d'œil et le public, en majorité très jeune, qui semble apprécier le groupe est rebuté par celles au prix normal. Il n'y aura que 2000 entrées. Mais quel bon concert !

 

« Russel Mael en grande forme, très à l'aise dans les parties vocales les plus compliquées parcourant la scène d'un bout à l'autre, allant faire des farces aux autres musiciens et finissant par mettre tout le monde en poche. À ses côtés, son frère Ron, véritable statue mystérieuse derrière ses claviers semblait lancer des regards complices à la ronde. Il a l'air du type qui vient d'allumer un pétard en dessous de la chaise de son voisin et qui est particulièrement satisfait de l'effet que l'explosion va produire  »

 

SUPERTRAMP

 

Je ressens un choc comparable à celui ressenti lorsque j'ai entendu Genesis pour la première fois à l'écoute de « Crime Of The Century » le nouvel album (le troisième), de Supertramp .

 

Supertramp Bruxelles 1974

Interview de Supertramp par Piero©Coerten

 

«  Qui allait imaginer que le groupe qui s'était séparé il y a deux ans après une mémorable prestation au non moins mémorable festival de Jemelle, renaitrait avec un chef d'œuvre pareil ? Cet album contient 43 minutes de glorieuse musique. Les paroles sont formidables, c'est chanté avec sensibilité, la production est éblouissante…

 

 

À en tomber raide par terre… À quoi ça ressemble ? … Comment « à quoi ça ressemble ? » ? Ne savez-vous pas que le propre d'un album surprenant est de ne pas ressembler à quelque chose de déjà connu ? M'enfin, je veux bien me mouiller en vous disant que si vous aimez Genesis, Yes, 10 CC et Barclay James Harvest et que vous n'aimez pas cet album, votre cas est intéressant.  »

 

Dans mon enthousiasme, j'y vais d'une description détaillée de chaque morceau, concluant que le « crime du siècle » ce serait d'ignorer ce disque. On me racontera qu'impressionné, un disquaire de Charleroi placera «  Crime Of The Century  » au milieu de sa vitrine avec, en dessous, la simple mention : «  Piero aime  ».

 

C'est flatteur, mais je commence tout doucement à me sentir mal à l'aise dans cette position de « référence quasi-exclusive » en matière de critique de disques rock. Je peux me tromper, merde ! Je l'ai fait pour «  Tubular Bells  ».

 

Pourquoi n'ai-je pas de concurrent ? Pourquoi n'y a-t-il pas dans un autre magazine, où à la radio, quelqu'un qui pourrait prendre le contrepied de ce que j'écris ? Ah ! Si j'avais un peu plus de place, je pourrais demander à Jean-Luc, à Jean-Noël ou à à un de ces gars qui collaborent occasionnelement à Hot de donner aussi leur avis…

 

 

HUMBLE PIE

 

Après une prestation un peu tiède à Bilzen, Humble Pie est de retour à l'Ancienne Belgique comme cadeau de Saint Nicolas. Pour remettre les pendules à l'heure ?

 

Un de ces concerts miracle en tous cas, avec un Steve Marriott déchaîné. «  Le groupe assomme virtuellement les quelques mille spectateurs avec un torrent de puissance sonore, de gémissements de guitare, de roulements de batterie, de galops de basse, de hurlements et d'injures… Particulièrement subtil, Humble Pie ne l'est pas, mais Marriott doit être vu pour être cru. Il est petit, maigre, poseur, arrogant, malpoli, vulgaire et il a une sale gueule… Mais, nom d'un chien, il sait ce que chanter veut dire et il sait aussi ce qu'est vraiment le rock and roll.

 

Sa puissance vocale est telle que plusieurs fois, malgré l'amplification ultra forte, il se passe carrément de micro et invite la salle à chanter avec lui. Installé au fond, je l'entends encore par-dessus tout le monde ! Fort satisfait de lui-même, il se donne entièrement, courant d'un coin à l'autre, menaçant Greg Ridley et Dave Clemson avec sa guitare et… crachant dans les coulisses au moins trois fois par morceau. Un animal ! Ridley et Clemson s'amusent d'ailleurs comme des fous et tout le groupe montre un évident plaisir de jouer. Rare pour une formation qui a cinq ans de concerts derrière elle. Après quelques morceaux de ses derniers albums et un ou deux classiques du rock, ça se termine avec, comme rappel, « I Don't Need No Doctor »…Ce qui reste à prouver. »

 

Steve Marriott Brussels 74

Steve Marriott

QUEEN

Plus aucun doute possible : Queen va devenir immense. Il a ce qu'il faut pour ça : le talent, le look, l'intelligence, le pouvoir de communiquer avec le public, la maîtrise… Tout quoi ! Aussi est-ce un privilège le voir « de près » dans une petite salle (550 places) comme le 140 . On sent bien que la prochaine fois ce sera Forest National.

 

Queen©Coerten

 

Mais ça ne va pas sans problème : Queen s'ammène avec une amplification pour un stade et le volume sonore est démentiel.

 

 

Par-dessus le marché, pour la finale, le groupe emploie des fumigènes. Dans cet espace mal ventilé, la fumée se répand rapidement sans pouvoir s'échapper. Le nuage devient opaque au point qu'on voit à peine son voisin.

 

Mais l'effet est fascinant : chaque spectateur a l'impression de se retrouver seul au milieu du brouillard avec, là-bas, perdus dans la grisaille, des fantômes blancs qui s'agitent dans l'infini. Là-dessus, bang ! Explosion de magnésium. Brouillard aidant, on a l'impression d'être « dans » la déflagration plutôt que de la voir devant soi. Certains ont risqué l'arrêt cardiaque.

 

Mais, côté public, c'est l'extase durant les morceaux et le délire à la fin de chacun. Freddy Mercury est fascinant, Brian May dont la guitare a une sonorité si personnelle, est parti pour devenir un nouveau dieu de la rape, Roger Taylor chante aussi bien qu'il joue de la batterie et les spectatrices en deviennent toute chose…

 

Seul John Deacon, se la joue à la John Entwistle. Comme le bassiste du Who, il reste calme et discret, mais très efficace. Bonheur total. Pour le rappel, toute la salle reprend «  Jailhouse Rock  » (43) en chœur. Dire que le concert s'achève sur un triomphe est un terme faible. Queen va devenir immense, je vous dis.

 

 

 

 

Kesskis'passe ?

 

On y arrive : pour l'automne il y a encore ce fichu yéyé de Claude François qui s'accroche dans les ventes d'albums mais c'est avec un titre qui lui va à ravir « Le mal aimé  ». Sinon, à part quelques cas pittoresques comme «  Nabucco  » par Waldo de los Rios, le rock et la pop dominent. Entrent dans le top 10 : « Sheet Music  » de 10 C.C ., «  Mud Rock  » de Mud , «  Walls And Bridges  » de John Lennon , «  Sally Can't Dance  » de Lou Reed, «  Wear It's At  » des Rubettes , «  Stormbringer  » de Deep Purple , «  Country Life  » de Roxy Music , «  Propaganda  » des Sparks , «  War Child  » de Jethro Tull, et «  Goodnight Vienna  » de Ringo Starr.

 

Côté singles c'est toujours la variété qui domine, mais «  Kung Fu Fighting  » par Carl Douglas , «  Far Far Away  » par Slade , «  Lonely This Christmas  » par Mud , «  Long Tall Glasses  » par Leo Sayer , «  Only You  » par Ringo Starr font aussi impression.

Mais il y a des lecteurs qui ne sont pas contents… Dans le courrier que je reçois, j'ai déjà remarqué plusieurs fois que la présence d'un classement « commercial » dans la rubrique est soit contesté, soit jugé sans grand intérêt. Il faudra que j'y réfléchisse….

 

Mais pourquoi diable ne font-ils pas aussi un carton ? «  Peace On You  » de Roger Mc Guinn , «  200 Years After The Last War  » du groupe hongrois Omega , «  Fly To The Rainbow  » par les Scorpions, «  Everyone Is Everybody Else  » de Barclay James Harvest , et «  Eldorado  » de l' Electric Light Orchestra sont pourtant de très bons albums.

 

Neil Young est à Bruxelles en octobre… Oh pas pour un concert ! Pour acheter des meubles. Mais un soir il se rend dans un club où passe Burt Blanca . Charlie Deraedemaker (du Klepto) reconnaît le chanteur canadien (44) et l'invite le lendemain soir aux  Gémeaux, autre club, où Kleptomania répète et se produit souvent. Neil Young vient, sympathise avec le groupe belge et rentre à son hôtel dans un état très… euh…avancé.

 

On offre huit mille dollars à Rod Stewart pour poser dans un équivalent féminin de Play Boy. Il refuse.

 

Sortie du film Jonathan Livingston Seagull   qui, sur la musique de Neil Diamond , raconte la quête d'un goéland pour aller plus loin, plus vite et plus haut que ses semblables. C'est esthétiquement magnifique et tellement « planant » qu'on dit que pas mal de spectateurs sous l'effet de produits illicites se précipitent dans les salles qui programment le film. Ils en ressortent tout à fait pétés !

 

On est inquiet pour Elvis . Le King, en plein pétard avec la direction de l'hotel Hilton où il se produit à Las Vegas, lave son linge sale sur scène en faisant de longs discours sur ses employeurs. Pire : soupçonné par la presse à sensation de s'adonner aux drogues fortes, il se défend en exhibant, toujours sur scène, un document attestant qu'il est, depuis cinq ans, agent du bureau des narcotiques de Washington. Il perd les pédales ou quoi ?

 

Grosse déception pour la venue de Mott The Hoople, le groupe considéré comme l'un des plus représentatif de 1974 , dont le dernier album est un bijou qui a confirmé les talents de compositeur de Ian Hunter, et qui a été rejoint par Mick Ronson (ex-guitariste de Bowie) doit se produire devant quelques 1500 spectateurs seulement à Forest National . Il n'en fait pas moins une excellente prestation.

 

D'autres visiteurs de l'automne : Man glacial (Bruxelles/ Beursschouwburg , Liège/ Trocadéro ), Frank Zappa and The Mothers , chouettes comme d'habitude (Bruxelles/ Ancienne Belgique ), Electric Light Orchestra déchaîné et éblouissant malgré une assistance de 200 personne seulement (Bruxelles / 140 ), Faces ( Forest National ), Jethro Tull avec un show encore plus spectaculaire ne se limitant plus aux fantaisies du seul Ian Anderson ( Forest National ), Rory Gallagher , increvable devant un public en extase comme de coutume (Charleroi, Bruxelles/ Ancienne Belgique ), Bill Haley (Anvers, Alost), Ike & Tina Turner ( Forest National ), Wishbone Ash (Bruxelles/ Ancienne Belgique, Status Quo (Bruxelles/ A.B . , Anvers), Kevin Coyne décevant par rapport à Bilzen (Louvain, Gand, Bruxelles/ Beursschouwburg , Liège / Trocadéro , Mud amusant, original et spectaculaire à souhait, un triomphe ( Forest National ) , Budgie , lourd (Bruxelles/ Gémeaux , Gand, Courtrai, Charleroi), Tremeloes (Hognoul, Seraing, Liège), Tim Hardin , sympa (Bruxelles/ Beursschouwburg, Gand), Alvin Lee , plaisant sans plus (Bruxelles/ A.B. ), Eric Clapton musicalement brillant mais assez méprisant pour son public (Anvers/ Sportpaleis ), Earth And Fire (Waremme), Thin Lizzy ( Gand, Bruxelles/ Marni ), Lynyrd Skynyrd décevant en première partie d'Humble Pie (Bruxelles/ A.B .), Pretty Things dans l'un des creux de leur tumultueuse carrière (Bruxelles/ 140 ) , Freddy King (Anvers, Bruxelles/ Janson , Turnhout), Hatfield And The North (Louvain, Liège/ Jazz-Land , Anvers), John Martyn parfaitement pelant ( Bruxelles/ 140 trois jours de suite), et George Mc Crae (Anvers).

 

Piero Kenroll

Ça fait beaucoup, non ? Oui ; les choses ont bien changé depuis les débuts de la rubrique, lorsque nous étions obligés de sponsoriser des Pop Hot Shows pour qu'il se passe quelque chose en Belgique. Et que dire des sorties de disques ? Cette année 1974 a vraiment été marquée par quelques-uns uns des meilleurs albums de l'histoire du rock. Tout ça, les nouvelles, le  Coin des timbrés auquel je tiens pour que la rubrique soit amusante à lire… Ça prend la place. Or, de plus en plus souvent, si Hot reste bien sur quatre pages, les autres, celles qui traitent du rock en fin de magazine sont rabotées pour faire place à des sujets non-musicaux. Je commence à être frustré. Non seulement à cause de ce que je ne peux pas écrire, mais aussi parce que je me rends compte des talents inexploités de certains de mes collaborateurs.

 

Ils me proposent de plus en plus de choses, des avis différents, mais intéressants… Et je n'ai pas la place pour les passer. J'ai beau supplier Willy, il doit lui-même composer avec l'équilibre de Télé Moustique . En plus, j'ai souvent la sensation que lorsque je demande quelque chose on ne me prend pas fort au sérieux chez les Dupuis. J'ai l'impression que dans les « haute shères » il se dit des choses comme. « Le chevelu qui écrit des trucs plus ou moins marrant sur la musique des jeunes ? Ça nous emmène des lecteurs, mais il ne faut pas exagérer, hmm…  » Misère ! Je viens d'avoir trente ans, mais on ne le voit pas. «  C'est chouette d'avoir toujours l'air d'un avoir dix de moins » me disent les copains. C'est ça ! Et de faire le pierrot… Piero ?

 

Ce n'est même pas un nom ça ! Comme pseudonyme de clown, ça peut passer. Mais comme « journaliste » ? Faudrait trouver mieux. Piero Vermandel ? Ouiche ! Si je signe de mon véritable nom de famille, il y en a qui vont trouver mon adresse dans le botin du téléphone et m'appeler au milieu de la nuit pour me demander où trouver le disque du groupe qu'ils viennent de voir en concert. Et puis, attention à ne pas tomber dans l'excès contraire… A vouloir qu'on me prenne un peu plus au sérieux, je pourrais finir par me prendre au sérieux moi-même. Non. Me faut un nom en forme de clin d'œil… Rock and roll quoi ! Rock and roll ? Piero ? Hé ! J'ai trouvé ! Piero Kenroll. Avec un « e » pour être sûr de la prononciation en français… C'est ça. Désormais, je signerai Piero Kenroll.

 

 

 

 

 

 

(36) Il a aussi été dans Tempest et dans …les Rutles

(37) Le film de Stanley Kubrick

(38) Notre collègue du quotidien « Le Soir »

(39) Je précise, car il existait un Popol Vuh allemand

(40) Les Norvégiens, donc.

(41) Voir CŒUR DE ROCK et bio des Partisans

(42) 200francs = 5€

(43) Classique d'Elvis… Vous vous êtes trompé de bouquin, ou quoi ?

(44) Non, il n'est pas américain. Faut vraiment tout vous préciser

 

 

-S'il s'avère qu'une photo présente sur cette page soit soumise à des droits d'auteur, celui-ci est invité à se faire connaître. A sa demande, celle-ci se verra aussitôt créditée de son nom, soit simplement retirée.

-Wanneer een op deze pagina aanwezige foto onderworpen zou zijn aan auteursrechten, wordt de auteur uitgenodigd om zich bekend te maken. Op zijn vraag zal dan ofwel zijn naam bij de foto vermeld worden, of zal de foto eenvoudigweg worden verwijderd

-Should any photo that appears in these pages be subject to copyright, its holder is requested to contact the webmaster. At his/her request, the said copyright holder will be immediately credited or the photo will be removed.

 

Mise en page : Jean Jième

 

 

Chapitre quinze : Grands Concerts 74

Chapitre dix-sept : Épilogue