GRAVE DANS LE ROCK

 

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Chapitre 1 : Cravate

 

 

Chapitre 2 : "Un individu malfaisant"

 

 

Chapitre 3 : Summer 69

 

Chapitre 4 : 1969, l'année du siècle

 

 

Chapitre 5 : Dawn of the seventies

 

 

Chapitre 6 : Wight 70

 

 

Chapitre 7 : La Ferme!

 

 

Chapitre 8 : fin 1970 L'explosion

 

 

Chapitre 9 : Déglingue du rock belge

 

 

Chapitre 10 : Monstres Sacrés

 

 

Chapitre 11: Charisme

 

 

Chapitre 12: Glam Rock - Le Schisme.

 

 

Chapitre 13: Rock 73

Genesis-Jemelle-Bilzen

 

Chapitre 14: Rock 74

Stones - Rapsat.

 

Chapitre 15: Les grands concerts de 1974

 

 

Chapitre 16 : Rock et Journalisme

 

 

Chapitre 17 : Épilogue

CHRONIQUE 1960-1965 CHRONIQUE 1966-1972 CHRONIQUE 1973-1980 LES PIONNIERS DU ROCK GROUPES BELGES
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GRAVÉ DANS LE ROCK

Intégral inédit du second ouvrage de © Piero Kenroll

 

CHAPITRE QUINZE

1974 - L'ANNÉE DES GRANDS CONCERTS

GENESIS

 

Genesis Forest National 1974

Genesis à Forest National le 26 janvier 1974 - photo@Coerten

 

Genesis est de retour.

 

26 janvier à Forest National. Paul Ambach organise et, estimant que Télé Moustique a vraiment été, depuis le début, « le » magazine qui a fait la gloire du groupe en Belgique, il a négocié la réalisation des affiches avec notre service de promotion (chez Dupuis on dit « la propagande »). Le nom de Télé Moustique apparaît donc

sur les affiches, mais je préviens les lecteurs : « Cela ne signifie pas que nous sommes les organisateurs du concert. Nous nous en voudrions d'être solidaires des conditions d'accueil de Forest National (flics, personnel désagréable à quelques rares exceptions près, etc.) qui, si elles semblent en voie d'amélioration, sont encore loin d'être idéales pour ce qu'on paie… »

Et, à propos de payer, nous avons obtenu une importante réduction pour les membres du Pop Hot Club: 160 francs, au lieu de 200 prix officiel. (27)

Malgré ça, même si la salle est bien remplie (28), le concert n'est pas « sold out ». Dans un sens, tant mieux : ça évite les bagarres à l'entrée, puisque l'habitude d'acheter ses places d'avance pour un concert rock n'est toujours pas prise par une grosse partie du public.

 

 

Peter Gabriel Belgium 1974

Un public en extase

photo©Coerten
 

Comme l'année passée au Cirque Royal, ce sont les yeux fluorescents et les ailes de chauve-souris de Peter Gabriel chantant « Watcher Of The Skies » qui ouvrent le concert.

 

Mais cette fois il y a un double écran géant en forme d'ailes derrière le groupe. Des images y sont projetées, étranges, imposantes, splendides.

 

C'est immédiatement l'émerveillement des spectateurs dont beaucoup voient le groupe pour la première fois.Tous les morceaux de l'album « Selling England By The Pound » défilent. Grand maître de la cérémonie Peter, incarne, mimes ou costumes à l'appui, les personnages de ses chansons.

 

 

Peter Gabriel Belgium 1974
Peter Gabriel 1974

Les diverses facettes de Peter Gabriel

 

Il est chevalier, jardinier, colonial… Puis, surprise, voilà Phil Collins qui quitte sa batterie et, les mains dans les poches, accompagné par Mike Rutherford à la guitare acoustique, se promène en chantant « More Fool Me ». Qu'est-ce qu'il chante bien ! Aussi bien que Peter, à défaut d'être, lui aussi, un showman. Showman, acteur, bête de scène ? Comment qualifier Peter Gabriel lorsqu'il devient un vieillard pour interpréter «  Musical Box  » ?

Il est à ce point convaincant que ça vous remue les tripes.

 

Peter Gabriel Belgium 1974

 

Fin du morceau : la salle est en extase, les applaudissements n'en finissent plus, mais l'apothéose doit encore venir.

 

C'est « Supper's Ready ». La musique est magnifique, la mise en scène ne lui cède en rien. Transformé en Christ, en fleur, Peter devient finalement le dragon de l'Apocalypse et à ce moment… La scène entière semble prendre feu ! Projections d'images de flammes animées. Eblouissant. Musique et spectacle sont si parfaitement en accord que l'impact émotionnel est porté à l'extrême.

 

 

Peter Gabriel Belgium 1974

Peter, un acteur extraordinaire

photo©Coerten

 

Près de moi, il y a un gars à genoux en train de pleurer et un autre qui se tape la tête par terre en criant  « C'est trop ! C'est trop !  ». Manifestement Genesis a emporté les spectateurs très haut. La redescente sur terre va être dure… Très dure… Trop !

 

Car, applaudit à tout rompre, salué par des hurlements, ovationné, adoré… Le groupe ne revient pas pour un rappel. Les spectateurs n'en croient pas leurs yeux quand les lumières de la salle se rallument, signifiant que tout est fini. Pas de rappel ? Quel mépris ! Alors, c'est l'émeute…

 

Des projectiles divers sont lancés vers la scène, certains s'en prennent aux fauteuils, des huées retentissent… Je cours vers les coulisses. Une bouteille de bière passe à dix centimètres de ma tête et éclate quelques mètres devant mes pieds.

 

Malgré mon laisser-passer, pas moyen d'accéder. Les roadies, qui ne me connaissent pas, semblent effrayés à l'idée qu'on pourrait s'en prendre aux musiciens. Faut pas exagérer tout de même !

 

Mais c'est la panique. Trois quart d'heures après la fin du spectacle, c'est finalement la police qui fait évacuer la salle.

 

 

 

 

 

 

Je rejoins le groupe à l'hôtel Sheraton. Peter me reçoit tout de suite. J'attaque…

 

•  Quel effet ça te fait d'être devenu « un gros cochon de capitaliste » ?

 

Il blague : Et bien, d'abord, j'en suis très heureux, bien sûr.

 

•  Non mais, tu ne te rends pas compte… Ce n'est qu'une des remarques que j'ai entendues après le concert. Une autre était « Avant, Genesis était beaucoup plus soucieux de son public, il n'hésitait pas à accorder deux ou trois rappels. Maintenant le groupe est parvenu, alors il s'en bat l'œil  »

 

•  Tu crois que c'est ce que les gens pensent ?

 

•  Oui.

 

•  Je crois que c'est un peu exagéré. Regarde ce soir : nous avons présenté un show de presque deux heures, ce que peu de groupes font, et je t'assure que nous y avons mis tout notre cœur, car la Belgique compte beaucoup pour nous. Ce show est le résultat d'un travail incessant et dur, que nous poursuivons depuis des années et que nous améliorons chaque fois que nous en avons les moyens. Pour nous c'est comme une pièce de théâtre ou, si tu préfères, une comédie musicale. Lorsque c'est fini, c'est fini. Les acteurs ne reviennent pas jouer un acte de plus. Lorsque notre show s'achève nous avons dit tout ce que nous avons à dire. Est-ce vraiment ne pas respecter notre public ? N'en a-t-il pas eu pour son argent ?

 

•  L'ennui, c'est qu'ici, en Belgique, le rappel est devenu une tradition et que vous êtes le premier groupe à ne pas la respecter.

 

•  Mais c'est une tradition partout ! A tel point que c'est devenu ridicule. Tout le monde est rappelé. Alors quoi ? A quoi cela rime-t-il de faire une fausse sortie en sachant bien que l'on revient quelques instants plus tard ?

 

•  Le problème c'est que le public n'était pas prévenu. Il y avait pas mal de fans de la première heure qui savent que la Belgique est le premier pays où vous avez été reconnus, et se sentent un peu trompés. Ils pensent que les rappels, c'était bon pour satisfaire les gens lorsque vous n'étiez pas aussi connus qu'à présent.

 

•  Je vais te dire quelque chose : cela fait sept mois que nous n'avons plus fait aucun rappel. Même lors de notre tournée en Amérique où notre réputation reste à faire.

 

 

•  Pour revenir à ta comparaison avec une pièce de théâtre. Lorsque les acteurs ont terminé, ils reviennent saluer.

Vous seriez revenus dire simplement « Au revoir », je crois qu'il n'y aurait pas eu les incidents qui ont suivi.

 

 

•  Nous ne nous attendions pas à ce que le public réagisse comme il l'a fait. Moi, je serais volontiers revenu. Mais nous sommes à cinq à décider. Deux étaient pour et trois ne voulaient pas faire d'exception à la règle… Nous discutions encore lorsque les premières bouteilles ont été lancées sur scène. Là ça devenait dangereux de se montrer. Je regrette que ce se soit passé ainsi.

Quant à cette histoire de « cochon de capitaliste », sache que nous avons toujours des dettes. Nous devons rembourser tout ce qui nous a été avancé depuis les débuts du groupe. Notre situation financière nous pousse à retourner en Amérique, parce que, il faut bien le dire, ce sont les Américains qui paient le mieux. Ce n'est pas une question de richesse. C'est seulement que chez eux l'intérêt pour le rock est tel qu'il y a toujours beaucoup de monde aux concerts…

 

La conversation/interview continue sur des sujets divers comme la précédente tournée américaine, les progrès du dernier album dans les hit-parades, la sortie d'un simple, etc. Mais Peter est mal à l'aise. Il s'est changé, démaquillé en me parlant…

 

Maintenant il se rase le dessus du front à la manière d'un samouraï. Il se coupe d'abord une grande touffe de cheveux. Et m'en fait cadeau ! Je suis perplexe. Comment dois-je prendre ça ? Il est assez futé pour savoir que je ne suis pas du genre fan fétichiste qui collectionne tout ce qui a rapport à ses idoles.

 

Alors ? Cela signifie-t-il simplement que, ce soir, les Belges auront eu son scalp ? (29)

 

 

Kesskis'passe ?

 

Gilbert Perrin, réalisateur de l'émission scientifique  Pulsars  à la R.T.B. reçoit deux boîtes de films d'Angleterre, l'une concernant manifestement un « four atomique » et l'autre une «  générateur de Van Der Graaf ». Il les visionne pour constater qu'il s'agit d'enregistrements de groupes rock en pleine action. Gilbert Perrin se souvient alors que le réalisateur de Folllies  s'appelle aussi Perrin, prénom Michel. Il y a une erreur de destinataire. Les films contiennent des prestations des groupes Atomic Rooster (ce qui est assez proche d'atomic roaster) et Van Der Graaf Generator.

 

Atomic Rooster

Atomic Rooster

 

Le journaliste américain Nik Cohn et le dessinateur belge Guy Pellaert sortent un merveilleux bouquin intitulé  Bye Bye Bye Baby, Bye Bye  où les légendes du rock sont représentées telles qu'on les rêve plutôt que de façon réaliste. Un chef d'œuvre !

 

La crise pétrolière bat son plein. À cause des dimanches sans voiture, certains concerts sont annulés. Les organisateurs angoissent. Certains se demandent si aux moments où ils pourraient engager des groupes durant les mois prochains, il n'y aura pas des jours de semaine où la circulation sera interdite et même s'il y aura encore de l'électricité.

 

Lors d'une interview radio, à la veille de Noël, on demande à John Lennon , maintenant résidant à New York, ce qui lui ferait plaisir. Il s'adresse directement à la reine d'Angleterre pour demander sa grâce. En effet, une bénigne affaire de drogue l'empêche de revenir en Angleterre. Comme Paul McCartney , de son côté, ne peut se rendre aux U.S.A. à cause d'un problème du même genre, les fans des Beatles qui croient toujours dur comme fer à une possible réunion du groupe se mobilisent pour une pétition.

 

La firme Phonogram qui est l'une des pires en matière de sorties tardives de nouveaux albums, et qui, dès lors, se fait dès lors souvent traité de tous les noms dans Hot , m'envoie ses vœux de nouvel an, rédigés de la sorte : «  Pour 1974 nous vous souhaitons un départ en fanfare »… Je me demande dans quel sens je dois prendre « départ ».

 

Vous le savez si vous avez lu Coeur de rock  , la chanson «  Dream Lover » a une signification particulière pour moi. Alors, un pincement de… cœur : son créateur, Bobby Darin , vient de décéder.

 

Le Who serait le groupe le plus vandale du monde : ses membres ont déjà fait pour plus de 15.000 livres (30) dans les hôtels où ils sont passés.

 

La tournée de Bob Dylan aux U.S.A. bat tous les records de réservation pour ses 40 concerts : vingt millions de billets ont été demandés par correspondance. Mais il n'y a que 651.000 places.

 

 

 

 

Ça y est ! «  Radar Love  » le dernier simple de Golden Earring est numéro 1 en Angleterre. Le groupe devient le premier d'Europe continentale à battre les hard-rockers anglo-saxons sur leur propre terrain. Et il vient d'un petit pays : la Hollande. Pourquoi les Belges ne sont-ils pas fichus de faire la même chose?

 

J'en ai marre des pieds pour coter les disques. D'ailleurs l'imprimerie se trompe souvent et certains lecteurs m'écrivent que la cotation d'un produit artistique, ça craint. Ils n'ont pas tort. Je décide donc des mettre les pieds ailleurs mais plus après chaque présentation.

 

Greg Lake reçoit une amende de 75 dollars pour avoir couru tout nu dans un sauna… A Salt Lake City. C'est la capitale des Mormons. On suppose que ceux-ci vont au sauna en complet veston.

 

Les Pebbles fêtent leurs dix ans de carrière et Salix Alba fait impression. Doctor Downtrip sort son premier album qui n'a rien de sensationnel. Trois ex-Kleptomania ont formé Lee avec l'anglais Mick Fowler (ex-Fynn Mac Cool). Mais ce n'est toujours pas la joie pour les groupes belges.

 

Salix Alba

 

Banzaï, Lennart, Messagie And Daghleth et quelques autres arrivent péniblement à attirer 150 personnes à un mini-festival début mars dans une école à Anderlecht. Dans les amateurs, je retrouve Moby Dick, ce groupe dont le batteur est un certain Marc Ysaye. Il m'a toujours l'air prometteur, mais qui n'a manifestement pas de quoi se payer un matériel complet. A part ça on a droit à une révélation côté folk : les Balladeers, un duo monsieur-madame bourré de talent. Euh… oui je sais : ils sont Allemands , mais établis en Belgique.

 

Remarquable performance du groupe afro-rock Osibisa qui, malgré une salle mal chauffée ( Marni ), où il n'y a que 300 spectateurs, alors qu'elle peut en contenir 1700, se déchaîne dans des rythmes à ce point efficaces que le concert se termine avec tout le monde dansant sur les fauteuils. « Un groupe unique au monde.

 

 

Il ne ressemble à aucun autre. Il n'emprunte rien au « soul » américain, il est complètement africain. Le rock africain : joyeux, pur, simple, sauvage… Encore ! »

 

 

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Blunstone Belgium

Colin Blunstone au Marni

photo©Coerten

 

À part ça Colin Blunstone n'attire pas non plus les foules malgré ce que son statut de grande révélation de Bilzen mériterait (Courtrai, Bruxelles / Marni ), Incredible String Band est très sympa (Bruxelles /Beursschouwburg), Magma pas visuellement à la hauteur de l'image de groupe extra-terrestre qu'il veut faire passer, mais quel batteur !(Charleroi, Ecaussines, Bruxelles ), et Demis Roussos est de plus en plus surprenant : en passe de devenir une grande vedette internationale, il joue dans des patelins où personne ne va, et se produit même pour des shows offerts par un super-marché (Ans, Woluwé-Saint-Pierre, Balleux, Anvers/Arena, Bruges, Scherpenheuvel, Landegem).

 

C'est l'hiver ! Voici ce qui chauffe dans les ventes…

Albums : « New York » de Pierre Rapsat , « Stranded  » de Roxy Music, « Brain Salad Surgery » d'Emerson, Lake & Palmer, « Human Menagerie » de Cockney Rebel, « Ringo » de Ringo Starr , « Quadrophenia » du Who, « Pin Ups » de David Bowie, «A Nice Pair » (31) de Pink Floyd, « Burn » de Deep Purple et « A Legendary Performer » d' Elvis Presley. Mais le carton de la saison est réalisé par un…belge : le Grand Jojo, dont l'accent bruxellois fait merveille dans un album d'airs de kermesse intitulé « French Can Can ».

 

Singles : il faut attendre mi-janvier pour voir le « Merry Christmas Everybody » de Slade apparaître dans un top 10 monopolisé par la variété française, mais en février le « Sebastian »  de Cockney Rebel s'installe directement en n°1. « Nutbush City Limits » d'Ike & Tina Turner, « Teenage Rampage » de Sweet , « Devil Drive Gate » de Suzi Quatro, « Dyna-mite » de Mud, « Dirty Old Man» des Three Degrees , et « Star Star » des Rolling Stones arrivent ensuite à un peu bousculer les Christian Vidal, Michel Delpech, Christian Adam et compagnie qui règnent en maîtres sur les tiroirs-caisses.

 

Mud Belgium

Mud

photo©Coerten

Pour ma part, j'aurais bien aimé qu'aient un peu plus de succès les albums « On The Third Day » par l' Electric Light Orchestra, « Earth » par Vangelis O. Papathanassiou, « Solar Fire» par Manfred Mann's Earthband, « Badfinger» par Badfinger, et « Fandangos In Space » par Carmen. Mais j'ai beau écrire beaucoup de bien à leur sujet, ils ne mobiliseront pas les foules. Par contre, je trouve le double « Todd » par Todd Rundgren tellement révolutionnaire, qu'enthousiasmé, je lui consacre l'entièreté de la page Plein l'oreille   de la semaine de sa parution et qu'il se retrouve dans les meilleures ventes du printemps. Bien des années plus tard, en le réécoutant, je me demanderai pourquoi ? (32)

 

 

 

 

Q U E E N

 

Queen Belgium

Queen - photo©Coerten

 

Queen est arrivé ! Enfin « Queen II » et c'est le titre du nouvel album de ce groupe que Jean-Luc avait trouvé «  de seconde zone  ». Eh bien, il est passé à la première ! Mama mia ! (J'anticipe là !) Quelle claque !

 

C'est vocalement écrasant. Uriah Heep et les Pebbles peuvent aller se rhabiller côté harmonies. Le guitariste a une sonorité particulière, les compositions entre hard-rock et pop mélodieuse sont excellentes. Je suis frustré de ne pas pouvoir le réécouter encore et encore car il y a les albums pour la semaine suivante qui attendent.

 

J'annonce «  Queen va devenir un très grand groupe. Parce qu'il va de l'avant, qu'il est jeune et excitant ».

Et aussi parce que sa firme de disques a décidé de mettre le paquet. L'attaché de presse d'E.M.I. m'a d'ailleurs annoncé, sans rire, que ça y était, on avait trouvé le remplaçant de Deep Purple !

 

 

Les comparaisons vont bon train. On évoque Uriah Heep à cause des chœurs, Led Zeppelin à cause de la guitare, Yes à cause de la voix de Freddy Mercury qui ressemble un peu à celle de Jon Anderson…

 

Dans ce dernier cas , ça fait bondir Freddy : «  Je ne suis pas aussi mou que ce %+& ;!…». Du coup on lui demande s'il est vaniteux. «  Je suis le type le plus vaniteux qui soit, comme d'ailleurs toutes les pop-stars. J'ai même des idées très ambitieuses pour notre présentation sur scène. Par exemple : j'aimerais y être emmené par six esclaves nubiles avec des éventails et tout le bazar… ». Alors ? Un groupe glam-rock de plus ? « Faux ! Nous avons de belles tenues de scène d'accord, mais la musique vient avant tout. C'est elle qui nous distingue. Bien sûr nous avons un nom féminin « reine », qui peut faire penser à une ambiguïté sexuelle. Mais nous nous appelons Queen depuis trois ans. Donc, avant que Bowie ne fasse son truc… »

 

 

KLEPTOMANIA COME BACK

 

 

Kleptomania réssuscite ! Lee, le groupe où Dany Lademancher (guitare), Roger Wollaert (batterie) et Charlie Deraedemacker (basse) s'étaient retrouvés en compagnie de l'ex-Fynn Mc Cool Mick Fowler (guitare,chant et claviers) avait enregistré un single sans succès. Côté scène, ça ne marchait pas vraiment non plus et des rumeurs circulaient comme quoi Fowler n'était un cadeau.

 

 

Kleptomania

 

En effet : je relève que les groupes auxquels il a participé, Grapefruit et Fynn Mc Cool en Angleterre, Variations en France, ont tous connus de grosses difficultés lors de sa collaboration, et je l'écris. Le gars, qui réside en Belgique, n'est pas content, et passe à la rédaction me dire que je suis un stupid son of a bitch. Désolé Mick, j'y ai peut-être été un peu fort là, mais tu étais nettement plus sympa quand on t'hébergeait au 19 avenue Van Becelaere. Bref.

 

Même le manager de Lee en avait ras le bol. Alors, en mars, les trois Belges ont appelé au secours Wilfried Britts, leur manager et ami du temps où le Klepto triomphait à Bilzen et dans notre Pop Poll . Wilfried leur a répondu : « Lee ne m'intéresse pas. Ce groupe ne représente rien pour moi, mais je crois encore en Kleptomania et je ne suis pas le seul. » Wim Hombergen (chant et guitare) qui est resté très copain avec ses trois anciens partenaires est donc rappelé à la rescousse et le groupe renaît donc avec un atout en plus dans son jeu : ses membres ont acquis énormément d'expérience… Snif ! Émouvant non ? Allons-nous enfin avoir le grand groupe belge de calibre international dont nous rêvons depuis longtemps ?

 

 

 

GARY GLITTER

 

Gary Glitter c'est tout de même quelque chose ! Fin mai, un organisateur liégeois, impressionné par la série de hits que le chanteur aligne depuis deux ans, s'imagine qu'il pourrait remplir le palais des sports de Coronmeuse. Il se plante : un millier de personnes seulement daignent se déplacer dans cette salle sinistre qui peut en contenir trois fois plus et qui ressemble à un énorme cube de béton. Heureusement l'acoustique est convenable, la vue excellente. Que demander de plus pour Gary Glitter ? Quelques filles en extase aux premiers rangs ? Elles y sont. Le spectacle peut commencer. C'est Burt Blanca qui assure la première partie. La tendance « rock revival » parallèle au glam-rock a un peu remis le pied à l'étrier à ce pionnier du rock belge. (33)

 

 

Avec les années, il est devenu un guitariste de première force et… gras du bide. Ce dernier point n'arrange en rien ses choix désastreux pour des tenues de scènes qui sont plutôt des tenues d'ouvrier communal après une rude journée de travail. M'enfin, il sait ce que rocker veut dire et aligne une belle série de classiques des débuts du rock and roll qui font toujours du bien par où ils passent.

 

Voici Gary. Lui aussi a manifestement bénéficié de ses années d'expériences. Musicalement ça ne casse toujours rien, même si son Glitter Band est un solide petit groupe, mais côté présence sur scène, alors là… pardon ! Rien que son arrivée entourée de motos pétaradantes est déjà impressionnante, mais ce seront les seuls « gadgets ». Pas de projections, pas de fumées, de jeux de lumières compliqués. Le costume est rutilant d'accord, mais à part ça Gary fait tout lui-même.

 

 

C'est une bête ! Il pose, parade, crie, gémit, pleure, s'agenouille, supplie, prie, ordonne, regarde la foule avec des yeux hagards, viole le saxophone avec son micro, prend d'assaut le premier rang, plonge, disparaît, réémerge, sourit, postillonne, bondit, court, change trois fois de costume, lance des fleurs à ses admiratrices, serre les mains tendues, se roule par terre, agonise, meurt, ressuscite…Ce que ce type fait est à peine croyable. Et par-dessus le marché, il prend en air tellement ahuri quand on l'applaudit que, mort de rire, je lui attribue le titre de plus grand cabotin de l'histoire du rock. Inoubliable ! (34)

 

 

 

 

 

 

Kesskis'passe ?

 

Cockney Rebel revient. Cette fois à Hasselt, Turnhout et Liège. On refuse du monde dans les deux premières villes, mais les Liégeois (qui décidément ne semblent pas accrocher au rock) ne sont que 450 à se déplacer. Cependant Steve Harley est dans une forme éblouissante et c'est la surprise en découvrant les morceaux du prochain album, beaucoup plus rentre dedans, presque hard. « Sticky » fait presque crouler la baraque et le groupe se donne à fond pendant deux heures. Si bien qu'à la fin, déchaînés, les fans prennent la scène d'assaut. Une fille saute au cou de Steve. Elle se fait vider par un roadie. Le roadie se fait vider par un flic. Le flic se fait vider par un autre flic…. En douceur. Tout le monde est heureux !

 

Cockey Rebel

 

Mud est numéro un en Angleterre avec «  Tiger Feet  ». Ce groupe est-il vraiment de la «  Dyna-mite »  comme le titre de son hit précédent ? On le découvre plein d'humour à l'Arena de Deurne (Anvers). Il propose un mélange de revival et de glam avec un répertoire fait en grande partie de classiques des pionniers et un côté caricatural qui donne à ses membres l'air de teddy-boys (35) tombés dans une cuve de guimauve. Le chanteur fait mine de se prendre pour Elvis et le guitariste joue les grandes folles. Je situe Mud à mi-chemin entre Sha Na Na et Sweet. Mélange bizarre, mais efficace. Tout le monde s'amuse.

 

D'autres visiteurs du printemps : Traffic sans problème ni surprise, avec Sutherland Brothers & Quiver (Bruxelles/ Marni ), Van Morrison un peu trop cool (Bruxelles/ Ancienne Belgique ), Ten Years After comme d'habitude avec P.F.M. qui est une petite révélation (Anvers/Arena ), Bill Haley routinier (Bruxelles / Ancienne Belgique, Liège/ Conservatoire), Lou Reed moins pathétique que lors de sa précédente visite mais avec des moins bons accompagnateurs (Bruxelles / Ancienne Belgique, Anvers / Roma ), Three Degrees lamentables (Bruxelles/ Beaux Arts ) Emerson, Lake And Palmer pour trois heures de grand spectacle avec batterie tournante, projections sur écran, quadriphonie, ordinateur ailé etc. (Bruxelles/ Forest National ), America en pleine déroute (Bruxelles/ Passage 44 ), Captain Beefhaert avec des musiciens qui ne sont pas à la hauteur de ses excentricités (Bruxelles / Passage 44 ).

 

Alice Cooper pose pour un important photographe londonien… En chemise de nuit recouvrant un ventre de femme enceinte.

 

Une nouvelle mode fait rage : le streaking. Ça consiste à se balader à poil dans les circonstances les plus inattendues possibles. Chez les vedettes du rock, c'est Todd Rundgren qui s'est dit le premier qu'il ne pouvait pas rater ça. Et de traverser tout nu une université où il donnait un concert. Emoi aux U.S.A, mais le gag laisse la presse anglaise tout à fait froide. Commentaire du Melody Maker  : « Peuh ! Il y a des clubs à Londres où Keith Moon fait ça depuis des années. »

 

 

Cela dit, quelques jours plus tard les membres d' Uriah Heep et leur public ont l'agréable surprise de voir une ravissante jeune fille traverser la scène en courant, lors d'un concert… Elle ne porte que des bottes et un bracelet montre…

Enfin, ce sont Mike Love et Dennis Wilson qui, lors d'un concert des Beach Boys à Vancouver, se lancent dans un streaking éclair devant 18.000 personnes. Tout le monde est étonné. En premier lieu les autres membres du groupe.

 

Après Steve Harley, c'est Lou Reed qui s'en prend aux groupes de la west-coast américaine  : « Je hais le Jefferson Airplane, la façon dont s'habillent ses membres, l'air qu'ils ont, la façon dont ils jouent. Je déteste tout groupe de San Francisco à l'exception de Moby Grape » Sur sa lancée, le « fantôme du Marni » comme on le surnomme chez nous, déclare aussi qu'il n'apprécie pas Bob Dylan depuis qu'il a appris que ce dernier verse de l'argent à Israël pour aider ce pays dans sa guerre contre les Arabes.

 

 

 

Sortie du film  American Graffiti   réalisé par un certain George Lucas. Une petite merveille qui recrée l'ambiance des premières années du rock. Ça commence au son de « Rock Around The Clock » et enchaîne les airs mémorables pour s'achever avec les Beach Boys pendant que le personnage principal fait ses adieux à sa jeunesse symbolisée par une jolie fille dans une voiture blanche.

 

 

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Le dernier groupe à faire sensation en Hollande est Kayak. Sa firme de disque met le paquet pour la promotion et invite des tas de journalistes de tous les coins d'Europe à Amsterdam. Ils sont nourris, logés, abreuvés et promenés en bateau sur les canaux. (Ce qui est d'à propos pour un groupe baptisé Kayak, non ?). Mais le concert du groupe n'enthousiasme pas grand monde : sa musique est chouette mais les musiciens n'ont aucune présence sur scène. Bref ; Kayak n'est pagaie…

 

Sparks

 

Le dernier groupe à faire sensation un peu partout sont les Sparks. Leur single « This Town Isn't Big Enough For Both Of Us » fait un malheur dans tous les hit-parades et leur album « Kimono My House » vient de paraître. Le  New Musical Express   y voit déjà un des disques les plus remarquable de l' année, le  Melody Maker   consacre sa première page aux frères Mael. Bref, tout le monde s'extasie soudain. J'en profite pour demander aux lecteurs qui écrivait « Les Sparks iront sans doute très loin et ça ne m'étonnerait pas si certains criaient au génie ; je suis bien près de le faire » en 1972 ? Hmm ? Ben oui, on peut bien s'offrir un peu d'autosatisfaction de temps en temps non ?

 

 

 

Et j'ajoute : «  Il y a deux façons de tenir une rubrique rock : s'en tenir sans grand risque à ceux qui sont déjà consacrés ou essayer de découvrir du neuf. Devinez ce qu'on préfère…  »

 

La réalité, tout de même, c'est ce que le public achète. Et ça va un peu mieux pour les albums. Plus de soixante pourcent des titres du top 10 sont pop ou rock entre mars et juillet. On voit arriver : « Old, New, Borrowed And Blue » de Slade , « My Only Fascination » de Demis Roussos , « Todd  » de Todd Rundgren , la bande originale du film « Jesus-Christ Superstar», « Jonathan Livinston Seagull » de Neil Diamond, « Rapsody In White «  de Barry White , «  Buddha And The Chocolate Box » par Cat Stevens , « Sweet Fanny Adams » de Sweet , «  Abba  » d' Abba , «  Hollies  » des Hollies , et «  Band On The Run  » des Wings de Paul McCartney.

 

Côté singles ça va mieux aussi avec l'arrivée d'Abba et de son « Waterloo » qui va s'installer longtemps en n°1. Avec ça «  Long Live Love  » par Olivia Newton John, « Rebel Rebel » par David Bowie, « Tiger Feet » et « The Cat Crept In » par Mud, « Everyday  » par Slade, «  Seasons In The Sun  » par Terry Jacks, «  My Only Fascination  » par Demis Roussos, «  Instant Poetry  » par Golden Earring bousculent un peu la variété française surtout représentée par un certain Pierre Groscolas dont le « Lady Lay  » est le sirop du moment.

 

Moi, j'aimerais qu'aient un peu plus de succès les albums «  The Man In The Bowler Hat  » de Stackridge, «  Queen II  » de Queen, «  All American Boy  » de Rick Derringer, «  The Untouchable  » d' Alvin Stardust, «  The Hoople » de Mott The Hoople , «  Nexus  » d' Argent, «  Journey  » de Colin Blunstone, «  Kayak  » de Kayak (nettement meilleur sur disque que sur scène), «  The World Became The World  » par Premiata Forneria Marconi , «  Quo  » de Status Quo, «  Hero And Heroïne» des Strawbs, et «  Together  » de Jane. Mais, bon, j'en dis tellement de bien que ce n'est pas ma faute s'il ne s'en vend pas des tonnes. Il y a aussi quelques chouettes singles qui mériteraient de devenir des hits chez nous, entre autres : «  I Know What I Like» par Genesis, «  Dance With The Devil  » par Cozy Powell, «  Psychomodo » par Cockney Rebel et « Rock'n'roll Suicide» par David Bowie.

 

 

 

 

(27) 5 €

(28) 5500 spectateurs

(29) A partir de ce concert Paul Ambach, qui a du payé les dégats prévoira dans ses contrats une clause selon laquelle l'artiste est obligé d'accorder un rappel

(30) Quelque chose comme 45.000 €

(31) Les deux premiers albums du groupe réunis en un double L.P.

(32) Parce qu'au niveau des sonorités il était le précurseur de ce qu'on a entendu des millions de fois depuis

(33) Voir CŒUR DE ROCK

(34) Hélas, il était aussi pédophile et sa carrière s'est achevée en prison

(35) Rockers anglais des fifties

 

 

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Mise en page : Jean Jième