GRAVE DANS LE ROCK

 

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Chapitre 1 : Cravate

 

 

Chapitre 2 : "Un individu malfaisant"

 

 

Chapitre 3 : Summer 69

 

Chapitre 4 : 1969, l'année du siècle

 

 

Chapitre 5 : Dawn of the seventies

 

 

Chapitre 6 : Wight 70

 

 

Chapitre 7 : La Ferme!

 

 

Chapitre 8 : fin 1970 L'explosion

 

 

Chapitre 9 : Déglingue du rock belge

 

 

Chapitre 10 : Monstres Sacrés

 

 

Chapitre 11: Charisme

 

 

Chapitre 12: Glam Rock - Le Schisme.

 

 

Chapitre 13: Rock 73

Genesis-Jemelle-Bilzen

 

Chapitre 14: Rock 74

Stones - Rapsat.

 

Chapitre 15: Les grands concerts de 1974

 

 

Chapitre 16 : Rock et Journalisme

 

 

Chapitre 17 : Épilogue

CHRONIQUE 1960-1965 CHRONIQUE 1966-1972 CHRONIQUE 1973-1980 LES PIONNIERS DU ROCK GROUPES BELGES
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GRAVÉ DANS LE ROCK

Intégral inédit du second ouvrage de © Piero Kenroll

CHAPITRE DOUZE

GLAM ROCK - LE SCHISME

 

Back in London ! Il n'y a pas trois mois que j'y étais aux frais de la princesse, cette fois c'est aux frais de Dupuis. La représentation exceptionnelle de « Tommy » avec des tas de prestigieux invités et un orchestre symphonique imaginée par le producteur Lou Reizner me semble un événement à ne pas manquer. C'est le samedi 9 décembre mais il y a des tas de choses intéressantes les jours qui précèdent. Je débarque le mercredi et fonce chez Peter Gabriel qui habite du côté de Hyde Park. Il est en train de se faire réprimander par Jill parce qu'il a oublié de laisser les bouteilles de lait vides devant la porte. Un grand distrait, mais on le comprend : Genesis joue dans un faubourg de Londres ce soir. Dans un Sundown, un ancien cinéma reconverti en salle de spectacle.

 

Il y a Capability Brown en première partie et l'accueil du public est plutôt tiède. Paraît que dans ce quartier on prise surtout le reggae. Autant dire que ce n'est pas gagné d'avance pour Genesis. Mais reproduisant le show que j'avais vu en octobre, le groupe déchaîne le public sans problème. Tout le monde est content et, le lendemain, je retrouve Peter chez lui pour une longue interview où il me révèle tous les secrets de «  Foxtrot  » (68).

 

Après avoir passé le reste de la journée à courir d'une firme de disques à l'autre pour glaner des informations, j'échoue le soir au « Marquee ». Coup de pot imprévu : il y a les Sparks en tête d'affiche et le prix d'entrée est de un penny ! Oui : un penny (69).

 

The Sparks © Coerten

 

 

 

 

Malgré ça, il n'y a pas foule. Pourquoi ? Ben, c'est jeudi soir, et il y a le Monty Python Flying Circus à la télé. Quand j'apprends ça, je suis un instant tenté de retourner à l'hôtel où il y a un téléviseur dans le lobby, mais, bon, le devoir m'appelle. L'album des Sparks était excellent. Il y a peut-être une découverte à faire.

 

 

Et de fait lorsque le claviériste du groupe, qui ressemble comme un frère au personnage de Charlot, commence à jeter des regards entendus aux spectateurs, pendant qu'un guitariste poseur bouscule tout le monde et que le chanteur au look de potache saute d'un coin à l'autre de la scène, c'est presque aussi marrant qu'un gag à la Monty Python. Le style musical est original en plus ! Plus percutant que sur disque. Je ne regrette pas d'être resté. Les Sparks iront sans doute très loin et ça ne m'étonnerait pas si certains criaient au génie ; je suis bien près de le faire …

 

 

Ma tournée des firmes de disques continue le vendredi et le soir je m'offre un ciné avec « Fritz The Cat » dessin animé (encore inédit en Belgique, of course) qui fait sensation parce qu'il est le premier long-métrage du genre pour adultes. En effet, il y a quelques scènes pimentées, mais le problème est que ce n'est pas très drôle. Comme chats je préfère Tom ou Sylvester.

 

 

 

 

Enfin samedi. « Tommy » version symphonique au « Rainbow » une des salles les plus célèbres de la capitale anglaise. Peter et Jill m'accompagnent, c'est un gala de charité et le tout-Londres est là. Moi, petit journaliste belge, j'ai été casé quelque part au balcon, je dois me tordre le cou pour tout voir mais enfin, il y a des gens dehors qui vendraient père et mère pour être à ma place.

 

Sur la scène décorée de façon à ressembler à un flipper géant avec de gigantesques « bumpers » sur les côtés, le London Symphony Orchestra et le Chamber Choir.

 

Roger Daltray

Ritchie Havens

 

A vue de nez, ça fait quelques 150 personnes. Au-dessus de la scène : un écran de cinéma. C'est la première fois que j'en vois utilisé pour accompagner un concert. Des images, des scènes originales, montrant notamment Roger Daltrey à cheval, sont projetées tout au long de la prestation. Celle-ci suit ce qu'on peut découvrir sur le double album où Pete Townshend, Roger Daltrey et John Entwistle ainsi que Sandy Denny, Graham Bell, Steve Winwood, Maggie Bell, Richie Havens, Merry Clayton, Rod Stewart interprètent chacun l'un des personnage du rock-opéra .

 

Seules exceptions : pour cette version « live » Keith Moon est l'oncle Ernie au lieu de Ringo Starr (en tournage) et Peter Sellers remplace Richard Harris ( en tournage également) dans le rôle du médecin.

 

Marrant : ils vont tous deux être les clous du spectacle. Moon d'abord. Seul membre du Who à n'avoir pas participé à l'album de Reizner, il est là avec une revanche.

 

Cheveux plaqués peignés en arrière, l'air pervers au possible, il porte une vieille gabardine sale et garde les mains en poche ayant l'air d'y secouer autre chose que de la petite monnaie. Comme il tourne sur lui-même, le déplacement d'air soulève la gabardine et on découvre que son « pantalon » n'est fait que de deux bas de jambes reliés à un slip par des jarretelles.

Grosse rigolade ! Ovation.

 

 

 

 

 

 

Sellers est extraordinaire. Ne sachant pas chanter, il doit réciter son texte, mais, pour ce faire, il s'est composé un personnage de docteur Mengele, avec un casque nazi et un tablier blanc. Il prend l'accent allemand et forme un contraste savoureux avec Daltrey qu'il contemple l'air de dire « Regardez-moi ça, si c'est pas malheureux » pendant que Tommy pousse des « See me, feel me, heal me » misérables. A mourir de rire !

 

Pete Townshend

Keith Moon

 

Autre ovation. Savoureux aussi : le fait que lorsque l'oncle Ernie / Keith Moon revient pour inviter les disciples de Tommy à son camp de vacances, ce sont des images du dernier festival de l'Île de Wight qui défilent à l'écran. Tout le monde est sur scène pour la finale : « ... Listening to you I get opinions, from you I get the story, listening to you I get the music…». La salle est debout et, bien sûr, il y a un rappel : la reprise de la finale avec les paroles projetées sur l'écran. Ainsi tout le monde chante. Impressionnant.

 

Peter Sellers

 

Rod Stewart

 

Toutefois lorsque, les applaudissements se prolongeant, on commence à apporter de gros bouquets de fleurs pour les dames, je commence à trouver qu'il ne faut pas pousser bobonne. On finirait par prendre ça au sérieux. Rock et philharmonie d'accord. Mais avec le clin d'œil. Je n'aimerais pas devoir mettre un smoking pour aller au concert dans quelques années !

 

 

 

 

LA SITUATION EN CE DÉBUT 1973 ?

Deux grands courants deviennent les locomotives du rock. D'un côté une tendance qu'on qualifie de « rock revival » amorcée quelques mois plus tôt par Sha Na Na et les Wild Angels et qui voit se multiplier ceux qui, comme Shakin' Stevens et Crazy Cavan pour les plus « purs » et Gary Glitter, Alvin Stardust et Fumble pour les plus excessifs, puisent leur inspiration chez les pionniers du rock. Lesquels connaissent par la même occasion un regain d'intérêt.

 

Sha Na Na ©Coerten

 

 

 

D'un autre côté ce qu'on commence à appeler « rock décadent » ou « glam rock ». Le rock des strass, des paillettes, des tenues flamboyantes, de l'ambiguïté sexuelle dont T.Rex et Slade sont les meneurs les plus « pop » alors que David Bowie, Alice Cooper et Roxy Music semblent être les plus innovateurs.

 

À côté de ça les champions du hard-rock et de ce que j'ai baptisé  head-rock (que d'autres appellent  art-rock   ou  progressive-rock ) continuent à se bien porter. Notre  Pop Poll 1972  , sensé être le bilan de l'année écoulée, est publié fin janvier.

 

Côté international, les groupes qui ont recueilli le plus de voix sont : 1- Slade, 2- Who, 3- Genesis, 4- Alice Cooper, 5- Pink Floyd, 6- Led Zeppelin, 7- Emerson, Lake & Palmer, 8- T.Rex, 9- Deep Purple, 10 – Yes.

 

Trois groupes  glam (1, 4 et 8), quatre groupes  head   (3, 5, 7 et 10), trois groupes  hard (2, 6 et 9). Bel équilibre !

 

Chez les chanteurs ce sont 1- Noddy Holder (Slade), 2- Alice Cooper (du groupe du même nom), et 3- Robert Plant (Led Zeppelin) qui sont les plus populaires.

 

Guitaristes : 1- Jimmy Page (Led Zeppelin), 2- Jimi Hendrix , 3- Eric Clapton.

Clavieristes : 1- Keith Emerson (E.L.P.), 2- John Lord (Deep Purple), 3- Rick Wright (Pink Floyd)

Bassiste : 1- Jack Bruce, 2- John Entwistle (Who), 3- Greg Lake (E.L.P.).

Batteur : 1- Keith Moon (Who), 2- Carl Palmer (E.L.P.), 3- Ginger Baker.

Roxy Music remporte la catégorie  Espoir et, bien sûr, « Slade Alive », qui est resté 32 semaines dans les dix meilleures ventes en Belgique, est album de l'année !

 

Côté belge ce n'est pas la joie. Beaucoup de lecteurs se sont abstenus de voter, écrivant des remarques comme « Groupe ? Vous m'apprenez quelque chose ! » ou «  Espoir : il n'y a plus d'espoir  ». Je l'écris sans fioritures : « En '72, les Belges ont pris la baise ».

 

Pebbles

Les Pebbles

 

Les Pebbles se retrouvent numéro 1 comme groupe ; mais c'est plus par manque de concurrence qu'autre chose.

 

Music or not music

Music or not Music (Recreation)

 

Seul Recreation (deuxième) fait figure honorable pour le reste. Son album « Music Or Not Music » est d'ailleurs aussi album de l'année. L'espoir ?

Fetisj, le seul qui semble avoir compris que l'ère des virtuoses trop sérieux est révolue et que le look sur scène devient très important…

 

 

Two Man Sound avec Pipou, Lou Deprijck et Sylvain Vanholme

 

 

Le seul ? Pas tout à fait. C'est compter sans ce bon vieux Sylvain Van Holmen. La dernière fois que l'âme du Sylvester's Team et du Wallace Collection s'était signalée à notre attention, c'était en formant un duo avec un certain Lou Deprijck sous le nom de Two Man Sound. Ils voulaient se contenter de travailler en studio mais lorsque que leur deuxième single, «  Copacabana  », est devenu un petit succès en Europe, ils ont été obligés de se montrer, de faire des télés, etc.

 

Un album enregistré avec la collaboration de nombreuses autres « pointures » du rock belge et intitulé «  Rubro Negro  » ayant suivi, , l'idée de faire de la scène a commencé à s'imposer. Pour cela Sylvain et Lou recrutent quelques joyeux lurons, dont un petit percussionniste marrant nommé Pipou, et Big Friswa, et mettent au point un véritable show avec des costumes fous, des parodies du Who, des Stones, d'Elvis etc. Débuts ?

 

A Forest National en première partie de Slade lorsque ce dernier revient pour deux concerts en Belgique (l'autre à l' Arena de Deurne) fin mars. Ça ne se passe pas sans mal. En effet, pour être à la hauteur de la salle, Two Man Sound loue un matériel d'amplification imposant.

 

 

 

 

Lorsqu'il veut l'installer, les roadies de Slade estiment que ça va faire perdre beaucoup de temps et proposent que T.M.S. utilise le matériel du groupe vedette. Plutôt sympa, non ? Répétition, balance l'après midi…

Tout va bien. Trop. Le soir, lorsque la bande à Lou et Sylvain se déchaîne, il semble que dans l'équipe de Slade on trouve que Two Man Sound a un peu trop de succès.

 

Au troisième morceau un roadie de Slade coupe l'amplification vocale et disparaît. L'équipe de T.M.S. essaie en vain de s'y retrouver dans un matériel qu'elle ne connaît pas. Mais il n'y a rien à faire : on n'entendra presque plus les voix pour le reste de la prestation du groupe. Lequel arrive tout de même à s'en tirer grâce à son côté spectaculaire, mais quitte la scène, déçu et furieux. Vengeance quand Slade est lancé.

 

La formidable ambiance que le groupe arrive à créer dès le début de sa prestation est stoppée net par une coupure d'amplification résultant de ce qu'un gars de chez Two Man Sound a retiré « par erreur » des câbles auxquels il n'aurait pas du toucher. L'incident provoque une bagarre dans les coulisses. Friswa met un marron à Chas Chandler (1). Mama ! Weer all crazee now !

 

 

 

David Cassidy (Focus)

 

Qui se permet de remplir en trois jours six fois de suite l'Empire Pool de Wembley qui peut contenir huit mille personnes ? Led Zeppelin ? Le Who ? T. Rex ? Vous n'y êtes pas. C'est le mignon David Cassidy, chanteur moyen mais acteur vedette de la série télé Partridge Family, coqueluche de ceux, dans son cas surtout de celles, qu'on appelle les « teenyboppers ». Moins de seize ans. En majorité des filles donc. Leur enthousiasme est plus motivé par le sex-appeal de jeunes vedettes que par la musique. L'originalité du répertoire de Cassidy (son dernier hit est une reprise de «  Rock Me Baby  » ) est inversement proportionnelle aux passions qu'il déchaîne, mais ça ne fait de mal à personne. … Surtout pas aux organisateurs de concerts.

 

Et Paul Ambach est un de ceux là. Avec sa société Gemco il est même devenu l'un des plus important de Belgique… Un peu par hasard d'ailleurs. Chanteur-pianiste dans un groupe amateur, le crâne prématurément dégarni, la silhouette plutôt arrondie, il n'avait rien d'une « pop star » potentielle, mais il idolâtrait James Brown. Pour faire venir ce dernier en Belgique il avait emprunté autour de lui et réussit à planifier deux concerts (2) en février 1971. Le succès ayant dépassé ses espérances, il s'était retrouvé avec un tel bénéfice dans les poches, qu'il s'était dit qu'organiser des concerts était un bon moyen de gagner sa vie.

 

 

Et, depuis, tout en restant un joyeux luron à la tête de son groupe baptisé Ambach Circus , il s'était fort bien débrouillé, devenant ce qu'on appelle « homme d'affaires avisé ». Il décide donc de programmer David Cassidy à l'Arena le 8 mars. Le public visé est celui des minettes et il répond présent. Moi aussi, avec Jean-Luc même, des fois qu'il y en aurait une ou deux que nous pourrions draguer dans le tas… Non, je rigole : nous sommes là par conscience professionnelle. Pour voir le « phénomène » et estimer ses possibilités d'évolution…

 

Paul Ambach

 

On oublie un peu trop souvent que c'est à un public composé majoritairement de fillettes en délire que les Beatles doivent le début de leur popularité. Ce serait bête de rater une super star en devenir, non ? Le beau David jouera les mini-Elvis avec le costume blanc, les déhanchements sexy et un orchestre de vieux-de-la-vieille qui ont l'air de s'en tamponner à du cent. Sourires angéliques, air câlin, soupir langoureux …Les filles se pâment et hurlent de plaisir. Il n'est pas mauvais comme chanteur, il reprend des hits de Neil Sedaka et de Gene Pitney, joue du piano, de la batterie de la guitare. Un pro. Jusqu'où ira-t-il ? « On en reparlera l'année prochaine…Peut-être » est la dernière phrase de mon compte-rendu. Et, en fait, David Cassidy sombrera vite dans l'oubli (3) mais Paul Ambach lui se frottera les mains. Il est au début d'une carrière phénoménale comme organisateur.

 

 

 

Kesskis'passe ?

 

Les bagarres aux portes des grands concerts sont de plus en plus fréquentes. Elles ne sont plus le fait de contestataires qui revendiquent l'accès gratuit, mais de déçus qui se retrouvent devant les portes clauses parce que toutes les places ont été vendues à l'avance. Or, dans notre pays, la prévente n'est pas encore une chose à laquelle les amateurs de rock sont habitués.

 

La popularité de David Bowie s'accroît de jour en jour. Sous le titre « David Bowie l'homme qui a sauvé le rock » nous publions son histoire et une analyse du phénomène deux semaines de suite en quatre pleines pages avec des extraits d'interviews. Bowie explique notamment « Il n'existe pas vraiment de différence entre ma vie privée et ce que je fais sur scène. Je ne sais pas si nous sommes le fer de lance de quoi que ce soit, mais ce n'est pas nécessairement de bon augure. Des gens comme Lou Reed et moi sommes probablement en train de prédire la fin d'une époque dans le sens d'un cataclysme. Une société qui laisse se déchaîner des individus comme nous deux est en pleine décadence. »

 

Elvis Presley règne toujours en king absolu. En janvier la plupart des chaînes télé de par le monde (même la R.T.B. !) retransmettent son show spécial  Aloha From Hawaii, résultat : un milliard et demi de téléspectateurs. À côté de ça au cinéma, sort  Elvis On Tour   consacré à sa tournée américaine de 1972. Quant aux spéculations concernant son éventuelle venue en Europe elles continuent à aller bon train. Si bien qu'on commence à se lasser.

 

« Dark Side Of The Moon »…C'était le titre du dernier album du groupe… Medecine Head . Lequel n'a d'ailleurs guère enthousiasmé les foules. Mais ça pause un problème au Pink Floyd qui avait l'intention d'intituler son nouvel album comme ça, avant de s'apercevoir que le titre avait déjà été utilisé. Le titre de l'album du Floyd sera donc « Eclipse  »… Et puis tout compte fait, non, tiens : in extremis, le groupe décide d'en rester à sa première idée.

 

Avant de devenir célèbre en tant que Gary Glitter, ce dernier avait tenté de se lancer sous le nom de Paul Raven. Sans succès. Devenu une des stars de la tendance rock revival du glam-rock Gary organise les funérailles de sa précédente incarnation en une brève cérémonie où un cercueil au nom de Paul Raven est mis à l'eau sur la Tamise où il coule à pic. Commentaire de Gary Glitter : « Ça c'est bien Paul Raven : il a toujours été en dessous de tout »

 

Il est question qu' Howard Werth, qui vient de quitter Audience dont il était le chanteur, devienne celui des Doors, dont la popularité et les ventes de disques sont en chute libre depuis la mort de Jim Morrison (4).

 

Leonard Cohen décide d'abandonner le show-business. Il avait déjà une sérieuse réputation d'écrivain avant de devenir chanteur et il veut avoir plus de temps pour écrire. (5)

 

En quatre minutes et vingt-cinq secondes, l' Electric Light Orchestra atteint un sommet de l'enregistrement d'un classique du rock avec son époustouflante version du «  Roll Over Beethoven  » de Chuck Berry. «  Ça débute comme une symphonie puis, tout à coup ça devient un rock violent avec des paroles qui dégringolent en cascade. Déjà les doigts de pied vous démangent.

 

 

 

A partir du premier break on se demande ce qui se passe : au lieu de l'habituel solo de guitare ce sont des trompettes qui vous éblouissent les oreilles en quelques accords majestueux. Lesquels évoluent en un solo de violon méchant comme tout. Derrière, plusieurs violoncelles pompent à cadence accélérée.

 

Les guitares reviennent alors comme le T.E.E (6). qui déboucherait par erreur dans un magasin de porcelaine. A ce stade le rythme soutenu conjugué avec l'exubérance du chanteur risque de pousser l'auditeur à des actes inconsidérés. Le paroxysme est atteint dans une finale où « Roll Over Beethoven » est répété comme un chant guerrier, pour enfin s'arrêter en apothéose avec la reprise du thème beethovien du début. » Wow !

 

Là dessus le groupe achève de convaincre tout le monde qu'il va devenir gigantesque avec un concert mémorable au Grote Aula de Louvain le 21 février. Il y déchaîne l'enthousiasme du public à un point tel que des ovations fusent au milieu des morceaux pour saluer l'originalité de certains passages.

 

Les autres visiteurs de l'hiver : Shakin' Stevens (Woluwé St Pierre), Chuck Berry ( Forest National ), Gary Glitter (Courtrai, La Louvière), Focus (Louvain), Hawkwind ( Forest National ), Black Sabbath & Badger ( Forest National), Rory Gallagher (Bruxelles/ 140, Courtrai, Louvain), James Brown ( Forest National), Deep Purple et Billy Preston ( Forest National )

 

Enfin ! On s'est décidé a entourer la salle de Forest National de tentures qui en améliorent nettement l'acoustique, jusqu'à là déplorable.

 

Ce sont toujours la « variété française » et le yéyé qui, avec leurs sirops dispensés par des Sheila, Mike Brant, Ringo, C. Jérome, Hervé Villard, Joe Dassin, Claude et Frédéric François et autres calamités, dominent notre hit-parade des ventes de disques en Belgique, mais quelques hits pop/rock font de bons scores….

Les albums : «  Slayed  ? » par Slade , «  Glitter  » par Gary Glitter , «  Crazy Horses  » par les Osmonds , «  Made In Japan  » et «  Who Do We Think We Are ?  » par Deep Purple , «  Something To Say  » par Joe Cocker , «  Aloha From Hawaii  » et «  Burning Love  » par Elvis Presley , «  The Sweet's Biggest Hits  » par Sweet et la version symphonique de «  Tommy  » par le London Symphony Orchestra and Chamber Choir with Guest Soloists.

Les singles : «  You're A Lady  » par Peter Skellern , «  Happy Christmas (War Is Over)  » par John Lennon , «  Crazy Horses  » par les Osmonds , «  Hi Hi Hi  » par les Wings, «  Relay  » par le Who , «  Blockbuster  » par Sweet, «  The Jean Genie  » par David Bowie, «  Separate Ways   » par Elvis Presley, «  Me And Mrs Jones  » par Billy Paul, et «  Yellow Boomerang  » par Middle of The Road

 

Mes coups de cœur qui ne se sont pas retrouvés dans les best-sellers…

Les albums : «  Seventh Sojourn  » par les Moody Blues , «  Smokestack Lightning  » par Mike Harrison , «  Plight Of The Red Man  » par Xit , «  It Never Rains In Southern California  » par Albert Hammond , «  Heartbreaker  » par Free , «  A Good Feelin' To Know  » par Poco , «  Bursting At The Seams  » par les Strawbs , «  Hot August Night  » par Neil Diamond , «  Elected  » par Alice Cooper,

Single : «  Papa Was A Rolling Stone  » par les Temptations.

 

La T.Rex-mania, en Angleterre, c'est presque qu'aussi fort que la Beatlemania. Marc Bolan, qui « est » le groupe (les autres membres étant tout à fait accessoires et défilant d'ailleurs bon train) jouit d'une popularité extraordinaire. Toute une génération l'a choisi comme nouveau roi de la pop et « ne regarde même plus la télé quand elle a T.Rex » (7).

 

Marc Bolan©Focus

 

Depuis plus ou moins trois ans maintenant tous les singles du « groupe » se sont retrouvés numéros un ou deux dans les hit-parades anglais et le succès de Bolan a, évidemment, fait tache d'huile de par le monde… Avec moins d'unanimité que les Beatles toutefois.

 

Aux USA ça ne marche pas fort. Chez nous, c'est plutôt Slade qui cartonne, mais on reconnaît tout de même que c'est à T.Rex qu'on doit les premières étincelles du glam-rock et « Get It On », « Jeepster », et « Telegram Sam » et ont été des hits appréciables, les derniers albums de Bolan aussi.

 

On est donc ravi de pouvoir enfin juger le phénomène sur pièce lorsqu'il passe à Forest National le 24 mars. Hélas…

 

« Catastrophe, déception, calamité, horreur et putréfaction ! Et pourtant j'aime beaucoup les disques du groupe, je trouve Marc Bolan un compositeur de premier ordre... Mais le gars qui passe à Forest-National n'a rien à voir avec tout ça.

 

Comprenez-moi : ce que j'aime chez Bolan, c'est qu'il sait composer de belles chansons courtes, simples et en même temps pleines d'originalité et de personnalité. Il a des arrangements merveilleux. Les chœurs viennent toujours au bon moment et chaque instrument est utilisé avec sobriété. Pas de longs solos, etc... En plus, comme il est tout de même, qu'on le veuille ou non, une super star, on s'attend à une mise en scène canon... Et qu'est-ce qu'on reçoit ? Un groupe de péquenots devant quelques vieux baffles de l‘an quarante.

 

Bolan arrive sur scène et on s'aperçoit que son costume doré dissimule à peine un début d'embonpoint menaçant. Il chante deux couplets, puis se lance dans un solo digne d'Alvin Lee en faisant des bonds comme Pete Townshend. On se dit « Bon, c'est le premier morceau, il veut montrer qu'il est bon guitariste, il va maintenant devenir charmeur, envoûtant, mystique et tout.... » Rien du tout !

 

Le v'là qui remet ça : et j'te balance ma guitare contre l'ampli, et j'te tombe a genoux, et j'te me roule par terre... Maintenant on croirait le bassiste du Golden Earring... Les melodies ? Si elles existent sur ses disques, ce qu'il en présente sur scène n'est qu'une piètre caricature. Les arrangements ? Tout est ramené à de longues improvisations. Les chœurs ? Où ça ? Dites, où ça ?

 

Si Bolan veut faire du hard-rock grand bien lui fasse... Le malheur, c'est que s'il s'y débrouille, il abdique en même temps tout ce qui fait son originalité. Ce soir, il voudrait se saborder définitivement qu'il ne pourrait faire mieux. Un désastre !.. A la fin du dernier morceau... seul répond le silence. Le silence d'un public déçu qui est venu pour voir un roi, et qui n'a droit qu'au bouffon .. ».

 

 

 

Ah les préjugés ! S'il y a quelque chose qui a le don de me mettre en rogne, c'est ça. J'en ai trop bavé dès que je me suis passionné pour le rock. D'abord, parce que j'écoutais Elvis, j'étais un délinquant juvénile en puissance aux yeux des croulants, ensuite, lorsque j'ai commencé à porter les cheveux longs, j'étais un dégénéré, un drogué ou que sais-je encore… La plupart des fans de rock de ma génération sont passés par là. Moi, j'ai eu cette chance de pouvoir m'exprimer dans un magazine à grand tirage, alors j'ai immédiatement combattu les préjugés bec et ongles…

 

Mais le plus dur, c'est de s'apercevoir que les préjugés peuvent aussi être le fait de ceux qu'on croit être sur la même longueur d'onde… Les adorateurs de virtuoses qui dénigrent les musiciens qui ne se prennent pas au sérieux, les soi-disant « contestataires » qui veulent la gratuité d'accès aux concerts méprisant le salaire mérité par tous ceux, des vedettes jusqu'au plus humble des colleurs d'affiche, qui y travaillent… Quels cons ! D'où vient cette étroitesse d'esprit ? Ça sert à quoi ? Parfois, leur aveuglement imbécile fait passer certains à côté de choses qui les enchanterait s'ils se donnaient la peine d'oublier ces foutus préjugés.

DEMIS ROUSSOS

 

Demis Roussos©Coerten

 

Un exemple :  Le cas Roussos. Oui, celui de Demis Roussos, dont les hits sont considérés «ultra -commerciaux » dans un sens péjoratif par la plupart des amateurs de rock. Le chanteur grec à la voix haute perchée faisait partie de l' Aphrodite's Child aux côtés de Vangelis O Papathanassiou. Après une série de hits commencée en 1968 avec « Rain And Tears » le groupe avait terminé sa carrière en beauté en 1972 avec un double album aussi magistral que précurseur : « 666 ». Il était paru sous le label Vertigo au catalogue nettement orienté rock progressiste et ne laissait aucun doute quant à la capacité de l'Aphrodite's Child de jouer dans la même cour que King Crimson, Emerson, Lake And Palmer, les Moody Blues, etc.

 

Mais voilà, il y avait eu le split, et tandis que Vangelis se consacrait à la musique de films, Roussos, établi en France, avait immédiatement entamé une carrière solo couronnée de succès. Ses singles étaient de beaux slows, plaisants mais sans originalité, dans la lignée des hits du groupe avec une couche d'orchestration sirupeuse en plus.

 

On comprend que ceux que «  666  » avait conquis ne le suivent pas. Mais il devait surprendre tout le monde avec son premier album : « The Greek Side Of My Mind » où un rock très élaboré, parfois dramatique, était coloré d'influences byzantines. J'avais écris tout le bien que j'en pensais lors de sa sortie et c'était plus que suffisant pour que, bravant les railleries de mes copains, je décide d'aller voir ce que Roussos a dans le ventre sur scène.

 

 

Le comble, c'est que pour sa première venue à Bruxelles (aux Beaux Arts ) il n'est même pas en vedette. Il assure la première partie du chanteur yéyé Joe Dassin, que j'ai rebaptisé  Schele Jojo (8) parce qu'il louche tellement qu'il s'imagine que le Fleuve Jaune c'est l'Amérique (9).

 

Je fais un peu tache dans le public en majorité composé de mères de famille et de leurs progénitures de moins de 12 ans, mais ma curiosité est récompensée. Roussos est une montagne de talent.

 

Il apparaît tel un grand prêtre de quelque culte oriental revêtu d'une longue toge d'or sur laquelle tranchent des colliers de dents et de crocs.

 

 

 

 

 

Derrière lui cinq diacres en robes noires assurent un solide accompagnement vocal et se partagent guitare, orgue, mellotron, bouzoukis etc. Il chante. Il a une voix de cathédrale. Haute, puissante qui vous flanque le frisson le long de la colonne vertébrale.

Ses hits alternent avec des compositions plus complexes, riches en relief et en grandeur, avec toujours comme toile de fond cette touche de folklore gréco-byzantin qui fait toute son originalité. Magnifique ! Qu'est-ce que ce gars fabrique en première partie d'un plagieur comme Dassin ? Sa place est aux côtés des Procol Harum, Genesis, Barclay James Harvest etc… Rock progressiste mélodieux. Pourquoi se satisfait-il d'un public de variétés ? Je dois lui demander. Je le fais. J'obtiens une interview le lendemain.

 

 

•  Sur scène, vous alternez presque systématiquement une chanson ultra-simple et des morceaux très élaborés musicalement. Pourquoi ?

•  Pour faire une carrière il faut être malin. Il y a deux moyens d'arriver. Où vous faites ce que vous aimez, vous partez en Amérique et vous attendez longtemps avant de devenir célèbre. Ou vous êtes pressé. Et si vous êtes un peu malin - ou un peu grec- vous faites ce que vous aimez et en même temps de la soupe ! (Eclat de rire général ). Ça c'est moi. Sur scène j'interprète mes tubes, de la soupe, et je fais de la musique. La musique pop, la musique progressiste, c'est un mélange de musiques de base comme le classique, le jazz ou le folklore avec des sonorités et de rythmes modernes. C'est ce que je fais en m'inspirant du folklore de mon pays, enfin… du style byzantin. Pour moi cette musique est naturelle. Il n'y a qu'un Grec qui peut chanter byzantin. Je pourrais chanter du blues, je l'ai fais durant des années, mais il y en a tellement qui le font mieux que moi.

 

•  Mais qu'est-ce que vous fichez en première partie de Sch… de Joe Dassin ? Même si on se limite à votre « soupe », ici en Belgique, elle se vend mieux que celle de ce type.

•  Je fais ça pour qu'on me pose la question, hé ! Non, ça m'est égal. Je passe dans n'importe quelles conditions. Je ne suis pas prétentieux. D'ailleurs on remarque parfois plus un très grand acteur qui tient un petit rôle de trois minutes dans une pièce que sa vedette. Les gens se souviennent de ces trois minutes là. A Bruxelles je n'ai pas pu faire tout mon show, je n'avais droit qu'à trente-cinq minutes et normalement je joue une heure. Mais j'espère que ceux qui sont allés voir Joe Dassin se souviendront de moi et j'espère avoir réussi à avoir conquis différentes parties du public en faisant soit de la musique soit de la soupe.

 

Oui, un gros malin ce Roussos. Il fait les choses à la Demis. Mais il ne se rend pas compte des préjugés que sa dualité engendre. Dommage. Mais après tout, tant pis pour ceux qui les ont, et ratent quelque chose. Cela changera peut-être si notre Grec devient un peu plus prétentieux et ne chante plus que la musique qu'il aime (10). Après la soupe, le plat de résistance, non ?

 

 

(68) Parue en janvier de l'année suivante cette interview sera considérée exceptionnelle au point d'être reprise par le magazine spécialisé en rock progressif,  Prog résiste trente ans plus tard

(69) ± 0,03 € !

( 1 ) Ex-Animals, manager du groupe

( 2) Kesskis'passe chapitre 7

( 3) Il fera un come-back dans les nineties et deviendra une des stars de Las Vegas

( 4) Le comble c'est que la voix de Werth ressemble étrangement à celle …d'Axl Rose

( 5 ) Cette décision n'a pas tenu longtemps

( 6 ) Le Trans Europ Express, précurseur du T.G.V.

( 7 ) Allusion aux paroles de «  All The Young Dudes  » composé par Bowie pour Mott The Hoople.

( 8 ) Du bruxellois signifiant  Jojo qui louche  

( 9 ) Il s'était attribué le hit «  Yellow River  » du groupe Christie sous le titre «  L'Amérique  »

(10) Hélas… Les préjugés auront raison de son côté progressiste et il se noiera dans sa « soupe ».

 

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Mise en page : Jean Jième

 

 

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