GRAVE DANS LE ROCK

 

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Chapitre 1 : Cravate

 

 

Chapitre 2 : "Un individu malfaisant"

 

 

Chapitre 3 : Summer 69

 

Chapitre 4 : 1969, l'année du siècle

 

 

Chapitre 5 : Dawn of the seventies

 

 

Chapitre 6 : Wight 70

 

 

Chapitre 7 : La Ferme!

 

 

Chapitre 8 : fin 1970 L'explosion

 

 

Chapitre 9 : Déglingue du rock belge

 

 

Chapitre 10 : Monstres Sacrés

 

 

Chapitre 11: Charisme

 

 

Chapitre 12: Glam Rock - Le Schisme.

 

 

Chapitre 13: Rock 73

Genesis-Jemelle-Bilzen

 

Chapitre 14: Rock 74

Stones - Rapsat.

 

Chapitre 15: Les grands concerts de 1974

 

 

Chapitre 16 : Rock et Journalisme

 

 

Chapitre 17 : Épilogue

CHRONIQUE 1960-1965 CHRONIQUE 1966-1972 CHRONIQUE 1973-1980 LES PIONNIERS DU ROCK GROUPES BELGES
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GRAVÉ DANS LE ROCK

Intégral inédit du second ouvrage de © Piero Kenroll

CHAPITRE ONZE

C H A R I S M E

 

A la Ferme V, en plus de Philippe et Marcel, je me suis fait toute une bande de copains. Oh, rien de semblable à la bande du parc ou aux Aigles (53), mais des filles et des gars qui apprécient aussi l'ambiance du 19 avenue Van Becelaere où ils passent souvent, ou l'une ou l'autre excursion dans la nature quand le fichu climat belge le permet.

19. avenue Van Becelaere

 

Monique, Irma, Chantal, Anne, Nicole et une autre Chantal côté filles, Knack, Dodol, Lilit, Eric, Bouchon et Dédé côté mecs, sont les plus assidus.

 

 

Pour caser tout le monde, j'ai acheté d'occasion un mini-bus Volkswagen autorisé à transporter huit personnes (mais parfois on triche) en plus du conducteur. Très pratique.

 

Quand je me rends à un concert en province et qu'il reste de la place, je ramasse aussi les auto-stoppeurs chevelus qui vont évidemment au concert en question. Ambiance garantie sur le trajet. Aux festivals qui durent plus d'un jour je dors dans mon véhicule où j'ai bricolé une couchette à l'arrière. Cette camionnette est verte et blanche et, comme il y avait un gros point de rouille à l'avant, pour le cacher j'ai peint dessus une grande fleur du plus bel effet.

 

Pour les vacances, c'est parfait aussi, et certains copains fauchés sont ravis de m'accompagner dans le sud de la France où nous fréquentons une région pas trop touristique où nous nous sommes rapidement fait des amis.

 

Piero dans son mini bus VW

 

 

 

 

 

Evidemment, toute la bande est intéressée par le rock et le lecteur de cassettes fonctionne dès que je mets le contact. Selon leurs goûts, budget et disponibilités les uns ou les autres m'accompagnent souvent aux concerts.

 

Comme Dupuis paie mon carburant, ils ont le déplacement gratuit. Comme ils ont leurs cartes du Pop Hot Club, ils ont des réductions à l'entrée. Leurs commentaires et réactions me sont précieux pour rédiger mes comptes-rendus et je crois qu'ils apprécient que je leur fasse parfois découvrir des groupes qu'ils ne connaissent pas ; ou peu.

 

 

Ainsi, ce 13 octobre, j'ai convaincu mes potes de m'accompagner au ciné Roma à Anvers où passent les Everly Brothers.

 

Everly Brothers - 1957

 

Les Everly Brothers ? Tous en ont entendu parler mais sont un peu trop jeunes pour avoir vécu la décade (de 1957 à 1967) où ils ont aligné une trentaine de hits de part le monde y devenant les plus grands vendeurs de disques après Elvis, les Beatles et Frank Sinatra.

 

Je leur explique que le rôle des Everly dans l'évolution du rock est capital, que la plupart des groupes qui pratiquent les harmonies vocales les citent comme influence, à commencer par les Beatles qui, au début de leur carrière, étaient parfois qualifiés d' « Everly Brothers anglais » ; que Don et Phil Everly ont continué à évoluer musicalement et que John Sebastian, Graham Nash, David Crosby et Delaney and Bonnie ont participé à l'enregistrement de leur dernier album «  Stories We Can Tell » une autre petite merveille.

 

Stories We can tell - 1972

 

Bon : quelques jours avant certains m'avaient accompagné voir Bill Haley (aussi à Anvers) et s'étaient bien amusés, alors ils doivent se dire « Pourquoi pas ces autres vieux pionniers du rock ?  ». C'est un vendredi 13. Ils tentent leur chance… Ils ne vont pas le regretter !

 

Quand les deux « vieux pionniers du rock » montent sur scène, on s'aperçoit que ce sont de jeunes hommes dans la trentaine (ils ont commencé encore gamins) qui ont un charme fou. Les filles de la bande en sont tout glaglagla. Les Everly ont un look tout à fait contemporain, une élégance naturelle, un charisme qui rayonne jusqu'aux derniers rangs de la salle. Ils annoncent leurs chansons avec humour, évoquent un précédent passage en Belgique, présentent leur papa qui fait partie de leurs accompagnateurs et puis, et surtout… Ils chantent.

 

Everly Brothers - 1972

 

Mon Dieu comme ils chantent ! « Dire qu'ils chantent de façon extraordinaire est un terme bien faible. Non seulement la perfection de leurs harmonies est telle qu'on croirait entendre un seul type qui possède deux bouches, mais ils y mettent en plus tellement de sentiment que tout ce qu'on peut faire, c'est en rester baba . »

 

En effet, j'en ai plusieurs autour de moi qui sont bouche bée de stupéfaction. Ils ne savaient pas que c'était possible. Moi-même, qui connaît pourtant la plupart des disques des Everly, je suis secoué par l'intensité de leurs interprétations. C'est tellement fort que pour « Crying In The Rain » j'en ai effectivement les larmes qui me viennent aux yeux. A mes côtés, Chantal commente « Ils sont formidables, non ?  » Un nœud dans la gorge, je réponds « Grouilc !  ».

 

Dans le mini-bus, sur le chemin du retour, il règne un calme inhabituel. Comme si chacun voulait encore prolonger dans son esprit ce concert merveilleux qui n'a eu qu'un tort : s'achever. Heureusement que nous ne pouvons pas deviner que les Everly vont se séparer quelques semaines plus tard. Ce sera la plus grande catastrophe de 1973 !

 

 

Les bureaux de la rédaction chez Télé Moustique  ? Des murs gris, des papiers partout, des armoires en tôle garantie morne et triste... Bref, ce n'est pas le genre de paysage qui vous remonte le moral. Qu'auriez-vous donc fait à ma place si l'on vous avait proposé de quitter tout ça pour aller faire un tour à Londres aux frais de la princesse ? Des bonds de joie ? Moi, pas. Je ne tiens pas à me casser la figure et à rater le voyage. J'ai simplement répondu : «  Mais oui, mais oui, mais oui  », tout en bavant des stalactites.

 

 

La princesse, pour l‘occasion, s'appelle Charisma . C'est une petite firme de disques anglaise dont j'ai déjà parlé. Un cas particulier. II y règne un « esprit ». Ce qui est rare dans notre société où le profit passe avant tout. Nous y reviendrons. En Belgique, Charisma est représenté par Phonogram (qui distribue aussi Philips, Island, Vertigo et quelques autres que j'ai oubliés, mais qui sont ronds aussi, comme la plupart des disques), et c'est donc la charmante attachée de presse de Phonogram qui m'a fait des avances... Il devait y avoir deux journalistes et deux présentateurs-radio pour représenter la Belgique. Chaque fois un fiamandophone et un francophone. C'est ainsi que, par cette belle matinée du dimanche 15 octobre, la charmante attachée de presse en question se retrouve à Zaventem avec quatre types sur les bras: Anthony de l'émisson Rudi's Club (BRT), Claude Delacroix, l'âme de Formule J. (RTB), Guido Van Lievering journaliste à Het Laatste Nieuws et votre serviteur, gratte-papier à Télé Moustique . Bonjour tout le monde, et allez hop... On s'envole dans un biréacteur dont l'aspect solide ne suffit toutefois pas à rassurer Delacroix qui n'aime pas prendre l'avion. Histoire de le distraire un peu, je lui demande comment ça va à la radio… ?

 

- Oh, c'est toujours la même chose. On fait de la corde raide. A Formule J., nous recevons surtout des critiques. D'une part les braves mémés qui nous écrivent « c'est pas bientôt fini avec vos musiques de sauvages », d'autre part les amateurs de rock qui, eux, réclament « c'est pas bientôt fini avec vos trucs archi-commerciaux ». Il faut essayer de ménager les susceptibilités de part et d'autre. Car à l'heure où nous passons sur antenne il n'est pas raisonnable de faire une émission qui ne soit spécialisée que dans un sens.

- T'en fais pas, j'ai passé mes vacances en France et écouté leurs radios. À côté de ça ce que vous faites à la R.T.B. est génial. Oui monsieur : génial.

 

Il n'en demande pas tant et se fait servir un whisky pour se remonter le cœur, bien que celui-ci se trouve déjà à 4000 mètres d'altitudes. Mais, justement, c'est ce qui l'inquiète.

 

 

The Lindisfarne Liqueur

 

 

À Heathrow, l'aéroport de Londres, deux délégués de Charisma ont la charge de rassembler dans un bus tous ces gens d'antenne et d'écriture qui arrivent des quatre coins du continent. II y a des Suédois, des Danois, des Allemands, des Hollandais, des Français, des Espagnols, des Portugais... Tiens ? L'avion des Italiens est en retard. Bon. Le temps d'avaler quelques sandwiches et nous voila transportés à l'hôtel. C'est vraiment peinard de voyager comme ça ! Il n'y a qu'à se laisser conduire.

 

Dire que la dernière fois que je suis venu dons ce pays, je me suis tapé l'île de Wight à pied et à la nage... Je fais le tour de ma chambre pour voir s'il n'y a pas de micros dissimulés quelque part. Puis je réalise que je vois trop de films d'espionnage et que, dans le fond, je n'intéresse personne à ce point là... On frappe: toc-toc. J'ouvre. Une jolie jeune fille me remet un tas de trucs. Je la retiendrais bien pour lui expliquer que j'étudie les langues vivantes, mais elle est déjà chez le voisin. Voyons un peu tout ça…

 

Une lettre de bienvenue, le programme des festivités, un tee-shirt décoré du nouveau label de Charisma, le L.P. de Genesis, celui de Lindisfarne. Une grosse boîte… Joli ! On veut nous en mettre plein la vue. Dans cette boîte il y a une bouteille de Lindisfarne Mead (54), un pot de confiture d'orange à la Lindisfarne Liqueur, un pot de miel à la Lindisfarne Liqueur et un paquet de « fudge » (55) à la Lindisfarne Liqueur. Tout ça joliment présenté... Dommage que j'aie horreur de la liqueur en général et en particulier. Enfin, c'est l'intention qui compte. Voyons ce programme. « A 17 heures, vous êtes invité à faire la connaissance de l'équipe Charisma dans la suite présidentielle. » On y va !

 

J'y retrouve Paul Conroy. J'avais fait sa connaissance en Belgique lorsqu'il avait accompagné Capability Brown au mémorable festival de Jemelle. Un gars sympa. A Jemelle, il avait aussi été engagé comme « stage-manager », c'est à dire responsable de l'organisation de tout ce qui se passe sur scène. Du jamais vu chez nous : l'horaire avait été respecté. Lui et moi sommes d'accord sur le fait que Jemelle ‘72 a été un festival exceptionnel.

 

Mais revenons à London. Je présente Tony Stratton-Smith a mes compatriotes. Lui aussi, je le connais depuis un bout de temps.

 

Depuis les premiers passages de Genesis en Belgique. Big boss de Charisma, Tony veille comme un père sur chacun des artistes avec qui il signe un contrat. Il n'héslte pas a se déplacer avec un groupe tout à fait inconnu qui en est a ses débuts.

 

Pour le mettre en confiance. Pour que les musiciens comprennent qu'une fois qu'ils font partie de la famille Charisma leurs intérêts sont défendus. Si les directeurs de firmes de disques belges en faisaient autant avec nos groupes, ça irait peut-être un peu mieux chez nous, non?

 

Stratton-Smith est ce qu'on appelle un « personnage » dans le monde du show-business anglais. C'est lui qui a découvert Nice, Yes, Van Der Graaf Generator et tous les groupes qui sont actuellement sous contrat avec lui. II a souvent pris publiquement des positions qui ne sont pas celles auxquelles les managers nous ont habitués. Il s'est élevé contre ses collègues qui prennent parfois jusqu'à 50 % des gains des artistes dont ils s'occupent.

 

Pour lui 15 % est un grand maximum. Il considère aussi que les super-vedettes demandent trop cher pour se produire. Je lui demande pour­quoi il a organisé ce rassemblement de journalistes qui doit coûter un os.

 

 

Tony Stratton-Smith

 

 

•  C'est une nouvelle expérience pour nous. Chez vous en Belgique, par exemple, Genesis a déjà beaucoup de succès, mais tous les pays ne sont pas aussi rapides à réagir que la Belgique.

 

Ahem… Une réponse « diplomatique ». S'il savait à quel point le public belge est lent, parfois. Pour ma part je crois plutôt que le fait que la Grande Bretagne va entrer dans le Marché Commun (56) va pousser les firmes de disques anglaises à s'intéresser beaucoup plus au continent.

 

 

 

 

Genesis

 

19 h. 30 Nous sommes invités au Coliseum Theatre pour un concert qui comprend Genesis, Rab Noakes et, en tête d'affiche, Lindisfarne . Le Coliseum n'est pas un endroit habituel pour les concerts rock. Il sert plutôt à l'opéra et aux ballets. L'intérieur ressemble un peu a celui du Théâtre de la Monnaie de Bruxelles ou du Conservatoire de Liège. Ce genre de salle avec un décor en style rococo avec des dorures, des moulures, des chérubins, des chars tirés par des chevaux, des loges, des baignoires, des salles de bains en guise de balcons. Faut aimer. C'est Genesis qui ouvre le concert. Tout d'abord le groupe n'a pas l'air d'avoir changé beaucoup depuis son dernier passage chez nous en janvier dernier. Tony Banks est toujours entouré de ses orgue, piano et mellotron, Steve Hackett et Michael Rutherford sont toujours assis au milieu d'un tas de guitares et de pédales à gauche de la scène, et Phil Collins a toujours l'air de se marrer derrière ses drums. Ils commencent avec «  Watcher Of The Sky  » premier morceau de leur dernier album. II y a une longue introduction instrumentale…

 

Puis voici Peter Gabriel . Lui, est bien différent. Son charme sensuel a la Mick Jagger a fait place à un personnage qu'on dirait sorti tout droit d'un conte fantastique. Il est maquillé, il s'est rasé les cheveux au-milieu du front jusqu'au sommet du crâne, il porte un grand collier style inca et est tout de noir vêtu. Comme à son habitude, il est d'abord plutôt réservé. Mais à mesure que les morceaux se succèdent, son étrange magnétisme commence à opérer.

 

Tous les titres de la première face de «  Foxtrot  » y passent. Entre eux, pour permettre à ses copains de s'accorder ou de changer d'instrument, Peter raconte une de ces petites histoires étranges dont il a le secret. Quand il commence celle qui doit introduire «  The Musical Box  » tout le monde applaudit déjà. Hé ! Le répertoire de Genesis commence donc à être connu en Angleterre aussi (57)  ! Dans «  Supper's Ready  » pendant un passage instrumental, Peter disparaît. Il revient vêtu d'une longue robe rouge et coiffé dune énorme tête de renard. Le personnage in­quiétant qu'il est devenu a l'air de s'être échappé d'un rêve fou. La musique aidant, on se demande si on est encore bien sur terre. Mais un passage doux rassure provisoirement... Et puis, soudain, le théâtre explose !

 

Oui, au moment même où la musique redevient sauvage et grandiose deux explosions extrêmement lumineuses se produisent de part et d'autre de la scène. C'est aveuglant. Je fais un bond de vingt centimètres dans mon siège. La guerre éclair a commencé ? Une bombe est tombée sur le Coliseum  ? (58)

 

Tiens non, je suis vivant. Et Genesis achève son morceau. Le public applaudit à peine. Sonné. Les spectateurs auront besoin de «  The Return Of The Giant Hogweed  »  pour récupérer et ovationner le groupe à tout casser. II n'y a malheureusement pas de temps pour un rappel, nous apprend un présentateur débonnaire. Dans dix minutes Rab Noakes. J'en profite pour recueillir les impressions de Delacroix, qui voit Genesis pour la première fois :

•  Fantastique ! Extraordinaire ! Le meilleur truc que j'aie vu depuis des années. Je me demande ce que peut bien faire Lindisfarne après ça ?

 

 

 

Lindisfarne

 

 

Fog on the Tyne ( Lindisfarne)

 

 

Peter Gabriel - 1972

 

 

 

Passons rapidement sur Rab Noakes, un chanteur un peu folk, qui a la voix d'un des Bee Gees. Enfin voici Lindisfarne ! En Angleterre ses musiciens sont presque chacun aussi populaires que Marc Bolan. Je me dis donc qu'on va voir ce qu'on va voir. Et de fait, le batteur a à peine montré le bout de son nez que c'est le délire dans la salle. La musique du groupe est un folk anglais entraînant et inoffensif. Tout le monde est invité à avoir « a good time ». C'est amusant, mais musicalement ça dépasse rarement le niveau du camp scout en folie.

 

Pour le rappel les membres du Lindisfarne vont chercher ceux de Genesis et Rab Noakes dans les coulisses et ça se termine en jam très débridée. Avec Peter Gabriel à la lance de parade et Phil Collins martelant un tambour de deux mètres de diamètre. Autant d'accessoires oubliés là par une troupe de ballet.

Pour la presse il y a une réception à l'hôtel. J'y retrouve Peter et Jill, sa charmante épouse, Steve qui, lui, s'est marié il y a trois mois, Tony, qui lui aussi me présente sa dame, Phil en pleine folie, et Michael toujours parfait english gentleman. Ce sont eux qui me posent la première question

 

•  How's Belgium?

•  Le climat est toujours aussi capricieux, mais on vous attend. When do you come back ?

•  Sans doute en janvier prochain car nous devons aussi faire une tournée en Allemagne. Mais avant ça nous allons en Amérique.

•  Wow ! Votre popularité est en hausse on dirait !

•  Oui, nous commençons à être remarqués ici et nous attendons beaucoup de notre nouvel album dont nous sommes très satisfaits.

•  Pourquoi ce nouveau jeu de scène ?

•  Notre musique est assez complexe et il nous est difficile de faire participer le public comme le fait Lindisfarne. Il nous faut donc quelque chose de visuel pour que le spectateur ait son attention maintenue. Certains groupes actuels font passer ce côté visuel au premier plan. Notre politique est de l'utiliser pour souligner la musique, mais de ne jamais le laisser prendre le pas sur celle-ci.

 

Là-dessus les journalistes italiens accaparent le groupe. Genesis est vraiment une super-vedette en Italie maintenant. Mes confrères transalpins sont venus pour lui. Ils ne veulent même pas entendre parler de Lindisfarne. Et je dois avouer que je m'en bats un peu l'œil aussi.

 

Le lendemain matin, je décide d'aller faire un peu de shopping. II n'y a rien au programme avant midi. Je me pointe donc au Kensington Market, une galerie marchande où, en principe, on trouve tout. J'achète quelques trucs pas trop chers et un grand sac en toile pour les transporter. Au moment où je reviens dans la rue, un type d'une quarantaine d'années me met une carte sous le nez. Son autorisation de vendeur sans doute.

- No, thank you, I'm not interested.

Un autre type m'attrape alors par le bras. II est plus grand, porte une casquette, un bleu de travail et un bout de tuyau d'un bon mètre. Instant de panique.

•  Do read the card , qu'on me dit. II y a marqué Kensington Police.

•  Well, my friend, where's your drug ? Show us what's in your bag.

Ils commencent à y fouiller et trouvent mon portefeuille. Merde ! Après tout, une carte de police ça se vole ou ça s'imite, d'autant plus que je n'en ai jamais vue de vie. Ils ont autant l'air de flics que moi d'un danseur tyrolien. Le trouillomètre dans le rouge j'explique…

Carnaby's Street à deux pas de Kensington Market

 

- I'm a foreigner. I don't know your card, would you please call a policeman in uniform (59).

Ils font mieux. Ils appellent le panier à salade et m'emmènent au poste. Charmant ! Oh, ils sont polis et rapides. Il ne leur faut que dix minutes, pour se rendre compte qu'ils ont arrêté l'innocent du village, mais enfin, ils pourraient tout de même s'excuser. Qu'est ce que c'est pour des manières ? Arrêter un invité de la princesse! (60)

 

 

Après un repas, toujours offert par Charisma, nous avons droit a une vision privée du film  And Now For Something Completely Different  avec le Monty Python's Flying Circus. Il s'agit d'extraits d'un show qui passe régulièrement à la télé britannique. Celle qui est réputée la meilleure du monde, mais que nous ne recevons pas en Belgique (61). Ce n'est pas marrant, c'est à crever de rire. Parait que chaque semaine des milliers de téléspectateurs ont des crampes du côté des zygomatiques tellement ce truc est délirant.

Pas d'histoire. Une succession de sketches et de dessins animés, plus fous les uns que les autres. J'apprends que la popularité de Monthy Python est telle en Angleterre que des livres et des disques ont également été réalisés par l'équipe. Et justement, le premier album, c'est sur Charisma. Hélas, comme il ne s'agit que de dialogues et de bruitages, ça ne sort pas dans les pays non anglophones.

 

 

N'empêche... Quoi de mieux pour me remettre de bonne humeur après ma mésaventure du matin ? C'est décidé, je deviens un fan de Monty Python et je m'arrangerai pour commander en Angleterre les albums suivants (62).

 

String Driven Thing

 

Le soir, c'est le fameux  Marquee, club qui a vu défiler les plus grands noms du rock, qui nous attend. Soirée spéciale Charisma, bien sûr. Au programme Spreadeagle, String Driven Thing et Capability Brown.

 

 

 

 

Le premier est le plus rock and roll des groupes de la marque, mais manque de personnalité. La composition de String Driven Thing est assez inhabituelle : un violoniste plus tout jeune qui a des allures de prophète en toge blanche, une petite demoiselle toute mignonne et toute pétillante, qui danse un peu, joue un peu de tambourin et fait la seconde voix, un bassiste ordinaire et un chanteur guitariste. Pas de batterie ! A premier abord on est un peu déconcerté, mais petit à petit le charme opère . La musique balance tellement que l'absence de batterie ne se fait jamais sentir et les compositions accrochent. Le premier album (63) du groupe doit sortir bientôt. Je suis très curieux.

 

Capability Brown

 

Capability Brown a encore progressé depuis Jemelle et Bilzen. Il a plus d'assurance. C'est devenu un groupe de show­men. Ça bouge, les musiciens passent d'un instrument à l'autre avec une facilité déconcertante. On ne sait pas où donner de l'œil ou de l'oreille. Instrumentalement comme vocalement (ils chantent tous les six !) c'est tellement complet et varié que la seule comparaison gui me vienne à l'esprit est le Fleetwood Mac version 1970, lorsqu'il est venu a Londerzeel. Lui aussi touchait à tout avec un bonheur égal. Alors ? Capability Brown, un futur grand nom ? (64)

 

Super ces deux journées ! Vivre à Londres serait-il donc l'idéal ? Depuis ma visite précédente, à part la police qui vous arrête parce que vous faites du shopping il n'y a pas grand-chose de changé. II y a de grandes affiches de cinq mètres sur six à l'effigie de Marc Bolan, avec l'inscription «  Le problème de la pollution est entre nos mains. Gardez la Grande ­ Bretagne propre.» mais la ville est toujours aussi puante. La foule partout. Le trafic intense, les gaz d'échappements…Beurk !

 

Les Londoniens ont l'air moins détendus que dans les sixties. Les journaux titrent «  Joe Cocker admits drug charge  », les compagnons du Hare Krishna Temple parcourent Oxford Street en chantant, quelques loques humaines attendent la réouverture des pubs, les strip-teases s'activent à partir de 13 h, au ciné on joue   The Godfather   et  Fritz The Cat, au théâtre  Jesus Christ Superstar fait recette, les marchands de revues sexy voisinent avec les délégués de l'Armée du Salut…Contrastes.

 

Au retour, à l'aéroport, nous sommes fouillés des pieds à la tête. Peur des pirates aériens. Pourquoi y a-t-il tellement d'amateurs de musique à Londres ? Parce que la musique c'est un peu le rêve… Et qu'on en a bien besoin.

 

 

Slade - 1972 (photo©Coerten)

 

Je l'annonce comme un match : Slade rencontre le public bruxellois à Forest National le 22 octobre. But du jeu : savoir qui du groupe ou du public est le plus dingue. Pour ma part, c'est du tout cuit, je suis atteint gravement depuis Jemelle. Alors je mets de l'huile sur le feu, j'insiste sur l'importance de la participation du public et j'y vais d'un vade-mecum pour les spectateurs potentiels. Il commence par un petit lexique pour permettre à ceux qui auraient un problème linguistique de mieux comprendre le groupe…

 

Hear Me Calling : Vous m'entendez vous appeler? Essayez un peu de crier plus fort que moi, pour voir...

Clap your hands  : Frapper quelque chose (ou quelqu'un), du moment que ça fait du bruit, c'est bon.

Stamp your feet : Marchez sur les orteils du flic de service, l'air de ne pas l'avoir fait exprès.

Get Down And Get With It : Tous ceux qui sont assis sur les gradins là, tout au-dessus, descendent en chargeant vers la scène.

We want everybody up from the start  : Ajustez vos parachutes, on va décoller tout de suite.

Heurk  !: J'ai bien mangé, j'ai bien bu...

Tutti Frutti  : (littéralement : tutti= tout ; frutti = petits morceaux (de fruits)). On casse tout !

Look Wot You Dun: Regardez ce que vous avez fait : ce fauteuil ne tient plus ensemble.

In Like A Shot From My Gun: Le responsable du mobilier vient de se flinguer .

Take Me bak' ome : Celle qui m'attrape peut me ramener à la maison.

Coz I Luv You: On vous aime bien.., et on espère que vous aimez le violon.

Man Who Speaks Evil: N'écoutez pas celui qui vous dit d'être calme. Il ne dit que des c...

We gonna slow down a little bit now: Afin de permettre l'évacuation des blessés, nous allons jouer quelque chose d'un peu plus doux maintenant. Enfin, c'est doux au début... Le temps de souffler, quoi…

We want everybody to feel each other: Les filles se frottent centre les garçons et vice versa.

Mama  ! Weer All Crazee Now: Bonne mère ! Nous sommes tousse fadas méteunang...

Keep on rockin' : Ça y est ! C'est l‘émeute!

Born To Be Wild: Celui qui, par hasard, garde encore la tête froide à ce stade devrait se faire soigner: il ne réagit pas comme le commun des mortels.

 

Dave Hill © Coerten

Noddy Holder

Ceci devrait vous permettre de comprendre plus facilement le « message » de Slade. Nous vous conseillons toutefois de bien l'étudier à l'avance, car emmener votre Télé Moustique au concert pour à consulter au moment voulu n'est pas l‘idéal. Notez que nous, on ne demanderait pas mieux, ça nous ferait de la publicité, mais vous risquez d'avoir quelques difficultés à trouver la page. Pourquoi ? Voilà une question que vous ne nous poserez plus après...

 

 

 

 

Après ça, j'y vais de quelques conseils…

 

• Ne vous gênez pas pour vous lever et danser, ceux qui n'ont pas compris qu'on est là pour ça n'ont qu'à aller se faire voir.

• Tout excité que vous soyez, réservez-vous tout de même en fonction de votre résistance physique durant le passage des groupes précédents.

• Si vous êtes près des haut­parleurs mettez de l'ouate dans vos oreilles, vous n'en entendrez pas moins bien, et ça vous évitera d'entendre des sifflements suspects les jours qui suivront.

• Les boissons a Forest National sont scandaleusement chères ; mieux vaut prendre vos précautions à l'avance.

• Une bonne condition physique est de rigueur. Faites un peu de gymnastique chaque matin et surveillez votre alimentation. Fumez le moins possible.

• Parmi les objets qui peuvent éventuellement vous être utiles: un sifflet (pour siffler), une crécelle (pour faire du bruit), une trompette (pour faire plus de bruit), un cor alpin (pour faire encore plus de bruit), un équipement complet de footballeur américain (si vous êtes au premier rang), une paire de jumelles (si vous êtes au dernier), un casque (si vous êtes entre les deux), un porte-voix (pour faire entendre la voix du peuple), un parapluie (à cause de la voix du peuple qui postillonne), du poil à gratter (pour les touristes, qui fatalement se seront pointés là pour le plaisir de pouvoir se scandaliser), du fluide glacial (pour ceux qui restent tout bête sur leur fauteuil), un périscope (pour ceux qui sont petits), un uniforme d‘agent de police (si vous êtes fauché, pour entrer à l'œil), des confetti et des serpentins (pour répondre aux paillettes dorées que Dave Hill vous lancera à la tête), une plaquette avec votre groupe sanguin et le nom de la personne qu'il faut prévenir en cas d'accident (on ne sait jamais), votre vieille grand-mère cardiaque (celle dont toute la famille attend l‘héritage) et une armoire normande (histoire de mettre de l‘ambiance au cas où il n'y en aurait pas).

 

 

 

 

Faut croire que j'ai de la chance : on ne me poursuit pas pour incitation au désordre public. Mais il y a encore plus fou que moi. Le soir du concert, au beau milieu de la prestation de Slade, quelqu'un jette une brique (oui une grosse brique rouge pour faire les maisons) en direction de Noddy Holder. Le chanteur est blessé à la main. N'importe quel autre groupe aurait quitté la scène immédiatement. Pas Slade. Noddy invite le responsable à venir s'expliquer « entre hommes » derrière la scène après le concert et c'est reparti… Le martèlement Slade, ce rythme irrésistible qui vous secoue la moelle épinière de haut en bas ! Clap your hands ! Stamp your feet ! Cette fois ce n'est plus sur le gazon comme à Jemelle. Ce sont le plancher et les sièges qui résonnent de milliers de pieds qui les percutent en cadence. Je suis assis (enfin debout devant mon fauteuil) à mi-chemin entre la scène et les gradins et j'ai l'impression que c'est le bâtiment tout entier qui se soulève et s'affaisse selon le rythme. Or, ayant souvent été dans les coulisses, je sais que la partie où je me trouve ne repose pas sur le béton, mais sur une armature en tubes métalliques… Et si ? Non. Heureusement. Elle tient bon. Une cinquante de fauteuils pas. En matière d'ambiance, décidément, rien n'est comparable à un concert de Slade.

 

Kesskis'passe ?

 

Le groupe qui fait sensation, c'est Roxy Music . Son «  Virginia Plain  » cartonne en Angleterre et je suis tellement épaté par son premier album que j'y vais d'une présentation délirante, expliquant que ça peut faire penser à un croisement entre Sha-Na-Na et King Crimson, entre Pink Floyd et les Wild Angels et que si les lecteurs ne font pas au moins l'effort de l'écouter, il ne me reste plus qu'à aller me consacrer à l'étude de la vie sexuelle des bernard-l'hermite dans la mer des Sargasses.

 

Vu le manque d'intérêt général le concert prévu à Forest National pour les Jackson Five (avec Michael Jackson) est annulé.

 

Birtha, qui joue un rock dur et énergique, a pour slognan Birtha has balls  !  (« Birtha a des couilles ! ») et qui se compose de quatre jeunes filles, bat le record de compression des spectateurs à la Ferme V. où 450 spectateurs arrivent à s'entasser dans une salle qui est déjà bien pleine avec 300.

 

Catastrophe ! Alors que tout le monde est curieux de découvrir Alice Cooper , sa tournée ne passe pas par la Belgique. Heureusement, un membre du Pop Hot Club organise un déplacement en car à Rotterdam où l'on peut se rendre compte que le show d'Alice est une merveille. Boa vivant, bagarre à coups de couteaux et de poubelles, sirènes de police, pendaison (il y a une véritable potence sur scène), la mise en scène est époustouflante au point que ce que font les autres groupes paraît tout à coup dépassé et désuet.

 

À part le Recreation, trio instrumental liégeois qui a déjà deux albums et l'estime générale à son actif, et sort un single intitulé «  Love Forever »/ « Fallen Astronauts  », les groupes belges sont toujours dans le creux de la vague. Mais après bien des crises et des changements de personnel, le Lagger Blues Machine arrive à sortir un L.P. qui porte le nom de « Tanit » et parvient même à faire une brève apparition dans le hit parade. Un duo folk établi en Belgique, les Balladeers en est lui à son deuxième album sous le titre «  No Title  » (très drôle !). Dany Lademancher et Roger Wollaert(ex-Kleptomania), Ange Antioco (ex- Carriage Company) et Gus Rohan (ex-Waterloo) sont recrutés pour que le New Inspiration qui était surtout un groupe de studio puisse être à la hauteur sur scène.

 

Depuis le Cheetah Club (65) Pink Floyd a bien changé. Lorsqu'il passe dans un Forest National bourré jusqu'à ras bord le 5 décembre, c'est vraiment devenu une grosse machine dont les jeux de lumières et les artifices pallient l'absence de « présence » des musiciens.

 

 

 

Malgré l'utilisation de l'« azimuth coordinator » qui donne l'impression à certains moments que la musique tourne autour de la salle, le répertoire du groupe est décrit par Jean-Luc Crucifix (qui assure le reportage) comme un  « magma très peu convaincant  ». Mais Jean-Luc précise que le spectacle est surtout total dans…le hall d'entrée, où les flics frappent ferme sur quelques centaines de personnes qui essayent encore de pénétrer de force.

 

En décembre, au cours d'une soirée dansante, je remarque le groupe amateur qui passe en attraction : «  Pas génial mais très enthousiaste. Les quatre gars qui le composent compensent leur manque de matériel et d'expérience par l'énergie avec laquelle ils attaquent leur répertoire fait de rocks violents. ». Son nom ? Moby Dick. Je fais connaissance avec le batteur. Un certain Marc Ysaye (66).

 

Encore quelques visiteurs de l'automne : Beck, Bogert & Appice et Focus (Anvers / Arena ), les Pretty Things et les Variations (Bruxelles/ 140 ), Melanie (Anvers), Manfred Mann's Earthband ( Gand, Marcinelle, Essen), Ray Charles (Bruxelles / Cirque Royal ), B.B. King (Louvain), Ike & Tina Turner ( Forest National ), East Of Eden (Liège, Mons), Four Tops, Bill Withers, Thelma Houston (Anvers/ Arena ),

 

Alors que «  Slade Alive !  » bat tous les records de longévité dans notre hit-parade des ventes en Belgique, l'automne '72 est aussi l'époque des succès des albums «  Together  » de Golden Earring , «  Hits Movies  » d' Elvis Presley , «  Vol. 4  » de Black Sabbath , «  School's Out  » d' Alice Cooper , «  The Slider  » de T.Rex , «  Rock And Roll To The World  » de Ten Years After , «  Some Time In New York City  » de John Lennon & Yoko Ono , « Catch A Bull At Four  » de Cat Stevens , «  Gary Glitter  » par lui-même, et «  Close To The Edge  » par Yes , ainsi que des singles «  My Reason  » par Demis Roussos , «  Sugar Me  » par Linsey de Paul , et « Gudbuy To Jane  » par Slade .

 

Mes coups de cœurs qui ne se sont pas retrouvés dans les best-sellers : les albums «  Saint Dominic's Preview  » par Van Morrison , «  Foxtrot  » par Genesis , «  Full House  » par le J. Geils Band , «  A Woofer In A Tweeter's Clothing  » par les Sparks , «  Heads  » par Osibisa , «  The Man Who Sold The World  » de David Bowie qui , enregistré en 1970, sort enfin en Belgique, «  Barclay James Harvest And Other Short Stories  » par Barclay James Harvest que sa firme de disques ( E.M.I.) me fait parvenir un an après sa parution à l'occasion de la sortie de « Baby James Harvest  » (chez Polydor ) qui est presqu'aussi bon, et «  Glorified Magnified  » du Manfred Mann's Earthband .

 

Parfois je reçois des lettres de ce genre…

 

Cher Pierro,

 

Lecteur assidu de Télé Moustique depuis plusieurs années (Si c'était vrai, il aurait remarqué que c'est « Piero » avec un seul « r » non ?), je trouve ta rubrique particulièrement formidable (Ben tiens !). Toutes mes félicitations, continue comme ça (quand on me balance des flatteries pareilles, je me méfie).

 

A propos mon prof de français m'a demandé de faire une élocution sur la « pop-music » ( Hé ?). Te serait-il possible de m'envoyer ( nous y voilà ! ) une histoire complète de ce genre musical, de la documentation, des articles, des photos, des textes de chansons, leur traduction, des posters, des disques, des livres, etc... Comme je n'ai pas beaucoup de temps pour préparer le sujet, si j'avais ça pour après-demain ce serait vraiment chouette. A la rigueur tu peux aussi me donner ton avis sur le sujet, mais ce n'est pas indispensable.

 

Formule de politesse. Signature. Aussi sec. C'est tout juste si le type ne demande pas les Pebbles en attraction et un vieux morceau de guitare ayant appartenu à Pete Townshend pour illustrer son exposé. Bien que je pense que si le gars lit effectivement la rubrique depuis assez longtemps il doit avoir de la matière, je lui réponds néanmoins hypocritement qu'il est bien gentil, que j'aimerais lui faire plaisir, mais qu'enfin, sept pages par semaine en petits caractères… faut s'les faire ! Surtout lorsqu'on passe déjà une grosse partie de son temps à écouter des disques et à courir les concerts.

 

Toutefois comme il n'est pas le seul à m'appeler au secours, ça me donne une idée. Me rappelant mes propres cours de français, pour venir au secours de tous ces étudiants en détresse, je me lance dans la rédaction du texte de base pour préparer une élocution sur la musique pop en général et le rock en particulier.

 

 

 

 

 

L'historique, l'explication du phénomène et ses répercussions sociales. Vaste sujet non ? Je condense à mort et j'arrive à débiter l'essentiel (des origines à 1972) sur quatre pages en 7 helvetica italique bas de casse (caractère d'imprimerie de l'époque) dont la publication prendra deux semaines.

 

Pour rendre ça moins rébarbatif je préviens : «  Ne croyez pas que je veuille m'instituer en prof vachement imbu de sa personne. Le genre de mec qui veut éclabousser tout le monde de son savoir, je l'ai abandonné lorsque mon petit cousin, qui a douze ans, m'a récité à l'envers la discographie complète d'Elvis Presley. Non, en dehors de faire le boulot pour lequel je suis payé, mon but est, comme le vôtre je suppose, de faire partager un enthousiasme délirant pour le rock à des gens qui en principe ne délirent pas plus que ça… Même que c'est bien dommage. J'invite donc les ministres, les cardinaux, les militaires, les croque-morts, les agents de police, les agents des contributions, les agents de change, les agents d'armes à pied, les trams à un agent, les gentes dames, les gens aigris, les gens « bien », les gens sais rien et les gens n'ai rien à f… (67) à jeter un oeil compatissant sur la suite. Pour votre part, vous devrez vous contenter de votre prof et des petits ahuris de votre classe qui en sont encore à Johnny Hallyday, mais que voulez-vous, il faut faire avec ce qu'on a… ». 

 

Et j'assortis le texte de l'élocution proprement dite de mes conseils pour mettre le prof en condition et maintenir l'attention des camarades de classe. « Il va falloir être racoleur, bassement flatteur, obséquieux… Tout à fait comme moi lorsque je demande une augmentation  ». Je me défoule ! Un plaisir. Le plaisir d'écrire… Sans lui, je ne serais sans doute pas occuper à rédiger ce bouquin !

 

 

 

 

 

(53) Voir CŒUR DE ROCK

(54) Mead = hydromel

(55) Fudge = sorte de friandise

(56) 1 er janvier 1973

(57) N'oublions pas qu'à ce stade il n'est toujours qu'un « support act » pour la super-vedette Lindisfarne

(58) À ma connaissance c'est la première fois qu'un groupe utilisait les éclairs de magnésium sur scène.

(59) Je suis étranger, je ne connais pas votre carte, voulez vous appeler un policier en uniforme s.v.p.

(60) Celle qui paie les frais, comme j'écrivais au début

(61) Hé non : à l'époque les chaînes anglaises n'étaient pas encore sur le câble.

(62) Il y en aura sept en tout

(63) Il en enregistrera cinq ou six

(64) Hélas, sa brève carrière s'achèvera en '76, après deux albums

(65) Voir CŒUR DE ROCK

(66) Le groupe deviendra Machiavel

(67) Évidemment « foutre » en entier aurait été censuré par le service de correction

 

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Mise en page : Jean Jième

 

Chapitre 10 : Monstres Sacrés

Chapitre 12 : Glam Rock - Le schisme