GRAVE DANS LE ROCK

 

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Chapitre 1 : Cravate

 

 

Chapitre 2 : "Un individu malfaisant"

 

 

Chapitre 3 : Summer 69

 

Chapitre 4 : 1969, l'année du siècle

 

 

Chapitre 5 : Dawn of the seventies

 

 

Chapitre 6 : Wight 70

 

 

Chapitre 7 : La Ferme!

 

 

Chapitre 8 : fin 1970 L'explosion

 

 

Chapitre 9 : Déglingue du rock belge

 

 

Chapitre 10 : Monstres Sacrés

 

 

Chapitre 11: Charisme

 

 

Chapitre 12: Glam Rock - Le Schisme.

 

 

Chapitre 13: Rock 73

Genesis-Jemelle-Bilzen

 

Chapitre 14: Rock 74

Stones - Rapsat.

 

Chapitre 15: Les grands concerts de 1974

 

 

Chapitre 16 : Rock et Journalisme

 

 

Chapitre 17 : Épilogue

CHRONIQUE 1960-1965 CHRONIQUE 1966-1972 CHRONIQUE 1973-1980 LES PIONNIERS DU ROCK GROUPES BELGES
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GRAVÉ DANS LE ROCK

Intégral inédit du second ouvrage de © Piero Kenroll

 

CHAPITRE QUATRE

 

L'ANNÉE DU SIÈCLE

 

C’est pas tout ça, le retentissement des concerts gratuits à Hyde Park a donné des idées à certains. Avec l’aide de Jean Martin, le Parking des deux portes  situé à Bruxelles entre la porte Louise et la porte de Namur, monte le 2 octobre  un « free-show » pour se faire connaître. Il y a les trois groupes belges les plus populaires du moment à l’affiche: Wallace Collection, Pebbles et Jess & James

 

6.000 spectateurs, une réussite qui enchante les sponsors.  Mais  pour d’autres c’est surtout l’idée « musique pop = musique populaire = musique du peuple = musique gratuite » qui en ressort.  Cette idée se répand surtout en France où les événements de mai 68 ont enflammé toute une partie de la jeunesse. Il y a des jeunes Français qui envient les festivals qui  se succèdent en

 

1969 l'année rock du siècle

Angleterre, et dans une moindre mesure, chez nous. Ils  rêvent d’un grand festival dans l’hexagone mais pas à n’importe quel prix.  De préférence même, à aucun prix du tout.

 

Comme il y a parmi eux de nombreux « contestataires » aussi turbulents que politisés, lorsqu’un certain Jean Georgakarakos se lance dans l’organisation du First Paris music festival , sous le nom d’ Actuel,  les autorités parisiennes interdisent purement et simplement la manifestation.

 

Un grand rassemblement de jeunes, c’est trop dangereux. Toute la France doit être de cet avis.  Car, finalement, ce festival « de Paris » a lieu en Belgique. Les spectateurs français étant acheminés par bus.

 

 

 

1969 l'année rock du siècle

La plaine du Mont de l'Enclus

 

Un énorme chapiteau est planté dans une prairie parsemée de bouses de vaches près d’Amougies, un patelin au pied du Mont de l’Enclus, dans la région de Renaix. L’événement se déroule sur cinq jours : du vendredi 24  au mardi 28 octobre. L’affiche où free jazz et pop-music alternent, est la plus ambitieuse jamais vue chez nous.

 

Une cinquantaine de noms dont : Ten Years After, Colosseum, Aynsley Dunbar Retaliation, Pink Floyd, Renaissance, Alexis Korner, Nice, Blossom Toes, Caravan, Yes, Pretty Things, Chicken Shack, Soft Machine, Captain Beefheart, East Of Eden, Fat Mattress et Frank Zappa.


Problème récurant tout au long du festival : ceux qui estiment que le peuple (enfin eux surtout) ne doit pas payer pour écouter la musique du peuple ne veulent plus quitter le chapiteau une fois qu’ils y sont. Empêchant de jour en jour, ceux qui ont fait la file aux caisses pour acquérir un billet d’y pénétrer. Ce n’est pas le seul  détail pittoresque.

 

Dans mon compte-rendu j’estime que décidément… « Les Français sont des gens bizarres. Ils vont à un festival pop pour se déguiser en « hippy » (kaftans et tout le bazar, comme il y a deux ans), pour se montrer, pour faire de la politique, pour l’ambiance, pour contester, pour le paysage et bien des trucs encore. Mais bien peu viennent pour la musique. Leurs groupes font surtout du bruit et ils en bavent. Quand un groupe convenable (Blossom Toes) joue un morceau plus nuancé, les Français rouspètent. On commence à comprendre pourquoi cela fait des années qu’ils ont toujours les mêmes navets. »


Je me demande aussi pourquoi les groupes commencent à jouer à partir de vingt-deux heures trente alors que tout le monde est là à dix-neuf heures et pourquoi les vedettes  doivent passer vers quatre heures du matin alors que la majeure partie de l’assistance est endormie.

Enfin, il y a tout de même des moments mémorables avec Ten Years After, le Nice, Yes, les Pretty Things et…  Frank Zappa. Officiellement ce dernier est là comme… présentateur. Mais comme il ne parle pas français, il préfère faire la jam avec les groupes qui lui plaisent le plus.  On le voit ainsi donner de la guitare en compagnie, entre autres, du Captain Beefheart, d’Alexis Korner, de Pink Floyd et des Blossom Toes

 

À côté de ça il s’ennuie un peu et erre dans les coulisses, solitaire, parce que les Français ne le connaissent pas encore assez.  Les nuits d’octobre sont déjà froides et dans la petite tente adjacente au chapiteau, nous nous retrouvons nez à nez lui et moi, à la même table autour de boissons chaudes. Nous échangeons nos impressions sur le festival, le public, l’ambiance, l’organisation. Il n’a pas fort le moral. Il vient de dissoudre la première formule des Mothers Of Invention. Il  a des problèmes de budget. Il se demande ce qu’il est venu faire là.

 

Nous nous étions rencontrés une première fois le jeudi précédent au Théâtre 140. Zappa était de passage à Bruxelles et y a assisté au concert de Ten Years After.

 

Déjà là, il a tenu à faire la jam avec Alvin Lee et compagnie. Comme ça se prolongeait, la police est arrivée, suite à des plaintes pour tapage nocturne, et voulait arrêter la musique. Jo Dekmine s’est fâché tout rouge et a joué son Mirabeau (47) en déclarant: « Ce spectacle continuera car c’est la volonté des musiciens et la volonté du public ».


Frank et moi sommes d’accord : un courageux ce Dekmine. Là dessus nous vidons nos tasses et retournons à nos jobs réciproques. Lui sur scène, moi dans le public. Sympa Zappa. Nous nous retrouverons.

 

 

Pink Floyd Amougies 69

 

Pink Floyd en jam avec Frank Zappa

 

Kesskis’passe ?

 

Le groupe dont on parle en Angleterre en cette fin ’69 est Flaming Youth dont l’album « Ark 2 » est remarquable. Le batteur chante deux morceaux. Il s’appelle Phil Collins.

 

 Quand j’entends pour la première fois « 21st Century Schizoïd Man » en découvrant le premier album du King Crimson, je reste tétanisé pendant plusieurs secondes.

 

C’est la fin des Bee Gees ! Barry Gibb a définitivement dissous le groupe. (48).

 

John Lennon renvoit  sa décoration de M.B.E. (Member of the British Empire) à la reine d’Angleterre en donnant les raisons suivantes : 1- pas d’accord avec la politique britannique vis à vis du Biafra, 2- pas d’accord avec la politique britannique vis à vis du Vietnam, 3- pas d’accord avec la politique des Anglais vis à vis de son disque « Cold Turkey » dont ils n’ont même pas fait un n°1 au Hit Parade.

 

Parce qu’ils ont soi-disant relevé des tas d’indices le révélant, entre autres qu’il marche pieds-nus pour la photo de la pochette de l’album « Abbey Road », de nombreux Américains sont convaincus que Paul McCartney est mort.

 

Mick Jagger n’est pas content. Ce ne sont plus des filles plus ou moins hystériques qui composent la majorité des spectateurs des concerts des Rolling Stones. Du coup, finis les hurlements permanents (49) durant leur prestation, mais un public plus attentif à la musique. Mick estime que l’ambiance s’en ressent.

 

 

 

 

 

Le succès du Led Zeppelin s’est accru tellement rapidement et est maintenant tel que c’est une représentante de la Chambre de Commerce anglaise, fort satisfaite de la masse d’argent que le groupe fait entrer dans son pays, qui lui remet toute une série de disques d’or en déclarant : « On dirait que vous êtes des fusées plutôt que des zeppelins ».

 

Deuxième Pop Hot Show le 20 décembre au Centre Rogier de Bruxelles. Dans le coup trois nouveaux groupes belges prometteurs : Kleptomania , Recreation et Waterloo ainsi que des Anglais : Fynn McCool   qui réunit d’anciens Shakespeares  et Mike Fowler ex- Grapefruit. Ce sont les Blossom Toes qui doivent être en vedette, mais, catastrophe, quatre jours avant le show, le groupe décide de se séparer étant donné son manque de succès ailleurs qu’en Belgique. Brian Belshaw et Brian Godding, renforcés par des membres du Fynn McCool, viennent tout de même honorer le contrat avec un répertoire de classiques du rock. Tout le monde déplore la fin de ce groupe qui a marqué, chez nous, l’année 1969.

 

Brian Godding and Belshaw

Fynn Mc Cool à la rescousse du Blossom Toes

(photo J.Jième)

 

- 1969 -

 

 

1969… Quelle année ! Elle a été célébrée par les Stooges (50) et, bien plus tard, par Bryan Adams (51), elle a vu l’homme gagner la lune, le Concorde et le Boeing 747 gagner le ciel, un belge gagner le tour de France, un film rock « Easy Rider » gagner le Festival de Cannes.

 

Le 21 août,  quelques trois cent mille spectateurs vécurent un gigantesque festival à Woodstock (52) aux U.S.A., Bob Dylan était au faîte de sa gloire, Elvis Presley plus « king » que jamais, était de retour sur scène et au sommet des hit-parades avec « In The Ghetto » et « Suspicious Mind » et son album « From Elvis In Memphis » , les Beatles sortirent « Abbey Road », les Moody Blues « On The Threshold Of A Dream », les Rolling Stones « Let It Bleed »,

Led Zeppelin  ses deux premiers albums, Pink Floyd « More »  et « Umma Gumma », Spooky Tooth  « Spooky Two » et  le Who produisit l’un des plus importants chef d’œuvre de l’histoire du rock « Tommy ». 

 

Parce que l’humanité fit un grand pas, parce que ce fut la dernière année de ce qu’on appellera les « golden sixties », parce que les progrès scientifiques ne connaissaient encore aucun frein économique, parce que la création artistique était en plein boum,  parce que les jeunes de l’époque avaient encore un futur, certains estiment que le « sommet » du XXième siècle se situe cette année-là. 

 

 

 

Pour commencer 1970, j’y vais, bien sûr, du résumé de ce qui s’est passé durant les douze mois précédents, mais je ne me contente pas de cela. Je me risque aussi au jeu des prévisions.

 

Le but : faire rire les lecteurs, bien sûr, mais aussi me moquer de quelques problèmes récurrents qui empoisonnent la vie du monde en général, et celles des fans de rock en particulier…

 

Version condensée et ajustée, pour facilité la compréhension par ceux qui n’étaient pas encore nés :

 

« Mon collègue Despreschins m’a prêté la boule de cristal qu’il garde en souvenir d’une adaptation qu’il a écrite pour la télé. Après quelques menues difficultés (elle fonctionne en 110 volts et je n’ai que du 220) voici ce que j’ai pu apercevoir plus ou moins confusément pour l’année à venir :

 

 

JANVIER : Un jeune rédacteur pop se fait engueuler par son rédac-chef parce qu’il fait des prévisions et que ça risque de créer des problèmes avec le syndicat des voyantes.

Le Who vient en Belgique et Keith Moon, grand amateur de bière, reçoit une chope en or pour un million de verres ingurgités.


FEVRIER : Eric Clapton et Ginger Baker forment un nouveau super-groupe : Blind Hope (Espérance aveugle) avec Barry Ryan et Tom Jones. Malgré la neige et le froid 500.000 spectateurs assistent à leurs débuts à Hyde Park.

La RTB se met enfin à la pop-music avec une série d’émissions avec André Verschueren, Luis Mariano et Georgette Plana (53).


MARS : Les Beatles annoncent qu’après avoir étudié la pochette d’ « Abbey Road », ils croient qu’ils sont morts et, pour cette raison, arrêtent d’enregistrer (54)

La RTB engage un nouvel animateur pop, il n’a que 64 ans !


AVRIL : Après le deuxième Pop Event à Anvers, cette ville est décrétée nouvelle capitale de la Belgique.

Le problème linguistique est résolu : tout le monde chante en anglais.
Mick Jagger accepte le rôle d’Attila au cinéma, Ringo Starr sera le pape Léon 1er (55).


MAI : Un million de personnes à Amougies pour le 2ème festival Actuel.

Le bourgmestre propose la candidature du village comme capitale de l’Europe.

 

JUIN : Eric Clapton et Ginger Baker forment un nouveau super-groupe : Blind Charity (Charité aveugle) avec Gene Vincent et Vince Taylor. Les Hell Angels envahissent Hyde Park.

La télé belge réalise enfin l’importance de la pop-music. Elle programme un documentaire sur le twist.

JUILLET : Deux millions de spectateurs pour un festival pop en Hollande. La presse à sensation s’en prend violemment aux hippies pour cruauté envers les animaux. On aurait vu un jeune chevelu faire fumer une cigarette à son chien…et elle n’avait pas de filtre ! Bilan des incidents à ce festival : un orteil écrasé par un ampli.


AOÛT
: Eric Clapton et Ginger Baker forment un nouveau super-groupe : Blind Contrition (Contrition aveugle) avec Jack Bruce.

 

SEPTEMBRE : La pop-music a maintenant atteint un tel degré de sophistication qu’Herbert Von Karajan (56) est en tête du hit-parade avec une composition de Paul Ryan. Les membres du Wallace Collection sont décorés de l’Ordre de Léopold par le roi.


OCTOBRE : On lance un nouveau chanteur qui est une mauvaise copie d’Englebert Humperdinck (57) : David Léandre Summer. Après que sa chanson soit passée deux fois toutes les demi-heures pendant un mois sur les radios commerciales, on s’arrache les disques… Pour essayer d’en détruire le plus possible.


NOVEMBRE : Cinq millions de spectateurs pour un show gratuit des Beatles aux U.S.A. John Lennon leur fait chanter « Give Vietnam A Chance » mais la majorité silencieuse du président Nixon continue à se taire.  « Ces gens sont la honte de l’Amérique » déclare Nixon. Puis il fait livrer une dizaine de bombardiers au président Thieu (58).


DÉCEMBRE: Elvis Presley annonce sa venue en Europe pour 1971. La RTB commence une nouvelle série d’émissions pop… Avec Tino Rossi, les Compagnons de la chanson et Mireille Mathieu. C’est présenté par Luc Varenne (59). »

 

 

 

 

Ginger Baker et Eric Clapton

 

On l’aura remarqué : je ne me contente pas de me moquer des petits travers de ceux que j’apprécie comme Clapton et Lennon, j’attaque aussi les représentants d’un style de variétés que j’estime dépassé, dont David Alexandre Winter (heureusement oublié de nos jours)  est le pire fleuron à l’époque..

Je crois que c’est cela qui, à côté d’une bonne information, va faire le succès des pages « rock » de Télé-Moustique pendant les années qui vont suivre : le culot de prendre position, de « piquer », de mordre. Il y a une citation comme quoi « En essayant de plaire à tout le monde, on ne plait à personne ». Pour moi, il a toujours été évident que ceux qui plaisent ne sont pas ceux qui suivent mais ceux qui mènent.

Naïveté ? Bêtise ? Illusion de jeunesse ? En 1970 je voyais dans le rock un moyen de changer le monde beaucoup plus que cela n’a été le cas. Et de nous changer, nous, « petits Belges », pour commencer. L’allusion au problème linguistique, par exemple, n’est pas du tout innocente. Epaté par le nombre de petits groupes de chez nous où s’associaient des Flamands, des Wallons et des Bruxellois pour chanter en anglais, je voyais dans cette langue la solution qui ménageait les susceptibilités de chacun et, plus loin, un langage universel. Cette « utopie » (ce rêve ?) va être une partie de ma motivation pour défendre avec acharnement l’idée que le rock n’est « vrai » qu’en anglais. Je vais y revenir plus loin.


Kesskis’passe ?

 

En ce début d’année 1970, on spécule autour de la venue probable du Led Zeppelin en Belgique. Le groupe dont la popularité augmente chaque jour est même annoncé pour le 24 janvier, mais cela ne dépasse pas le stade de pieuse intention d’un organisateur de concert. En attendant, le groupe devient le premier, depuis les Beatles six ans auparavant, à placer un album à la première place des hit-parades anglais et américain en même temps. Jimmy Page déclare : « Effectivement, il y a quelques passages sur ce L.P. qui me plaisent assez…Mais, attendez notre prochain, vous allez vous rendre compte de ce que nous sommes capables »

 

Gros émoi chez les fans du King : la B.R.T. et la R.T.B. auraient enfin acheté le fameux show télévisé qui a marqué le retour en action hors-Hollywood d’Elvis Presley en…décembre 1968. On brûle de savoir les dates de diffusion. Finalement la B.R.T. le passe en février et la R.T.B., toujours à l’avant-garde (ahem !), en avril. À cette occasion, pour la deuxième fois (60) depuis que j’y suis, Télé-Moustique accorde sa couverture à une vedette pop. Dans l’article de trois pages que je consacre à l’événement, je cite un critique américain qui, au lendemain de la première diffusion de l’ « Elvis TV Special » (61) , écrivait « Lorsque sera venu le moment d’écrire l’histoire de la pop-music des gens comme les Beatles, Bob Dylan etc. se serreront pour disputer la seconde place ; la première appartient à Elvis Presley ». Qu’ajouter ? Ce moment est venu, et c’est toujours vrai.

 

Alors qu’une sélection d’artistes « soul » , dont Sam & Dave, Arthur Conley, Joe Tex, , se produisent en février à l’Arena de Deurne, je relève le fait affligeant que du temps (milieu des sixties) où la soul-music était reine on n’a pas vu un seul grand nom du genre chez nous… Et cela alors que, pourtant, beaucoup chantaient « Hold On, I’m Coming » (62)

 

John Lennon rencontre le Premier ministre du Canada  pour mettre sur pied un gigantesque festival pour la paix à Toronto et se montre très actif avec son Plastic Ono Band. Les trois autres Beatles sont au Danemark où ils enregistrent « I Me Mine » une composition de George Harrison qui doit figurer sur leur prochain album d’abord prévu pour s’intituler « Get Back » mais dont le titre sera finalement « Let It Be ». A côté de ça Paul McCartney et Ringo Starr préparent aussi des albums en « solo ».

Dans le numéro 2298 du 12 février apparaît pour la première fois, dans l’entête de la rubrique, un petit personnage dessiné par le metteur en page de Pop Hot : Yves Baquet. Popol est né, mais il n’a pas encore ce nom.

 

Keith Moon, le batteur du Who est attaqué par des skinheads. Son chauffeur est tué dans la bagarre.

 

Janis Joplin est arrêtée pour n’avoir pas mâché ses mots vis à vis de la police. Elle aurait dit : «  * !§%+&* ! »… Faut tout de même pas exagérer.
 
Shocking Blue devient avec « Venus » le premier groupe pop d’Europe continentale (il est hollandais) à être N°1 au hit-parade américain.

 

Comme les concessions aux yéyés sont finies, je ne rate pas une occasion de me payer leurs têtes. Invétéré producteur de navets, le pauvre Clodo que nous avions bombardé de tomates à Chatelet (63) s’évanoui sur scène. Sans pitié, je relate l’incident en titrant : « Après les tomates et les navets : Claude François dans les pommes »

 

 La meilleure : les Bee Gees ne se séparent pas. Ils restent un duo. Maurice Gibb clame qu’on a mal compris son frère Barry lorsqu’il a déclaré qu’il en avait marre de faire partie d’un groupe.

 

Suite au succès de l’Island Show, la salle de l’Egmont Complex à Londerzeel devient le rendez-vous principal des amateurs belges de pop-music. Le Nice s’y produit en février, Humble Pie et Fleetwood Mac en mars. Le Nice a des problèmes techniques. Le Pie n’attire qu’un maigre public mais n’en donne pas moins une prestation à ce point éblouissante que j’engueule tous les lecteurs qui ont raté ça. Le Mac se révèle gigantesque. Peter Green et ses potes donnent un concert historique. Pour la première fois un groupe reste sur scène pendant plus de deux heures (2h40 avec les rappels, en fait). La versatilité des musiciens, de la virtuosité de Green et Danny Kirwan aux imitations d’Elvis de Jeremy Spencer en passant par l’impeccable section rythmique que forment John Mac Vie et Mick Fleetwood, fait quon peut à peine en croire ses oreilles. La salle archi-comble y va d’ovations triomphales pour le groupe dont les spectateurs scandent encore le nom en quittant les lieux.

 

Ferme V Rock 1969

La Ferme V - 213 Chaussée de Roodebeek

 

Oui, les concerts se multiplient et c’est tant mieux. Mais il n’y a tout de même pas que ça dans la vie. Un copain m’emmène à la maison des Jeunes de Woluwe-Saint-Lambert, au 213 chaussée de Roodebeek.

 

Il s’y passerait des choses intéressantes. Je découvre une vieille ferme réaménagée en local hanté par la plupart des chevelus du quartier. L’ancienne étable tient lieu de salle principale, on s’y assoit sur ce qui était les mangeoires des vaches, et dans un coin, il y a un comptoir.

 

Derrière le comptoir Philippe Grombeer et Marcel De Munnynck. Des longs tifs, de grosses barbes et de grands sourires. Ces gars sont les responsables de l’endroit et  super-sympas. Nous faisons connaissance et, tout de suite, le courant passe entre nous.

 

L’ambiance de la ferme Verheyleweghen est si chouette que, dès que j’ai un moment libre, je vais y retrouver les autres habitués de l’endroit. Des jeunes de tous gabarits qui ont fait du lieu leur point de rencontre.

 

 

Certains chipent le « Moustique » à leurs parents pour lire Pop Hot mais ne se doutent pas que c’est le gars qui rédige ça qui leur parle. Amusant.

 

Allan, un des membres du Fynn McCool , ce nouveau groupe anglais, m’avait un jour confié « Que ce soit dans n’importe quel pays, à n’importe quel endroit, je sais que je peux m’adresser à un inconnu s’il a les cheveux longs. C’est une sorte de signe de reconnaissance qui veut dire : j’aime la musique, j’ai les idées larges et je suis non-violent. Et dans 99%  des cas c’est vrai ».

 

Oui, c’est vrai, à l’aube des seventies la longueur des tifs veut dire quelque chose. Et c’est bien pratique : vous arrivez dans une ville inconnue pour assister à un concert, vous n’avez qu’à suivre le premier chevelu venu pour vous diriger vers la salle où cela à lieu. Vous débarquez dans un lieu où vous n’avez jamais mis les pieds : le contact est immédiat avec ceux qui partagent votre abondance capillaire.

 

C’est le cas pour moi dans cette maison de jeunes, je me fais vite de nouveaux copains et dans ma colonne « Papote » hebdomadaire, fin janvier, j’encourage mes lecteurs à venir faire un tour au « week-end underground » qu’organisent Philippe et Marcel.


 Je n’ai évidemment encore aucune idée du nombre de célébrités que ce qui va devenir la Ferme V. va voir défiler.

 

 

19 Avenue Van Becelaere

 

Ayant, depuis ma petite enfance, été obligé de suivre ma mère divorcée dans un nombre incalculable de déménagements qui allaient d’un appartement à l’autre dans des quartiers urbains peu réjouissants, je rêve d’une maison avec jardin. Mon salaire ayant quasiment doublé par rapport au temps où j’étais ouvrier, je peux me permettre de chercher quelque chose de mieux que le deux pièces avec cuisine,  mais sans salle de bain, que j’habite rue de la Croix de fer au centre de Bruxelles. Avec Miche, ma petite amie, nous découvrons mon rêve à Boitsfort: une vieille maison bourgeoise de deux étages entourée d’un jardin qui me paraît immense puisqu’il commence en bord de rue, qu’il faut suivre une allée en pavés pour arriver à la porte de la maison et que derrière elle il y a  une dizaine d’ares de gazon entourés d’arbres.  L’état vétuste du bâtiment laisse supposer que le loyer ne sera pas trop élevé. À 10.000 (64) francs par mois, c’est le cas, mais tout de même au-dessus de mes moyens. Attendez ! C’est tellement grand que ça pourrait convenir pour plusieurs habitants. Je cherche des proches que partager location intéresseraient. Mon pote Gino qui me suit depuis les Aigles, est preneur, ma mère aussi.
Lorsque nous nous installons, le 1er avril 1970, il a neigé abondamment. Tout est blanc. Les arbres aussi. Accrochée aux branches de l’un d’eux, une vieille scie à été oubliée. Oui, nous avons un beau jardin. Avec un pommier, un cerisier, un poirier, et…un quincaillier.
Nous n’avons évidemment encore aucune idée du nombre de célébrités que le 19 avenue Van Becelaere va voir défiler.

 

Or donc de nouveaux groupes belges se révèlent prometteurs.
 
In your romm rock belge
Tenderfoot Kids
Wallace Serenade
Pebbles Macintosh

 

Chouette alors ! Le Carriage Company a connu un succès d’estime avec ses premiers simples. Il a même eu droit à une petite tournée en Angleterre. En février, les Tenderfoot Kids font leur entrée dans notre hit-parade des lecteurs (votes) avec l’excellent « Time Is Up » (65). Ils atteindront la 13e place dans le hit parade  des disquaires  (ventes) où ils figureront jusqu’en avril en compagnie du Wallace Collection et de son «Serenade»  et des Pebbles qui connaissent la consécration nationale avec leur « Mackintosh » qui atteint, lui, la seconde place (66) des meilleures vente en Belgique francophone. Un trio instrumental liégeois « à la Nice », Recréation,

épate par son originalité. Les Bruxellois de Kleptomania font un tabac chaque fois qu’ils se produisent sur scène et sortent leur premier simple « Out Of A Nightmare ». Un groupe de bal du nom de Serpents Noirs se fait remarquer avec son « Where Is Love », pour lequel les membres de son fan-club votent en masse. Mais celui dont on attend le plus en ce début 1970, c’est Waterloo. Qualifié de premier groupe belge underground, évoluant dans un style musical qui s’approche vaguement de celui de Jethro Tull, il a le même manager, Jean Martin, que le Wallace et le même producteur, David Mackay, pour son premier (67) album : « First Battle ».

 

Recreation Kleptomania rock belge Serpents Noirs Waterloo rock belge

 

Lorsqu’il sort en février, on déchante, le public ne suit pas. Même chose pour l’excellent showman qu’est Paul Simul son single « Light The Light » n’éveille pas le moindre intérêt. Par-dessus le marché, à côté de ça, le Wallace dont le succès international a généré chez nous un bel enthousiasme, commence à déconner. Si son « Serenade » est un petit hit, beaucoup lui reprochent d’être une copie, inférieure, de « Daydream » ; et de un. On est dans une époque où chaque membre d’un groupe est considéré comme important et les changements de personnel sont mal vus ; et de deux. Or Christian Janssen, le bassiste quitte le groupe soi-disant à cause de son prochain service militaire et Jacques Namotte le violoncelliste est remercié à quelques semaines d’intervalles. Une des « têtes » du groupe, le bouillant Sylveer Van Holmen se dispute avec Martin à qui il reproche de s’occuper plus du Waterloo que du Wallace ; et de trois. Enfin, alors que les albums commencent à prendre plus d’importance que les « singles », l’édition du  second L.P. du groupe qui devait s’intituler « Brussels » est pris en main par EMI France qui le rebaptise bêtement « Serenade », comme le « simple », et le sort dans une pochette d’une banalité décevante ; et de quatre. Aïe !

Bilan mitigé pour les groupes belges donc.  Trop en sont encore à l’idée que le simple fait de décrocher un contrat avec une firme de disques et sortir une rondelle de vinyle est une consécration. Nos musiciens ont du talent, mais sont souvent obsédés par le besoin d’être techniquement brillants pour en mettre plein la vue à d’autres musiciens plutôt que de plaire à un public qui, lui, ne demande qu’à prendre du bon temps. Sur scène, ils ont aussi un peu trop une attitude d’initiés condescendant à démontrer leur savoir-faire pour une bande d’ignares. Tous ces groupes manquent de sens de contact avec le public et se prennent généralement bien trop au sérieux.  C’est mon opinion. Je ne l’écris pas ; parce que j’estime que, dans la situation actuelle, mes compatriotes ont plus besoin de louanges encourageantes que de critiques publiques. Mais je ne me prive pas d’en discuter avec eux chaque fois que j’ai l’occasion… Cela n’a pas l’air de les émouvoir beaucoup… Mais j’espère… Et puis les concours d’amateurs sont toujours nombreux …Des fois qu’il y aurait une révélation… C’est ainsi, qu’un jour, je remarque le Tim Brean Group.  Encore un trio orgue-basse-batterie. Mais ici l’organiste est avant-tout un chanteur-compositeur de première force… Tiens-tiens, ça me donne une idée….

 




(47) Dont la phrase « Nous sommes ici par la volonté du peuple et n’en sortirons que par la force des baïonnettes » est historique.

(48) Eh bé…Il a bien fait de revenir sur sa décision.

(49) Écoutez l’album « Got Live If You Want It »

(50)« 1969 » est une des plages de l’album qu’ils sortirent cette année là

(51) « The summer of ‘69 » sur son album « Reckless »(1984)

(52)   À cette date, l’événement ne fut guère publicisé chez nous, mais la sortie du film en 1970 allait changer ça

(53) Has beens des variétés considérés comme particulièrement ringards à l’époque

(54) Incroyable : à un mois près, j’annonçais la fin des Beatles (en avril ’70)

(55) Le comble c’est que Ringo a effectivement tenu le rôle d’un pape au cinéma (dans Lisztomania ) en…1975.

(56) Célèbre chef d’orchestre classique

(57)Crooner anglais particulièrement sirupeux

(58) Je vous le demande : quelque chose a-t-il vraiment changé depuis ?

(59) rappel : reporter sportif très populaire à l’époque

(60) La première fois c’était avec les Beatles pour l’article « Phénomène pop », vous-vous rappelez ?

(61) Aujourd’hui disponible en DVD sous le titre « Elvis ’68 Comeback Special »

(62) Classique du genre dont la traduction est « Tenez bon, j’arrive ! »

(63) Voir CŒUR DE ROCK

(64) 250€

(65) Composé par un certain Pierre Raepsaet

(66) Le groupe grec de Vangelis et Demis Roussos l’Aphrodite’s Child avec « It’s Five O’Clock » s’est solidement installé à la première pendant plusieurs semaines.

(67) Et unique

 

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Mise en page : Jean Jième

 

 

Chapitre 3 : Summer of 69

Chapitre 5 : Dawn of the seventies