CHRONIQUE 1966- 1972

 

Retour sur la page BIENVENUE

Retour sur l'index de Chronique 66-72

 

AGENDA DES CONCERTS

Agenda des concerts rock

en Belgique - Année 1968

 

Agenda des concerts rock en Belgique - Année 1969

 

Agenda des concerts rock en Belgique - Année 1970

 

Agenda des concerts rock en Belgique - Année 1971

 

Agenda des concerts rock

en Belgique - Année 1972

 

FESTIVALS

Pop-Event à Deurne Arena 21 juin 1969

Festival Jazz Bilzen 1966

Festival Jazz Bilzen 1967

Festival Jazz Bilzen 1968

 

Festival Jazz Bilzen 1969

 

Festival Jazz Bilzen 1970

 

Festival Jazz Bilzen 1971

 

Festival Jazz Bilzen 1972

 

 

Festival de Châtelet 1966

 

Festival de Châtelet 1967

 

Festival de Châtelet 1968

Free Show Wolu Shopping Center - juin 1971

Free Show Wolu Shopping Center - octobre1971

 

Festival Actuel -Amougies

- Mont de l'Enclus 1969

 

Pop Hot Show 1 du 6 novembre 1969- Salle de la Madeleine

 

Pop Hot Show 2 du 20 décembre 1969 -Salle Newton

 

Pop Hot Show 3 du 7 mai 1970 -Moustier sur Sambre

 

Pop Hot Show 4 des 17 -18 mai 1970- Trazegnies

 

Pop Hot Show 5 du 5 septembre 1970 - Huy-Andenne

 

Cocoripop Charleroi 1971

 

Pop Circus 30 avril 1972 à Liège

 

Festival Guitare d'Or Ciney 1966 -1968

 

Festival Guitare d'Or

Ciney 1969 -1971

Rac Pop Festival 69

 

Le parapluie des vedettes

Huy 1967 - 1968

 

Island Show - Londerzeel octobre 69

 

Festival Ile de Wight

août 1970

 

Festivals à Jemelle 1969-1973)

 

Wolu City 1966 -1967-1968

 

Festival - en France

Seloncourt 18 et 19/9/1971- Pete Brown

 

GROUPES ÉTRANGERS

 

Rolling Stones Bruxelles 1966

 

Rockstars 1966-1969 in Belgium-Holland-England

 

Rockstars 1970-1972 in Belgium-Holland-England

 

Kinks en Belgique 1966

 

Who en Belgique 1967

 

Jimi Hendrix en Belgique 1967

 

Mike Stuart Span 1968

 

Fleetwood Mac en Belgique 1970

 

Genesis en Belgique 1971-72

 

Everly Brothers Roma 1972

 

Hollies et Move à Gand au Sportpaleis en 1969

 

Pink Floyd Belgique - Théâtre 140

 

Spencer Davis Group en Belgique

 

Théâtre 140 - 36Hr underground -Yes -Ten Years After - Nice

 

Tremeloes - Festival Ciney 1971

 

Cliff Richard - Marvin, Welch, Farrar -Olivia Newton-John -Anvers 1971

 

Jethro Tull - Belgique 1972

 

Golden Earring en Belgique 1971-1973

Wings - Roma 1972

DANCINGS

 

Dancings sur la côte belge - années '60

 

Wallace Collection 1968 Répétitions aux Gémeaux

 

Dancing Le Grenier Antre du rock

 

Cheetah Club, temple du rock

 

Discothèque Les Gémeaux

 

Club Dancing Le Puzzle

 

Ferme V. Story - 1965-1974

 

Le Pop and Soul

 

SALLE SPECTACLE

 

Palais des Beaux-Arts s'ouvre au rock - 1970

 

MEDIA

 

British Week à Bruxelles - 1967.

 

Culture Pop : Mersey Beat Années Hippies Flower Power - Psychedelisme.

 

Swinging London années 60

 

Show-Biz en Belgique dans les années 60

 

Pop Shop - Émission rock RTB - 1970-1973

 

Filles des années 60 - Models sixties

CHRONIQUE 1960-1965 CHRONIQUE 1966-1972 CHRONIQUE 1973-1980 LES PIONNIERS DU ROCK GROUPES ROCK
BELGES

GRAVÉ DANS LE ROCK BIBLIO - ROCK
NEWS
THE SHAKESPEARES CINEMA - SALLES
COUPS DE FILMS
LIENS
 

 

 

ROCK / ALBUM SOUVENIRS

LE FESTIVAL D'AMOUGIES

UN FESTIVAL À HAUTE TENEUR POLITIQUE

24 - 25 - 26 - 27 - 28 OCTOBRE 1969

 

 

ACTUEL, ce méga évènement de rock, censé se dérouler dans le quartier des Halles, puis dans le parc de Saint-Cloud à Paris, et sans doute figurer dans les annales des grands festivals de rock européens, se voit interdit par décision politique. Sans doute par crainte de nouvelles échauffourées dignes de celles de mai 68.

 

Échaudés par les contestataires toujours actifs et bien décidés à ne pas laisser se laisser déborder par une certaine jeunesse un peu trop marquée à gauche, les édiles français tergiversent longuement sur le lieu où doit se tenir le festival. Ensuite, ils font délibérément le choix de l'interdire sur tout le territoire national.

 

En finale, le rassemblement se fera à quelques encablures de la frontière française, mais sur le sol belge. Désormais, on parlera de Festival du Mont de l'Enclus ou de Festival d'Amougies.

 

C'est la véritable histoire de cette organisation avortée en France et réussie en Belgique que je vous propose de découvrir avec le récit de Jean-Noël Coghe, jeune journaliste à l'époque, et présent durant les cinq jours glacials de fin octobre 1969.

 

Les textes sont tirés de son ouvrage Autant en emporte le rock paru chez EPM - Le Castor Astral

 

 

Jean Jième - avril 2012

 

 

Jean-Noël Coghe

 

JNC : Il est important de réaliser la portée de ce festival.  En 1969 s'organisent Woodstock, Wight et Amougies.  Ces événements se montent indépendamment les uns des autres. Contrairement à aujourd'hui où les organisateurs surfent sur les opportunités. À l'époque, cela correspondait à une envie et à un besoin.

 

Au moment où on préparait Woodstock, on faisait

de même à Wight et à Paris. Quand Amougies a eu lieu, personne n'a mesuré l'impact qu'avait eu Woodstock. Quant à Wight, la presse n'avait retenu que les filles aux seins nus! Amougies fut à la fois un évènement musical majeur mais aussi un phénomène sociologique sans précédent.

 

 

L'affiche du Festival qui devait se dérouler à Paris

*

1969 – L'ANNÉE DE L'EXPLOSION DE LA

POP MUSIC EN BELGIQUE 

FESTIVAL DE LA GUITARE D'OR - POP EVENT – JAZZ / BILZEN –
RAC POP FESTIVAL - ACTUEL ou AMOUGIES

 

 

Belgique 1969. La jeunesse bouillonne d'une effervescence contagieuse. Sur le plan des mentalités, de la sexualité et des moeurs, on sent bien que quelque chose est en train de changer.

 

Sur le plan musical, la créativité a atteint un tel niveau de richesse, qu'elle ne sera plus jamais égalée par la suite. Il faut dire que depuis que les Beatles se sont séparés, les formations anglaises se sont mises à déferler par centaines. Les fans de rock peinent à suivre, tant la quantité de LP qui fleurissent dans les bacs est énorme.

 

JO DEKMINE ET LE POP EVENT

 

Jo Dekmine

 

Le 21 juin, Jo Dekmine, le directeur du Théâtre 140 situé avenue Plasky à Bruxelles, programme dans la salle Arena à Deurne, un des tous premiers festivals de rock. Il restera dans les mémoires sous le nom de Pop Event.

 

Dekmine est un précurseur et un directeur d'avant-garde. Bien que responsable d'un théâtre sensé programmer des œuvres littéraires, il s'intéresse également à cette nouvelle musique venue d'Angleterre et qui ne sait pas encore si elle doit porter le nom de rock ou de pop.

 

Un an plus tôt, en mai 1968, alors que les Français se lançaient des pavés dans les rues de Paris, il faisait découvrir les Pink Floyd avec leur musique planante et envoûtante.

 

Le jour du Pop Event,  Dekmine déclare à la cantonade : « Si c'est une réussite, on récidive en France » !

 

Et c'est le succès, le délire… L'Arena qui dispose d'à peu près six mille places doit refuser l'entrée à plus de cinq cent jeunes.

 

Il faut dire que le programme est alléchant : Fleetwood Mac, Yes, Nice et Colosseum, Chicken Shack, Freedom, Roland.

 

 

 

 

Dekmine a été l'un des premiers à comprendre que le temps était venu de ne plus mélanger les genres musicaux.

 

Aux amateurs de rock, assoiffés de modernité et de sonorités nouvelles, il ne faut plus essayer de vendre du Gilbert Bécaud.

 

 

CONSTAT : LA FRANCE N'A PAS ENCORE CONNU DE FESTIVAL POP SUR SON TERRITOIRE

 

Lors de l'été 69, partout dans le pays, shows, concerts et festivals se succèdent au Nord comme au Sud. À Ciney, sous chapiteau, Barry Ryan et Barclay James Harvest et le Wallace Collection font les beaux soirs de la Guitare d'Or.

 

Au festival de Jazz à Bilzen, le public découvre en deux jours Deep Purple, Humble Pie, Taste, Ainsley Dunbar, Soft Machine, Blossom Toes et les Moody Blues.

 

En septembre, toujours à Bruxelles, au Palais du Heysel, se déroule une manifestation d'envergure avec au programme : Marbles, Web, Gun, Colosseum, Eire Apparent, Heavy Weight (ex-Shakespeares et futur Fynn Mc Cool) et le Wallace encore.

 

Depuis, Woodstock en août, aux Etats-Unis et Wight en Angleterre, qui ont rassemblé à deux près d'un million de jeunes avides de musique et de liberté, chaque pays, chaque grande ville rêve d'organiser son propre festival.

 

La grande déferlante du pop-rock est en route. Et comme il l'avait proclamé, Jo Dekmine décide de passer à la seconde phase de son grand projet.

 

DEKMINE SUGGÈRE UN MEGA FESTIVAL SUR PARIS

 

À savoir  : réaliser à Paris un méga festival réunissant quelques grandes pointures du rock international.

 

Son idée est toute simple : mettre dans le coup Pierre Barouh, son producteur Fernand Boruso et sa société Saravah, devenue célèbre après le succès mondial de Chabadabada tiré du film de Lelouch Un homme et une femme.

 

Il en parle à Jean-Noël Coghe, journaliste aux revues Rock and Folk, Best et Extra et qui avait participé activement au Pop Event.

De plus, ce dernier est copain avec Piero Kenroll qui vient à peine d'être enrôlé dans la rédaction de l'hebdo Télémoustique.

 

 

 

 

JEAN-NOËL COGHE

 

Jean-Noël est français d'origine. Il est né à Wattrelos, une petite localité à la frontière franco-belge, accolée à Mouscron. Il a coutume de répéter : Je suis à la fois un enfant du Sud de la Belgique et un enfant du Nord de la France.

 

Depuis le début des années 60, il a été de toutes les manifestations rock qui se sont déroulées dans sa région du Nord. Il a suivi les Sunlights durant leurs innombrables galas et tournées.

 

En janvier 63, il parvient à côtoyer Gene Vincent, puis par la suite Vince Taylor, au point de les inviter chez lui à la maison.

 

J.N.Coghe assis au milieu de deux musiciens des Small Faces

dans leur appartement de Pimlico © Rancurel Photothèque

 

 

Il est l'un des premiers à accueillir les groupes qui débarquaient d'Angleterre. À Paris, il connait tout le monde. C'est pourquoi Dekmine le commissionne afin de prendre la température chez Barouh.

 

Jean-Noël Coghe : Saravah, installé au 19 avenue de Friedland, partage ses bureaux avec Jean Georgakarakos. Personnage étonnant, mèche noire en bataille, il fait dans le disque en gros, mais uniquement dans le genre qu'il aime : le jazz et le blues. Il a créé le label Byg Records, qui édite des albums de Big Bill Bronzy et de Howlin' Wolf.

 

Associé à Jean-Luc Young, un jeune loup crispant, il produit également des groupes français : Alan Jack Civilisation, Alice...

 

Jacques Barsamian, dans le coup, signe les pochettes des albums. Byg reçoit la visite régulière de journalistes de jazz, comme le photographe Paul Bisiglia, et Claude Delcloo, Ce batteur de jazz est le responsable d'une revue tout d'abord confidentielle, consacrée au jazz, appelée Actuel.

 

Pierre Barouh, séduit par l'idée de Dekmine, passe le relais à Karakos,

 

Début juillet, à la terrasse d'un tabac de l'avenue Friedland, au cours d'un petit déjeuner, Karakos prend sa décision et me dit :

 

- Banco ! Paris aura son festival.. . Cinq jours de musique qui doivent réunir la pop music, le free jazz et la musique contemporaine. »

 

Karakos charge aussitôt Jean-Noël d'établir la programmation de la partie pop du festival.

 

 

 

 

" KARAKOS "

 

Jean Georgakarakos dit Karakos

 

Jean-Noël Coghe : Je prends un crayon et couche sur le papier les noms suivants : Nice, Yes, Colosseum, Ten Years After, Pink Floyd, Jeff Beck, John Mayall, The Small Faces, Eric Clapton, Jimi Hendrix, Humble Pie, et bien d'autres.

 

Karakos me dit : « File à Londres et fais les agences. Mais avant tout, trouve un lieu ! » Jean-Louis Rancurel (*), parisien dans l'âme, m'entraîne dans le quartier des Halles que l'on défigure. Les Pavillons Baltard, à l'architecture métallique, sont peu à peu abandonnés, vidés. Les commerçants, les forts des Halles désertent le lieu pour Rungis. Pourtant, les flons-flons d'une fête de la bière s'échappent de l'un de ces pavillons.

 

« Voilà ce qu'il nous faut, Jean-Louis. C'est là que ça doit se faire. Les spectateurs pourront aller d'un pavillon à l'autre. » Les Halles, en plein cœur de Paris, avec tous ses bistrots, ses petits restaurants, c'est l'idéal ! Ce festival peut donner un coup d'éclat à ce quartier en pleine mutation. Karakos opine, et j'effectue les démarches nécessaires auprès de la ville qui enregistre la demande. Celle-ci doit être présentée au Conseil de la municipalité qui siège à la mi-août.

 

(*) photographe des tout débuts du rock en France

 

 

TOUS LES GRANDS DU FREE JAZZ

 

Pendant ce temps, Jacques Biscéglia et Paul Alessandrini, pour la revue Actuel, assistent à Alger au festival Pan African qui réunit tous les grands du free jazz. Ils décident Archie Shepp, Sunny Murray, Alan Silva, Dave Burell, et tous les autres, de transiter par Paris afin d'y rencontrer Karakos et Young.

 

Un samedi matin, ils envahissent les bureaux de l'avenue de Friedland. Ils sont partout ! Même dans la salle de bains. Certains roulent des pétards, d'autres dégainent leur sax. Les sons fusent, la fumée se diffuse.

 

Karakos leur explique son projet. Il veut profiter de cette période estivale pour réaliser toute une série d'enregistrements dont la sortie, prévue en octobre, coïnciderait avec leur participation au festival. Ils sont une trentaine à signer les contrats. Les musiciens sont hébergés dans les hôtels de la capitale qui, pendant un mois, va vivre à leur rythme.

 

La nuit, dans les boîtes, on croise Jean-Louis Ginibre, de Jazz Magazine; la fête alterne avec les sessions d'enregistrement. Des séances mixtes auxquelles tous les musiciens participent. C'est un "boeuf" permanent, la Foire au jazz.

 

Cette série, qui comporte une vingtaine de disques, est baptisée Actuel, nom du journal de Claude Delcloo que Karakos rachète. Par la même occasion !

 

STARS DU ROCK EN ÉBULLITION

 

La programmation rock avance. Les absents ont une excuse. The Small Faces dissouts, Faces est aux États-Unis à cette date ; Humble Pie n'est pas encore rôdé.

 

Mayall monte un nouveau groupe. Beck est à l'hôpital, Clapton souffrant, Hendrix se cherche aux États-Unis après la séparation de l'Experience. Roger Fennings, à Londres, assure la promotion de Freedom, un groupe monté par le batteur de Procol Harum. Karakos l'engage pour le festival et lui signe un contrat d'enregistrement.

 

   

 

 

PROSPECTIONS ET NÉGOCIATIONS TOUS AZIMUTS

 

Pierre Lattès (*), que Karakos attire dans l'aventure, appelle des États-Unis. Pour les Mothers of Invention, c'est râpé : Zappa se sépare du groupe.

 

Je suggère qu'on lui propose de venir seul, comme « invité » du festival. L'idée est soumise à Zappa qui accepte ! Il devient le Monsieur Loyal du Festival.

 

Zappa, Monsieur Loyal © Focus)

 

En prime, il livre son ami Don Van Vliet alias Captain Beefheart.

Dans le même temps, l'agent des Rolling Stones propose à Jean Vanloo d'organiser un concert en Belgique, en octobre.

 

 

(*) animateur radio au Pop Club et à la TV avec Bouton Rouge

 

 

 

Je tente d'arranger le coup. Mais cela ne cadre pas, le Festival est supposé avoir lieu à Paris. Pas en Belgique. Si on avait su...

 

Bruxelles. Zaventem. Les dernières formalités de douane réglées, on s'assoit dans l'avion, on attache les ceintures, direction Londres. Avec Jo Dekmine, nous prospectons les agences londoniennes afin de négocier les premiers contrats. Nous obtenons plusieurs compromis.

 

Jacques Barsamian prospecte auprès des groupes français. Karakos nomme Denys Lemery rédacteur en chef du mensuel Actuel. Spécialiste en musique contemporaine, il établit la programmation de cette forme musicale, un peu précieuse et pédante, très « intellectuelle ».

 

Raoul Sangla et André Maurice, enthousiasmés par l'idée du festival, envisagent la réalisation d'un film. L'ORTF en accepte l'idée. Dès l'apparition des premières difficultés, le projet est abandonné. Courage, fuyons !

 

Captain Beefheart

 

 

 

LES ENNUIS COMMENCENT ...

 

Officieusement, la Ville de Paris accorde le Pavillon 9 de Baltard. Officieusement ! Vu l'intérêt culturel du Festival, les prix de location seraient modiques. Mais en dépit des discours, des promesses, fin août il n'y a toujours aucune confirmation.

 

Mi-septembre non plus. L'organisation du festival se renforce. Brigitte Guichard prend en main la coordi­ nation du Festival, et Georgio Gomelski, du Marquee, négocie les contrats. La firme Ricard, par le biais de sa Fondation, (comme le fait Belga en Belgique pour le Théâtre 140), soutient le Festival qui se veut « une fête permanente de cinq jours de musique, pour un prix d'entrée modique ». Mais dans l'ombre, on manigance.

 

Avec les relents de 68, la contestation, toujours vive, présente un risque. Les anarchistes, en France, restent une menace. L'exemple vient de Hollande. Les Provos provoquent et font bouger les choses, notamment sur le plan de l'écologie.

 

Dans les rues de Paris, les beatniks traînent, sales, cheveux longs et guitares en bandoulière. Sans parler des hippies et de leur marijuana.

 

 

Aux États-Unis, trois cent mille jeunes incontrôlés, incontrôlables, prennent d'assaut Woodstock pour trois jours de paix et d'amour. Ils récidivent fin août à l'île de Wight. Et on voudrait instaurer un tel désordre aux Halles, en plein cœur de Paris ? Ce mouvement dérange, inquiète. On s'affole.

 

 

Karakos, qui obtient le patronage de RTL, attaque. Il rencontre les responsables de la ville de Paris (qui n'a pas encore de maire !) et offre disques et dîners. Rien n'y fait. Les Halles sont refusées.

 

Karakos opte pour un chapiteau. Le 10 septembre, il contacte le ministère des Affaires culturelles qui, favorable à cette « manifestation culturelle », suggère le parc de Saint-Cloud. Hélas, l'autorisation verbale est aussitôt suspendue, alors que paraissent dans la presse des articles sur Wight, sa corruption, sa drogue et sa liberté sexuelle. Pas de hippies.

 

La quête du lieu se poursuit. Le 7 octobre, le maire de Puteaux donne son accord pour installer un chapiteau sur l'île de la ville.

 

Le 10 octobre, par courrier, le Préfet des Hauts-de-Seine tranche : « J'ai l'honneur de vous faire connaître qu'en raison du nombre important et indéterminable des participants, la configuration des lieux et des voies accès, il ne m'est pas possible d'autoriser une telle manifestation. »

 

Le 13 octobre, le Préfet de police de la Ville de Paris décrète : « Par lettre du 29 septembre, Monsieur Jean Georgakarakos a sollicité l'autorisation d'organiser un spectacle de musique contemporaine dans le parc de Saint-Cloud, du 24 au 28 octobre 1969. Monsieur le ministre des Affaires culturelles ayant refusé d'accorder le Domaine de Saint-Cloud comme cadre de ce spectacle, je vous prie de bien vouloir notifier à l'intéressé mon opposition à cette manifestation

 

 

 

S'IL EST IMPOSSIBLE D'ORGANISER

UN FESTIVAL POP EN FRANCE...

 

L'espoir tenait avec la Pelouse de Reuilly. Le Préfet de Paris écrit « J'ai l'honneur de vous faire connaître que je donne mon accord de principe au déroulement de ce spectacle sur la Pelouse de Reuilly... »

 

Accord aussitôt dénoncé : « En vertu d'une note de Monsieur le Préfet de Police en date du 11 octobre 1969, notifions à monsieur Jean Georgakarakos qu'il n'est pas possible de lui accorder les autorisations nécessaires à son projet d'organiser un Festival de musique du 24 au 28 octobre prochains sur la Pelouse de Reuilly. »

 

Toutes les solutions envisageables sont épuisées. À l'évidence, il est impossible d'organiser en France, aux abords de la capitale, une telle manifestation.

 

Climat social, malaise étudiant, drogue, crainte d'une débauche des mœurs due à une extrême libéralisation.

 

Karakos peut renoncer à son festival. L'interdiction est un cas de force majeure qui permet la rupture d'un contrat avec un artiste. Tout peut être annulé.

 

POURQUOI NE PAS L'ENVISAGER EN BELGIQUE ?

 

Engagé moralement à leur égard, et vis-à-vis du public, Karakos ne veut pas perdre espoir. Il décrète que le festival n'aura pas lieu à Paris, puisqu'il est interdit, mais en Belgique. Pays d'où l'idée lui est venue !

 

À la mi-octobre, Karakos me téléphone : « Je suis demain en Belgique, avec Brigitte Guichard. Viens me rejoindre à Tournai. »

 

Je le retrouve dans un café de la place de la Cathédrale. Jean explique qu'il reste moins de dix jours avant le début du festival : « Je ne sais toujours pas où il aura lieu. Mais il aura lieu! Les groupes sont tous avec nous. Ils nous soutiennent, et ils viendront ! »

 

 

 

HERE AND NOW

 

À l'époque de la mise en place du festival, Jo Dekmine avait découvert à Bruxelles un groupe étonnant nommé Here and Now. Il m'avait entraîné aux répétitions dans l'arrière salle d'un magasin de fourrures (chic) vers le Bois de la Cambre (dans le prolongement de l'Avenue Louise). C'est ainsi que j'ai rencontré Paolo Radoni (guitare), Marc Hollander (claviers) et Pico Bercowiz (drums).

 

Paolo Radoni

 

C'était d'enfer. Un style Free-rock inédit. J'ai eu un enregistrement que j'ai présenté à Jean Karakos pour son label Byg, collection Actuel. Emballé, il a signé un contrat (me nommant producteur) et le groupe est venu à Paris en studio avec Pierre Lattès en tant que directeur artistique.

 

Mais ce projet déplaisait à l'associé de Karakos, Jean Luc Young qui a fait capoter le projet puisque rien ne s'est produit. J'ai toujours le contrat signé, et Young, par la suite, a fondé à Londres Charly Records. Cela n'a pas empêché Radoni et Hollander de s'imposer. Mais cela me laisse quand même quelques regrets.

 

 

ALFRED DELACHERIE, L'ORGANISATEUR

DE KERMESSES

 

Alfred Delacherie est un curieux bonhomme. Depuis des années, çà et là, il plante des tentes pour l'organisation de spectacles, de kermesses. Il possède un énorme chapiteau de 5 500 m2 pouvant contenir quinze mille personnes.

 

Alfred Delacherie habite une ferme, avec dépendances, à proximité de Tournai, à 25 kilomètres de Lille et à 2 h 30 de Paris. Un lieu idéal. La Flandre est toute proche, des autoroutes la relient à la Hollande et à l'Allemagne.

 

La plaine de manoeuvres, un terrain militaire désaffecté en plein coeur de Tournai, convient parfaitement à l'implantation d'un chapiteau.

 

La casquette sur la tête, Alfred écoute tout cela attentivement, tandis que sa femme sert le café.

 

La machine se met en marche. L'armée donne son accord. On peut disposer du terrain. Les autorités de cette ville bourgeoise et assoupie, pleine de préjugés, ne se montrent guère rétientes.

 

Mais le bourgmestre est absent. Lui seul peut donner l'aval final. Le lendemain, dans la cité aux cinq clochers, la presse belge titre :

 

La presse belge titre :

 

"100 000 hippies à Tournai"

et sème un vent de panique.

 

 

 

 

 

 

 

TOURNAI SE RÉTRACTE ... COURTRAI SUIT ...

 

Deux jours plus tard, lors du Conseil des échevins (les élus), le Bourgmestre apparaît comme un homme accablé. Le pauvre est pris entre deux feux. D'un côté, des administrés affolés à l'idée de voir des hordes de hippies saccager leur commune, voler leurs voitures, enlever leurs filles. De l'autre, l'appât du gain, le sens du commerce. Le festival s'annonce comme un événement juteux. Tournai n'émet pas de refus, c'est inutile ! L'armée reprend sa parole. La plaine de manoeuvres n'est soudain plus disponible. On a égaré la clé du champ de tir.

 

À une trentaine de kilomètres de Tournai, se situe la ville flamande de Courtrai. Aux abords de l'autoroute qui mène à Lille, distante d'une trentaine de kilomètres, se dresse une étrange sculpture représentant un éperon. C'est là que la chevalerie française, sûre d'elle, a été défaite en 1302 par des paysans et des manants flamands qui refusaient de plier sous le joug français. À l'issue de cette cuisante défaite, mille éperons d'or ont été récupérés et exposés dans la Cathédrale.

 

Pas très loin de ce monument commémoratif, est implanté un complexe ultramoderne où l'on organise des foires et autres manifestations. Les Halles disposent de toutes les commodités pour les opérations de grande envergure : estaurants, bars, salons, bureaux, etc. Dans l'attente de la décision de Tournai, j'obtiens du responsable des Halles une promesse écrite de location pour cette structure de 4000 m2. Bizarrement, dès que Tournai se rétracte, Courtrai dénonce le contrat.

 

Clic pour agrandissement

 

Le 17 octobre au matin, une semaine avant le début du festival, André Losfeld, journaliste à Nord-Matin s'énerve. Ce spécialiste du Tour de France connaît du monde. Il nous entraîne chez l'un de ses amis qui habite le mont de l'Enclus, l'une des rares collines qui parsèment le plat pays.

 

 

Située au centre du triangle formé par Lille, Tournai et Courtrai, cet endroit boisé, entouré de champs et de pâturages, bordé de petites communes flamandes et francophones, est très fréquenté en fin de semaine par les Français et les Belges.

 

Guy Delestrin, un restaurateur ami de Losfeld, nous met en rapport avec un fermier de l'une de ces communes. Dans l'après-midi, Monsieur Decok nous cède une pâture. Le soir même, le bourgmestre d'Amougies, André Callebaut, patron des chocolats (belges) du même nom, donne son feu vert.

 

De g. à dr. : J.N.Coghe - Callebaut, bourgmestre d'Amougies - Jean Karakos

 

AMOUGIES DONNE SON FEU VERT

 

Amougies, commune de 947 habitants, adopte le festival. Le commissaire de province, qui n'est pas un ami politique du bourgmestre, le soutient et ne s'oppose pas à sa décision.

 

Monsieur Taquet intervient pour aplanir les difficultés. Dès le lendemain, Alfred Delachery dresse son chapiteau. Jacques Cherix, chargé de l'environnement scénique, s'active.

 

Mon pote Patrick Desmyt compose une équipe pour le collage d'affiches. On distribue les tracts sur les campus, on organise la vente des billets (Eden à Lille, Cado Musique à Bruxelles), la location d'encarts dans la presse francophone et flamande, et on loue du matériel pour les groupes.

 

Les problèmes administratifs persistent. Les artistes, anglais ou américains, ont besoin d'un permis de travail pour se produire en Belgique. Fort courtoisement, le ministre du Travail du Royaume écrit : « Nous n'en voulons pas à votre festival, mais nous ne pouvons délivrer de permis de travail pour les artistes anglais... »

 

On décrète aussitôt que les artistes joueront «gratis», sans cachet ni rétribution ! Du coup, ils n'ont plus besoin de ce permis. Toutes ces tracasseries et péripéties n'engendrent aucune défection d'artistes. Tous sont solidaires.

 

 

PARI TENU : LE FESTIVAL AURA FINALEMENT BIEN LIEU.

 

Le 24 octobre à 15 heures, la foule arrive.

 

Ils viennent de Belgique et de France. Ils sont des milliers et des milliers. RTL joue le jeu, diffuse quelques jours auparavant des messages sur l'antenne pour indiquer l'itinéraire.

 

Je leur donne plusieurs axes à suivre, dont celui de Lille-Roubaix-Wattrelos, la frontière, Herseaux, Dottignies, et le mont de l'Enclus.

 

Le député maire de Wattrelos, Jean Delvainquière, rechigne et s'inquiète : « Vous voulez faire passer tous ces hippies par notre ville ! »

 

VRAIS ET FAUX HIPPIES

 

Aux frontières de Wattrelos et de Herseaux, à la Houzarde, les CRS sont aux aguets. Par dizaines, ils contrôlent tout ce qui est chevelu, hippie, beatnik ou qui s'y apparente.

 

Dans le lot, il y a des surprises. On trouve de vrais hippies qui lèvent les doigts et font le V de peace and love.

 

Et d'autres, des bourgeois qui descendent de Paris dans de grosses voitures avec, dans le coffre, leurs déguisements et accoutrements. On voit des types se changer, quitter leur tweed pour un jean rapiécé.

 

 

 

 

Dans cette foule qui franchit la frontière, le fils du Préfet, celui-là même qui a « posté » les CRS. Ce jeune homme est « entraîné » dans la tourmente par le responsable de la Jeunesse gaulliste !

 

Jacques Legendre a été maire de Cambrai, ministre (secrétaire d'État) de Raymond Barre. Il est aujourd'hui sénateur, et parfois égrène ses souvenirs avec enthousiasme. Et une pointe de nostalgie !

 

Mouna est là. Il est à vélo. Il prêche, délivre la bonne parole, son réveil à la main. Il fait penser à ce prophète de l'île mystérieuse d'Hergé. Nous sommes du reste dans la patrie de Casterman, la maison d'édition de Tintin et Milou.

 

Sous le chapiteau d'Alfred Delacherie

 

Soudain, une jeep de la gendarmerie s'immobilise à notre hauteur. Ahurissant ! Sur un trépied, bien en évidence, repose un fusil-mitrailleur. Idéal pour provoquer des incidents. Le commissaire de province est aussitôt averti. Des ordres claquent, et le véhicule regagne sa base arrière !

 

Les contestataires, apôtres de la révolution, sont venus de Paris. Ils sont environ trois cents gauchistes, le week-end, à tenter de semer la zizanie.

Ils réclament la gratuité du festival, dénoncent la réaction, le capital, les marchands de canons et ceux de la pop music. Les meneurs s'expliquent au micro. Et le spectacle reprend.

 

ZAPPA PRÉSENTATEUR DU FESTIVAL

Frank Zappa fait le boeuf avec Les Pink Floyd

 

 

UN ÉVÈNEMENT MUSICAL COUVERT PAR DES JOURNALISTES INTERNATIONAUX

 

La tente peut contenir environ quinze mille spectateurs. Ménie Grégoire, gagnée par l'euphorie sur l'antenne de RTL, en annonce cinquante mille !

 

Sous le chapiteau, elle se tient à mon bras et arpente le sol... « Un mètre, deux mètres, voilà... On met dix personnes au m2 ... Ils sont cinquante mille. »

 

Moustaki, venu en moto, traîne derrière le podium, une scène de deux-cent quarante m2 sur laquelle Frank Zappa présente les groupes, et fait le « bœuf ». Il joue avec Blossom Toes, Pink Floyd, Pretty Things, et bien sûr son pote Captain Beefheart.

 

 

Ce festival interdit mobilise toute la presse. Des dizaines et dizaines de journalistes venus de toute l'Europe. Mais aussi des équipes de télévision américaines et japonaises. Les étrangers, nombreux, couvrent un « événement musical ».

 

Les Français recherchent quant à eux le sensationnel.

 

À l'entrée du chapiteau, je fais accéder prioritairement dans la zone presse des gens comme Piero, Barsamian et autres non-titulaires de la carte de presse. Tant pis si les professionnels des magazines parisiens râlent.

 

REPORTAGE RADIO AU MILIEU D'UN CHAMP

 

 

À l'heure convenue, au premier jour du festival, je me dirige un peu en retrait du chapiteau. Au milieu de ce champ, une grande caisse en bois, recouverte d'un couvercle. Je le soulève et m'empare du téléphone qui s'y trouve. La RTT a tiré là une ligne téléphonique. Il est près de 17 heures.

 

Un homme m'a suivi, revêtu d'un imper à la Bogart. Il brigue le téléphone, et je lui tends l'appareil : « Si vous en avez besoin de suite, prenez-le ! »

- « J'ai le temps, allez-y ! » me dit-il d'un fort accent méridional. Je compose le numéro.

 

Un technicien me répond immédiatement. Je feins d'être à l'aise, décontracté. Mais ce type qui m'observe, le sourire aux lèvres, me crispe.

 

Dans l'écouteur, j'entends l'annonce de Delacroix : « Et après ce titre de Ten Years After, qui se produira demain soir à Amougies, on retrouve Jean-Noël Coghe qui, pour Formule J, est sur place... »

 

« Fin du disque, attention, c'est à toi ! » me souffle le technicien. Je n'ai rien écrit, je raconte ce que je vois, les lieux, le site, l'ambiance ; je parle, m'enflamme et tâche de faire partager ce que je ressens...

 

Et puis c'est fini. Le disque suivant part.

 

Ce type qui attend, la taille serrée par la ceinture de son imperméable, debout les mains dans les poches, a tout vu, tout entendu.

 

« Voilà ! Je vous laisse la place. »

 

De son accent chantant, il me dit : « C'était bien petit. »

 

Je lui tends l'appareil. Il me remercie. Il compose un numéro. Celui de RTL. Je l'ai évidemment reconnu. Ce type, c'est Roger Couderc...

 

 

 

AMOUGIES, C'EST AUSSI UNE ODEUR DE FRITES,

DE GASOIL ET DE CAFÉ CHAUD...

 

Le spectacle s'achève au petit matin, dans le froid et le brouillard givrant qui recouvre la campagne, les voitures, le chapiteau, où une partie du public, emmitouflée dans des duvets, tombe de sommeil et s'endort. Derrière la scène, les musiciens se réchauffent tant bien que mal auprès de souffleries bruyantes qui, 24 heures sur 24, envoient une chaleur mazoutée. On perçoit le ronflement incessant des groupes électrogènes.

 

Dans un chapiteau voisin, on fait la queue pour se restaurer. Je dîne avec John Steel, l'ancien batteur de Animals. Il manage, associé à Chas Chandler, Fat Mattress, le groupe de Noël Redding.

 

Un steak dur, des frites huileuses pour un prix exorbitant. Amougies, c'est cela aussi, une odeur de frites, de gasoil et de café chaud.

 

Le givre colle aux pare-brise des voitures. Chaque nuit, je rentre chez moi, en compagnie de Desmyt. Je suis le seul de l'équipe à ne pas dormir à l'hôtel.

 

Vanné, transi, îvre de sons, je rentre dans la brûme matinale des villages avoisinants où c'est aussi la fête. Des liens se nouent entre les cultivateurs et les jeunes. On leur procure de l'eau, on leur permet l'accès aux « commodités ». Ça parle, ça discute.

 

 

 

Blossom Toes Amougies

Blossom Toes - couverture Rock' n Folk

 

Épiceries, boulangeries et bistrots sont pris d'assaut. Un festival off s'improvise. Les prix grimpent. Aux abords du chapiteau, on a aménagé des parkings payants !

 

 

 

ROCK - POP FRANÇAISE - JAZZ

MUSIQUE CONTEMPORAINE

 

Musicalement, en dépit de ses défauts, le festival réussit le pari de mêler rock, pop française, jazz et musique contemporaine. Non sans mal.

 

Les groupes de musique contemporaine comme le GERM de Marietan ont failli provoquer le drame. Ces instruments à cordes, cette musique lancinante et parfois émouvante, mais surtout très élaborée, surprend voire indispose ces spectateurs venus pour la défonce. On siffle, on jette des bouteilles vides mais, imperturbables, les musiciens jouent.

 

Le calme est rétabli, l'expérience se poursuit avec l'Acting Trio et Musica Elettronica Vitra. Les groupes français réunissent Blues Convention, Cruciferius, We Three, Âme Son, Frogeaters, Martin Circus, Alan Jack Civilization, Zoo.

 

Le free jazz : Art Ensemble of Chicago, le batteur Sunny Murray, le pianiste blanc Burton Green,

 

 

l'Allemand Joachim Kuhn, le trombone Graham Moncur II, l'alto-sax Arthur Jones, Don Cherry, et aussi Monsieur Archie Shepp.

 

Assis sur une chaise face à la soufflerie chauffante, la toque sur la tête et les mains posées sur le pommeau de sa canne, il attend, majestueux.

 

On remarque également Kenneth Terroade, Anthony Braxton, Earl Freeman, Bob Guerin, Dave Burrell, Cliford Thortonn, Sonny Sharrock, Alan Silva, Robyn Kenyatta, Steve Lacy, John Surman, qui pratiquent une musique plutôt ardue pour les rockers.

 

Une musique qui amorce un dialogue libre de contingences rythmiques. Cette nouvelle pulsation est une musique politiquement engagée.

 

Elle suscite le respect de l'artiste et, en lui, de l'homme noir, une musique libre qui se régénère à la source de ses racines, l'Afrique.

 

POP STARS

Pink Floyd - Rock'n Folk

 

Sur le plan rock, on est comblés. Aynsley Dunbar Retaliation (ancien batteur de John Mayall et futur musicien de Zappa!), Ten Years After, dont personne ne connaît encore la prestation de Woodstock, Freedom, Keith Relf Renaissance, Pink Floyd.

 

Et encore Blossom Toes, Nice, Yes, Keith Tippett Group, Daevid Allen Gong, Pretty Things qui, dans la nuit glaciale, font lever les spectateurs emmitouflés dans leurs sacs de couchage, Captain Beefheart, Fat Mattress, Soft Machine que renforce une section de cuivres...

 

Ce festival est un fiasco financier. Karakos a gagné son pari, mais à quel prix ?

Il mettra des années à rembourser ses dettes. Plus tard, il ramasse tout de même le gros lot avec « la Lambada ».

 

Pink Floyd - Roger Waters - Amougies 1969

Pink Floyd - Nick Mason -Amougies 1969

Captain Beefheart - Amougies 1969

Captain Beefheart - Amougies 1969

Soft Machine - Amougies 1969

The Nice - Amougies 1969

The Nice - Amougies 1969

The Nice - Amougies 1969

 

 

Colosseum à Amougies

http://www.youtube.com/watch?v=Hp7ABIzOzP0

 

*

35 ANS PLUS TARD , EN 2004,
LE MINISTÈRE DE LA CULTURE FRANÇAISE RÉAGIT ...

 

 

La chronique du Festival d'Amougies, telle qu'elle vous est relatée dans le présent dossier, a été tirée de l'ouvrage de Jean-Noël Coghe : Autant en emporte le rock, paru chez EPM - Castor Astral.

 

Ces textes étant sous copyright, toute intention de publication, même d'extraits, ne pourra se faire sans l'accord de l'auteur.

 

Mise en page : Jean Jième

Merci à hardprog pour ses recherches et sa documentation photographique.