CHRONIQUE

1960-1965

 

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GROUPES ANGLAIS

 

Everly Brothers- 1959

 

Rolling Stones Bruxelles 1964

 

Les Beatles et la Belgique

 

 

Chuck Berry en Belgique

 

Dave Berry à l'Ancienne Belgique 1965

Gene Vincent en Belgique
Bill Haley en Belgique

Rock Around The Clock

 

Les Animals en Belgique (juillet-septembre 1965)

 

Cliff Richard et les Shadows en Belgique - 1964

 

Vince Taylor en Belgique à l'Eldorado 1961-1962

 

Jack Hammer

 

LA FRANCE ET LE ROCK

Radio Luxembourg - Cliff Richard
Johnny Hallyday octobre 1961

Les Chats sauvages et la Belgique

Disco Revue, un magazine de légende
Les orchestres belges au Golf-Drouot
Période yé- yé et Cinéma Nouvelle vague

 

EN BELGIQUE

 

Galas et concerts vedettes - années 1957 -1958 -1959
Rock des années 50

Galeries St-Hubert - La Voix de son Maître - le Blue Note

Secrétariat des Artistes de Jean Martin
Jimmy Morgan, chanteur des sixties

FESTIVALS

 

Festival Guitare d'Or

Ciney 1962-1965

Festival Châtelet 1965

Gouden Micro sept 1965

 

Wolu-City 1965

 

Jazz Bilzen - 1965

 

DANCINGS

Dancings, clubs, boites de nuit avec carte des lieux branchés de Bruxelles - années 1960 - 1970.
Ben - Hur et Récréation
Les Cousins Grand Place
LeBrasseur - Le Rocking Center

Le Relais de la poste -Le Twenty Club (1964)

Côte belge La Panne 1963 Le Clapotis - Belmondo tourne Week-end à Zuydcoote.
 
CHRONIQUE 1960-1965 CHRONIQUE 1966-1972 CHRONIQUE 1973-1980 LES PIONNIERS DU ROCK GROUPES ROCK
BELGES

GRAVÉ DANS LE ROCK BIBLIO - ROCK
NEWS
THE SHAKESPEARES CINEMA - SALLES
COUPS DE FILMS
LIENS
 

LE ROCK EN BELGIQUE EN 1960- 1961

JOHNNY HALLYDAY - DICK RIVERS - CLIFF RICHARD

(Souvenirs de Jean Jième)

 

DU COLLÈGE DES FRÈRES À L'ATHÉNÉE... DE LA PRISON À LA LIBERTÉ

 

Bruxelles années 60

Bruxelles, ma belle, tu avais bien du charme au début des années 60

 

 

Le lundi 5 septembre 1960, à dix-sept ans, je pénètre pour la première fois sous le porche d'un athénée. Quel changement de décor, d'ambiance ! Quel souffle de fraîcheur et de liberté ! Il ne me faut pas plus d'une matinée pour comprendre que je vais me plaire dans ce nouveau contexte, avec mes nouveaux compagnons. Ce qui me fascine le plus c'est l'esprit d'indépendance qui règne partout, que ce soit dans la cour, les salles de classes, les corridors. Ici pas de contrôles permanents. On peut s'habiller comme on veut. Les cheveux coiffés en avant sur le front ne semblent inquiéter aucun professeur. Aux heures de pointe, préfet et proviseur regardent d'un œil goguenard les entrées et les sorties de leurs étudiants sans requérir un silence religieux.

 

Dans l'enceinte de l'établissement, une rampe permet de parquer son vélo, sa moto ou son vélomoteur. Je fais partie de ces privilégiés qui se déplacent en deux roues. Et puis, le pied absolu : lorsqu'un prof fait défection, il n'est pas remplacé par un suppléant.

 

La classe ne se retrouve pas en salle d'études, elle est … licenciée. La première fois que la chose s'est produite, je n'en croyais ni mes yeux ni mes oreilles. J'hésitais à franchir le sas donnant accès à la rue. Je ne pouvais pas imaginer qu'une telle chance me soit offerte en pleine journée. Alors au lieu de rentrer à la maison, nous courrions dans les bistrots habituels situés sur la Place St Pierre ou sur l'avenue des Celtes.

 

 

RADIO LUXEMBOURG ANGLAIS

 

Dès les premiers jours, je me suis fait copain avec Guy T. un grand blond, fils de pharmacien, qui avait le mérite de posséder un poste de radio suffisamment puissant que pour capter les ondes anglaises de Radio-Luxembourg. Après le souper, vers dix-neuf heures je me suis habitué à passer quelques heures chez lui. Et c'est là, dans sa chambre tapissée de pochettes et de posters de chanteurs, que je suis devenu accro aux dernières nouveautés anglaises et américaines.

 

Mon deux roues me prenait tous mes sous. Je ne pouvais pas me permettre d'acheter des disques chaque semaine. Alors grâce à Guy, je me suis mis à rattraper le temps perdu en écoutant Elvis dans des morceaux inoubliables tels que : A Fool Such As I / I Need Your Love Tonight / A Big Hunk O' Love / Stuck On You / It's Now Or Never / Are You Lonesome Tonight ? / I Gotta Know etc…

 

 

Nous écoutions avec délices tous les derniers hits encore inconnus chez nous ainsi que les gros tubes du moment qui passaient et repassaient sans cesse.

 

 

 

 

Parmi eux : Lonely boy et It's time to cry de Paul Anka, I'm Sorry et Dynamite de Brenda Lee, Only The Lonely de Roy Orbison, Running Bear de Johnny Preston, et puis Fats Domino, Lonnie Donegan, The Everly Brothers et Cliff Richard.

 

Dans ma chambre, entouré de mes 45 tours

1961

 

 

 

FAN DE CLIFF RICHARD

Cliff Shadows Belgium

Cliff and The Shadows

 

Harry Rodger Webb, alias Cliff Richard, est né le 14 octobre 1940 à in Lucknow (Indes britanniques). Obligé de quitter le continent, devenu indépendant, sa famille regagne l' Angleterre. A peine débarqué à Londres, le jeune Cliff est aussitôt plongé dans la musique et les rythmes rock. Fasciné par Bill Haley et Elvis, il veut devenir chanteur. Il démarre avec un petit orchestre composé de deux garçons et de trois filles. Chaque week-end, les Quintones animent des festivités scolaires ou des bals de province. Très vite, il lance sa propre formation, les Drifters, avec le guitariste, Ian Samwell. Mais pour ne pas être confondu avec un groupe américain homonyme, ils changent leur appellation en Shadows.

 

Dès que j'ai entendu pour la première fois Living Doll chanté par Cliff, j'ai su que j'avais trouvé mon idole. Il était accompagné par les Shadows dont le son réverbéré des guitares électriques me grisait. Alors les deux ensemble ! Pour moi c'était du pur bonheur surtout avec des morceaux très rapides comme Dynamite, Move It, Apron Strings qui claquaient comme des coups de fouet. Et puis j'appréciais ses morceaux à ligne mélodique comme Travelling light, The shrine on the second floor, A voice in the wilderness , Here comes the summer. Pour moi il incarnait le jeune voyou romantique de la nouvelle décennie qui venait de démarrer. D'ailleurs dans son premier film Serious Charge, il interprétait un blouson noir accusé d'un crime qu'il n'avait pas commis. Je me suis mis à acheter tous ses E.P. et puis, un à un, ses premiers albums (Cliff sings, Me and my Shadows).

 

 

 

Les plus grands succès de Cliff, datant du début des années 60 et accompagnés par les Shadows furent : Move It (1958), son premier Number One, suivi quelques mois plus tard par Living Doll (1959). Puis vinrent Travellin Light (1959), Please Don't Tease (1960), The Young ones (1962), We say Yeah (1962), Summer Holiday (1963).

Premiers concerts de Cliff Richard en Belgique : 8 Mai 1964 à Liège - 2 shows au Forum -  9 mai au Palais des Beaux-Arts à Bruxelles et le 10 mai après-midi à Gand et en soirée à Anvers, salle Reine Élisabeth. ( infos de Christian Nauwelaers)

 

Plus je découvre les chansons venues d'outre Manche, plus j'ai envie d'en garder une trace. Il me faudrait un enregistreur de manière à pouvoir les réécouter à ma guise. Les fêtes de fin d'années approchent. J'écris une lettre au père Noël et, comme par magie, l'objet tant convoité m'est livré un matin à ma plus grande joie. Je vais enfin pouvoir enregistrer des disques de la radio ou recopier des vinyles sur mon Philips. Au cours des semaines qui vont suivre, je vais accumuler plus de cent vingt titres sur bandes.

 

 

 

Pour plus d'infos, voir le blog d'un passionné de Cliff Richard : http://cocoheinen.bloguez.com

 

JOHNNY HALLYDAY

AU PALAIS DES SPORTS DE SCHAERBEEK - 18 OCTOBRE 1961

 

Il a dix-sept, il est blond, il porte une veste de cuir. Il chante du rock en français en grattant sa guitare. On a bien entrevu quelques photos de lui dans l'un ou l'autre magazine, mais le grand public ne le connaît pas encore. Pourtant, très vite, il va défrayer la chronique. On dit de lui que quand il se produit sur scène, il se roule par terre en poussant des cris frénétiques.

 

Le 30 décembre 59, il a participé à l'émission radio Paris-Cocktail. A la suite de son passage, la firme Vogue l'engage immédiatement. En mars 60, il sort son premier disque T'aimer follement sous le nom exotique de Johnny Hallyday. En juin, il récidive avec Souvenirs Souvenirs, qui devient très vite un tube.

 

En septembre, il se produit à l'Alhambra en première partie de l'humoriste Raymond Devos. Les critiques sont assez cyniques, partagées entre moqueries et mépris. La presse préfère évoquer ses déhanchements, jeux de jambes et contorsions, plutôt que de présenter un jeune homme à la fois moderne et romantique qui chante l'amour, l'amitié et la décontraction.

 

Mais la jeunesse ne se montre guère dupe et résiste à cette campagne dénigrante. Et puis si, depuis le milieu des années 50, les teenagers américains se reconnaissent en James Dean, Brando et Elvis, les jeunes français se cherchent à leur tour un leader charismatique. Ce sera Johnny qui l'incarnera. Novembre 60 , Johnny sort un premier 33 tours intitulé Hello ! Johnny.

 

Le 18 avril 1960, il passe pour la première fois

à la télé sous l'oeil de sa marraine Line Renaud.

 

 

En février 61, à Paris, s'organise le premier Festival du rock, organisé par les disques Vogue. Johnny y fait un triomphe. Vers la mi-septembre, le chanteur entreprend un série de galas dans le but de rôder le spectacle qu'il donnera en vedette du 20 septembre au 9 octobre à l'Olympia. D'outre-Atlantique, arrive une nouvelle danse : le twist. Johnny en tire profit et sort chez Philips, en automne Viens danser le twist et  Let's twist again.

 

Et voilà que, soudain, la venue de Johnny Hallyday est programmée le 18 octobre prochain à Bruxelles dans l'ancien vélodrome de Schaerbeek, rebaptisé Palais des Sports. La rumeur se transmet comme une traînée de poudre, grâce notamment aux médias belges qui, comme leurs confrères parisiens, commentent l'événement sur un ton plutôt alarmiste. Les agences de presse comme à leur habitude tentent de dramatiser.

 

Les fidèles lecteurs du Soir, de la Dernière Heure, de la Libre Belgique découvrent ainsi que les salles qui accueillent Johnny connaissent des déferlements de violence, que les jeunes cassent des fauteuils et s'en prennent aux flics qui tentent de les en empêcher. C'est plus qu'il n'en faut pour exciter les jeunes à courir voir le phénomène ou pour déclencher une poussée d'urticaire chez leurs parents.

 

COMPTE-RENDU DU PREMIER SHOW DE

JOHNNY À BRUXELLES ( Exclusif Jean Jieme)

 

Le jour J arrive. Accompagné de la bande des copains que je me suis faite à l'athénée, je me rends tout excité dans l'immense hémicycle, pouvant contenir plusieurs milliers de spectateurs. On s'était donc tous imaginé qu'on allait assister au plus grand rassemblement de jeunes que Bruxelles ait jamais connu. Que ça allait être une fête extraordinaire !

 

D'ailleurs les abords du vélodrome se présentaient plutôt tel un camp retranché. Il y avait des flics partout. Ils nous regardaient bizarrement, comme si nous étions des délinquants en puissance.

 

Sans doute, n'étaient-ils pas encore habitués à se retrouver en présence de plusieurs centaines de jeunes zazous, aux longs favoris ou aux tifs sur les oreilles. Nous, on faisait semblant de ne pas les voir mais on se sentait prêt à déclencher un gros chahut rien que pour les voir courir dans tous les sens.

 

Une fois à l'intérieur, on a compris que l'immense salle ne se remplirait jamais des milliers de spectateurs qu'elle accueillait généralement. Nous n'étions tout au plus que quatre ou cinq cent, soit à peine la vingtième partie du stade. Ensuite, à chaque traverse se tenaient en faction des flics, encore et encore. Une véritable provocation !

 

Nous n'avions même pas le choix des places. On nous parqua dans la même zone, à plusieurs dizaines de mètres du podium. On se serait cru au zoo ! Mais à quoi s'attendaient-ils ? A une émeute ?

 

Le bourgmestre de Schaerbeek avait dû prendre les ragots de presse un peu trop au sérieux.

Et puis, dans un tonnerre d'applaudissement, de sifflements et de tambourinements de pieds et de chaises métalliques, il est arrivé, ce chanteur si subversif au point d'avoir mobilisé autour de lui autant de forces de l'ordre….

 

Dans le brouhaha où se mêlaient les premières notes des guitares électriques de ses musiciens, Johnny a tout de suite réalisé l'invraisemblance de la situation. Il nous a fait signe d'approcher. Alors, on s'est tous précipité en courant vers le devant de la scène. Je devrais dire du ring. Car Johnny ce jour-là est plus apparu comme un boxeur que comme un chanteur. Les flics ont bien essayé de nous repousser, mais ils ont vite laissé tomber. Après tout on avait tous payé soixante balles d'entrée on méritait de profiter de notre  spectacle.

 

Pour un complexe d'une telle dimension, l'installation micros, baffles, amplification était incroyablement insuffisante. On aurait voulu saboter la carrière naissante de ce jeune chanteur, un peu naïf d'accepter de prester dans des conditions aussi médiocres, qu'on ne s'y serait pas pris autrement.

 

 

 

 

Mais on peut supposer qu'aucun des directeurs de salles de spectacles des dix-neuf communes n'avait osé prendre le risque d'organiser un concert avec ce jeune rebelle.

 

Durant une heure, Johnny a chanté et hurlé en des gestes déchainés et provocateurs. Il s'est roulé par terre avec sa guitare accrochée à son corps. Les cris et les clameurs des spectateurs étaient si intenses qu'on n'a jamais vraiment perçu une seule de ses chansons. C'était vachement frustrant. Aujourd'hui, avec le recul, je me rends compte que le public n'était pas uniquement venu pour écouter le chanteur mais aussi pour se défouler. Pour crier et hurler lui-même l'espérance en un monde plus libre et moins grisâtre : Salut les copains !

 

Quand on est ressorti du stade, les jeunes et les flics se sont mis à se provoquer. Il y avait de l'électricité dans l'air. Certains groupes plus audacieux se sont mis à secouer des voitures et à les faire tanguer. Lorsque j'ai vu que ça allait mal tourner, j'ai préféré quitter les lieux. Je n'étais pas venu pour me retrouver embarqué dans le panier à salade. Même si la rage y était d'en découdre.

 

 

 

SALUT LES COPAINS

 

Juke Box N° 73 (novembre 1972)

 

En décembre 1961, sort pour les fêtes de Noël, Salut les Copains, le nouvel album de la star naissante ( le premier édité par Philips). La voix puissante du chanteur, sa dégaine de rocker rebelle et ses textes de chansons qui s'adressent exclusivement aux jeunes atteignent leur cible. Le LP se classe immédiatement dans le top des ventes.

Johnny va électriser la jeunesse avec Twistin USA, Tu peux la prendre, Il faut saisir sa chance, Let's twist again etc…

 

 

 

Moi, je fantasme surtout trois merveilleuses mélodies chantées avec cœur et conviction : Retiens la nuit - Paroles et musique : Charles Aznavour - Georges Garvarentz, Douce Violence- Paroles et musique : Clément Nicolas - Georges Garvarentz   et Toi qui regrettes : Jil et Jan et Hallyday .

 

En janvier 62, le public parisien découvrira la nouvelle idole des jeunes dans un film à sketches intitulé Les Parisiennes. Il y charme l'adorable Catherine en lui chantant Retiens la nuit.

http://www.youtube.com/watch?v=xKGsU5t_Yt4

 

 

 

 

 

DATES DES CONCERTS DE JOHNNY EN BELGIQUE

 

Salle de l'Ancienne Belgique

 

1962

 

OCTOBRE

 

Du 6 au 13 octobre : à l'Ancienne Belgique – Bxl - ( 10 représentations)

 

 

 

1963

 

OCTOBRE - Tournée d'automne

 

20 octobre : Théâtre Communal de La Louvière (matinée et soirée)

 

21  et 22 octobre : au Palace à Liège avec Sylvie Vartan,

Philippe Norman, Les Lionceaux, Pierre Vassiliu.

 

23 octobre : au Ciné Théâtre à Châtelet

 

 

Du 25 au 30 octobre : Ancienne Belgique avec Sylvie Vartan

(sept représentations)

 

31 octobre : à l'Eden à Mouscron -Belgique

 

1966

 

Du 22 au 27 avril : Ancienne Belgique - Bxl

(8 représentations)

 

 

 

JOHNNY ET SYLVIE  À L’ANCIENNE BELGIQUE

 

 
Du 25 au 30 novembre, Johnny et Sylvie sont à l’affiche de l’Ancienne Belgique. Depuis leurs débuts, le couple est devenu  extrêmement populaire chez nous comme en France.

 

Le 27, je suis dans la salle. Le public est surtout constitué de filles. C’est fou le nombre de clones de Sylvie qui s’agitent dans les traverses !

 

Les garçons présents dans le public sont soit leurs frères, leurs copains ou leurs petits amis. Sont aussi de la fête les véritables fans de Johnny. On les reconnaît aisément par leur allure virile, leur blouson de cuir ou leur coiffure banane. Sylvie Vartan qui passe en avant-programme de son rocker de petit ami est ravissante dans sa petite robe Courrège.  

 

Avec le temps, elle a acquis de la présence et sa voix s’est affermie.  Si la plupart de ses chansons restent souvent simplistes et naïves, elles font toutefois le bonheur de l’assistance.  Sans être particulièrement un de ses admirateurs, j’aime bien Sylvie parce qu’elle a du caractère et qu’elle affronte parfois un public qui ne lui est pas toujours acquis et une faune parisienne qui ne lui fait pas de cadeau, qui profite de sa jeunesse et de son inexpérience pour lui mener la vie dure.



Il n’y a pas qu’en France d’ailleurs. Quelques jours plus tard, paraît dans l’Écho de la Bourse un article d’une injuste méchanceté qui atteste bien de la réticence d’une certaine intelligentsia à admettre  les bouleversements d’une jeunesse en recherche de marques.

 

L’article s’intitule Sylvie Vartan à l’Ancienne Belgique.


« Elle a dix-huit ans, est d'origine bulgare et passe pour être la nouvelle idole aux crises d'hystérie des "twisteurs" à blousons noirs ! Pauvre gosse. On ne sait comment décrire ce récital érotique et vulgaire jeté en pâture comme on foule aux pieds un tas d'ordures. Quatre musiciens dont un batteriste (sic) digne de la camisole de force, une gamine à cheveux blonds tenant un micro devant la bouche tel un sucre d'orge, et des cris, des cris, encore des cris, scandés à la manière de sauvages hurlant de frayeur devant un réveille-matin !


On affirme qu'au travers ce micro, Sylvie Vartan chante ! Étant donné que sa voix est couverte par les hurlements de ses "accompagnateurs" et les roulements de tambour du loufoque de service, il ne nous a pas été permis de vérifier cette affirmation. Ce qu'on peut dire, toutefois, c'est que tout dans ses gestes, sa manière de lancer l'œillade, ses appels aux jeux de l'amour, font de cette soi-disant chanteuse une espèce de… respectueuse de trottoir
en quête d'un client ivre.

 

On est gêné devant pareil spectacle. Gêné et inquiet de constater dans quel état d'abrutissement se vautre aujourd'hui une certaine jeunesse. Et qu'on ne vienne pas parler de défoulement inévitable ! Non, ici il n'y a plus que la grossièreté et l'imbécillité à l'état pur. C'est lamentable ! »


Lorsque Johnny déboule à son tour sur la scène de l’A.B.,  il met tout le monde d’accord. Sa puissance vocale, son énergie de pur-sang et les décibels produits par la sono et les amplis des musiciens font trembler les murs de la vieille salle qui n’a jamais enduré pareil traitement. Nous sortons du concert les oreilles bourdonnantes mais satisfaits d’avoir assisté à un show qu’on n’a guère l’habitude de voir.

 

(Jean Jième)

 

Rencontre Hallyday et Vince Taylor (Juke Box N°72)

DICK RIVERS ET LES CHATS SAUVAGES

À L'ANCIENNE BELGIQUE - LE 11 NOVEMBRE 1961

 

 

C'est à cette époque que je découvre le magazine Juke-Box qui, outre ses photos et articles, diffuse le texte intégral des chansons anglaises et françaises en vogue. C'est ainsi que je me suis mis à étudier la langue de Shakespeare et par la même occasion à étonner mon prof d'anglais par mes progrès rapides.

 

Je n'étais pas uniquement emballé par le rock anglais. J'appréciais également les paroles de certaines chansons françaises même si elles parfois naïves, un peu idiotes ou (mal) traduites de l'anglais. Comment, en effet, à dix-sept, dix-huit ans, ne pas se reconnaître dans les Johnny Hallyday, Richard Anthony, Dick Rivers, Eddy Mitchell qui nous délivraient enfin des crooners de l'époque qui plaisaient tant à nos parents ?

 

 

Quelques titres mémorables : Twist à St Tropez (Chats Sauvages) – Eddie, sois bon (Les chaussettes noires) – J'entends siffler le train ( R.Anthony) – Sans oublier : Tous les garçons et les filles (F.Hardy) et Tous mes copains (Sylvie Vartan).

 

Bref, en novembre, j'apprends par les journaux que Dick Rivers et ses Chats Sauvages viennent se produire à l'Ancienne Belgique. Ils viennent de sortir un album chez Pathé-Marconi avec neuf titres : la plupart des traductions en français de chansons anglaises : Oh ! Baby Tu Me Rends Fou - Amour Et Rock - C'est Pas Sérieux - Sans Raison - Viens danser Le Twist - Yeh ! Yeh ! Yeh ! - Twist à Saint-Tropez - Oh ! Boy - Les Genoux qui craquent et même un grand classique de Ray Charles : What'd I say traduit en Est-ce que tu le sais ?

 

Mais peu importe l'« odieux » plagiat. En 1961, je n'y songe même pas. Je suis sous le charme de ce chanteur à la voix chaude et méridionale, né sur la côte Niçoise.

 

Dick est jeune tout comme ses copains musiciens, les Chats Sauvages et ils ont l'air passionné par ce qu'ils font. Je les admire également, pour leur audace, leur culot d'essayer ainsi de révolutionner la vie pépère et sans relief de nos parents. Pour moi, ce sont des pionniers, des exemples à suivre. Ils incarnent le modernisme et ouvrent une brèche à la jeunesse toute entière. C'est du moins comme ça que je ressens les choses.

 

Mon âme d'adolescent préfère Dick à Johnny, un peu trop loubard pour moi. Je me sens plus proche du style copain-copain des Chats qui me font un peu penser aux Shadows, que j'admire mais que je n'ai pas encore eu l'occasion d'applaudir.

 

Le 11 novembre, vers dix-neuf heures trente, je fais la file devant l'Ancienne Belgique. Les jeunes déferlent de partout. Au bout de quelques minutes, j'arrive au guichet et règle mon droit d'entrée.

 

Depuis des années, ce grand music-hall bruxellois a l'habitude de faire venir toutes les grandes vedettes de la chanson française : Bécaud, Distel, Brel et tant d'autres. Cette fois l'ambiance feutrée de rigueur traditionnelle est totalement absente. On crie, on s'interpelle, on siffle. Les préposées à l'accueil ne sont guère habituées à recevoir un tel public.

 

Elles paraissent pour le moins décontenancées. J'aperçois des flics, en casque blanc (voir Quick et Flupke) postés à quelques coins stratégiques de la salle.

 

photo extraite du magazine Juke Box N°73

 

 

D'emblée, je ressens une joyeuse atmosphère de fête. Je me sens grisé par ce grand rassemblement de jeunes qui affluent et remplissent la salle en moins d'un quart d'heure.

 

En première partie des Chats, les deux Henrietty (trapézistes), Josselyne (sic) Andre, «chanteuse de rythme et de charme» (resic), Siki & Son «fantaisie musicale» (des clowns), Jeff Lawrence et enfin la Bertini troupe, acrobaties sur cycles et à la bascule. Autres temps, autres moeurs de music-hall !

 

Je les félicite pour leur courage. Une heure de remplissage pour faire patienter le public surchauffé. Enfin martèlements de pieds, hurlements et tonnerre d'applaudissement finirent enfin par amener Dick Rivers et ses Chats sur la scène du music-hall. Dick et ses musiciens très élégants dans leurs costumes bleu électrique galvanisent le public qui se met à twister au grand dam de la direction… et des flics qui veulent que les jeunes restent assis, vissés sur leur siège.

 

Je me rappelle de quelques cocasses courses poursuites entre fans et policiers. L'un d'entre eux parviendra même à monter sur la scène, pourchassé par l'agent Lambique qui se verra délesté de son casque parti s'envoler dans les balcons. Un moment désopilant qui reste gravé dans ma mémoire. Heureusement, ces quelques échauffourées sans gravité ne viendront pas ternir la magie de cette soirée marquée par le bonheur et l'insouciance de nos 18 ans.

 

Salle de la Madeleine (jHdg)