CHRONIQUE

1960-1965

 

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GROUPES ANGLAIS

 

Everly Brothers- 1959

 

Rolling Stones Bruxelles 1964

 

Les Beatles et la Belgique

 

Dave Berry à l'Ancienne Belgique 1965

Gene Vincent en Belgique
Bill Haley en Belgique

Rock Around The Clock

 

Les Animals en Belgique (juillet-septembre 1965)

 

Cliff Richard et les Shadows en Belgique - 1964

 

Vince Taylor en Belgique à l'Eldorado 1961-1962

 

Jack Hammer

 

LA FRANCE ET LE ROCK

Radio Luxembourg - Cliff Richard
Johnny Hallyday octobre 1961

Les Chats sauvages et la Belgique

Disco Revue, un magazine de légende
Les orchestres belges au Golf-Drouot
Période yé- yé et Cinéma Nouvelle vague

 

EN BELGIQUE

 

Galas et concerts vedettes - années 1957 -1958 -1959
Rock des années 50

Galeries St-Hubert - La Voix de son Maître - le Blue Note

Secrétariat des Artistes de Jean Martin
Jimmy Morgan, chanteur des sixties

FESTIVALS

 

Festival Guitare d'Or

Ciney 1962-1965

Festival Châtelet 1965

Gouden Micro sept 1965

 

Wolu-City 1965

 

Jazz Bilzen - 1965

 

DANCINGS

Dancings, clubs, boites de nuit avec carte des lieux branchés de Bruxelles - années 1960 - 1970.
Ben - Hur et Récréation
Les Cousins Grand Place
LeBrasseur - Le Rocking Center

Le Relais de la poste -Le Twenty Club (1964)

Côte belge La Panne 1963 Le Clapotis - Belmondo tourne Week-end à Zuydcoote.
 
CHRONIQUE 1960-1965 CHRONIQUE 1966-1972 CHRONIQUE 1973-1980 LES PIONNIERS DU ROCK GROUPES ROCK
BELGES

GRAVÉ DANS LE ROCK BIBLIO - ROCK
NEWS
THE SHAKESPEARES CINEMA - SALLES
COUPS DE FILMS
LIENS
 

FESTIVALS TEENAGERS À CHÂTELET

(1962-1965)

 

PREMÈRE ÉDITION : 9 SEPTEMBRE 1962.

 

En vedettes : Les Cousins, Robert Cogoi, Salvatore Adamo et Richard Anthony qui remplace au pied levé les Chats sauvages empêchés de se produire pour cause de départ inattendu (en août) de leur chanteur Dick Rivers.

 

 

SECONDE ÉDITION : 7 et 8 SEPTEMBRE 1963

 

Sous chapiteau géant dans le parc communal de la localité. Outre les classiques compétitions entre orchestres amateurs, se produisent Lucky et les Fury Boys, I Delfini constitués des musiciens d'Adamo), Pierre Vassiliu, Michel Paje et les Fantômes, très appréciés depuis leur prestation à l'Ancienne Belgique en mai. En vedettes : Eddy Mitchell et ses Chaussettes Noires, Lucky Blondo et Adamo qui, le pauvre, reçoit des tomates !

 

TROISIÈME ÉDITION : 12 et 13 SEPTEMBRE 1964.

 

Sur les 70 orchestres amateurs qui se défoncèrent sur le podium toute la journée du samedi, quinze furent autorisés à concourir pour la finale du lendemain. ( The Rackett (Eupen) The Dawn's ( Ohain) Frankie Farian und die Schatten( Evelsberg) The Rayllisters (Erquelinnes) Lucky Jones and the Challengers (Bruxelles) Les Witackers (Ardennes France) The Rockers (Andrimont Les Comanches (Tilleur) Les Hippocampes ( Bruxelles) The Mercurys ( Gand) The Atlantics ( St.Amandsberg) Les Trappeurs ( Wasmes) Les Daltons ( Bruxelles) Les Playboys ( Steenokkerzeel). Les vainqueurs du dimanche : The Rayllisters - Les Rackett - Les Hippocampe.

 

LES VEDETTES : les Keltons, les Playboys, les Ombres, Jenny Sirena, Thierrry Vincent, Gérard Melet, Long Chris, Burt Blanca, les Lionceaux, Monty, Michel Cogoni, Richard Anthony, Hugues Aufray. Johnny Hallyday était annoncé mais dut renoncer pour cause de service militaire.

QUATRIÈME ÉDITION : 11 ET 12 SEPTEMBRE 1965

Claude François, en soirée le dimanche 12 septembre 1965

LA CONTROVERSE : YÉYÉS CONTRE ROCKERS

SOUS LA PLUIE DU SAMEDI ET LE SOLEIL DU DIMANCHE...

Les teenagers ont mis en état de siège le parc communal
où les jeunes orchestres et les vedettes de la chanson
ont animé le plus long festival yéyé de l'année.

 

 

Châtelet, 11 et 12 septembre. Il a plu à Châtelet. Le soleil avait brillé à Comblain-la-Tour. Il n'y a, plus de tradition. On n'avait jamais connu Comblain sans pluie et Châtelet sans le soleil !

 

1965, une bien drôle d'année, a tout changé. Que voulez-vous? Tout se perd, même les traditions !

En trois éditions le temps avait toujours été favorable à Raymond Wannyn, l'homme qui tient sur ses épaules l'organisation champignon du Festival International Teenagers de Châtelet. Sous un soleil de plomb, parfaitement cela se trouve parfois en Belgique, vingt-cinq mille fans, les frères des dix mille de 1962, des vingt mille de 1963, avaient répondu en 1964, au rendez-vous que leur avait fixé les rois du rythme et de la chanson jeune ».

 

Cette année, malheureusement, le Pays Noir était dans les averses pour répondre à l'appel d'un programme qui dépassait en qualité et en vérité tout ce qui avait été organisé en Belgique depuis l'ère du yéyé.

 

QUAND ÇA GRATTE ÇA ROULE ET ÇA TANGUE

 

C'est au bruit assourdissant des guitares électriques diffusé par des amplificateurs mal réglés que ce show, le plus long de l'année, a débuté alors que des hauteurs de Carnelle on pouvait admirer les douzaines de terrils de la région noyés dans la brume et que dans la vallée le vent rabattait sur Châtelet la pluie et les fumées des hauts fourneaux.

 

Dès les premiers accords ça a chauffé. Au milieu de cris et de hurlements peu rassurants les orchestres amateurs ou semi-professionnels ont défilé tout l'après-midi de samedi. Pressés autour du podium les jeunes roulent et tanguent. Au rythme des guitares et des batteries la frénésie collective se prépare. Elle monte lentement.

 

Dans un coin un couple se lève puis un autre, encore un autre, puis des autres. C'est gagné ! L'orchestre qui occupe le podium a gagné la partie si pas l'accès à la finale. Peu importe son nom et ses exploits. Il a un peu de métier et beaucoup d'assurance.

 

Il a choisi ses morceaux en pensant aux copains et aux teenagers, aux fans aux moins vingt et à ceux qui ne sont rien, mais qui n'oublient pas d'être dans le vent. Il a de bons amplificateurs et les caïds de son quartier, dans le public. Pour lui pas de problème : il a gagné la partie.

 

Ainsi, pendant des heures et des heures, des orchestres jeunes ont défilé sur le podium. Les uns étaient bons et susceptibles de s'améliorer; les autres faisaient passer le temps. Certains même n'auraient jamais dû être présentés au public. Evidemment il faut de tout pour faire une kermesse, même une kermesse au yéyé.

 

 

DES ANIMALS AUX FINALISTES

 

Quand s'arrêtèrent les guitares et la pluie, le gros morceau de la journée de samedi fut présenté au public : les « Animals ». Ils sont jeunes et laids, Anglais comme les Beatles. Ils sont cinq jeunes gens qui connaissent leur métier et qui ont, ici à Châtelet, prouvé que le bon rythme tient toujours. On peut écrire qu'ils ont sauvé la première journée, malheureusement trop inégale de ce show marathon.

 

Après la brillante interprétation des Animals, les uns se retirèrent, tandis que d'autres continuaient dans la nuit à chalouper en cadence.

Aussi n'est-il pas étonnant que pour ces derniers, la matinée de dimanche fut très dure.

 

A midi, devant les verres de bière qui paraissait moins bonne que la veille, on se raclait la gorge en discutant des qualités de l'aspirine et du bicarbonate de soude.

Les présentateurs avaient fort à faire pour tenter de soulever l'ambiance, mais les pieds dans la boue, la plupart des «teenagers » n'avaient plus la force de siffler les orchestres aux noms bizarres qui, imperturbablement, suivaient à la course le programme de la journée. Le soleil, encore chaud, de septembre, brillait.

 

Quelques gouttes d'eau passèrent inaperçues dans le bruit et la ronde de la foire. Car Châtelet n'est pas seulement le festival du «yéyé »; c'est aussi une vaste foire, une kermesse, un énorme pique-nique aux couleurs d'un folklore moderne. Cet étrange folklore est plus vivace que jamais.

 

Folklore fait de boue, de blousons déchirés, de chapeaux de toutes couleurs que les jeunes assaisonnent comme leurs cheveux d'une note personnelle qui dissimule à la perfection l'identité, le sexe et l'âge des personnes.

 

C'est dans cette ambiance, que des orchestres venus de Verviers et du Borinage, de Namur et de Bruxelles ont triomphé.

 

RÉSULTATS DU CONCOURS DES ORCHESTRES AMATEURS

 

•  « Les Bémols » (Anvers)

•  « Les Wittackers » (Revin)

• Les Relatifs (Bruxelles)

•  « Les Mirages » (Bruxelles)

•  « Les Big Boys » (Bruxelles)

•  « Les Cancres » (Mante ­ la - Ville)

•  Richard et les « Monty Boys » (Lambusart)

 

( envoyé spécial E.J.Laurent )

- journal non identifié -

 

 

Le podium sous sa tente sommaire

AU PROGRAMME DU SAMEDI : LES ANIMALS

The Animals - Jean-Noël Coghe, Rikki Stein et les Animals

 

Il n'y a pas trop de monde le matin, lorsque débute l'habituel concours de groupes amateurs. Cela permet à Jean-Marie de retrouver quelques rockers de sa connaissance. Mes copains à moi arrivent en fin d'après-midi pour ne pas rater les Animals.

 

Comme à Ciney, nos réactions durant le passage des groupes amateurs nous permettent de sympathiser avec d'autres spectateurs qui partagent manifestement notre enthousiasme pour le rock et notre aversion du yéyé.

 

Agréable constation : ils sont très nombreux.

 

Cette-fois, les Animals montent sur scène sans problème. Plus question de cette histoire de permis de travail. Eric Burdon est en grande forme. Dès le troisème morceau c'est déjà le délire dans les premiers rangs des spectateurs. Tout le monde fait des pieds et des mains pour se raprocher le plus possible de la scène, d'autant plus qu'un photographe sans gène persiste à vouloir se dresser entre le chanteur et le public.

 

Les Animals ont pour le moment avec  We Gotta Get Out Of This Place  leur plus gros hit depuis  House Of The Rising Sun. À nouveau c'est magistral. Un véritable cri de révolte pour ceux qui travaillent trop dur pour pas grand'chose. Sinon leur prestation est assez semblable à celle de Ciney. Ils confirment ce que ceux qui les ont déjà vus savent : personne ne leur arrive à la cheville sur scène. Mais la différence avec Ciney, c'est qu'ici il y a beaucoup plus de monde.

 

Pour la plupart des spectateurs, les Animals sont une révélation. Ils ne se doutaient pas que « ça » existait. Pour certains, c'est le début d'une conversion. Jean-Marie se marre parce qu'un de ses copains est déjà prêt à liquider tous ses disques d'Eddy Mitchell tellement ils lui semblent maintenant ridicules à côté de ce qu'il vient de découvrir.

 

Quand tout est fini, nous faisons passer le mot : « Est-ce normal que ce soit Claude François la vedette du festival ? Si ça vous choque, revenez demain »...

 

(extrait de Coeur de Rock)

de Piero Kenroll

 

Michèle Torr - Monty

 

Service d'ordre - Ronnie Bird

DES TOMATES AU PRORAMME DU DIMANCHE Festival Châtelet 1965

 

LE "POINT DE VUE" DES ANTI YÉYÉS

Extrait de Cœur de Rock

 

Lorsque le bouillant et ardent défenseur de la cause du rock en Belgique, Piero (futur journaliste chez Télé Moustique) apprend que les Animals seront de retour en Belgique en septembre au festival de Châtelet (quatrième édition), il laisse exploser sa joie. Il compte bien amener tous ses copains pour qu'ils puissent, à leur tour, découvrir le groupe le plus populaire après les Rolling Stones.

 

Mais en découvrant l'affiche du programme complet des deux jours, il constate que les Animals passeront le samedi, après un concours de groupes amateurs… alors que Claude François avec son nom affiché en lettres géantes sera accueilli en toute grande vedette, le dimanche. Pour Piero et sa bande de copains - Les Aigles-, c'en est trop. Et ce n'est pas fini ! Les jours suivants, il entend à la radio les annonces répétées du programme du festival. Le présentateur évoque Guy Mardel, Monty, Marc Aryan, Michele Torr et Claudia Sylva et oublie de citer les Animals. L'humiliation est à son comble. Piero décide de monter une petite opération commando pour « venger » l'affront médiatique fait aux Animals.

 

Festival Châtelet 1965

 

Il est encore tôt quand nous pénétrons sur la pelouse. Notre « commando » prend position à une parfaite distance de la scène. Nous réservons des places pour ceux qui doivent encore nous rejoindre. Comme signe de raliement un nouveau calicot est dressé : À bas les yéyés!

 

Et le festival recommence. Encore quelques groupes amateurs. Sans doute les vainqueurs de la veille. Rien de fameux. À part les Ombres. Finalement ils deviennent le seul prétexte positif à notre présence. Nous leur faisons un accueil chaleureux. Pour le reste : des trucs un peu pénibles qui ne valent même pas la peine de lever le nez.

 

On discute beaucoup, on s'organise. Les sorties étant possibles, certains vont aux provisions. Un épicier proche du site est étonné par le succès de ses légumes les plus défraichis. On pique-nique. Mais le plat de résistance doit suivre. Au menu : Guy Mardel, Monty, Marc Aryan, Michèle Torr, Claudia Sylva, etc.

 

Les premières mottes de gazon commencent à voler durant la prestion de Monty qui navigue entre le yéyé et le jazz. Marc Aryan , lui, est une calamité belge de plus, dans le genre Adamo. En moins jeune. Mais il fait son propre sirop. Donc on ne peut pas l'accuser de plagiat. Si certains apprécient ses complaintes larmoyantes c'est leur affaire, et idéal pour une petite sieste. Même chose pour Claudia Sylva. Ils vont finir par nous endormir ces supositoires chantants !

 

Heureusement, voilà les copains de Bruxelles qui s'emmènent enfin. Un solide groupe très bruyant mené par les Chapmans. Christian et Biquet ont l'air déchainés. Ils ont à nouveau confectionné des calicots. Aussi, quand Guy Mardel se pointe sur le podium, la première chose qu'il apperçoit au milieu des spectateurs c'est une énorme banderole VA FAIRE CACA (toujours ce goût rafiné de Christian pour les formules simples et claires ).

 

Sous les huées, il arrive tout de même à chanter quelque chose avant de battre prudemment en retraite.

Par politesse envers les dames peut-être, Christian se contentera de brandir un slogan plus modéré,  TA GUEULE !, devant une Michèle Torr qui s'en tire, sinon, avec l'écrasement d'une tomate trop mûre sur sa jolie robe. Mais tout cela n'est que broutilles. Le moment décisif arrive. C'est au tour de Claude François !

 

Dans les coulisses, ça ne doit pas rigoler. Que s'y passe-t-il ? Toujours est-il qu'alors que les vedettes se succédaient bon train, le rythme de passage s'interrompt et personne ne monte plus sur scène. De là à penser que le prince des yéyés a peur, il n'y a qu'un pas. Notre groupe compte bien une centaine de personnes maintenant.

 

 

 

Enfin, quelqu'un se montre. Parait que c'est Michel Cogoni de Salut les copains. Il vient expliquer que Claude François est légérement aphone… Nous sommes morts de rire ! Le type enchaine : Que ceux qui ne l'aiment pas crient un grand « Hou ! » et se taisent.

Des voix innombrables : - HOUOUOUOUOUOUOU! - Vous êtes calmés ? NOOOON ! - Alors on recommence : HOUOUOUOUOUOUOU!

 

Malgré ça, Clodo finit par paraître. Sans complexe, il a le culot de commencer avec son détournement de  Walk Right In le hit des Rooftop Singers qu'il a transformé en Marche tout droit. Marche tout droit, tu parles ! Mais pas loin. Tomates, œufs, choux, concombres, mottes de gazon, haricots, tartines et autres projectiles alimentaires se mettent à lui pleuvoir dessus ! Clodo a de quoi faire sa soupe pendant une année ! Il s'arrète net. Lance  « Je ne viendrai plus jamais chez vous ! ». Jette son micro à terre. Fait demi-tour. Fonce vers un abri. Il court tout droit maintenant !

 

Festival Châtelet 1965

Clo Clo porté sur le podium pour éviter la gadoue

photo Bosmans

Autour de nous les altercations continuent. À nouveau c'est le silence du côté de la scène. La pagaille semble complète.

 

Il n'y a pas moyen de faire beaucoup plus. Le yéyé à la sauce tomate s'est enfui et il n'y a plus de groupe rock au programme. Il ne nous reste plus qu'à quitter les lieux aussi. Nous commençons à faire mouvement vers la sortie quand l'innénarable Michel Lemaire monte scène. Tiens ? Cogoni s'est dégonflé ? L'enfant de chœur de la RTB, y va d'un petit speach pathétique où il commence par dire qu'il en faut pour tous les goûts.

 

Michel Lemaire :

« Viens, Claude, ils sont tous avec toi, ici! »

Puis, un ton suppliant dans la voix, il explique que Claude François est dans sa roulotte. Il est très triste le pauvre homme. Ce ne sont pas des manières de faire un accueil pareil à une vedette de son importance. Sûr qu'il y a quantité de spectateurs qui veulent le voir et sont prêts à crier pour le rappeler…

 

En effet, une partie du public commence à scander son nom. La plupart des opposants sont déjà près de la sortie. Nous n'allons pas recommencer. Nous n'avons plus de tomates. En quittant les lieux, j'entends Lemaire supplier : « Viens, Claude, ils sont tous avec toi, ici! »

 

 

QUAND LE PUBLIC EST IMBÉCILE

(E. J. Laurent).

journaliste

 

Alors que la nuit et le froid tombaient sur le Pays Noir le rythme du spectacle, coupé par l'entracte reprit.

Le public a profité de la courte interruption pour gagner quelques mètres et petit à petit, les places réservées aux invités et à la Presse sont envahies.

 

Le service d'ordre est bousculé. Les plus « costauds » les « malabars,» de service avancent avec la marée humaine qui piétine sur la prairie de boue.

Le trait du matin n'est plus qu'un bourbier truffé de bouteilles vides, de verres cassés et d'emballages. C'est alors que ce public envahissant devient imbécile.

 

Guy Mardel, le jeune chanteur qui défendit la France au Grand Prix « Eurovision » de la Chanson en fit le premier les frais. Quelques pommes venues d'on ne sait où, on ne sait pourquoi, atteignirent le podium. Après le jeune docteur en droit, c'est Michèle Torr qui affronta la foule. Ses pantalons marins, son air décidé, ses chansons excellentes ne trouvèrent pas grâce et les tomates jaillirent. L'une d'elle s'écrasa sur le chemisier blanc de la vedette qui écourta justement son tour de chant.

 

 

 

Quand Claude François apparut sur la scène, ce fut du délire... mais les premières paroles de sa première chanson furent ponctuées de jets de tomates. C'était le «Rocking Club de Bruxelles qui s'était juré de chahuter le chanteur. Celui-ci s'arrêta et s'écria : Merci… vous ne me verrez plus jamais à Châtelet ».

Les organisateurs et les présentateurs s'accrochèrent au veston de la vedette. Un homme de service laissa tomber la veste pour engager le combat avec des Bruxellois et la, bagarre éclata dans le public.

 

Un présentateur saisit alors le micro pour injurier les perturbateurs. Le « grand patron » menaçait de tout fermer. Dans les coulisses, on suppliait la vedette de chanter. Sur le pré, le public en réclamait pour ses cent francs. La pagaille était à son comble quand la vedette accepta de revenir. Il n'y eut plus de tomates. Mais on avait eu chaud.

 

Que se serait- il passé si Claude François était parti ? On craignait le pire, non sans raison.

 

Il est vraiment dommage qu'un aussi grand « show » soit troublé par l'imbécilité d'individus qui refusent aux vedettes la popularité et les applaudissements qu'elles méritent. C'est dommage, et pourtant toutes les vedettes de la chanson avaient donné le meilleur d'elles même.

 

LE JOURNAL DE CHARLEROI

(Article rédactionnel de Fernand Bosmans)

14/09/1965

 

Si les vingt-cinq mille spectateurs qui, durant toute une après-midi, avaient pataugé dans la boue châtelettaine, ont finalement pu applaudir, à la soirée, Claude François, ils doivent en remercier chaleureusement Michel Lemaire.

 

En effet, notre sympathique animateur de la Radio belge, qui se dévoue corps et âme en faveur de la jeunesse, trouva les mots qu'il fallait pour stigmatiser l'attitude des petits voyous

 

Michel Lemaire eut des mots percutants, des mots que lui dictait un cœur ulcéré. Prenant ensuite Claude François dans ses bras, il s'adressa à la foule : « J'ai toujours défendu les jeunes. Je saurai ce qu'il me reste dorénavant à faire si les jets de tomates reprennent. Car je me sentirai, moi aussi, visé. D'ailleurs, Claude, je reste auprès de toi... Et Claude François reprit aussitôt son tour de chant. Ce fut un triomphe. Les perturbateurs se tinrent coi. Et il n'y eut plus, à l'adresse de la vedette, que des applaudissements qui tournèrent au délire.

 

Pendant près d'une demi-heure, cependant, après qu'un copieux jet de tomates eut accueilli les premières paroles de « Marche droit », et que Claude François eut « claqué la porte » en s'écriant : « Jamais plus je ne chanterai, ici, ou dans votre région, devant vous! », on avait bien cru que c'en était fini. Enfermée dans sa caravane, commençant déjà à se déshabiller, la vedette, en rage, ne voulait plus rien entendre. Il fallut, durant de longues minutes, parlementer avec elle. Finalement, les arguments des organisateurs du festival - à moins que ce ne soient ceux de Michel Cogoni ou de Michel Lemaire - firent fléchir la décision de Claude François.

 

Festival Châtelet 1965

Claude François en rage près de sa caravane, prêt au départ

 

 

On avait d'ailleurs, auparavant, deviné nettement les intentions de ces perturbateurs qui s'étaient munis de calicots clamant, par exemple : « Claude, retourne chez ta mère ! ».

La sympathique, ravissante et talentueuse Michèle Torr avait, elle-même, lors de sa dernière chanson, reçu sur un bras une tomate qui la mit en rage. Au point qu'elle refusa un bis que lui réclamait la foule.

 

« C'est la première fois que pareil incident m'arrive ! confia-t-elle pendant, qu'en l'interviewant après son tour de chant, je m'instituais « détacheur », et tentais de rendre à sa blouse sa blancheur naturelle.

 

Que Michèle Torr, la gentille fille de Provence, n'en fasse surtout pas un complexe. Dans pareille foule, il est fatal que se glissent quelques brebis galeuses. Chacun avait pu apprécier sa jolie voix, aux intonations doucement grave et son répertoire très judicieusement dosé et qu'accompagna l'excellente formation des « Guardians ».

 

Avant elle, Monty - que le Festival de Châtelet semble avoir adopté - rencontra un succès infiniment plus grand encore que l'an dernier. Il bissa, trissa, « quadrissa » même. Le public en redemandait. Il est vrai que Monty a du métier, à présent, et est sympathique au surplus.

 

« L'avocat de la chanson », Guy Mardel, eut, lui aussi, sa part du gâteau.

 

A plusieurs reprises, la foule l'accompagna en chœur. Que voilà, aussi, un intelligent, à qui le succès n'a pas tourné la tête.

 

Et qui, avec sagesse, a préféré poursuivre ses études de droit plutôt qu'opter définitivement pour le music-hall. Une question inquiète : donnera-t-il le conseil de ne... jamais avouer à ses futurs clients ?

 

Quelqu'un qui s'est taillé un remarquable succès au cours de ce Festival, c'est incontestablement Marc Aryan. C'est la première fois - à part un essai tout récent à Jumet - que l'on eut l'occasion de l'apprécier en scène. Marc Aryan sait animer son tour de chant et ce petit bonhomme dégage une présence é tonnante sur un plateau. Il ne lui reste plus, désormais, qu'à ne pas décevoir ses innombrables admirateurs.

 

 

 

Festival Châtelet 1965

Les Ombres - Châtelet 1965

 

Un avis sur les « Ombres », cueilli parmi la foule, et que nous partageons personnellement : ils ont déià eu de meilleures prestations que celle de dimanche. L'an dernier, entre autres. C'est dommage, car cet ensemble fait partie des meilleurs. Attention, donc, terrain glissant...

 

Muriel affrontait le grand public pour la toute première fois. Elle était donc freinée par un certain trac, et ne put donner toute la mesure de son jeune talent. Nous la reverrons toutefois avec plaisir lors d'une prochaine occasion.

Claudia Sylva, par contre, paraît avoir plus de «planches» que la précédente. Son tour de chant fut assez court mais apprécié par son fini, sa sobriété et une netteté rarement ren contrée chez une vedette débutante.

 

Les amateurs de rock furent servis avec Ronnie Bird et Jacky Delmone, deux chanteurs qui ont pas mal de points communs. Encore préférons-nous cependant la gamme, plus variée, du Mouscronnais Robert Cogoi - côté charme et fantaisie - fut pareil à lui-même. Peut-être même en légers progrès.

 

Noël Deschamps fut tour à tour, dynamique ou sentimental. Là aussi, c'est de l'excellent travail. On peut en dire autant pour Alain Thierry qui mérite, lui aussi, d'être plus largement connu.

 

Christian Desmet récolta un certain succès, non pas un succès certain. Mais peut-être les « Pearls» - et les «Chabrols », qui avaient ouvert le programme de l'après-midi, n'étaient-ils pas parvenus à secouer le public qu'une averse assez consistante venait de refroidir.

 

Car la pluie, si elle n'empêcha pas les « fans » de prendre le chemin du parc communal de Châtelet transforma les pelouses, sous le rythme des piétinements, en une boue gluante. Pour une fois, ce n'était plus Châtelet mais Comblain...

 

Lorsque l'on parcourt ces lignes écrites le 14 septembre, c'est à dire au lendemain de l'événement, on est tenté de sourire devant un ton aussi paternaliste. On dirait que le journaliste s'est transformé en prof et qu'il s'amuse à distribuer ses bonnes notes à tous les artistes.

À remarquer : pas une seule ligne pour saluer la superbe prestation des Animals, venus présenter leur désormais célèbre House of the Rising Sun. Sans doute n'était-il pas présent, le samedi soir ? Un comble !

Pour terminer son papier, le "prof" adresse ses dernières bonnes notes :

 

 

Bravo, encore, aux animateurs qui se succédèrent sur le podium : à Michel Cogoni, Michel Lemaire, Marc Danval et Robby qui eurent la délicate tâche de meubler les légers intervalles. Ils accomplirent l'un et l'autre de l'excellent travail. Cette expérience pluvieuse a eu un autre mérite : elle a permis aux organisateurs du Festival de constater que celui-ci était dorénavant entré dans les traditions et qu'un excellent spectacle n'est pas nécessairement à la merci des conditions météorologiques.

 

Fernand Bosmans

Journal de Charleroi du mardi 14 septembre 1965

 

 

 

UN AUTRE SON DE CLOCHE

LE RAPPEL DE CHARLEROI

(Article rédactionnel de Jean Fiévez)

14 septembre 1965

 

 

Festival Châtelet 1965

Sur les calicots on peut lire :

Vive Le Rock - Non aux copieurs français !

 

Quand on gagne en trente minutes ce qu'un brave travailleur de chez nousperçoit en une année de labeur, on devient, très rapidement, d'une insupportable prétention.

 

Il nous faut revenir aujourd'hui sur un incident que nous avons brièvement relaté : l'affaire des tomates.

Maintenant que les lampions du IVe Festival de Châtelet sont éteints, penchons-nous avec sérénité sur ce petit «scandale», et efforçons-nous de faire le point avec l'objectivité d'un enquêteur de la P. J.

 

A l'instant précis où il parut sur le podium de la place Communale, M. Claude François fut accueilli non seulement par une gigantes­ que ovation mais aussi par quelques jets de tomates. Les fruits rouges et charnus vinrent s'écraser, avec un bruit mat, sur la belle chemise pastel du chanteur.

 

M. Claude François qui était de mauvaise humeur depuis son arrivée, mit un terme brutal à sa prestation et lança :

- Puisque c'est ainsi, je ne viendrai plus jamais à Châtelet!

 

Le jeune homme disparut dans les coulisses, bien disposé à plier bagages et à regagner Paris par la voie la plus directe.

 

Ce fut l'affolement général aux abords du podium. Finalement, après un bon quart d'heure de pourparlers, M. Claude François céda aux supplications de Michel Cogoni, le meneur de jeux de Radio-Luxembourg. Il reprit le micro et remporta un triomphal succès. Ainsi se termina l'incident. On avait eu chaud...

 

C'est l'évidence même : on ne saurait admettre que deux ou trois «blousons noirs» viennent troubler de cette manière un spectacle, fût-ce un festival en plein air. Mais enfin lorsqu'un «artiste» se produit devant des foules aussi denses, il doit s'attendre à rencontrer certains «anti-fans , ». Ce sont là les risques du métier.

Michèle Torr fut, elle aussi, à un certain moment, le point de mire des perturbateurs bruxellois. Elle n'en poursuivit pas moins son travail avec le sourire. M. Claude François, pour sa part, a considéré que le lancement de projectiles était une atteinte à sa dignité de vedette galonnée. C'est dommage. Une idole doit savoir accepter de petits contretemps de ce genre.

 

Evidemment, quand on gagne en trente minutes ce qu'un brave travailleur de chez nous perçoit en une année de labeur, on devient, très rapidement, d'une insupportable prétention.

 

Bien avant son «éclat», M. Claude François s'était conduit comme un potache capricieux. A peine arrivé dans la capitale du music-hall, l'idole réclama, aux abords de sa caravane, une escorte de policiers qui devait le protéger de ses trop bouillants admirateurs.

 

Par la suite, l'interprète, du bouleversant «Chalala» réclama sur le champ, une tasse de thé bouillant. Quand vint l'heure de son passage sur scène, le garçon refusa de franchir les quelques mètres de boue qui le séparaient de la scène. On le porta à bras d'hommes.

 

Enfin, peu avant d'affronter le public, M. Claude François interpella vertement le présentateur Michel Lemaire qui avait commis l'impardonnable erreur de le photographier.

 

Les moins 20 doivent savoir qu'il existe deux Claude François. Devant le décor, il est aimable, souriant, a-do-ra-ble ; derrière le décor, il est capricieux, grincheux, insupportable. Amis «teenagers», vous voilà prévenus...

 

J. F.

RÉACTIONS DES LECTEURS DU MAGAZINE JUKE BOX

 

* Châtelet 1966

 

* Châtelet 1967

 

* Châtelet 1968